4. MASOCHISME ET SERVITUDE SEXUELLE.

Le masochisme[114] aussi, peut, dans certaines circonstances, avoir

une portée médico-légale, car le droit criminel moderne ne reconnaît

plus le principe du _volenti non fit injuria_ et le Code pénal

autrichien, actuellement en vigueur, dit expressément dans son article

4: «Des délits sont commis aussi sur des personnes qui demandent

elles-mêmes à être endommagées par l'acte du délit.»

[Note 114: Ainsi que le fait remarquer Herbst (_Handb. des

oesterr. Strafrechts_, Vienne 1878, p. 72), il y a pourtant des délits

qui n'existent qu'à défaut du consentement de l'endommagé et qui, par

conséquent, n'existent pas dans le cas où la personne qui paraît comme

la partie lésée a consenti à l'acte, par exemple, à un vol, au viol.

Herbst range aussi dans la catégorie de ces actes la restriction de la

liberté personnelle.

Dans ces derniers temps il s'est produit un changement important dans

la façon d'envisager ce point. Le Code pénal allemand considère pour

le cas d'homicide le consentement de la victime comme un fait si

important qu'il inflige à la suite de cette circonstance une peine

beaucoup plus atténuée (art. 216). De même le projet du Code pénal

autrichien (§ 222). On a songé à ce propos aux doubles suicides des

couples amoureux. Pour les coups et les blessures, ainsi que pour les

séquestrations, le consentement de la personne lésée devra trouver

chez le magistrat des égards analogues. Pour juger de la vraisemblance

d'un pareil consentement qu'on pourrait invoquer, la connaissance du

masochisme est en tout cas d'une certaine importance.]

Au point de vue psychologique et médico-légal les faits de servitude

sexuelle offrent un intérêt beaucoup plus grand. Quand la sexualité

est trop puissante, éventuellement captivée par un charme fétichiste

et que la force morale de résistance est minime, une femme rancunière

ou rapace, au pouvoir de laquelle l'homme est tombé par passion

amoureuse, peut pousser son amant aux crimes les plus graves. Le cas

suivant en est un exemple digne d'être retenu.

OBSERVATION 188 (_Assassinat de sa propre famille par

servitude sexuelle_).--N..., fabricant de savons à Catane, âgé

de trente-quatre ans, autrefois de bonne réputation, a, dans

la nuit du 21 décembre 1886, tué à coups de poignard sa femme,

qui dormait à côté de lui, et étranglé ses deux filles, dont

l'aînée avait sept ans et la cadette six semaines. N... nia

d'abord, et essaya de détourner les soupçons sur un autre;

ensuite il fit des aveux complets et pria les magistrats de le

faire exécuter.

N..., issu d'une famille tout à fait saine, autrefois bien

portant, négociant respecté et très capable, vivant en bon

ménage, se trouvait, depuis des années, sous l'influence

fascinatrice d'une maîtresse qui savait l'attirer à elle, et

qui le dominait entièrement.

Il a pu tenir secrets ces rapports et devant le monde et

devant sa femme.

En provoquant sa jalousie et en lui déclarant qu'il ne

pourrait conserver la possession de ses faveurs qu'en

l'épousant, ce monstre de femme a su pousser son amant, faible

de caractère et fou d'amour, à assassiner son épouse et

ses enfants. Après l'acte, N... força son petit neveu à le

ligotter comme si lui-même avait été victime des assassins,

et il imposa le silence au petit garçon en le menaçant de le

tuer. Quand les gens arrivèrent, il joua le rôle d'un père de

famille malheureux et victime d'un guet-apens.

Après ses aveux, il manifesta un profond repentir. Pendant

les deux années de l'instruction judiciaire et à l'audience

publique, N... ne présenta jamais de symptômes de troubles

mentaux.

Il ne pouvait s'expliquer que par une sorte de fascination sa

passion folle pour la catin en question. Il n'a jamais eu à se

plaindre de sa femme. On ne trouva aucune trace d'un instinct

génital anormalement fort, ni d'une tendance perverse chez

ce criminel passionnel et exceptionnel. Son repentir et sa

mortification prouvaient qu'il n'était pas non plus défectueux

moralement. Preuve de facultés mentales intactes. Exclusion de

toute impulsion irrésistible. (Mandalari, _Il Morgagni_, 1890,

février.)

Il va de soi que la responsabilité, dans ce cas horrible et dans

beaucoup d'autres analogues, ne peut pas être contestée. Dans l'ordre

actuel des choses, l'analyse plus subtile des motifs d'un acte

est hors de la portée des profanes et les juristes se tiennent

systématiquement à l'écart de toute psychologie en raison d'un

formalisme logique. Il n'y a pas lieu de supposer que la servitude

sexuelle soit appréciée par des magistrats et des jurés, d'autant

moins que dans ce cas le mobile de l'acte criminel n'est pas de nature

morbide et que l'intensité d'un mobile en elle-même ne saurait être

prise en considération.

Toutefois on devrait, dans de pareils cas, examiner et peser s'il y

a encore sensibilité aux contre-motifs moraux ou si cet élément a été

éliminé, ce qui indiquerait un déséquilibrement de l'état psychique.

Sans doute, dans ces cas, il s'est produit une sorte de faiblesse

morale acquise qui influe sur la responsabilité. Dans les délits

d'instigation, la servitude sexuelle devrait toujours être comptée

comme une raison pour l'admission des circonstances atténuantes.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 67 / 88 题