--Je m'assiérai si je veux! Je n'ai d'ordres à recevoir de personne!...
D'abord, messieurs, permettez-moi de vous faire remarquer que l'heure
d'ouvrir le scrutin est sonnée depuis cinq minutes...
Et il regagna sa place, ayant recouvré soudain une grande dignité.
Il n'arriva point cependant à son pupitre sans que quelques sourires
l'accompagnassent.
Il les vit, et comme chacun prenait un siège pour la séance qui allait
commencer... et que le Fauteuil hanté restait vide, il dit, de son petit
air pincé, l'air du Patard citron:
--Les règlements ne s'opposent pas à ce que celui de mes collègues qui
désire s'asseoir dans le fauteuil de Mgr d'Abbeville y prenne place.
Nul ne bougea. L'un de ces messieurs, qui avait de l'esprit, soulagea la
conscience de tout le monde par cette explication:
--Il vaut mieux ne pas s'y asseoir par respect pour la mémoire de Mgr
d'Abbeville.
Au premier tour, l'unique candidat, Martin Latouche, fut élu à
l'unanimité.
Alors M. Hippolyte Patard ouvrit son courrier. Et il eut la joie, qui le
consola de bien des choses, de ne pas y trouver des nouvelles de M.
Martin Latouche.
Servilement, il reçut de l'Académie la mission exceptionnelle d'aller
annoncer lui-même à M. Martin Latouche l'heureux événement.
Ça ne s'était jamais vu.
--Qu'est-ce que vous allez lui dire? demanda le chancelier à M.
Hippolyte Patard.
M. le secrétaire perpétuel, dont la tête se troublait un peu à la suite
de toutes ces ridicules histoires, répondit vaguement:
--Qu'est-ce que vous voulez que je lui dise?... Je lui dirai:
«Du courage, mon ami...» Et c'est ainsi que ce soir-là, sur le coup de
dix heures, une ombre qui semblait prendre les plus grandes précautions
pour n'être point suivie se glissait sur les trottoirs déserts de la
vieille place Dauphine, et s'arrêtait devant une petite maison basse,
dont elle fit résonner le marteau assez lugubrement dans cette solitude.