Autriche, § 190; Allemagne, § 219 (vol à main armée); Autriche, § 171
et 460; Allemagne, § 212 (vol).
Il ressort du chapitre de pathologie générale qui est consacré au
fétichisme, que le fétichisme pathologique peut devenir quelquefois
la cause de délits. Jusqu'ici on connaît, comme délits de ce genre: le
fait de couper les nattes de cheveux (observations 78, 79, 80); le vol
à main armée ou le simple vol de linges de femmes, mouchoirs, tabliers
(observations 82, 83, 85, 86), souliers de femmes (observations 67,
87, 88), étoffes de soie (observation 93). Il n'y a pas à douter que
les auteurs de ces actes soient psychiquement tarés. Mais pour
pouvoir admettre le manque de libre arbitre et, par conséquent,
l'irresponsabilité, il est absolument nécessaire de fournir la preuve
qu'il y a une contrainte irrésistible soit dans le sens d'un acte
impulsif, soit par une débilité d'esprit qui a mis l'individu dans
l'impossibilité de dompter son penchant pervers et criminel.
Toutefois, ces délits, ainsi que la forme singulière de leur exécution
qui diffère sensiblement d'un vulgaire vol ou vol à main armée,
exigent une enquête médico-légale. D'autre part, ils n'ont pas
toujours pour cause originaire des circonstances psycho-pathologiques,
ainsi que nous le montrent les cas très rares où le coupeur de
nattes[115] est poussé uniquement par l'âpreté au gain.
[Note 115: D'après le droit autrichien, ce délit pourrait être
qualifié de blessure légère et tomber sous le coup du § 411; d'après
le droit criminel allemand, il y a dans ce cas coups et blessures.
(Comparez Liszt, p. 325.)]
OBSERVATION 189 (_Fétichisme du mouchoir. Vols continuels
de mouchoirs de femmes_).--D..., quarante-deux ans, valet de
ferme, célibataire, a été envoyé par les autorités, le 1er
mars 1892, à l'asile du district de Deggendorff (Bavière) pour
que son état mental y soit soumis à l'observation médicale.
D... est un homme de grande taille, 1 m,62, fort et gras. Le
crâne est sub-microcéphale, l'expression de la figure fate.
L'expression des yeux est névropathique. Les organes génitaux
sont tout à fait normaux. Sauf un degré modéré de neurasthénie
et d'accentuation du réflexe patellaire, on ne trouve rien
d'anormal physiquement du côté du système nerveux.
En 1878, D... a été pour la première fois condamné par la Cour
d'assises de Straubing à une peine d'un an et demi de prison
pour avoir volé des mouchoirs.
En 1880, il vola dans la cour d'une ferme le mouchoir d'une
marchande de volailles; il fut condamné à quinze jours de
prison.
En 1882, il essaya, sur la route publique, d'arracher à une
fille de paysan le mouchoir que celle-ci tenait à la main.
Accusé d'acte de brigandage il fut acquitté sur l'avis du
médecin légiste, qui constata une débilité mentale d'un
degré très avancé et un trouble morbide des fonctions
intellectuelles _tempore delicti_.
En 1884, la Cour d'assises le condamna à quatre ans de prison
pour vol d'un mouchoir commis avec violence et dans les mêmes
circonstances que le délit précédent.
En 1888 il tira, dans un marché public, un mouchoir de la
poche d'une femme. Il fut condamné à quatre mois de prison.
En 1889 il fut condamné pour un délit de ce genre à neuf mois
de prison.
En 1891, _idem_, dix mois. Pour le reste, la liste de ses
condamnations fait mention encore de quelques contraventions
et détentions pour port d'armes prohibées et pour vagabondage.
Tous les vols de mouchoirs avaient été sans exception commis
au détriment de jeunes femmes ou de filles et, dans la plupart
des cas, en plein jour, en présence d'autres personnes, et
avec tant de maladresse et si peu de ménagement que le voleur
fut toujours immédiatement pris et arrêté. Nulle part, dans
les dossiers, on ne trouve d'indice que D... aurait jamais
volé d'autres objets, même les plus insignifiants.
Le 9 décembre 1891, D... venait une fois de plus de sortir de
prison. Le 14, il fut pris en flagrant délit, au moment où,
dans la bousculade d'une foire, il tirait un mouchoir de la
poche d'une fille de paysans.
Il fut arrêté sur place et l'on trouva sur lui encore deux
mouchoirs blancs de femmes.
Lors de ses arrestations précédentes, on avait aussi trouvé
sur D... des collections de mouchoirs de femmes. En 1880, on
en a trouvé 32; en 1882, on en a trouvé 17; il en portait 9
autour du corps; une autre fois 25. Lors de son arrestation en
1891, on a trouvé en le fouillant et en visitant son corps 7
mouchoirs blancs.
Dans ses interrogatoires, D... invoquait toujours comme
mobile de ses vols qu'il se trouvait dans un état d'ébriété
prononcée, et qu'il n'avait voulu faire qu'une plaisanterie.
Quant aux mouchoirs qu'on trouva sur lui, il prétendit les
avoir en partie achetés, en partie troqués contre d'autres
objets, ou les avoir reçus en cadeau des filles avec
lesquelles il avait eu des rapports.
Pendant la période d'observation D... paraît
intellectuellement très borné, en même temps qu'il y a chez
lui une déchéance due au vagabondage, à l'ivrognerie et à la
masturbation: mais au fond il est de bon caractère, docile et
pas du tout réfractaire au travail.
Il ne sait rien de ses parents; il a grandi sans aucune
éducation ni aucune surveillance; étant enfant, il subvenait à
sa vie en mendiant; à l'âge de treize ans, il est devenu valet
d'écurie et, à l'âge de quatorze ans, on abusa de lui pour
des actes de pédérastie. Il affirme avoir senti son instinct
génital très tôt et d'une manière puissante; il a commencé
très tôt à faire le coït et il pratiquait en outre la
masturbation. À l'âge de quinze ans, un cocher lui apprit
qu'on pourrait se procurer un grand plaisir avec des mouchoirs
de jeunes femmes en se les appliquant _ad genitalia_. Il
essaya et trouva que le dire du cocher s'était pleinement
confirmé; à partir de ce moment il essaya par tous les moyens
de se procurer de ces mouchoirs. Son penchant devenait si
puissant qu'aussitôt qu'il apercevait une femme qui lui était
sympathique et qui tenait un mouchoir à la main ou assez
visiblement dans sa poche, il était, en sentant une violente
émotion sexuelle, saisi par l'impulsion de se presser contre
cette personne et de lui voler son mouchoir.
À jeun il lui était presque toujours possible de résister à
ce penchant, par la crainte d'encourir une condamnation. Mais,
quand il avait bu, sa force de résistance disparaissait. Déjà
pendant son service militaire, il s'était fait donner
des mouchoirs par des jeunes filles ou des femmes qui lui
plaisaient et il les avait troqués contre d'autres après s'en
être servi pendant quelque temps.
Quand il passait la nuit chez une fille, il échangeait
toujours son mouchoir avec elle. À plusieurs reprises il avait
acheté des mouchoirs pour les échanger chez des femmes.
Tant que les mouchoirs étaient neufs et n'avaient pas encore
servi, ils ne produisaient sur lui aucun effet. Ils ne
l'excitaient sexuellement qu'après qu'ils avaient été portés
par des filles.
Il ressort du dossier de son procès que souvent, pour mettre
des mouchoirs neufs en contact avec des femmes, il en avait
à plusieurs reprises mis sur le chemin où des femmes devaient
passer et avait essayé de les forcer à marcher dessus. Une
fois il assaillit une fille, lui pressa son mouchoir sur le
cou et se sauva ensuite.
Quand il était en possession d'un mouchoir qui avait été
touché par une femme, il se produisait chez lui de l'érection
et de l'orgasme. Il passait alors le mouchoir _ad corpus
nudum_, de préférence _ad genitalia_, et obtenait alors une
éjaculation satisfaisante.
Il n'a jamais demandé le coït aux femmes; d'une part parce
qu'il «craignait un refus, mais surtout parce qu'il aimait
mieux le mouchoir que la femme».
D... ne fait ces aveux qu'avec beaucoup de réticences et par
petits morceaux. Plusieurs fois il se met à pleurer et déclare
qu'il ne veut pas continuer à parler, parce que cela le fait
rougir. Ce n'est pas un voleur; il n'a jamais volé, pas même
pour la valeur d'un sou, même quand il se trouvait dans la
plus grande misère. Il n'a jamais pu se décider à vendre les
mouchoirs.
Il affirme avec un accent très sincère et parti du coeur:
«Je ne suis pas méchant garçon. Seulement quand je fais de ces
bêtises-là, je suis tout sens dessus dessous.»
L'excellent rapport fait par l'administration de l'asile
appuie sur le fait que les délits ont été commis sous
l'influence d'une impulsion morbide et irrésistible qui repose
sur la prédisposition anormale du sujet; il constate aussi une
débilité mentale peu prononcée. Acquittement sur l'accusation
de vol.
6. DÉBAUCHE AVEC DES INDIVIDUS AU-DESSOUS DE QUATORZE ANS. OUTRAGES
(AUTRICHE).
Code autrichien, § 128, 132; Projet autrichien, § 189, 191; Code
allemand, § 114, 176.
Par débauche (souillure, outrage) avec des individus non encore
mûrs sexuellement, le législateur comprend toutes sortes d'actes
d'impudicité commis sur des personnes au-dessous de quatorze ans, et
qu'on ne peut pas qualifier comme des viols. L'expression «débauche»,
dans le sens juridique du mot, réunit toutes les aberrations
désolantes et toutes les plus grandes abominations dont un homme
embrasé par la volupté, d'une morale faible et souvent aussi d'une
puissance sexuelle faible, est seul capable.
Un caractère commun à ces délits de moeurs commis sur des individus
qui appartiennent plus ou moins encore à l'enfance, c'est leur manque
de virilité, leur caractère de friponnerie et souvent d'ineptie. En
effet, à part les êtres pathologiques, représentés par les imbéciles
paralytiques, et les individus tombés dans l'imbécillité sénile, ce
genre de délits est commis presque exclusivement par des gens très
jeunes qui n'ont pas encore confiance dans leur courage et leur
puissance, ou par des débauchés qui sont devenus plus ou moins
impuissants. Il est absolument inimaginable qu'un adulte, en pleine
possession de sa puissance sexuelle et de ses facultés mentales,
puisse trouver plaisir à la débauche avec des enfants.
L'imagination du débauché, dans la mise en scène active ou passive
des actes d'impudicité, est excessivement féconde, et l'on peut se
demander si, par l'énumération suivante des actes parvenus jusqu'ici
à la connaissance des hommes de loi, on ait épuisé tous les cas
possibles capables de se produire dans ce domaine.
Dans la plupart des cas, l'impudicité consiste en attouchements
voluptueux (selon les circonstances, flagellation[116]),
manustupration active, entraînement des enfants à la débauche en se
servant d'eux pour la masturbation ou pour l'attouchement voluptueux.
[Note 116: Pour les cas précis, voir _Friedreichs Blætter, f. ger.
Anthropologie_, 1859, III, p. 77.]
Parmi les délits plus rares sont le _cunnilingus_, _irrumare_ sur des
garçons ou des filles, _pædicatio puellarum_, _coitus inter femora_,
exhibition.
Dans un cas rapporté par Maschka (_Handb._, III, p. 174), un jeune
homme fit danser dans sa chambre des petites filles nues, de huit à
douze ans, il les fit sauter, uriner devant lui jusqu'à ce qu'il en
eût de l'éjaculation.
L'abus des garçons par des femmes voluptueuses n'est pas rare
non plus; ces femmes procèdent avec les enfants à une _conjunctio
membrorum_ pour se satisfaire par la friction, ou bien elles cherchent
à se procurer de la satisfaction en se faisant masturber[117].
[Note 117: Les cas cités par Maschka, _Handbuch_, III, p.
175.--Caspers, _Vierteljahreschrift_, 1852, t. 1.--Tardieu, _Attentats
aux moeurs_.]
Un des exemples les plus abominables a été observé par Tardieu. Des
servantes, d'accord avec leurs amants, ont masturbé des enfants qui
leur avaient été confiés, ont fait le _cunnilingus_ avec une fille de
sept ans, lui ont introduit des carottes et des pommes de terre _in
vaginam_ et aussi dans l'anus d'un garçon de deux ans.
OBSERVATION 190.--L..., soixante-deux ans, lourdement taré,
masturbateur, prétend n'avoir jamais fait le coït, mais avoir
souvent pratiqué la _fellatio_. Il est à l'asile d'aliénés
pour _paranoia_. Son plus grand plaisir était d'attirer chez
lui des filles de dix à quatorze ans et de pratiquer sur elles
le _cunnilingus_ et d'autres horreurs. Il éjaculait alors avec
orgasme.
La masturbation ne lui procurait pas une satisfaction
aussi grande et ne lui donnait de l'éjaculation que fort
difficilement. Faute de mieux il était aussi _fellator
virorum_ et occasionnellement exhibitionniste. Phimosis. Crâne
asymétrique. (Pélanda, _Arch. di Psichiatria_, X, fascic. 3.)
OBSERVATION 191.--X..., prêtre, quarante ans, fut accusé
d'avoir attiré à lui des filles de dix à treize ans, de les
avoir déshabillées, d'avoir fait sur elles des attouchements
voluptueux et de s'être, après ces procédés, finalement
masturbé.
Il est taré, onaniste dès son enfance, imbécile moralement; de
tout temps il fut sexuellement très excitable. Le crâne est
un peu petit. Pénis d'une grandeur extraordinaire; symptômes
d'hypospadias. (_Idem._)
OBSERVATION 192.--K..., vingt-trois ans, joueur d'orgue de
Barbarie, est accusé et convaincu d'avoir à plusieurs reprises
attiré des garçons, parfois aussi des petites filles, et
d'avoir, dans un lieu écarté, pratiqué avec ces enfants
des actes d'impudicité (masturbation mutuelle, _fellatio
puerorum_, attouchements des parties génitales des petites
filles).
K... est un imbécile; il est aussi rabougri au physique, il a
à peine 1 m,5 de taille; crâne rachitique, hydrocéphale,
avec des dents écartées l'une de l'autre, défectueuses,
irrégulières.
Des lèvres épaisses, une mine abêtie, un langage bègue, des
attitudes maladroites complètent l'image de la dégénérescence
physique et intellectuelle. K... se comporte comme un enfant
qui a été surpris pour une gaminerie.
Barbe à peine perceptible. Parties génitales bien et
normalement développées.
Il a une idée vague d'avoir commis quelque chose
d'inconvenant, mais il ne se rend pas compte de la portée
morale, sociale et judiciaire de ses actes.
K... est né d'un père adonné à l'ivrognerie et d'une mère qui
est devenue folle par suite des mauvais traitements qu'elle
dut subir de la part de son mari; elle est morte à l'asile
d'aliénés.
Dans les premières années de sa vie, K... devint presque
complètement aveugle à la suite d'abcès de la cornée; à partir
de l'âge de six ans, il fut mis chez une femme subventionnée
par l'Assistance publique; devenu plus grand, il gagnait
pauvrement sa vie comme joueur d'orgue de Barbarie.
Son frère est un vaurien; lui-même passait pour un homme
grincheux, querelleur, méchant, capricieux et irritable.
Le rapport releva particulièrement l'arrêt de développement
intellectuel, moral et physique de l'inculpé.
Malheureusement, il faut convenir que les plus abominables de ces
délits de moeurs sont précisément commis par des personnes saines
d'esprit, qui, trop rassasiées des plaisirs sexuels, ou par lubricité
et brutalité, souvent aussi pendant l'ivresse, oublient à ce point
leur dignité d'hommes.
Mais une grande partie de ces faits procèdent d'un fondement
morbide. C'est surtout le cas chez les vieillards[118] qui deviennent
séducteurs de la jeunesse.
[Note 118: Comparez Kirn, _Allgem. Zeitschrift f. Psych._, XXXIX,
p. 47.]
Je me rallie absolument à l'avis de Kirn qui, pour ces cas, croit dans
toute circonstance une _exploratio mentalis_ nécessaire; car souvent
on peut établir le réveil d'un instinct génital pervers d'une violence
morbide et indomptable, réveil d'instinct qui peut être le phénomène
partiel d'une _dementia senilis_.