II. Comme phénomène morbide:

1º Chez des individus atteints d'inversion sexuelle, comme

compensation de services d'amour rendus et en surmontant la

douleur et le dégoût;

2º Chez des uranistes qui se sentent femmes, en face de

l'homme; les mobiles sont la volupté et leur penchant. Chez

ces hommes-femmes il y a _horror feminæ_ et incapacité absolue

pour les rapports sexuels avec la femme. Le caractère et les

inclinations sont féminins.

Telles sont les observations recueillies par la science

médico-légale et la psychiatrie. La science médicale exige

la preuve qu'un homme appartient à une des catégories

susénumérées, pour qu'elle puisse croire que cet individu est

pédéraste.

C'est en vain qu'on chercherait, dans les antécédents et dans

l'extérieur du docteur S., des symptômes permettant de le

classer dans une des catégories de la pédérastie active

établies par la science. Ce n'est ni un individu astreint à

l'abstinence sexuelle, ni un individu devenu impuissant en

face des femmes par suite de débauches, ni un homosexuel, ni

un individu devenu par suite d'une masturbation continuelle

indifférent pour la femme et poussé vers l'homme, ni un

individu devenu, par suite d'une grave maladie mentale,

sexuellement pervers.

Il n'a pas même les caractères généraux de la pédérastie:

imbécillité morale ou dépravation d'un côté, et trop grands

besoins sexuels de l'autre.

Il est aussi impossible de classer son complice G., dans une

des catégories de la pédérastie passive; car il n'a ni les

attributs d'une hétaïre masculine, ni les stigmates cliniques

de l'homme-femme. Il est tout le contraire de cela.

Pour rendre plausible du point de vue médico-légal une liaison

pédéraste entre ces deux hommes, il faudrait alors que le

docteur S., présentât les antécédents et les symptômes du

pédéraste actif mentionnés (I al. 2) et G., ceux du pédéraste

passif cités (II al. 1 ou 2).

La supposition sur laquelle se fonde le verdict est, au point

de vue de la psychologie légale, insoutenable.

On pourrait, pour la même raison, prendre tout homme pour

un pédéraste. Reste encore à examiner si, au point de vue

psychologique, les explications fournies par S., et G., sur

leur amitié au moins étrange, tiennent debout.

Au point de vue psychologique, ce n'est pas un fait sans

analogie qu'un homme excentrique et sentimental comme S.,

conclue une amitié transcendante sans aucune émotion sexuelle.

Il suffit de rappeler à ce propos les amitiés intimes qui

se lient dans les pensionnats de filles, l'amitié pleine

de dévouement de jeunes gens sentimentaux en général, la

tendresse que l'homme de coeur sensible montre même envers

un animal domestique, sans que personne l'interprète comme une

tendance sodomiste.

Étant donnée la particularité psychologique du docteur S., une

amitié exaltée pour le jeune G., est très compréhensible. La

franchise avec laquelle se montrait cette amitié devant le

public laisse plutôt supposer le caractère innocent de cette

affection qu'une passion sensuelle.

Les condamnés réussirent à obtenir une revision de la

procédure judiciaire. Le 7 mars 1890 eurent lieu les nouveaux

débats contradictoires. Les dépositions des témoins fournirent

en faveur des accusés des faits qui les disculpaient

entièrement.

Tous reconnurent la conduite morale de S., antérieurement. La

soeur de charité qui a soigné G., pendant que celui-ci se

trouvait malade à la maison de S., n'a jamais remarqué rien

de suspect dans leurs rapports. Les anciens amis de S.,

témoignèrent de sa moralité, de son amitié très tendre et de

son habitude de les embrasser à l'arrivée et avant le départ.

Les modifications qu'on avait autrefois constatées à l'anus

de G., n'existaient plus. Un des experts convoqués par le

tribunal admit la possibilité que ces anomalies de l'anus

aient été occasionnées par des manipulations digitales. Leur

valeur diagnostique a été contestée par le médecin-expert

convoqué par le défenseur.

Le tribunal a reconnu que la preuve du délit présumé

n'existait pas, et il a prononcé l'acquittement des accusés.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 74 / 88 题