ARTICLE PREMIER.

«Le général-commandant à Alexandrie fera faire le plus

promptement possible des informations sur la conduite des

conservateurs de santé de cette ville; il fera arrêter ceux qui

seront coupables même de simples négligences, et les enverra au

Kaire sous bonne et sûre escorte; ils y seront punis conformément

à l'ordre du jour du 11 messidor dernier.

ART. II. La commission extraordinaire de salubrité, séante au

Kaire, se rassemblera sur-le-champ, et prendra les mesures les

plus actives pour arrêter les funestes effets de la contagion qui

se développe de nouveau à Alexandrie; elle prendra aussi des

informations sur les individus, soit de la commission de

salubrité de cette place, soit des conservateurs de santé qui

auraient pu manquer à leur devoir.

ART. III. Les quarantaines établies dans les différentes parties

de l'Égypte d'après les ordres de la commission extraordinaire

de salubrité publique seront exécutées avec la plus extrême

sévérité.»

Cet arrêté était terminé par un témoignage flatteur de la satisfaction

du général en chef relativement à la conduite des officiers de santé.

Nous perdîmes en thermidor soixante-dix malades, ci............... 70

morts.

L'ordre du jour du 1er fructidor portait que le rapport fait par la

commission chargée d'examiner la fabrication du pain serait imprimé et

publié à la diligence des président et secrétaire de ladite commission,

annexé à l'ordre du jour, et envoyé dans toutes les parties de

l'Égypte.[18]

[Note 18: Voyez ce rapport dans les Mémoires sur l'Égypte,

tome III, page 103.]

Je crois devoir rapporter ici l'article que publia à ce sujet le citoyen

Costaz. Je prie seulement les lecteurs de reverser entièrement sur mes

honorés collègues les éloges donnés aux membres de la commission.

_Extrait du Courier de l'Égypte_, nº 96.

«Le pain préparé pour le service de l'armée était d'une qualité

fort inférieure à celle qu'on devait attendre du blé excellent

délivré aux manutentionnaires par les magasins de la république:

le général en chef Menou, persuadé que le soin d'assurer à

d'aussi braves soldats une nourriture saine et agréable est un

devoir essentiel du commandement, résolut de mettre fin aux

négligences et aux abus par lesquels la fabrication du pain avait

été si fort détériorée. Le moyen le plus simple de parvenir à ce

but était de faire examiner tous les détails de la manutention

par des hommes intègres et éclairés, chargés en même temps de

déterminer par des expériences précises le produit d'une quantité

donnée de blé d'Égypte réduit en bon pain: ce produit une fois

connu est une base fixe d'après laquelle il est facile de

reconnaître si les préposés à la fabrication ont manqué de

fidélité ou de soin. C'est la marche qu'a suivie le général

Menou; il a nommé pour cet objet une commission: son rapport

présente des résultats intéressants sur la qualité et sur

l'emploi du blé d'Égypte.

Par la négligence des cultivateurs le blé se trouve toujours mêlé

avec une proportion considérable de terre: avant de l'employer on

le passe d'abord au van et au crible; mais ces deux instruments

ne peuvent séparer les morceaux de terre, aussi pesants que le

blé, et d'un diamètre égal ou plus petit; ils laissent subsister

la poussière qui s'est attachée autour du grain: on a recours au

lavage pour délayer et entraîner ces derniers fragments et cette

poussière. Pour épurer complètement le blé, il est nécessaire de

le laver après l'avoir vanné et criblé: le lavage a de plus le

mérite de remplir un objet au moins aussi intéressant que

l'épuration.

Le froment d'Égypte dans son état naturel ne se comporte pas à la

mouture comme celui de France; mûri au milieu de chaleurs fortes

et continues, son grain est petit, dur, et corné; la pellicule

qui forme le son est adhérente à la partie farineuse de telle

sorte que l'action des meules les brise en même temps, et les

réduit en une poussière fine, qui se tamise au travers des

blutoirs sans distinction de son et de farine: c'est pour cette

raison que dans quelques villes maritimes de France où l'on fait

usage de blé d'Afrique, on mange un pain plus bis et moins

agréable que celui de l'intérieur de la république. On a

plusieurs fois, et toujours sans succès, cherché les moyens de

corriger ce défaut: il paraît qu'on ne s'avisa pas d'employer le

lavage. Le grain absorbe pendant cette opération une certaine

quantité d'eau qui le gonfle, et lui donne le coup-d'oeil

jaune-doré du froment de Beauce. Alors l'adhérence entre la

pellicule et la partie farineuse n'est plus aussi forte, et le

son se sépare comme dans les blés de France.

La quantité d'eau que le blé peut absorber est sujette à varier

suivant la durée de l'immersion: mais il y a une proportion qui

est la plus favorable pour la mouture; si l'on demeure

au-dessous, le son continue à se pulvériser; si l'on passe

au-delà, le blé pressé entre les meules se réduit en pâte. Dans

l'expérience des commissaires le poids du blé s'était augmenté au

lavage de huit pour cent environ; on le laissa sécher pendant

vingt-quatre heures, et lorsqu'il fut mis au moulin l'excès de

poids n'était plus que de cinq et un dixième pour cent. On peut

sans inconvénient s'en tenir en nombres ronds à la proportion de

cinq pour cent.

Au moyen de cette préparation et des soins ordinaires le pain de

l'expérience était très blanc, très savoureux, et aussi agréable

que celui de Paris; il n'avait point le fumet qui nous déplaît si

fort dans le pain fabriqué avec moins d'attention par les

boulangers égyptiens.

Suivant qu'un boulanger est plus ou moins habile, il tire d'un

poids donné de blé une quantité de pain plus ou moins grande.

Cependant il y a pour chaque espèce de blé un produit moyen dont

les produits particuliers ne s'écartent jamais beaucoup, quelle

que soit d'ailleurs l'industrie du boulanger. En France on estime

communément qu'une livre de pain répond à une livre de blé poids

pour poids; dans l'expérience des commissaires le poids du pain

s'est trouvé, après un refroidissement de quinze heures,

supérieur à celui du blé de plus de neuf pour cent: on n'avait

pas laissé un atome de son; loin de là, il avait fallu ajouter de

la farine au son pour se conformer au règlement qui accorde une

extraction de son de vingt pour cent, quantité que par sa nature

le blé d'Égypte ne peut fournir.

Ainsi, à poids égal, le blé d'Égypte, pris dans son état naturel,

donne plus de pain que celui de France.

Le général en chef qui a ordonné les expériences, et les

commissaires qui ont si bien rempli ses vues se sont acquis un

titre réel à la reconnaissance de l'armée. Cette mesure a eu tout

l'effet qu'on pouvait en espérer; le pain du soldat est devenu

très beau, et il ne faut pas douter que cette amélioration ne

contribue pour beaucoup à un phénomène très remarquable que

présente aujourd'hui la santé de l'armée.

La proportion des malades y est tout au plus le quart du taux sur

lequel on calcule ordinairement en Europe.

Voici les nombres déterminés par l'expérience des commissaires:

Le blé a perdu au moulin en farine folle et en eau

évaporée.......... 18 pour mille.

En blutant le produit de la mouture sur mille parties on a trouvé

en son... 185,

En farine............ 815.

Le pain retiré du four et refroidi pendant quinze heures était

plus pesant que la farine employée de 303 pour mille.

Il est facile d'en conclure que si le magasin livre un millier

pesant de blé sec, vanné et criblé, on aura dans les divers

degrés de la manutention les produits suivants:

Le magasin livre à celui qui lave 1000

Celui qui lave doit rendre au meunier 1050

Le meunier doit rendre au blutoir 1030

{ son 191

Le blutoir doit rendre au boulanger {

{ farine 839

Le boulanger doit fournir en bon pain après

un refroidissement de 15 heures 1094.

Les nombres précédents sont indépendants du poids dont on se

sert; il suffit que dans chaque degré de la manutention on fasse

usage du même poids qu'au magasin.»

_Ordre du jour du 6 fructidor an VIII._

«Le général en chef voulant faire pour les invalides de l'armée

tout ce que les circonstances permettent en Égypte, voulant

surtout que ceux d'entre les braves officiers et soldats qui ont

perdu quelque membre à la guerre, ou qui sont accablés

d'infirmités, trouvent toutes les ressources qu'exige leur état,

ORDONNE ce qui suit:

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1 · 第 46 / 73 题