On sait combien grande est, en général, l'importance des bijoux et
de la toilette de la femme, même pour la _vita sexualis_ normale de
l'homme. La civilisation et la mode ont créé pour la femme des traits
artificiels de caractère sexuel dont l'absence peut être considérée
comme une lacune et peut produire une impression étrange, quant on se
trouve en présence d'une femme nue, malgré l'effet sensuel que doit
normalement produire cette vue[77].
[Note 77: Comparez les remarques de Goethe sur son aventure à
Genève (_Lettres de Suisse_).]
À ce propos, il ne faut pas oublier que la toilette de la femme a
souvent tendance à faire ressortir, et même à exagérer, certaines
particularités du sexe, des traits de caractère sexuel secondaires,
tels que la gorge, la taille, les hanches.
Chez la plupart des individus, l'instinct génital s'éveille longtemps
avant de pouvoir trouver l'occasion d'avoir des rapports intimes avec
l'autre sexe, et les appétits de la première jeunesse se préoccupent
habituellement d'images du corps de la femme vêtue. De là vient
que souvent, au début de la _vita sexualis_, la représentation de
l'excitant sexuel et celle du vêtement féminin s'associent. Cette
association peut devenir indissoluble; la femme vêtue peut être pour
toujours préférée à la femme nue, surtout lorsque les individus
en question, se trouvant sous la domination d'autres perversions,
n'arrivent pas à une _vita sexualis_ normale ni à la satisfaction par
les charmes naturels.
Par suite de cette circonstance, il arrive alors que, chez des
individus psychopathes et sexuellement hyperesthésiques, la femme
habillée est toujours préférée à la femme nue. Rappelons-nous bien
que, dans l'observation 48, la femme n'a jamais dû laisser tomber ses
derniers voiles, et que l'_equus eroticus_ de l'observation 40 préfère
la femme habillée. Plus loin encore, on trouvera une déclaration de ce
genre faite par un inverti.
Le Dr Moll (_op. cit._) fait mention d'un malade qui ne pouvait faire
le coït avec une _puella nuda_; la femme devait être revêtue au moins
d'une chemise. Le même auteur cite un individu atteint d'inversion
sexuelle qui est sous le coup du même fétichisme du vêtement.
La cause de ce phénomène doit évidemment être cherchée dans l'onanisme
psychique de ces individus. Ils ont, à la vue de bien des personnes
habillées, éprouvé des désirs avant de s'être trouvé en présence de
nudités[78].
[Note 78: Un phénomène analogue en ce qui concerne l'objet, mais
tout à fait différent en ce qui concerne le moyen psychique, est le
fait que le corps à demi revêtu, produit souvent plus de charme que le
corps tout nu. Cela tient aux effets de contraste et à la passion
de l'attente qui sont des phénomènes généraux et n'ont rien de
pathologique.]
Une seconde forme de fétichisme du vêtement, forme plus prononcée,
consiste en ce que ce n'est pas généralement la femme habillée qu'on
préfère, mais c'est seulement un certain genre d'habillement qui
devient fétiche. Il est bien concevable qu'une forte impression
sexuelle, surtout si elle se produit de très bonne heure, et si elle
se rattache au souvenir d'une certaine toilette de femme, puisse, chez
des individus hyperesthésiques, éveiller un intérêt intense pour ce
genre de toilette. Hammond (_op. cit._, p. 46) rapporte le cas suivant
qu'il emprunte au _Traité de l'impuissance_ de Roubaud.
OBSERVATION 81.--X..., fils d'un général, a été élevé à la
campagne. À l'âge de quatorze ans il fut initié par une jeune
dame aux mystères de l'amour. Cette dame était une blonde,
qui portait les cheveux en boucles; afin de ne pas être
découverte, elle gardait habituellement ses vêtements, ses
guêtres, son corset et sa robe de soie, quand elle avait une
conversation intime avec son jeune amant.
Après avoir terminé ses études, X... fut envoyé en garnison;
il voulut profiter de sa liberté pour se payer du plaisir; il
constata que son penchant sexuel ne pouvait s'exciter que
dans certaines conditions déterminées. Ainsi une brune ne lui
faisait aucun effet, et une femme en costume de nuit pouvait
éteindre complètement tout son enthousiasme en amour. Une
femme, pour éveiller ses désirs, devait être blonde, chaussée
de guêtres, avoir un corset et une robe de soie, en un
mot être vêtue tout à fait comme la dame qui avait pour
la première fois éveillé chez lui l'instinct génital. Il a
toujours résisté aux tentatives qu'on a faites pour le marier,
sachant qu'il ne pourrait s'acquitter de ses devoirs conjugaux
avec une femme en costume de nuit.
Hammond rapporte encore (page 42), un cas où le _coïtus maritalis_
n'a pu être obtenu qu'à l'aide d'un costume déterminé. Le Dr Moll fait
mention de plusieurs cas semblables chez des hétéro- et homo-sexuels.
Comme cause primitive, il faut toujours supposer une association
d'idées qui s'est produite à la première heure. C'est la seule raison
plausible de ce fait que, chez ces individus, tel costume agit avec un
charme irrésistible, quelle que soit la personne qui porte le fétiche.
On comprend ainsi que, d'après le récit de Coffignon, des hommes qui
fréquentent les bordels, insistent pour que les femmes avec lesquelles
ils ont affaire, mettent un costume particulier, de ballerine, de
religieuse, etc., et que les maisons publiques soient, à cet effet,
munies de toute une garde-robe pour déguisements.
Binet (_op. cit._) raconte le cas d'un magistrat, qui n'était amoureux
que des Italiennes qui viennent à Paris pour poser dans les ateliers,
et que cet amour avait pour véritable objet leur costume particulier.
La cause en a pu être bien établie; c'était l'effet de la première
impression au moment de l'éveil de l'instinct génital.
Une troisième forme du fétichisme du vêtement, qui présente un degré
beaucoup plus avancé vers l'état pathologique, se présente plus
fréquemment à l'observation du médecin. Elle consiste dans le fait
que ce n'est plus la femme, habillée ou même habillée d'une certaine
façon, qui agit en première ligne comme excitant sexuel; mais
l'intérêt sexuel se concentre tellement sur une certaine partie de la
toilette de la femme, que la représentation de cet objet de toilette,
accentuée par un sentiment de volupté, se détache complètement
de l'idée d'ensemble de la femme, et acquiert par là une valeur
indépendante. Voilà le vrai terrain du fétichisme du vêtement; un
objet inanimé, une partie isolée du vêtement suffit par elle seule à
l'excitation et à la satisfaction du penchant sexuel. Cette troisième
forme de fétichisme du vêtement est aussi la plus importante au point
de vue médico-légal.
Dans un grand nombre de cas de ce genre, il s'agit de pièces de linge
de femme qui, par leur caractère intime, sont surtout de nature à
produire des associations d'idées dans ce sens.
OBSERVATION 82.--K..., quarante-cinq ans, cordonnier, prétend
n'avoir aucune tare héréditaire; il est d'un caractère
bizarre, mal doué intellectuellement, d'habitus viril, sans
stigmates de dégénérescence; d'une conduite généralement sans
reproche, il fut pris en flagrant délit le 5 juillet 1876,
au soir, emportant du linge volé qu'il avait gardé dans
un endroit caché. On trouva chez lui trois cents objets de
toilette de femme, entre autres, des chemises de femme, des
pantalons de femme, des bonnets de nuit, des jarretières et
même une poupée. Quand on l'arrêta, il avait sur le corps
une chemise de femme. Déjà, à l'âge de treize ans, il s'était
livré à son impulsion à voler du linge de femme; puni une
première fois, il devint plus prudent; il commettait ses vols
avec ruse et beaucoup d'adresse. Quand cette impulsion lui
venait, il avait toujours de l'angoisse et se sentait la tête
lourde. Dans de pareils moments, il ne pouvait résister, coûte
que coûte. Peu lui importait à qui il enlevait ces objets.
La nuit, quand il était au lit, il mettait les objets de
toilette qu'il avait volés, en même temps il évoquait dans
son imagination l'image de belles femmes, et il éprouvait une
sensation voluptueuse avec écoulement de sperme.
Voilà évidemment le mobile de ses vols; en tous cas, il
n'avait jamais vendu aucun des objets volés, mais il les
tenait cachés dans un endroit quelconque. Il déclara qu'il
avait eu autrefois des rapports sexuels normaux avec des
femmes. Il nie avoir jamais pratiqué l'onanisme ou la
pédérastie ou d'autres actes sexuels anormaux. À l'âge de
vingt-cinq ans, il fut fiancé, mais l'engagement fut rompu par
sa faute. Il n'était pas à même de comprendre que ses actes
étaient criminels, et en outre, empreints d'un caractère
morbide. (Passow, _Vierteljahrsschrift für ger. Medicin._ N.
F. XXVIII, p. 61; Krauss, _Psychologie des Verbrechens_, 1884,
p. 190.)
Hammond (_op. cit._, p. 43) rapporte un cas de passion pour une partie
du vêtement de la femme. Dans ce cas aussi, le plaisir du malade
consiste à porter sur son corps un corset de femme, de même que
d'autres pièces de toilette féminine, sans qu'il y ait chez lui trace
d'inversion sexuelle. La douleur que lui cause à lui ou à une femme
un corset trop fortement lacé, lui fait plaisir: élément
sadico-masochiste.
Tel est encore le cas que rapporte Diez (_Der Selbstmord_, 1838, p.
24). Il s'agit d'un jeune homme qui ne pouvait résister à l'impulsion
de déchirer du linge de femme. Pendant qu'il déchirait, il avait
toujours une éjaculation.
Une alliance entre le fétichisme et la manie de détruire le fétiche
(sorte de sadisme contre un objet inanimé), semble se rencontrer assez
souvent. Comparez observation 93.
Le tablier est une pièce du vêtement qui n'a aucun caractère intime
proprement dit, mais qui, par l'étoffe et la couleur, rappelle le
linge du corps, et qui, par l'endroit où il est porté, évoque des
idées de rapports sexuels. (Comparez l'emploi métonymique en allemand
des mots tablier et jupon dans la locution _Ieder Schürze nachlaufen_,
etc. Ceci dit, nous arriverons à mieux comprendre le cas suivant.
OBSERVATION 83.--C..., trente-sept ans, de famille très
chargée, crâne plagiocéphale, facultés intellectuelles
faibles, a aperçu à l'âge de quinze ans, un tablier qu'on
avait suspendu pour le faire sécher. Il se ceignit de ce
tablier et se masturba derrière une haie.
Depuis il ne put voir un tablier sans répéter l'acte. Quand il
voyait passer quelqu'un, femme ou homme, ceint d'un tablier,
il était forcé de courir après. Pour le guérir de ses vols
répétés de tabliers, on le mit, à l'âge de seize ans, dans la
marine. Là, il n'y avait pas de tabliers et par conséquent il
resta tranquille. Revenu à l'âge de dix-neuf ans, il eut de
nouveau l'impulsion de voler des tabliers, ce qui lui amena
des complications fâcheuses. Il fut plusieurs fois arrêté;
enfin, il essaya de se guérir de sa manie en s'enfermant
dans un couvent de Trappistes. Aussitôt sorti du couvent, il
recommença.
À l'occasion d'un vol récent, on l'a soumis à l'examen de
médecins légistes, et on l'a ensuite transporté dans une
maison de santé. Il ne volait jamais autre chose que des
tabliers. C'était pour lui un plaisir d'évoquer le souvenir du
premier tablier volé. Ses rêves n'avaient pour sujet que
des tabliers. Plus tard, il se servait de ces évocations de
souvenirs, soit pour pouvoir accomplir le coït à l'occasion
soit pour se masturber (Charcot-Magnan, _Arch. de Neurologie_,
1882, _Nr._ 12).
Un cas analogue à cette série d'observations que nous venons de citer,
est rapporté par Lombroso (_Amori anormali precoci nei pazzi. Arch. di
psych._, 1883, p. 17). Un garçon, très chargé héréditairement,
avait déjà à l'âge de quatre ans, des érections et une forte émotion
sexuelle à la vue des objets blancs et surtout du linge. Le contact,
le froissement de ces objets, lui procuraient de la volupté. À l'âge
de dix ans, il commença à se masturber à la vue du linge blanc
empesé. Il paraît être atteint de folie morale; il a été exécuté pour
assassinat.
Le cas suivant de fétichisme du jupon est combiné à des circonstances
bien particulières.
OBSERVATION 84.--M. Z..., trente-cinq ans, fonctionnaire, est
l'enfant unique d'une mère nerveuse et d'un père bien portant.
Il était nerveux dès son enfance; à la consultation on
remarque son oeil névropathe, son corps fluet et délicat,
ses traits fins, sa voix grêle et sa barbe très clairsemée.
Sauf des symptômes d'une légère neurasthénie, on ne constate
chez le malade rien de morbide. Les parties génitales sont
normales, de même que les fonctions sexuelles. Le malade
prétend ne s'être masturbé que quatre ou cinq fois, lorsqu'il
était encore petit garçon.
Déjà, à l'âge de treize ans, le malade était très excité
sexuellement à la vue de vêtements mouillés, tandis que les
mêmes vêtements à l'état sec ne l'excitaient nullement.
Son plus grand plaisir était de regarder, par une pluie
torrentielle, les femmes trempées. Quand il en rencontrait,
et si la femme avait une figure sympathique, il éprouvait une
volupté intense, une violente érection et se sentait poussé au
coït.
Il prétend n'avoir jamais eu l'envie de se procurer des jupons
trempés ou de mouiller une femme. Le malade n'a pu fournir
aucun renseignement sur l'origine de sa _pica_.
Il est possible que l'instinct génital se soit éveillé pour la
première fois à la vue d'une femme qui, par la pluie, a relevé
ses jupons et fait voir ses charmes. Ce penchant obscur et qui
ne se rendait pas encore bien compte de son véritable objet,
s'est reporté sur les jupons trempés, phénomène qui a continué
à se produire.
Les amateurs de mouchoirs de femmes se rencontrent souvent: voilà
pourquoi ces cas sont importants au point de vue médico-légal. Ce qui
peut contribuer à la grande propagation du fétichisme du mouchoir,
c'est peut-être que le mouchoir est la pièce du linge féminin qui
est le plus souvent exposée aux regards, même dans les rapports
non intimes; il peut tomber par hasard entre les mains d'une
tierce personne en lui apportant le parfum spécial et moite de
sa propriétaire. C'est peut-être pour cela que l'idée du mouchoir
s'associe si fréquemment avec les premières sensations de volupté,
association qu'il faut supposer dans ces cas.
OBSERVATION 85.--Un garçon boulanger de trente-deux ans,
célibataire et jusqu'ici d'antécédents nets, a été pris au
moment où il volait le mouchoir d'une dame. Il avoua, avec un
repentir sincère, qu'il avait déjà volé 80 à 90 mouchoirs de
cette façon. Il ne recherchait que des mouchoirs de femme et
exclusivement de femmes jeunes et qui lui plaisaient.
L'extérieur de l'inculpé ne présente rien d'intéressant.
Il s'habille très soigneusement; il a une attitude bizarre,
craintive, déprimée, avec un genre trop obséquieux et très peu
viril qui va souvent jusqu'au ton larmoyant et aux pleurs.
On reconnaît aussi en lui une maladresse manifeste, de la
faiblesse de la faculté d'assimilation, de la paresse dans
l'orientation des idées et dans la réflexion. Une de ses
soeurs est épileptique. Il vit dans une bonne situation; il
n'a jamais été gravement malade, et il s'est bien développé.
En relatant sa biographie, il fait preuve de manque de
mémoire, de manque de clarté; faire du calcul lui est
difficile, bien qu'à l'école il faisait des progrès et
apprenait avec facilité. Son air craintif, son manque
d'assurance font soupçonner l'onanisme. L'inculpé avoue que,
depuis l'âge de dix-neuf ans, il s'est livré avec excès à ce
vice.
Depuis quelques années, il a souffert des suites de ce vice:
dépression, fatigue, tremblements des jambes, douleurs dans
le dos, dégoût du travail. Souvent il était en proie à une
dépression mélancolique avec peur; alors il évitait les
hommes. Il avait des idées exagérées et fantastiques sur les
conséquences des rapports sexuels avec les femmes, et voilà
pourquoi il ne pouvait se décider au coït. Ces temps derniers
cependant il a songé à se marier.
C'est avec un repentir profond et comme un débile qu'il est,
que X... m'avoua qu'il y a six mois, en voyant au milieu de
la foule une belle jeune fille, il se sentit sexuellement très
excité, il dut se frotter contre elle et éprouva le désir de
se dédommager par une satisfaction plus complète de son désir
sexuel en lui prenant son mouchoir. Bien qu'il se rendît
compte du caractère délictueux de son action, il ne put
résister à son impulsion. En même temps, il éprouva une
angoisse terrible, causée en partie par le désir génital qui
l'obsédait, et aussi par la peur d'être découvert.
À la suite de cet incident, aussitôt qu'il voyait une
femme sympathique, il était saisi d'une excitation sexuelle
violente, avec battement de coeur, érection, _impetus
coeundi_, et il éprouvait l'obsession de se frotter contre
la personne en question et, faute de mieux, de lui voler son
mouchoir.
Le rapport des médecins légistes fait très judicieusement
valoir sa débilité d'esprit congénitale, l'influence
démoralisante de l'onanisme, et attribue son penchant anormal
à un instinct génital pervers, dans lequel on trouve une
connexité intéressante entre le sens génésique et le sens
olfactif, connexité observée d'ailleurs sur le terrain
physiologique. On reconnut l'irrésistibilité de l'impulsion
morbide. X... fut acquitté. (Zippe, _Wiener med.
Wochenschrift_, 1879, nº 23.)
Je dois à l'obligeance de M. le docteur Fritsch, médecin légiste au
Landesgericht de Vienne, d'autres renseignements sur ce fétichiste du
mouchoir qui, au mois d'août 1890, fut de nouveau arrêté au moment où
il cherchait à tirer un mouchoir de la poche d'une dame.
Une perquisition domiciliaire a amené la découverte de 446
mouchoirs de dames. L'accusé prétend avoir brûlé deux paquets
de ces _corpora delicti_. Au cours de l'enquête, on a, en
outre, constaté que, déjà en 1883, X... avait été condamné à
quinze jours de prison pour avoir volé 27 mouchoirs, et que,
pour un délit analogue, on lui avait infligé, en 1866, trois
semaines de prison.
En ce qui concerne ses rapports de parenté, on sait que son
père a beaucoup souffert de congestions, et qu'une fille de
son frère est une imbécile de constitution névropathique.
X... s'est marié en 1879, et commença par s'établir boulanger.
En 1881, il fit faillite. Bientôt après, sa femme, qui était
toujours en mésintelligence avec lui et qui prétendait qu'il
ne remplissait pas ses devoirs conjugaux (fait contesté par
X...), demanda le divorce. Il vécut ensuite comme garçon
boulanger dans l'établissement de son frère.
Il regrette profondément son malheureux penchant pour les
mouchoirs de dames; mais, dit-il, quand il se trouve dans son
état critique, il ne peut malheureusement pas se maîtriser. Il
éprouve alors une sensation délicieuse, et il lui semble être
poussé par quelqu'un. Parfois, il réussit à se retenir;
mais, si la jeune dame lui est sympathique, il succombe à
la première impulsion. Dans de pareils moments, il est tout
trempé de sueur, par suite de la peur d'être découvert et par
suite de l'impulsion à commettre son acte. Il prétend avoir
éprouvé des émotions sensuelles à l'aspect de mouchoirs de
femmes dès l'âge de la puberté. Il ne peut se rappeler les
incidents précis sous le coup desquels l'association d'idées
fétichistes s'est établie chez lui. L'émotion sensuelle à
la vue de dames, de la poche desquelles sortait un bout
de mouchoir, s'est augmentée de plus en plus. À plusieurs
reprises cela lui a donné des érections, mais jamais
d'éjaculation. Il prétend avoir eu, depuis sa vingt et unième
année, quelquefois des velléités de satisfaction normale de
l'instinct sexuel, et avoir fait le coït sans difficulté et
sans avoir recours à l'évocation mentale d'un mouchoir.
Quand le fétiche eut pris plus d'empire sur lui, le vol des
mouchoirs est devenu pour lui une satisfaction beaucoup plus
grande. Le vol du mouchoir d'une dame sympathique avait pour
lui autant de valeur que s'il avait eu des rapports sexuels
avec cette dame. Il éprouvait alors un véritable orgasme.
Quand il ne pouvait prendre un mouchoir convoité, il
en ressentait une excitation pleine de tourments, avec
tremblements et sueurs sur tout le corps.
Il gardait dans un endroit spécial les mouchoirs de dames qui
lui étaient particulièrement sympathiques; il était heureux de
les contempler et éprouvait alors un sentiment de bien-être.
Leur odeur aussi lui causait une sensation délicieuse; mais,
dit-il, c'était l'odeur particulière à la lingerie et non
pas celle des parfums artificiels qui excitait ses sens. Il
prétend ne s'être masturbé que rarement.
Sauf des maux de tête périodiques et des vertiges, X... ne se
plaint d'aucun malaise. Il regrette profondément son malheur,
son penchant morbide, le mauvais démon qui le pousse à
ces actes criminels. Il n'a qu'un désir, c'est de trouver
quelqu'un qui puisse l'en guérir. Au physique, il présente
de légers symptômes de neurasthénie, des anomalies dans la
circulation du sang, des pupilles inégales.
Il fut prouvé que X... avait agi sous l'influence d'une
obsession morbide et irrésistible. Acquittement.
Ces cas de fétichisme du mouchoir qui entraînent l'individu anormal à
commettre des vols, sont très nombreux. Ils se rencontrent aussi chez
des personnes atteintes d'inversion sexuelle, ainsi que le prouve le
cas suivant, pris dans l'ouvrage de M. le docteur Moll que nous avons
déjà plusieurs fois cité[79].
[Note 79: Page 124 (_op. cit._), le docteur Moll dit, à propos de
ce penchant chez les hétéro-sexuels: «La passion pour les mouchoirs
peut être si violente que l'homme se trouve littéralement subjugué par
ce petit objet. Voici ce qui me fut raconté par une femme: «Je connais
un monsieur, me dit-elle; il me suffit, quand je le vois de loin, de
tirer de ma poche le coin de mon mouchoir pour qu'il me suive comme
un chien. Je puis aller n'importe où, il ne me quitte plus. Que ce
monsieur se trouve en voiture ou soit occupé par une affaire très
sérieuse, aussitôt qu'il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me
suivre.»]
OBSERVATION 86.--Fétichisme du mouchoir combiné avec
l'inversion sexuelle.--K..., trente-huit ans, ouvrier, homme
solidement bâti, se plaint de malaises nombreux, tels que
faiblesse des jambes, douleurs dans le dos, maux de tête,
manque de courage au travail, etc. Ses plaintes font penser
manifestement à la neurasthénie avec tendance à l'hypocondrie.
Ce n'est qu'après avoir suivi plusieurs mois mon traitement,
qu'il avoua qu'il était aussi anormal au point de vue sexuel.
K... n'a jamais eu aucun penchant pour les femmes; par contre,
les beaux hommes ont exercé sur lui, de tout temps, un charme
particulier.
Le malade s'est beaucoup masturbé depuis sa jeunesse jusqu'à
l'époque où il est venu me consulter. K... n'a jamais pratiqué
ni l'onanisme mutuel, ni la pédérastie. Il ne croit pas qu'il
y aurait trouvé une satisfaction quelconque, car, malgré sa
prédilection pour les hommes, le plaisir principal pour
lui est d'avoir un morceau de linge blanc d'homme; mais,
là encore, c'est la beauté du propriétaire qui joue un rôle
important. Ce sont surtout les mouchoirs des beaux hommes qui
l'excitent sexuellement. Sa plus grande volupté consiste à se
masturber dans des mouchoirs d'hommes. C'est pour cette raison
qu'il enlevait souvent des mouchoirs à ses amis; pour éviter
d'être découvert comme voleur, le malade laissait toujours un
de ses propres mouchoirs chez l'ami pour remplacer celui qu'il
venait de voler. De cette façon, K... voulait échapper au
soupçon de vol et faire croire à un changement de mouchoir.
D'autres pièces de linge d'homme ont aussi excité K..., mais
pas au même point que les mouchoirs.
K... a souvent fait le coït avec des femmes; il eut des
érections suivies d'éjaculation, mais sans aucune sensation
de volupté. De plus, le malade n'éprouvait aucune envie
particulière de pratiquer le coït. L'érection et l'éjaculation
ne se produisaient que, lorsqu'au milieu de l'acte, le malade
pensait au mouchoir d'un homme. Il y arrivait encore plus
facilement quand il prenait avec lui le mouchoir d'un ami et
le tenait en main pendant l'acte.
Conformément à sa perversion sexuelle, ses pollutions
nocturnes aussi se produisent sous l'influence de
représentations voluptueuses dans lesquelles le linge d'homme
joue le rôle principal.
On rencontre plus fréquemment que les fétichistes du linge les
fétichistes du soulier de la femme. Ces cas sont, pour ainsi dire,
innombrables, et un grand nombre déjà ont été scientifiquement
analysés, tandis que pour le fétichisme du gant je n'ai que quelques
rares communications de troisième main. Relativement aux causes de la
rareté du fétichisme du gant, voir plus haut.
Dans le fétichisme du soulier il n'y a pas de rapport étroit entre
l'objet et le corps de la femme, rapport qui rend explicable le
fétichisme du linge. C'est pour cette raison, et aussi parce qu'il y
a toute une série de cas soigneusement étudiés, dans lesquels
l'adoration fétichiste de la chaussure de la femme a, d'une manière
incontestable et bien établie, pris naissance dans une sphère d'idées
masochistes; c'est pour ces motifs, disons-nous, qu'on peut, à juste
titre, admettre l'hypothèse d'une cause de nature masochiste, bien
que déguisée, toutes les fois que, dans un cas déterminé, on ne peut
trouver une autre origine.
C'est pour ce motif que j'ai inséré dans le chapitre sur le masochisme
la plus grande partie des observations sur le fétichisme du soulier ou
du pied qui étaient à ma disposition. Là, nous avons, en montrant
les diverses transitions, déjà suffisamment démontré le caractère
régulièrement masochiste de cette forme du fétichisme érotique.
Cette hypothèse du caractère masochiste du fétichisme du soulier,
n'est réfutée et infirmée, que là où l'on a acquis la preuve qu'un
accident de hasard a amené une association entre les émotions
sexuelles et l'image du soulier de la femme; car la formation _a
priori_ d'une pareille association d'idées est tout à fait improbable.
Une corrélation de ce genre existe dans les deux observations
suivantes.
OBSERVATION 87.--Fétichisme du soulier.--M. von P..., de
vieille noblesse polonaise, trente-deux ans, m'a consulté en
1890, au sujet de sa _vita sexualis_ anormale. Il affirme être
issu d'une famille tout à fait saine, mais être nerveux depuis
son enfance et avoir souffert à l'âge de onze ans de
_chorea minor_. Depuis l'âge de dix ans, il souffre beaucoup
d'insomnie, et de malaises neurasthéniques.
Il prétend n'avoir connu la différenciation des sexes qu'à
l'âge de quinze ans; c'est de cette époque que datent ses
penchants sexuels. À l'âge de dix-sept ans, une institutrice
française l'a séduit, mais ne lui a pas permis d'accomplir
le coït, de sorte que seule une excitation sensuelle
(masturbation mutuelle) a pu avoir lieu. Au milieu de cette
scène, son regard tomba sur les bottines très élégantes de
cette femme. Cette vue lui fit une profonde impression. Ses
relations avec cette personne dissolue se continuèrent
pendant quatre mois. Durant ces attouchements, les bottines de
l'institutrice devenaient un fétiche pour le malheureux jeune
homme. Il commença à s'intéresser aux chaussures de dames,
et rôdait afin de rencontrer de belles bottines de dames. Le
fétiche soulier prit sur son esprit un ascendant de plus en
plus grand. _Sicuti calceolus mulieris gallicæ penem tetigit,
statim summa cum voluptate sperma ejaculavit._ Quand on
eut éloigné celle qui l'avait séduit, il dut aller chez les
_puellas_ avec lesquelles il avait recours au même procédé.
Ordinairement cela suffisait pour le satisfaire. Ce n'est que
rarement et subsidiairement qu'il avait recours au coït. Son
penchant pour cet acte disparaissait de plus en plus. Sa _vita
sexualis_ se bornait aux pollutions dues à des rêves,
où, seules les chaussures de dames jouaient un rôle, et à
satisfaire ses sens avec des chaussures de femmes, _apposita
ad mentulam_; mais il fallait que la _puella_ fît cette
manipulation. Dans le commerce avec l'autre sexe, il n'y
avait que la bottine qui l'excitât sensuellement, et encore la
bottine devait être élégante, de forme française, avec talon
d'un noir reluisant comme l'était la première. Avec le temps
sont survenues des conditions accessoires: souliers d'une
prostituée très élégante, chic, avec des jupons empesés et
autant que possible des bas noirs.
Le reste de la femme ne l'intéresse pas. Le pied nu lui est
tout à fait indifférent. Aussi au point de vue de l'âme, la
femme n'exerce pas le moindre charme sur lui. Il n'a jamais
eu des tendances masochistes, comme de vouloir être foulé aux
pieds d'une femme. Avec les années son fétichisme a pris un
tel empire sur lui que, dans la rue, s'il aperçoit une dame
d'un certain extérieur et chaussée d'une certaine façon, il
est si violemment excité qu'il est forcé de se masturber.
Une légère pression sur le pénis suffit à cet individu très
neurasthénique pour provoquer une éjaculation. Des chaussures
dans les étalages et, depuis quelque temps, la lecture même
d'une simple annonce de magasin de chaussures suffisent pour
le mettre dans un état d'émotion violente.
Son _libido_ étant très vif, il se soulageait par la
masturbation, quand il ne pouvait se servir de chaussures. Le
malade reconnut vite l'inconvénient et le danger de son état,
et, bien qu'il se portât physiquement bien, sauf ses malaises
neurasthéniques, il éprouvait tout de même une profonde
dépression morale. Il consulta plusieurs médecins.
L'hydrothérapie, l'hypnotisme furent employés sans aucun
résultat. Les médecins les plus célèbres lui conseillaient
de se marier et l'assuraient qu'aussitôt qu'il aimerait
sérieusement une jeune fille, il serait débarrassé de son
fétiche. Le malade n'avait aucune confiance en son avenir;
pourtant il suivit le conseil des médecins. Il fut cruellement
déçu dans cette espérance éveillée par l'autorité des
médecins, bien qu'il se soit allié avec une dame que
distinguent de grandes qualités physiques et intellectuelles.
La première nuit de son mariage fut terrible pour lui; il se
sentit criminel et ne toucha pas à sa femme. Le lendemain il
vit une prostituée avec le «certain chic» qu'il aimait. Il
eut la faiblesse d'avoir des rapports avec elle, à sa façon
accoutumée. Il acheta alors une paire de bottines de femme
très élégantes et les cacha dans le lit nuptial; en les
touchant, il put, quelques jours plus tard, remplir ses
devoirs conjugaux. L'éjaculation ne venait que tardivement,
car il devait se forcer au coït; au bout de quelques semaines,
l'artifice employé n'avait déjà plus d'effet, son imagination
ayant perdu de sa vivacité. Le malade se sentait excessivement
malheureux, et il aurait autant aimé mettre immédiatement fin
à ses jours. Il ne pouvait plus satisfaire sa femme qui avait
sexuellement de grands besoins et qui avait été très excitée
par les rapports qu'elle avait eus jusqu'ici avec lui; il
voyait combien elle en souffrait moralement et physiquement.
Il ne pouvait ni ne voulait révéler son secret à son épouse.
Il éprouvait du dégoût pour les rapports conjugaux; il avait
peur de sa femme, craignait les soirées et les tête-à-tête
avec elle. Il arriva à ne plus avoir d'érections.
Il fit de nouveau des essais avec des prostituées; il se
satisfaisait en touchant leurs souliers et ensuite la _puella_
était obligée _calceolo mentulam tangere_; il éjaculait ou, si
l'éjaculation ne se produisait pas, il essayait le coït avec
la femme vénale, mais sans résultat, car alors l'éjaculation
se faisait subitement.
Le malade vient à la consultation tout désespéré. Il regrette
profondément d'avoir, malgré sa conviction intime, suivi le
conseil funeste des médecins, d'avoir rendu malheureuse une
très brave femme et de lui avoir causé un préjudice physique
et moral. Pouvait-il répondre devant Dieu de continuer une
pareille vie? Quand même il se confesserait à sa femme et
qu'elle ferait tout ce qu'il désire, cela ne lui servirait à
rien, car il lui faudrait encore le «parfum du demi-monde».
L'extérieur de ce malheureux ne présente rien de frappant,
sauf sa douleur morale. Les parties génitales sont tout à fait
normales. La prostate est un peu grosse. Il se plaint d'être
tellement sous l'obsession des idées de chaussures,
qu'il rougit quand il est question de bottines. Toute son
imagination ne s'occupe que de ce sujet. Quand il est dans sa
propriété à la campagne, il se voit souvent forcé de partir
pour la ville la plus proche, qui est encore à dix lieues de
distance, afin de pouvoir satisfaire son fétichisme devant les
étalages et aussi avec des _puellis_.
On ne pouvait entreprendre aucun traitement médical chez
ce malheureux, car sa confiance dans les médecins était
profondément ébranlée. Un essai d'hypnose et de suppression
des associations fétichistes par la suggestion a échoué, par
suite de l'émotion morale de ce pauvre jeune homme qu'obsède
l'idée d'avoir rendu sa femme malheureuse.
OBSERVATION 88.--X..., vingt-quatre ans, de famille chargée
(frère de sa mère et grand'père maternel fous, soeur
épileptique, autre soeur souffrant de migraines, parents
d'un tempérament très irritable), a eu à l'époque de sa
dentition quelques accès de convulsions. À l'âge de sept ans,
il fut entraîné à l'onanisme par une bonne. La première fois,
X... trouva plaisir à ces manipulations _cum illa puella
fortuito pede calceolo tecto penem tetigit_.
Ce fait a suffi pour créer chez l'enfant taré une association
d'idées, grâce à laquelle, dorénavant, le seul aspect d'un
soulier de femme et ensuite le rappel d'un souvenir dans ce
sens pouvaient provoquer de l'érection et de l'éjaculation. Il
se masturbait alors en regardant des souliers de femme ou en
se les représentant dans son imagination. À l'école, il
était vivement excité par les souliers de l'institutrice. En
général, les bottines qui étaient en partie cachées par une
longue robe lui produisaient toujours cet effet.
Un jour il ne put pas s'empêcher de saisir l'institutrice
par les bottines, ce qui lui causa une vive émotion sexuelle.
Malgré les coups qu'il reçut, il ne put s'empêcher de réitérer
ce manège. Enfin, on reconnut qu'il y avait là un mobile
morbide, et on le plaça sous la direction d'un maître d'école.
Il s'abandonnait alors aux délicieux souvenirs de la scène des
bottines avec l'institutrice; cela lui donnait des érections,
de l'orgasme et, à partir de l'âge de quatorze ans, même
des éjaculations. En outre, il se masturbait en pensant à
un soulier de femme. Un jour l'idée lui vint d'augmenter
son plaisir en se servant d'un soulier de dame pour la
masturbation. Il prit souvent en secret des souliers et s'en
servait à cet effet.
Rien de la femme ne pouvait l'exciter sexuellement; l'idée du
coït lui inspirait de l'horreur. Les hommes ne l'intéressaient
pas non plus.
À l'âge de dix-huit ans, il s'établit comme marchand et fit
entre autres le commerce de chaussures. Il éprouvait une
excitation sexuelle toutes les fois qu'il essayait des
souliers aux pieds des dames ou qu'il pouvait manipuler des
souliers usés par des femmes.
Un jour, il eut, au milieu de ces pratiques, un accès
épileptique qui, bientôt, fut suivi d'un second, pendant qu'il
se masturbait, comme à son habitude. Ce n'est qu'alors qu'il
reconnut le danger de ces procédés sexuels pour sa santé.
Il combattit son penchant à l'onanisme, ne vendit plus de
chaussures et s'efforça de se débarrasser de cette association
morbide entre les chaussures de femmes et les fonctions
sexuelles. Mais alors il se produisit des pollutions
fréquentes sous l'influence de rêves érotiques ayant pour
sujet des chaussures de femmes, et les accès épileptiques
ne cessèrent point. Bien qu'il n'eût pas le moindre penchant
sexuel pour le sexe féminin, il se décida à conclure un
mariage, ce qui lui parut être le seul remède possible.
Il épousa une femme jeune et belle. Malgré une vive érection
produite en pensant aux souliers de sa femme, il fut tout à
fait impuissant dans ses essais de cohabitation, car le dégoût
du coït et des rapports intimes en général, l'emportait sur
l'influence de la représentation du soulier, son stimulant
sexuel. Pour se guérir de son impuissance, le malade s'adressa
au docteur Hammond qui traita son épilepsie par le brome, et
qui lui conseilla de fixer ses regards pendant le coït sur un
soulier attaché au-dessus du lit nuptial et de se figurer que
sa femme était un soulier.
Le malade guérit de ses accès épileptiques et devint puissant.
Il pouvait faire le coït tous les huit jours. Son excitation
sexuelle, à la vue des souliers de dames, s'atténuait de plus
en plus. (Hammond, _Impuissance sexuelle_.)
Ces deux cas de fétichisme du soulier qui, comme en général tous
les cas de fétichisme, se basent sur des associations subjectives
et accidentelles, ainsi qu'on vient de le prouver, n'ont rien
d'extraordinaire en ce qui concerne la cause objective. Dans le
premier cas il s'agit d'une impression partielle dégagée de l'ensemble
de la femme; dans le second cas, d'une impression partielle produite
par une manipulation excitante.
Mais on a aussi observé des cas--il est vrai que jusqu'ici il n'y en
a que deux--où l'association décisive n'a nullement été amenée par
un rapport entre la nature de l'objet et les choses qui normalement
peuvent provoquer une excitation.
OBSERVATION 89.--L..., trente-sept ans, employé de commerce,
d'une famille très chargée, a eu, à l'âge de cinq ans, sa
première érection, en voyant un parent plus âgé qui couchait
dans la même chambre, mettre son bonnet de nuit. Le même effet
se produisit quand, plus tard, il vit un soir une vieille dame
mettre son bonnet de nuit.
Plus tard, il lui suffisait, pour se mettre en érection, de
la seule idée d'une tête de vieille femme laide, coiffée d'un
bonnet de nuit. Le seul aspect d'un bonnet de femme, ou d'une
femme nue, ou d'un homme nu, le laissaient absolument froid.
Mais le contact d'un bonnet de nuit lui donnait une érection
et parfois même une éjaculation.
L... n'était pas un masturbateur et, jusqu'à l'âge de
trente-deux ans, lorsqu'il épousa une belle fille qu'il
aimait, il n'avait jamais pratiqué aucune manoeuvre
sexuelle.
Pendant sa nuit de noce, il resta insensible jusqu'à ce que,
dans son embarras, il se vit obligé d'évoquer le souvenir de
la tête de vieille femme laide coiffée d'un bonnet de nuit.
Aussitôt le coït réussit.
Dans la période qui suivit, il dut parfois recourir à ce
moyen. Depuis son enfance, il avait de temps en temps de
profondes dépressions de caractère avec tendances au suicide,
et quelquefois aussi des hallucinations terrifiantes pendant
la nuit. En regardant par la fenêtre, il était saisi de
vertige et d'angoisse. C'était un homme gauche, bizarre,
embarrassé, et mal doué intellectuellement. (Charcot et
Magnan, _Arch. de Neurol._, 1882, nº 12.)
Dans ce cas très curieux, une coïncidence fortuite entre la première
émotion sexuelle et une impression tout à fait hétérogène, semble
avoir seule déterminé le caractère du penchant.
Un cas presque aussi étrange de fétichisme d'association accidentelle
est rapporté par Hammond (_op. cit._, p. 50). Un homme marié, âgé
de trente ans, et qui en somme était tout à fait bien portant et
psychiquement normal, aurait vu l'impuissance se déclarer à la suite
d'un changement de logement et disparaître après qu'on lui eut remis
sa chambre à coucher dans son ancien état.