1. OUTRAGES AUX MOEURS PAR EXHIBITIONNISME

(Autriche, art. 516; Projet de loi, art. 195; Code allemand, art.

183.)

La pudeur est dans la vie civilisée de l'homme moderne un trait de

caractère et un principe tellement enracinés par l'éducation des

siècles qu'il faut bien supposer de prime abord l'existence d'un état

psycho-pathologique chez ceux qui outragent grossièrement la décence

publique.

On supposera, avec juste raison, qu'un individu qui blesse d'une

telle façon le sentiment moral des hommes et en même temps sa propre

dignité, n'a jamais pu acquérir de principes moraux (idiots), ou les

a perdus (faiblesse mentale acquise), ou qu'il a agi dans un moment de

trouble de sa conscience (folie transitoire, troubles de l'esprit).

Un acte très singulier et qui rentre dans cette catégorie est

l'exhibitionnisme.

Les cas observés jusqu'ici nous montrent que ce sont exclusivement des

hommes qui découvrent avec ostentation leurs parties génitales devant

des personnes de l'autre sexe, et qui ont éventuellement poursuivi ces

dernières, mais sans devenir agressifs.

La forme puérile de cet acte sexuel ou plutôt de cette manifestation

sexuelle indique une idiotie intellectuelle ou morale, ou du moins une

entrave temporaire aux fonctions intellectuelles et éthiques, en

même temps que le libido reçoit une excitation due à un trouble

considérable de la conscience (inconscience morbide, trouble des

sens); elle met en doute aussi la puissance de ces individus. Il y a

donc diverses catégories d'exhibitionnistes.

La première comprend les individus atteints de faiblesse mentale

acquise, chez lesquels la conscience a été troublée par une maladie

du cerveau ou de la moelle épinière; les fonctions éthiques et

intellectuelles ont été lésées et ne peuvent former aucun contre-poids

contre le libido qui a toujours été puissant ou qui a été excité par

la maladie; de plus, ces individus sont impuissants et ne peuvent

plus manifester leur impulsion sexuelle par des actes violents

(éventuellement le viol) mais seulement par des actes puérils.

C'est dans cette catégorie que rentrent la plupart des cas

rapportés[106].

[Note 106: Lasègue, _Union médicale_, 1887, mai; Laugier, _Annal.

d'hygiène publ._, 1878, nº 106; Pelanda, _Ueber Pornopathiker,

Archivio di Psichiatria_, VIII; Schuchardt, _Zeitschrift f.

Medicinalbeamte_, 1890, II. 6.]

Il s'agit d'individus tombés dans la _dementia senilis_, dans

l'idiotie paralytique, ou qui, par abus de l'alcool, par suite

d'épilepsie, etc., sont devenus malades au point de vue intellectuel.

OBSERVATION 165.--Z..., fonctionnaire supérieur, soixante

ans, veuf, père de famille, a provoqué un scandale parce que

pendant une période de quinze jours, à plusieurs reprises,

_genitalia sua de fenestra ostendit_ à une fille qui habitait

en face de lui. Plusieurs mois après, cet homme a répété

dans des circonstances analogues son acte inconvenant. Dans

l'interrogatoire il reconnaît lui-même le caractère abominable

de son procédé, mais il ne peut en donner aucune explication.

Une année après, il est mort d'une affection cérébrale.

(Lasègue, _op. cit._)

OBSERVATION 166.--Z..., soixante-dix-huit ans, marin, a

plusieurs fois exhibitionné dans des préaux où jouent les

enfants ou dans la proximité des écoles de filles. C'était

son seul procédé d'activité sexuelle. Z..., marié, père de dix

enfants, a eu, il y a douze ans, à la tête, une grave blessure

dont il porte encore une cicatrice osseuse très profonde. Une

pression sur cette cicatrice lui cause de la douleur, en

même temps que la figure devient rouge et qu'il a l'air

comme pétrifié. Le malade paraît somnolent; il a souvent des

convulsions dans l'extrémité supérieure à droite (évidemment

des états épileptoïdes en connexité avec une maladie de

l'écorce cérébrale). Du reste, constatation d'une démence

sénile et d'un _senium_ très avancé. On ne sait pas si les

exhibitions ont coïncidé avec des accès épileptoïdes. Preuve

d'une _dementia senilis_. Acquittement. (Dr Schuchardt, _op.

cit._)

Pelanda (_op. cit._) m'a communiqué une série de cas qui rentrent dans

cette catégorie.

1. Paralytique, soixante ans. À l'âge de cinquante-huit ans, il a

commencé à exhibitionner devant des femmes et des enfants. Il a gardé

à l'asile d'aliénés (Verona) pendant longtemps encore son caractère

lascif et a essayé aussi de la _fellatio_.

2. Vieux _potator_, soixante-six ans, très taré, atteint de folie

circulaire. Son exhibitionnisme a été remarqué pour la première fois à

l'église, pendant l'office. Son frère aussi était exhibitionniste.

3. Homme de quarante-neuf ans, taré, _potator_, de tout temps très

excitable sexuellement, interné à l'asile pour alcoolisme chronique,

exhibe toutes les fois qu'il aperçoit un être féminin.

4. Homme de soixante-quatre ans, marié, père de quatorze enfants.

Chargé de lourdes tares. Rachitique, crâne microcéphale. Est

exhibitionniste depuis des années, malgré les condamnations réitérées

qu'il s'est attirées.

OBSERVATION 167.--X..., négociant, né en 1833, célibataire, a

exhibitionné devant des enfants à plusieurs reprises: parfois

il urinait devant eux; une fois, pendant qu'il se trouvait

dans cette situation, il a embrassé une petite fille. Il y a

vingt ans, X... a eu une grave maladie mentale qui a duré deux

ans et pendant laquelle il aurait eu une attaque d'apoplexie.

Plus tard, ayant perdu sa fortune, il se livra à la boisson

et, dans les dernières années, il semblait souvent avoir des

absences d'esprit.

Le _status præsens_ a amené la constatation d'alcoolisme, de

_senium præcox_, de faiblesse mentale. Penis petit,

phimosis, testicules atrophiés. Preuves de maladie mentale.

Acquittement. (Dr Schuchardt, _op. cit._)

Ces cas d'exhibitionnisme rappellent l'habitude des jeunes gens plus

ou moins âgés et en excitation sexuelle, habitude qui se retrouve

aussi chez certains adultes cyniques d'une moralité très abaissée, qui

s'amusent à salir les murs des lieux d'aisance publics de dessins

de parties génitales masculines et féminines. C'est une sorte

d'exhibitionnisme idéal mais qui est encore très loin de

l'exhibitionnisme réel.

Les épileptiques forment une autre catégorie d'exhibitionnistes.

Cette catégorie se distingue de la précédente par le fait essentiel

qu'il y a absence de mobile conscient pour l'exhibition. Celle-ci

semble plutôt un acte impulsif dont l'exécution s'impose à l'individu

sans égards pour les circonstances extérieures, par suite d'une

contrainte morbide et organique.

Il y a toujours _tempore delicti_ une obnubilation de l'esprit. Cela

explique aussi pourquoi le malheureux, sans avoir conscience de

la portée de son acte, dans tous les cas sans cynisme, commet sous

l'influence d'une obsession aveugle un acte qu'il regrette et abhorre

quand il a repris ses sens, à moins qu'il ne soit déjà arrivé à un

état permanent de faiblesse mentale.

Dans cet état d'esprit embrouillé, _primum movens_ est, comme dans les

autres actes impulsifs, un sentiment d'oppression anxieuse. S'il

s'y joint un sentiment sexuel, l'idée obsédante reçoit une ligne de

direction déterminée dans le sens d'un acte correspondant (sexuel).

On trouvera ailleurs l'explication du fait que, chez les épileptiques,

ce sont précisément les représentations sexuelles qui surgissent avec

une facilité particulière _tempore insultus_.

Si une pareille association d'idées s'est faite et que, dans un accès,

un acte déterminé ait lieu, cette association se reproduit dans tous

les accès suivants avec d'autant plus de facilité qu'il s'est formé,

pour ainsi dire, un sentier battu dans la voie de la motivation.

L'état d'angoisse pendant que la conscience est voilée, fait paraître

l'impulsion sexuelle associée, comme un ordre, une contrainte

intérieure, qui est exécutée impulsivement et avec une suppression

absolue du libre arbitre.

OBSERVATION 168.--K..., fonctionnaire subalterne, vingt-neuf

ans, de famille névropathique, vivant heureux en ménage, père

d'un enfant, a plusieurs fois, au crépuscule, exhibitionné

devant des bonnes. Il est grand, svelte, pâle, nerveux,

précipité dans ses allures. Il n'a qu'un souvenir sommaire

de ses délits. Depuis son enfance, il a eu de fréquents états

congestifs, avec rougeur vive à la figure, pouls accéléré et

tendu, regard fixe et comme dénotant une absence d'esprit. Par

ci, par là, il y avait dans ces accès, abolition des sens et

vertige. Dans cet état exceptionnel (épileptique), K... ne

répondait que lorsqu'on avait crié plusieurs fois; alors il

revenait à lui, comme s'il sortait d'un rêve. K... prétend

que, pendant les quelques heures qui précédaient les actes

incriminés, il se sentait toujours excité et inquiet, qu'il

éprouvait une angoisse avec oppression et fluxion vers la

tête. Arrivé au summum de cet état, il sortait sans but de la

maison et exhibait quelque part ses parties génitales. Rentré

à la maison, il n'avait gardé de ces incidents que comme un

souvenir de rêve: il se sentait très fatigué et très déprimé.

Il est aussi à remarquer que, pendant l'exhibition, il

allumait des allumettes pour éclairer ses parties génitales.

L'avis des médecins légistes concluait que les actes

incriminés s'étaient produits sous l'action d'une contrainte

due à l'état épileptique. Toutefois il fut condamné, avec

admission de circonstances atténuantes. (Dr Schuchardt, _op.

cit._)

OBSERVATION 169.--L..., trente-neuf ans, célibataire,

tailleur, né d'un père qui probablement était adonné à la

boisson, avait deux frères épileptiques et un qui était

aliéné. Lui-même présente des crises épileptiques plus

légères; il a de temps en temps l'esprit voilé; dans cet état

il erre sans but et ne sait plus après où il a été. Il passait

pour un homme convenable; il est maintenant accusé d'avoir

dans une maison étrangère exhibé quatre à six fois ses parties

génitales et joué avec. Le souvenir de ces actes était très

vague chez lui.

L... avait déjà subi une grave condamnation pour avoir déserté

plusieurs fois pendant qu'il était au régiment (probablement

ces désertions ont eu lieu dans un état de trouble

épileptique); en prison, il fut atteint d'une maladie mentale

et on le transporta pour cause de «folie épileptique» à la

Charité, d'où il fut plus tard renvoyé comme guéri. En ce

qui concerne les actes incriminés, il faut exclure l'idée de

cynisme ou d'exubérance. Il est probable qu'ils ont été commis

dans un état d'obnubilation intellectuelle, ce qui ressort

entre autres du fait que cet homme paraissait étrange au point

de vue psychique, même aux agents qui l'arrêtaient, et qui

l'appelaient l'idiot. (Liman, _Vierteljahrsschr. f. ger.

Med._, N. F., XXXVIII, fascicule 2.)

OBSERVATION 170.--L..., trente-sept ans, s'est rendu coupable

d'avoir, du 15 octobre jusqu'au 2 novembre 1889, fait un grand

nombre d'exhibitions devant des filles; il avait commis ces

actes en plein jour, dans la rue, et même dans des écoles où

il pénétrait. À l'occasion il arrivait qu'il demandait aux

filles la masturbation ou le coït, et comme cela lui était

refusé, il se masturbait devant elles. À G..., se trouvant

dans un cabaret, il frappa avec son pénis, mis à nu, sur les

vitres, de sorte que les servantes et les enfants qui étaient

dans la cuisine le virent.

Après son arrestation, on constata que, depuis 1870, L...

avait déjà nombre de fois provoqué du scandale par ses

exhibitions, mais qu'il avait toujours échappé à une

condamnation, grâce aux preuves d'une maladie mentale établies

par les médecins. En revanche, il avait subi, pendant son

service militaire, des condamnations pour désertion et vol,

et une fois, comme civil, pour vol de cigares. À plusieurs

reprises il a été interné dans un asile d'aliénés pour maladie

mentale (accès de folie). Du reste il s'était fait remarquer

par son caractère changeant et querelleur, par son excitation

périodique et son inconstance.

Le frère de L... est mort paralysé. Lui-même ne présente aucun

stigmate de dégénérescence ni d'antécédents épileptiques.

Pendant la période d'observation il n'est ni malade d'esprit,

ni mentalement affaibli.

Il se comporte d'une manière très décente et exprime une

profonde horreur pour ses délits sexuels.

Il les explique de la façon suivante. D'habitude il n'est pas

buveur, et par moments il a pourtant une impulsion à boire.

Aussitôt qu'il a commencé à boire, il se produit un afflux de

sang à la tête, des vertiges, de l'inquiétude, de l'angoisse,

de l'oppression. Alors il tombe dans une sorte d'état de rêve.

Un charme irrésistible le contraint à se découvrir, ce qui lui

procure du soulagement et de la liberté pour respirer.

Une fois découvert il ne sait plus ce qu'il fait. Comme signes

précurseurs de ces accès il a des scintillements devant les

yeux et du vertige.

Il n'a qu'un souvenir très vague et semblable à un rêve

lointain de sa période d'obnubilation.

Ce n'est qu'avec le temps que des représentations et

des impulsions sexuelles se sont associées à ses états

d'obnubilation pleins d'angoisse. Déjà, plusieurs années

auparavant, en proie à cet état, il avait déserté sans motif

et en s'exposant aux plus grands dangers; une fois il a sauté

par une fenêtre du deuxième étage: une autre fois il a quitté

une bonne place et est allé sans projet dans un pays voisin où

il fut bientôt arrêté pour exhibitionnisme.

Quand par hasard L... s'enivrait, en dehors de sa période

de maladie, il n'exhibitionnait jamais. À l'état lucide ses

sentiments et ses rapports sexuels sont tout à fait normaux.

(Dr Holzen, _Friedreichs Blætter_, 1890, fascicule 6.) Comme

autres cas voir les observations 153, 155.

Un groupe qui, au point de vue clinique, est très voisin de celui

des exhibitionnistes épileptiques, est représenté par certains

neurasthéniques, chez lesquels il se produit aussi par accès des états

d'obnubilation[107] (épileptoïde?) avec une oppression anxieuse.

Les impulsions sexuelles qui s'associent à ces états peuvent amener

impulsivement à des actes d'exhibitionnisme.

[Note 107: Comparez v. Krafft, _Ueber transitorisches Irresein bei

Neurasthenischen, Journal Irrenfreund_, 1883, nº 8 et _Wiener klin.

Wochenschrift_, 1891, nº 50.]

OBSERVATION 171.--Dr S., professeur de lycée, a provoqué

un scandale public par le fait qu'il a été vu, à plusieurs

reprises, _genitalibus denudatis_ devant des dames et des

enfants. S... en convient, mais il nie avoir eu ni l'intention

ni la conscience d'avoir provoqué par là un scandale public;

il allègue comme excuse qu'en courant rapidement avec

les parties génitales découvertes, il soulage son émotion

nerveuse. Son grand-père du côté maternel était hypocondriaque

et a fini par le suicide, sa mère était de constitution

névropathique, avait du somnambulisme (se promenait pendant

son sommeil) et fut passagèrement atteinte d'une dépression

mélancolique. L'inculpé est névropathe; il était somnambule,

eut de tout temps une aversion pour les rapports sexuels avec

les femmes, pratiqua pendant sa jeunesse l'onanisme. C'est

un homme timide, sans énergie, qui s'embarrasse facilement et

tombe en confusion; il est neurasthénique. Il était toujours

très excité sexuellement. Il rêvait souvent qu'il courait

_mentula denudata_ ou qu'étant en chemise, il était suspendu

sur la barre d'une salle de gymnastique, ayant la tête en bas,

de sorte que la chemise retombait et que le membre en érection

se trouvait découvert. Ces rêves lui donnaient des pollutions,

et il était alors calmé pour toute une semaine.

Même quand il est éveillé, il a souvent, comme dans ses rêves,

une impulsion à courir, avec son membre découvert. Quand il

se met à découvrir son membre, il sent une chaleur ardente;

il court alors à tort et à travers, son membre devient moite,

mais il n'arrive pas à la pollution. Enfin il y a _relaxatio

membri_, il le remet dans son pantalon, il recouvre ses sens

et est très heureux quand personne n'a vu ce manège. Dans cet

état d'excitation il se sent comme en rêve, comme ivre. Il n'a

jamais eu, dans ces circonstances, l'intention de provoquer

des femmes. S... n'est pas épileptique. Ses assertions sont

empreintes d'un cachet de vérité. En effet, se trouvant dans

cet état, il n'a jamais poursuivi de femmes, il ne leur a

même jamais adressé la parole. La brutalité et la frivolité

semblent être absentes dans son cas. De toutes façons les

actes de S... sont dus à un sentiment et à une idée morbides

et il se trouvait, au moment de les commettre, dans un état

de trouble morbide des fonctions mentales. (Liman,

_Vierteljahrschrift für gerichtl. Med._ N. F XXX, VIII,

fascicule 2.)

OBSERVATION 172.--X..., trente-huit ans, marié, père d'un

enfant. De tout temps d'un caractère sombre, taciturne;

souffrant souvent de maux de tête; gravement neurasthénique,

mais pas malade au physique, très tourmenté par des pollutions

nocturnes; a plusieurs fois suivi dans la rue des filles de

magasin qu'il avait guettées dans un urinoir; en les suivant

il exhibait ses parties génitales et manipulait son pénis.

Dans un cas il avait même poursuivi une fille jusque dans le

magasin. (Trochon, _Arch. de l'anthropologie criminelle_, III,

p. 256.)

Dans l'observation suivante l'exhibition n'apparaît que comme

un accessoire à côté d'un penchant impulsif à satisfaire par la

masturbation un _libido_ violent qui se manifeste subitement.

OBSERVATION 173.--R..., cocher, quarante-neuf ans, marié à

Vienne depuis 1866, sans enfants, est né d'un père névropathe

exalté sexuellement et qui est mort d'une maladie cérébrale.

Il ne présente aucun stigmate de dégénérescence.

À l'âge de vingt-cinq ans il a eu une _commotio_ grave à

la suite d'une chute d'un lieu élevé. Jusque-là sa _vita

sexualis_ était normale. Depuis il tombe tous les trois ou

quatre mois dans un état d'excitation sexuelle très pénible,

avec une impulsion à la masturbation. Comme signes précurseurs

de ces accès, il éprouve un sentiment de grande fatigue et de

malaise avec le besoin de prendre des boissons alcooliques.

Dans les intervalles il est froid sexuellement, et il n'a eu

que rarement le besoin de faire le coït avec sa femme qui, du

reste, est depuis cinq ans malade et inapte à la cohabitation.

Il affirme ne s'être jamais masturbé pendant qu'il était jeune

homme; il n'a pas songé davantage, dans les intervalles de ses

accès, à ce genre de satisfaction sexuelle.

Pendant la période dangereuse, l'impulsion à la masturbation

surgit toujours à la vue de certains charmes féminins, tels

que jupon court, beau pied et beaux jarrets, apparition

élégante. L'âge n'y fait rien. Des petites filles même peuvent

exercer une impression excitante. L'impulsion est subite,

irrésistible. R... donne la description des états et des

symptômes d'un acte impulsif. Il a souvent essayé de résister,

mais alors il se sent brûlé par une chaleur et il a des

angoisses terribles; il sent comme une chaleur d'ébullition

qui lui monte à la tête; il est comme dans un brouillard; il

ne perd pas tout à fait conscience, c'est vrai, mais il est

comme hors de ses sens. En même temps il a des douleurs et des

lancements violents dans les testicules et dans les cordons

spermatiques. Il regrette d'être obligé d'avouer que

l'impulsion est plus forte que sa volonté. Dans cette

situation il se sent contraint de se masturber, n'importe dans

quel endroit où il se trouve. Aussitôt que l'éjaculation s'est

produite, il se sent soulagé et il retrouve son empire sur

lui-même. C'est une chose terrible et fatale. Son avocat

m'apprend que R... a déjà été condamné six fois pour le même

délit: exhibition et masturbation sur la voie publique. Toutes

les fois il a demandé que l'état mental de son client fût

soumis à un examen médical et le tribunal a toujours refusé,

alléguant que dans le dossier de la cause on ne trouvait

exprimé aucun doute concernant la responsabilité de l'accusé.

Le 4 novembre 1889, R... étant dans sa période dangereuse, se

trouvait dans la rue au moment où un groupe de petites filles

de l'école passait devant lui. Son impulsion indomptable

se réveilla. Il n'eut pas le temps d'aller dans un cabinet

d'aisances, il était trop excité. Aussitôt il procéda à

l'exhibition, se masturba sous une porte-cochère: immense

scandale, arrestation. R... n'est pas idiot ni défectueux

éthiquement. Il gémit sur son sort, éprouve une honte profonde

de son acte, craint de nouveaux accès, mais considère ses

accès comme morbides, comme une fatalité en présence de

laquelle il se trouve impuissant.

Il se croit encore sexuellement puissant. Le pénis est d'une

grandeur anormale. Existence du réflexe crémastérien; réflexe

patellaire accentué. Depuis quelques années, faiblesse du

sphincter vésical. Divers symptômes neurasthéniques.

Le rapport médical a démontré que R... avait agi sous

l'influence de conditions morbides et d'une manière impulsive.

Pas de condamnation. Le malade a été interné dans une maison

de santé d'où il fut relaxé quelques mois plus tard.

Dans l'observation précédente, le point clinique principal n'est pas

dans la névrose existante, mais plutôt dans le caractère impulsif de

l'acte (exhibition pour la masturbation).

Il est évident qu'en établissant des catégories entre les

exhibitionnistes imbéciles, entre ceux qui sont mentalement affaiblis

et ceux qui se trouvent sous l'influence d'un trouble névrosique

des sens (épileptique ou neurasthénique), le côté médico-légal de

ce phénomène n'est pas encore épuisé. On peut ajouter aux groupes

précédents un autre groupe dont les représentants sont, par suite

de lourdes tares (héréditaires, névrose dégénérative), poussés

périodiquement et d'une manière impulsive à l'exhibition.

Dans ces états de _psychopathia sexualis periodica_ l'impulsion à

l'exhibition éveillée par hasard, n'est qu'un phénomène partiel d'un

ensemble clinique, de même que dans la _dipsomania periodica_. Magnan,

à qui j'emprunte les deux cas instructifs suivants, attribue, avec

raison, une grande importance au caractère impulsif et périodique

de ces penchants morbides, ainsi qu'au fait que souvent ils sont

accompagnés d'une angoisse pénible qui fait place à un sentiment de

grand soulagement aussitôt que les désirs sont réalisés.

Ces faits--et, dans une mesure non moins grande, toute l'histoire

clinique de la dégénérescence psychique, qu'on peut dans la plupart

des cas ramener à des influences héréditaires ou à des conditions

qui, dans les premières années de la vie, ont nui au développement du

cerveau (_Rachitis_, etc.),--sont, au point de vue médico-légal, d'une

signification décisive.

OBSERVATION 174.--G..., vingt-neuf ans, garçon de café, a, en

1888, exhibé sous la porte d'une église en face de plusieurs

filles qui travaillaient dans un magasin. Il avoue le fait,

et même que plusieurs fois déjà au même endroit et à la

même heure, il s'était rendu coupable du même délit, ce qui,

l'année passée, lui avait valu une peine d'un mois de prison.

G... a des parents très nerveux. Son père est mal équilibré

psychiquement, d'un caractère très emporté. Sa mère est de

temps en temps malade psychiquement et atteinte d'une grave

maladie de nerfs.

G... eut de tout temps un tic nerveux de la face; variations

continuelles entre une dépression sans motif avec _tædium

vitæ_ et des périodes de gaieté. À l'âge de dix ans et de

quinze ans, il a voulu se suicider pour des raisons futiles.

Quand il est émotionné, il a des convulsions dans les

extrémités. Il présente constamment de l'analgésie générale.

En prison il fut tout d'abord hors de lui à cause de la honte

et du déshonneur qu'il causait à sa famille; il s'accusait

d'être le plus mauvais des hommes et de mériter la punition la

plus grave.

Jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, G... s'est satisfait par

l'auto-masturbation et la masturbation mutuelle: il a aussi

une fois onanisé une fille. À partir de cette époque, employé

dans un café, il était à la vue de la clientèle féminine

tellement excité qu'il en avait souvent de l'éjaculation.

Il souffrait presque continuellement de priapisme et, comme

l'affirmait sa femme, il en perdait le sommeil, malgré le

coït. Depuis sept ans, il avait, à plusieurs reprises, exhibé

et s'était exposé _nudatus_ en présence de _feminis vicinis_.

En 1883, il a conclu son mariage par amour. Les devoirs

conjugaux ne suffisaient pas à ses besoins excessifs. Par

moments, son excitation sexuelle devenait si violente qu'il en

avait des maux de tête, qu'il paraissait troublé, comme s'il

était ivre, étrange, et incapable de faire son service.

Se trouvant dans cet état le 12 mai 1887, il avait deux fois,

à de courts intervalles, exhibitionné devant des dames dans

les rues de Paris. Depuis, il livre un combat désespéré contre

ses penchants morbides qui l'obsèdent presque constamment; à

la fin de cet état il était toujours sombre, consterné, et il

pleurait alors des nuits entières. Toutefois, il recommençait

toujours. Rapport médical: preuve de dégénérescence

héréditaire avec idées obsédantes et impulsions irrésistibles

(perversion délirante du sens génital). Acquittement. (Magnan,

_Arch. de l'anthropologie criminelle_, T. V, nº 28).

OBSERVATION 175.--Br., vingt-sept ans, de mère névropathe et

de père alcoolique, a un frère qui est ivrogne et une soeur

qui est hystérique. Quatre parents proches du côté paternel

sont des ivrognes; une cousine est hystérique.

Il pratiqua, à partir de onze ans, l'onanisme, tantôt

solitaire, tantôt mutuel. À partir de l'âge de treize ans

il eut un penchant à exhibitionner. Il essaya dans l'urinoir

d'une rue, en éprouva un bien-être voluptueux, mais eut des

remords bientôt après. Quand il essayait de combattre son

penchant, il sentait une angoisse violente et un serrement

à la poitrine. Étant soldat, il avait souvent l'obsession de

montrer, sous divers prétextes, sa _mentulam_ aux camarades.

À partir de l'âge de dix-sept ans, il eut des rapports sexuels

avec des femmes. Il avait un grand plaisir à se montrer nu

devant elles. Il continuait ses exhibitions dans les rues.

Mais comme dans les urinoirs il ne pouvait compter que

rarement sur des spectateurs féminins, il choisit pour théâtre

de ses délits les églises. Pour pouvoir exhibitionner dans ces

endroits, il était toujours obligé de se remonter le courage

par quelques verres.

Sous l'influence des boissons alcooliques, l'impulsion

qu'il pouvait ordinairement assez bien maîtriser, devenait

irrésistible. B... n'a pas été condamné, il perdit sa place et

depuis il boit encore davantage. Peu de temps après, nouvelle

arrestation pour exhibition et masturbation dans une église.

(Magnan, _idem_.)

OBSERVATION 176.--X..., garçon coiffeur, trente-cinq ans,

plusieurs fois condamné pour délits de moeurs, a été de

nouveau arrêté parce que depuis trois semaines il rôdait

autour d'une école de filles, il cherchait à attirer sur

lui l'attention des filles, et quand il y réussissait il

exhibitionnait immédiatement. À l'occasion, il leur avait

aussi promis de l'argent en leur disant: _Habeo mentulam

pulcherrimam, venite ad me ut eam lambatis_.

X... avoue tout au magistrat, mais, dit-il, il ne sait

pas comment il a pu arriver à commettre de pareils actes.

D'habitude c'est un homme de fort bon sens, mais il a un

penchant à commettre ce délit, et il ne peut pas le réprimer.

Déjà, en 1879, étant soldat, il a quitté le service pour rôder

dans la ville et exhibitionner devant des enfants. Un an de

prison. En 1881, même délit. Il courait après les enfants et

s'arrêtait fixe. Un an et trois mois de prison. Deux jours

après avoir été rendu à la liberté il disait à deux petites

filles: «_Si mentulam meam videre vultis, mecum in hanc

tabernam veniatis._» Il nia ces paroles et prétendit qu'il

était ivre. Trois mois de prison.

En 1883, nouvelle exhibition. Il ne prononça pas une parole;

pendant son interrogatoire, il prétendit que depuis une

maladie grave qu'il avait eue, il y a huit ans, il souffrait

de ces excitations morbides. Un mois de prison. En 1884,

exhibition devant des filles dans un cimetière; en 1885,

_idem_. Il déclara: «Je reconnais mon tort, mais c'est une

maladie; quand cela me prend, je ne puis pas m'empêcher de

faire ces actes. Parfois il se passe un plus long laps de

temps pendant lequel ces penchants ne me viennent pas.» Six

mois de prison.

Relaxé le 12 août 1885, il récidive le 13 août. Même excuse.

Cette fois on le soumet à un examen médical qui ne put

constater aucun trouble mental. Trois ans de travaux forcés.

Après avoir purgé cette peine, série de nouvelles exhibitions.

Cette fois, l'examen a donné les résultats suivants.

Le père a souffert d'alcoolisme chronique et, dit-on, avait

commis le même genre d'actes d'impudicité. La mère et une

soeur sont atteintes d'une maladie de nerfs; toute la

famille était d'un tempérament violent.

X... souffrit de crises épileptiques à partir de sept ans

jusqu'à dix-huit ans. À l'âge de seize ans, premier coït.

Plus tard, gonorrhée et prétendue syphilis. Dans la période

suivante, rapports sexuels normaux jusqu'à l'âge de vingt

et un ans. À cette époque il était souvent obligé de passer

devant un préau; à l'occasion il satisfaisait son besoin

d'uriner et il arrivait que des enfants poussés par la

curiosité le regardaient.

Incidemment, il s'aperçut que ces regards curieux l'excitaient

sexuellement et lui donnaient de l'érection et même de

l'éjaculation. Il trouva alors plus de plaisir à ce genre de

satisfaction sexuelle, devint de plus en plus indifférent

au coït; il ne se satisfaisait que par l'exhibition qui

envahissait toutes ses pensées et dont il rêvait même dans

ses pollutions. Il lutta contre ce penchant mais en vain; sa

résistance devint de plus en plus faible. Il était pris avec

une telle puissance qu'il n'avait plus d'égards pour rien,

qu'il ne voyait ni n'entendait plus rien autour de lui, qu'il

était complètement «sans raison, comme un taureau qui veut de

sa tête enfoncer un mur».

X... a un crâne d'une largeur anormale; pénis petit; le

testicule gauche est atrophié. Le réflexe patellaire manque.

Symptômes de neurasthénie, surtout neuro-cérébrale. Pollutions

fréquentes. Les rêves ont la plupart pour sujet le coït

normal, et rarement l'exhibition devant des petites filles.

Quant à ses actes sexuels anormaux, il affirme que le penchant

à chercher et à attirer des filles vient chez lui en première

ligne, et ce n'est que lorsqu'il a réussi, _earum

intentionem in sua genitalia nudata transferre, erectionem

et ejaculationem fieri_; pendant l'acte il ne perd pas

conscience. Après il est toujours mécontent de l'avoir commis

et il se dit, quand il n'a pas été pris en flagrant délit,

«qu'il a encore une fois échappé au procureur».

En prison il n'a plus ce penchant; là il n'est tourmenté que

par des rêves et des pollutions. Quand il est en liberté

il cherche chaque jour l'occasion de se satisfaire par

l'exhibition. Il donnerait dix années de sa vie, s'il pouvait

se débarrasser de sa manie; «cette vie d'angoisse continuelle,

cette alternative entre la liberté et la prison est

insupportable».

Le rapport médical supposa une perversité congénitale du sens

sexuel en même temps qu'il constatait, une tare héréditaire

manifeste, une constitution névropathique, une asymétrie du

crâne, un développement défectueux des parties génitales.

Il est à remarquer aussi que l'exhibitionnisme s'est déclaré à

partir de l'époque où la maladie épileptique a cessé, de sorte

qu'on pourrait penser à un phénomène vicariant.

La perversion sexuelle s'est développée sur la base d'une

prédisposition existante et par le concours d'une association

d'idées amenée par le hasard (regards curieux des enfants

lorsqu'il urinait), à la suite d'un acte insignifiant en

lui-même.

Le malade n'a pas été condamné, mais transféré dans un asile

d'aliénés. (Dr Freyer, _Zeitschr. f. Medicinalbeamte_, 3e

année nº 8.)

OBSERVATION 177.--Par une soirée du printemps de 1891, vers

les neuf heures, une dame venait toute consternée au poste

de police du Stadtpark raconter l'incident suivant. Pendant

qu'elle se promenait, un homme complètement nu par devant

était sorti subitement d'un bosquet et s'était approché

d'elle; épouvantée, elle avait pris la fuite. L'agent de

police se rendit immédiatement à l'endroit désigné et y trouva

un homme qui exposait aux regards _ventrem et genitalia nuda_.

Il essaya de se sauver, mais il fut rejoint et arrêté.

Il déclara avoir été, par suite d'une forte consommation

d'alcool, excité sexuellement et sur le point de se mettre

en quête d'une prostituée. En traversant le parc il s'était

souvenu que l'exhibition lui procurait beaucoup plus de

jouissance que le coït qu'il ne pratique que rarement et à

défaut d'un autre genre de satisfaction. Après avoir retiré sa

chemise et déboutonné la partie supérieure de son pantalon, il

s'était posté dans un bosquet et _quum duæ feminæ advenissent

nudatis genitalibus iis occurrisse_. Dans cette situation il

sent une chaleur agréable et le sang lui monte à la tête.

L'inculpé est un ouvrier d'un établissement industriel; son

contremaître le dépeint comme un homme consciencieux dans ses

devoirs, laborieux, rangé, sobre et intelligent.

Déjà en 1886 B... a été condamné pour avoir deux fois

exhibitionné sur la voie publique: la première fois en plein

jour, et la seconde fois, le soir, étant assis sous une

lanterne.

B..., âgé de trente-sept ans, célibataire, fait une impression

étrange par sa mise de gommeux, son langage et ses manières

affectés. Son oeil a une expression névropathique et

romanesque; autour de sa bouche se dessine toujours un sourire

d'infatuation. Il prétend être né de parents sains. Une

soeur de son père et une soeur de sa mère eurent une

maladie mentale. D'autres soeurs de sa mère passaient pour

des dévotes excentriques.

B... n'a jamais eu de maladies graves. Dès son enfance il

était excentrique, fantasque, aimait les romans de chevalerie

et autres, s'absorbait tout entier dans ces sortes d'histoires

et finissait par s'identifier, dans son imagination

surchauffée, avec les héros du roman. Il croyait toujours être

quelqu'un de supérieur aux autres, attachait une grande valeur

à une mise élégante et aux bijoux; et lorsque les dimanches

il se pavanait, il croyait dans son imagination être un

fonctionnaire supérieur. B... n'a jamais présenté de symptômes

d'épilepsie. Dans sa première jeunesse, il a pratiqué un

onanisme modéré, plus tard le coït d'une façon modérée. Il

n'a jamais eu avant des sentiments ou des impulsions sexuelles

perverses. Il vivait d'une vie retirée et employait ses

loisirs à la lecture (ouvrages populaires et histoires de

chevalerie, Dumas entre autres). B... n'était pas buveur. Ce

n'est qu'exceptionnellement qu'il se préparait une sorte de

_bowle_ et en la buvant il se sentait excité sexuellement.

Depuis quelques années son _libido_ ayant considérablement

diminué, il avait conçu pendant ses libations alcooliques

«l'idée bête en diable» et le désir _genitalia adspectui

feminarum publice exhibere_.

Quand il est dans cet état, il s'échauffe; le coeur lui bat

violemment, le sang lui monte à la tête, et alors il ne peut

se défendre contre son penchant. Il ne voit ni n'entend plus

autre chose, et il est alors tout à fait absorbé par son

désir. Après il a souvent frappé à coups de poing sa tête

folle et pris la ferme résolution de ne plus faire du

pareilles choses, mais les idées folles lui sont toujours

revenues.

Pendant ces exhibitions, son pénis n'a qu'une demi-érection et

jamais il n'y a éjaculation, celle-ci d'ailleurs ne se

produit que tardivement quand il fait le coït. Il lui suffit,

lorsqu'il exhibe, _genitalia adspicere_, et il a alors l'idée

soulignée par une sensation voluptueuse que cet aspect

doit être très agréable aux femmes, de même que lui regarde

_genitalia feminarum_. Il n'est capable de faire le coït

que lorsque la _puella_ se montre très prévenante. Sinon il

préfère payer et s'en aller sans avoir rien fait. Dans ses

rêves érotiques, il exhibitionne devant des femmes jeunes et

plantureuses.

Le rapport médico-légal a démontré la personnalité

héréditairement psychopathique de l'inculpé, la tendance

perverse et impulsive aux délits incriminés et a fourni encore

la preuve, digne d'être remarquée, que les impulsions à la

consommation de l'alcool, chez cet homme d'habitude sobre et

économe, doivent être attribuées à une contrainte morbide qui

revient périodiquement. Il ressort à l'évidence des _species

facti_ que pendant ses accès B... se trouvait dans un état

d'exception psychique, dans une sorte de trouble des sens,

tout à fait plongé dans ses fantaisies sexuelles perverses.

C'est ainsi que s'explique aussi le fait qu'il ne s'est aperçu

de l'approche de l'agent de police que lorsqu'il était déjà

trop tard pour prendre la fuite. Ce qui est intéressant dans

cet exhibitionnisme héréditaire, dégénératif et impulsif,

c'est que le penchant sexuel pervers a été réveillé de son

état latent par l'influence de l'alcool.

Les frotteurs représentent une espèce d'exhibitionnistes remarquables

au point de vue médico-légal. Leur perversion repose sur un fondement

névrotico-dégénératif et clinique qui est analogue à celui des autres

exhibitionnistes; mais le procédé qui les caractérise particulièrement

est provoqué par un _libido_ violent (_hyperæsthesia sexualis_) qui

existe en même temps qu'une puissance sexuelle fort entamée.

Les trois observations suivantes, empruntées à Magnan (_op. cit._),

sont typiques.

OBSERVATION 178.--D..., quarante-quatre ans, taré, alcoolique

et atteint de saturnisme, s'était beaucoup masturbé jusqu'à

il y a un an; il avait aussi dessiné beaucoup d'images

pornographiques et les avait montrées à ses amis. À plusieurs

reprises, se trouvant seul chez lui, il s'était habillé en

femme.

Depuis deux ans, étant devenu impuissant, il éprouvait le

besoin d'aller dans la foule à l'heure du crépuscule et

_mentulam denudare eamque ad nates mulieris crassissimæ

terere_.

Pris un jour en flagrant délit, il fut condamné à quatre mois

de prison.

Sa femme tient une crèmerie. _Iterum iterumque sibi temperare

non potuit quia genitalia in ollam lacte completam mergeret._

Il éprouvait alors une sensation de volupté «comme s'il y

avait contact avec du velours».

Il était assez cynique pour se servir de cette huile pour lui

et pour ses clients.

En prison il s'est développé chez lui une monomanie alcoolique

de persécution.

OBSERVATION 179.--M..., trente et un ans, marié depuis six

ans, père de quatre enfants, lourdement taré, souffrant

épisodiquement de mélancolie, a été il y a trois ans surpris

par sa femme au moment où, revêtu d'une robe de soie, il se

masturbait. Un jour il fut surpris dans un magasin au moment

où il se frottait contre une dame. Il fut profondément

confondu et demanda une punition sévère pour son penchant qui

d'ailleurs était irrésistible.

OBSERVATION 180.--G..., trente-trois ans, lourdement chargé

de tares héréditaires, est surpris à une station d'omnibus

au moment où il frottait son membre contre une dame. Profond

repentir, mais affirmation qu'à l'aspect des _posteriora_

prononcés d'une dame il se sentait irrésistiblement entraîné

à faire du frottage et qu'il est alors troublé au point de ne

plus savoir ce qu'il fait.

Internement dans un asile d'aliénés.

OBSERVATION 181.--Z.... né en 1850, d'un passé irréprochable,

de bonne famille, employé d'une administration privée, bonne

situation matérielle, sans tare, veuf depuis 1873, après

un ménage de courte durée, s'était depuis longtemps fait

remarquer dans les églises par sa manie de se presser

par derrière contre les femmes, jeunes ou vieilles, et de

manipuler leurs tournures. On le guetta et un jour on réussit

à l'arrêter en flagrant délit. Il fut consterné au plus haut

degré; désespérant de sa situation, il pria, en faisant un

aveu complet, qu'on le ménage, sinon il ne lui resterait qu'à

se suicider.

Depuis deux ans, il était obsédé par le penchant funeste,

quand il se trouvait au milieu d'une foule, à l'église ou au

théâtre, à se frotter par derrière contre les femmes et

de manipuler leurs robes bouffantes, ce qui lui donnait de

l'orgasme et de l'éjaculation.

Z... affirme n'avoir jamais été adonné à la masturbation et

n'avoir dans aucun sens de tendance sexuelle perverse.

Depuis la mort prématurée de sa femme, il avait satisfait ses

puissants besoins sexuels dans des amourettes temporaires,

mais il avait toujours eu de la répugnance pour les bordels

et les prostituées. Le penchant au frottage lui est venu

subitement, il y a deux ans; il stationnait par hasard

dans une église. Bien qu'il se rendît compte que c'était

inconvenant, il n'a pu s'empêcher de céder immédiatement

à cette impulsion. Depuis il est devenu si excité par les

postérieurs des femmes qu'il se sent poussé à chercher des

occasions de frottage. Chez la femme il n'y a que la tournure

qui l'excite; tout le reste du corps ou la toilette lui est

absolument indifférent, de même que l'âge de la femme, sa

beauté ou sa laideur. Depuis il n'a plus d'inclination pour

la satisfaction naturelle. Ces derniers temps des scènes de

frottage apparaissaient aussi dans ses rêves érotiques.

Pendant le frottage il se rend parfaitement compte de sa

situation et de la portée de son acte, et il s'efforce de

procéder autant que possible de manière à n'être pas aperçu.

Après il éprouve toujours de la honte d'avoir commis une

pareille action.

L'examen médico-légal n'a relevé aucun symptôme de maladie

mentale ou de faiblesse intellectuelle, mais bien des

symptômes de _neurasthenia sexualis_--_ex abstinentia

libidinosi_, ce qui est indiqué aussi par le fait que le seul

contact du fétiche avec les parties génitales non exhibées

suffisait à produire une éjaculation. Il est évident que le

libidineux Z... qui était sexuellement très affaibli et qui

se méfiait de sa puissance, a été amené au frottage par une

coïncidence accidentelle: la vue de _posteriora feminæ_ avec

une émotion sexuelle. C'est cette liaison associative d'une

perception avec une sensation qui a donné au postérieur

féminin le caractère d'un fétiche.

Comme actes offensant la moralité publique et, par conséquent, tombant

sous le coup de la loi, on peut encore ajouter aux précédents les cas

d'outrages à des statues dont Moreau (_op. cit._) a recueilli toute

une série, dans les temps antiques et modernes. Malheureusement il ne

sont rapportés que dans des récits ayant trop le caractère anecdotique

pour pouvoir être analysés et jugés avec certitude. Ils produisent

toujours l'impression de faits de nature pathologique. Ainsi, par

exemple, l'histoire de ce jeune homme (racontée par Lucianus et saint

Clément d'Alexandrie) qui se servait d'une Vénus de Praxitèle pour

assouvir ses désirs; ensuite le cas de Clisyphus qui, au temple de

Samos, a souillé la statue d'une déesse après avoir apposé un morceau

de viande à un certain endroit de cette oeuvre sculpturale.

À une époque plus récente, le journal _l'Évènement_ du 4 mars 1877

publie l'histoire d'un jardinier qui, étant tombé amoureux de la

statue de la Vénus de Milo, fut pris en flagrant délit au moment où il

faisait des essais de coït sur cette statue. Ces cas sont cependant en

rapports étiologiques avec un _libido_ anormalement fort qui subsiste

en même temps qu'une puissance défectueuse ou bien un manque de

courage ou d'occasions pour une satisfaction sexuelle normale.

Il faut faire la même supposition, en ce qui concerne les soi disant

«voyeurs[108]», c'est-à-dire ces hommes qui sont assez cyniques pour

chercher à voir faire le coït afin de stimuler leur puissance, ou

bien qui, à l'aspect d'une femme excitée, sont pris d'orgasme et

d'éjaculation.

[Note 108: Le docteur Moll désigne cette perversion par le nom de

Mixoskopie (mixi, = union sexuelle et skeptein, =

regarder). Son hypothèse, qui la rapproche du masochisme parce que

peut-être le voyeur trouve un charme à souffrir en voyant une femme en

la possession d'un autre, ne me paraît pas juste. D'autres détails à

voir chez Moll, _Inversion sexuelle_, édit. française, Carré, éditeur,

Paris.]

En ce qui concerne ce genre d'aberration morale que nous ne voulons

pas ici traiter plus amplement, pour diverses raisons, il suffirait

de renvoyer au livre de Coffignon: _La Corruption à Paris_. Les

révélations faites dans ce livre sur le domaine de la perversité

et aussi de la perversion sexuelle, sont de nature à inspirer de

l'horreur.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 65 / 88 题