Dans cette névrose, la vie sexuelle aussi est très souvent anormale;
il s'agit presque toujours d'individus tarés. Toutes les anomalies
possibles de la fonction sexuelle se rencontrent ici, avec des
aspects variés et des complications étranges; quand il y a une base
dégénérative héréditaire, de l'imbécillité morale, on peut constater
les formes les plus perverses.
Le changement et l'aberration morbides du sentiment sexuel ne restent
jamais sans conséquences pour la vie psychique de ces malades.
Un cas bien remarquable à ce sujet est rapporté par Giraud.
OBSERVATION 162.--Marianne L., de Bordeaux, a la nuit, pendant
que ses maîtres dormaient sous l'influence du narcotique
qu'elle leur avait donné, pris les enfants de ses maîtres, les
a livrés à son amant pour ses jouissances sexuelles et les
a fait assister aux scènes les plus outrageantes pour
la moralité. On a constaté que L... était hystérique
(hémianesthésie et accès convulsifs) et que, avant sa
maladie, c'était une personne très convenable et très digne
de confiance. Depuis sa maladie, elle s'est prostituée d'une
façon éhontée, et elle a perdu tout sens moral.
Chez les hystériques la vie sexuelle est souvent excitée morbidement.
Cette excitation peut se manifester d'une manière intermittente
(menstruelle). Elle peut avoir pour effet une prostitution éhontée
même chez des femmes mariées. Quand l'impulsion sexuelle se manifeste
sous une forme atténuée, il y alors onanisme, promenades en état de
nudité dans la chambre, manie de s'oindre d'urine ou d'autres matières
malpropres, de se parer de vêtements d'hommes, etc.
Schule (_Klin. Psychiatrie_, 1886, p. 237) note surtout très
fréquemment un instinct génital morbidement accentué, «qui transforme
en Messalines des filles prédisposées et même des épouses qui vivaient
heureuses en ménage.» Cet auteur cite des cas où, pendant le voyage de
noces, des femmes ont essayé de s'enfuir avec des hommes de rencontre,
des cas de femmes très respectées qui ont noué des liaisons sans choix
et ont sacrifié toute dignité à leur insatiable avidité sexuelle.
Dans les délires hystériques, la vie sexuelle accentuée d'une manière
morbide peut se manifester par la monomanie de la jalousie, par
de fausses accusations contre des hommes pour de prétendus actes
d'impudicité[102], par des hallucinations du coït[103], etc.
[Note 102: Voir plus loin, le cas Merlac dans le _Lehrb. d. ger.
Psychopathol._, de l'auteur, 2e édit., p 322.--Morel, _Traité des
maladies mentales_, p. 687.--Legrand, _La Folie_, p. 237.--Procès La
Roncière dans les _Annales d'hyg._, 1re série, IV, 3e série, XXII.]
[Note 103: C'est là-dessus que se basent les incubes dans les
procès des sorcières au moyen âge.]
Par moments il peut aussi se produire de la frigidité avec manque de
sensation voluptueuse qui survient dans la plupart des cas par suite
de l'anesthésie génitale.