Dans les diverses formes de la folie primaire, les phénomènes anormaux
de la vie sexuelle ne constituent pas un fait rare. Car plusieurs
formes de l'aliénation mentale provoquent le développement des
abus sexuels (paranoia masturbatoire) ou des processus d'excitation
sexuelle; souvent il s'agit d'individus psychiquement dégénérés
chez lesquels, en dehors d'autres stigmates de dégénérescence
fonctionnelle, la vie sexuelle se trouve aussi souvent chargée de
lourdes tares.
C'est surtout dans la _paranoia erotica_ et _religiosa_ que la vie
sexuelle est amenée à un degré morbide, que même elle devient perverse
dans certaines circonstances et se manifeste assez distinctement.
Mais, dans la folie érotique, l'état de surexcitation sexuelle ne
se manifeste pas tant par des procédés et des actes qui visent
directement la satisfaction sexuelle, que--il y a des exceptions--par
un amour platonique, un enthousiasme romanesque pour une personne de
l'autre sexe pour la satisfaction esthétique qu'elle procure; dans
certaines circonstances cet enthousiasme peut se reporter sur un
produit de l'imagination, un tableau ou une statue.
L'amour sans vigueur ou qui ne se manifeste que spirituellement
pour l'autre sexe, n'a d'ailleurs souvent sa cause que dans
l'affaiblissement des organes génitaux, résultat de la masturbation
pratiquée trop longtemps; souvent sous l'enthousiasme chaste pour un
être aimé, se cachent une grande lubricité et des abus sexuels. Chez
les femmes notamment, une excitation sexuelle violente dans le sens de
la nymphomanie peut se déclarer épisodiquement.
Le _paranoia religiosa_ aussi porte, dans la plupart des cas, sur la
sphère sexuelle qui se manifeste par un instinct sexuel d'une violence
morbide et d'une précocité anormale.
Le _libido_ trouve sa satisfaction dans la masturbation ou dans
l'extase religieuse dont l'objet peut être la personne d'un prêtre ou
de certains saints, etc.
Nous avons parlé assez longuement de ces rapports psycho-pathologiques
sur le terrain sexuel et le terrain religieux.
À part la masturbation, les délits sexuels sont relativement assez
fréquents dans la _paranoia_ religieuse.
L'ouvrage de Marc contient un cas bien remarquable de folie religieuse
qui a conduit à l'adultère. Giraud. (_Annal. méd.-psychol._) a
rapporté un cas d'impudicité commis sur des petites filles par un
homme de quarante-trois ans, atteint de _paranoia religiosa_ et qui
était temporairement en excitation érotique. Il faut compter dans
cette catégorie un cas d'inceste. (Liman, _Vierteljahrssch. f. ger.
Med._)
OBSERVATION 163.--M..., a mis sa fille en état de grossesse.
La femme, mère de 18 enfants et qui est elle-même enceinte de
son mari, l'a dénoncé au parquet. M... souffrait depuis deux
ans de _paranoia_ religieuse. «Il m'a été annoncé par le ciel
que je devais coucher avec ma fille, l'éternel soleil. Alors
il en naîtra un homme de chair et d'os par ma croyance qui
date de dix-huit siècles. Cet homme sera un pont pour la vie
éternelle entre l'ancien et le nouveau Testament.» Le fou
avait obéi à cette impulsion qui selon lui était un ordre venu
du ciel.
Dans la _paranoia persecutoria_ il se produit aussi parfois des actes
sexuels dus à une cause pathologique.
OBSERVATION 164.--Une femme âgée de trente ans avait attiré un
garçon de cinq ans qui jouait près d'elle, en lui promettant
de l'argent et un morceau de rôti; _pene lusit supra puerum
flexa coitum conavit_. Cette femme était une institutrice,
qui, séduite et ensuite délaissée par un homme, s'était jetée
pendant quelque temps dans la prostitution, bien qu'auparavant
sa conduite fût d'une moralité rigoureuse. L'explication de
sa légèreté de moeurs se trouvait dans le fait qu'elle
avait une monomanie de la persécution très étendue et qu'elle
croyait se trouver sous l'influence mystérieuse de son
séducteur qui la forçait à des actes sexuels. Ainsi elle
croyait que c'était son séducteur qui avait mis le petit
garçon en travers de son chemin. On ne pouvait pas supposer
que le mobile de son crime ait été une sensualité brutale,
car il lui aurait été très facile de satisfaire son instinct
sexuel d'une façon naturelle. (Kuessner, _Berl. klin.
Wochenschrift._)
Cullere (_Perversions sexuelles chez les persécutés_ dans les _Annales
médico-psychol._, mars 1886) a rapporté des cas analogues, par exemple
l'observation d'un malade atteint de _paranoia sexualis persecutoria_
qui a essayé de violer sa soeur, cédant à la prétendue pression
qu'exerçaient sur lui les bonapartistes.
Dans un autre cas un capitaine, atteint de la monomanie de la
persécution électro-magnétique, est poussé par ses persécuteurs à la
pédérastie qu'il abhorre au fond. Dans un cas analogue le persécuteur
excite à l'onanisme et à la pédérastie.
V