ARTICLE PREMIER.

Elle fera remettre par le commissaire ordonnateur en chef trois

ardebs bruts de blé froment, dont elle constatera le poids;

II. Elle fera procéder sous ses yeux au lavage, vannage,

criblage, etc. des trois ardebs, dont, après siccité, elle

constatera de nouveau le poids;

III. Elle fera suivre ensuite d'une manière exacte l'opération de

la mouture, et de l'extraction de vingt livres de son par chaque

quintal de farine, poids de marc;

IV. Elle fera procéder à la fabrication du pain par des

boulangers qu'elle choisira, en y employant toute la farine

provenue des trois ardebs: elle pourra varier les procédés tant

sur la manière de pétrir que sur celle de chauffer les fours;

V. Lorsqu'elle aura obtenu le meilleur pain possible par

l'extraction des vingt livres de son, elle constatera d'une

manière précise ce que doit fournir de pain un poids donné de

farine ainsi épurée;

VI. Elle fera publier par la voie de l'impression tous les

procédés qui auront été employés, et remettra au général en chef

des échantillons de pain dont l'envoi sera ordonné pour toutes

les manutentions qui existent en Égypte, et pour tous les

généraux commandant les provinces et divisions; partout les mêmes

procédés devront être suivis; partout le pain devra être

semblable à celui qui sera envoyé pour modèle.

_Signé_ ABD. J. MENOU.

Je n'ai plus trouvé dans mes notes rien d'important jusqu'à la date du

24, où j'écrivis à l'ordonnateur chargé de la police supérieure des

hôpitaux la lettre suivante (nº 495 de ma correspondance).

«L'expérience, citoyen ordonnateur, ayant fait connaître que

plusieurs dysentériques ont guéri facilement en descendant de la

haute Égypte ou du Kaire près des bords de la Méditerranée, j'ai

approuvé la demande faite par le citoyen Frank; cependant

l'évacuation proposée doit être bornée à 25 ou 30 malades, en

s'assurant qu'ils recevront, en descendant le Nil et en arrivant,

des secours convenables. C'est sur Rosette qu'il convient de

faire l'évacuation; Alexandrie est trop éloignée, et le climat en

est trop suspect pour y aller chercher la santé.»

Je remis le 27 au général chef de l'état-major-général l'avis suivant,

qui fut inséré à l'ordre de l'armée du même jour.

_AVIS sur la santé de l'armée._

L'armée a reçu plusieurs avis relatifs à la conservation de sa

santé. Nous avons eu la satisfaction de voir que ces conseils

simples et populaires, insérés dans les ordres du jour, et mis en

pratique, ont été de quelque utilité.

Des écrits, appuyés sur l'expérience, ont été consacrés en même

temps à rappeler aux hommes de l'art des choses plus dignes de

leur attention: ainsi l'on a vu les médecins de l'armée faire

paraître successivement des dissertations et des observations sur

les maladies régnantes, en particulier sur l'ophtalmie, sur la

dysenterie, et donner même des aperçus suffisants sur les fièvres

contagieuses, pour que l'expérience de ceux qui les avaient

traitées fût mise à profit. La mortalité considérable des enfants

du Kaire pendant l'hiver dernier nous a également portés à

publier en arabe et en français un _avis sur la petite vérole

régnante_, qui a été répandu avec profusion dans toute l'Égypte.

Nous croyons dans ce moment devoir prévenir l'armée de nouveau

qu'il est essentiel, pour éviter les ophtalmies, de dormir la

tête et même les yeux couverts: le soin de se couvrir la nuit, et

de passer le moins brusquement possible d'une température extrême

à une autre, peut quelquefois seul garantir des diarrhées et des

dysenteries si redoutables dans les armées.

La limonade prise en quantité et habituellement est une boisson

mauvaise qui affaiblit les estomacs les plus robustes; il faut

lui substituer comme rafraîchissant, l'oxycrat, qui est bien

meilleur; c'est un mélange d'eau, d'un peu de vinaigre, et de

sucre.

Les chaleurs considérables de la saison affaiblissent elles

seules les forces digestives. Nous avons dit ailleurs que les

spiritueux pris modérément relevaient ces forces, et que leur

abus les détruisait, et finissait par les anéantir. Il est

démontré par une expérience malheureusement trop journalière que

presque tous les hommes adonnés à l'excès des liqueurs

spiritueuses, et qui ont été attaqués de fièvres contagieuses,

ont péri; on peut aller plus loin et dire qu'ils les ont

contractées plus facilement.

Ceux qui sont attaqués de maladies vénériennes sont également par

leur état de faiblesse générale ou partielle, dans des

circonstances très défavorables, et qui les exposent à l'action

destructive des maladies les plus graves.

Il y a dans ce moment quelques fièvres éphémères ou de très peu

de durée, qui ne doivent point alarmer ceux qui en sont attaqués;

une légère purgation ou deux suffisent pour rétablir la santé: le

plus souvent elles sont catarrhales, et tiennent à une

suppression de transpiration. Nous avons suffisamment expliqué

(tome Ier de la Décade égyptienne, pages 67 et 68) les raisons

qui nous engagent à recommander les purgations légères.

Nous ne craignons pas de dire qu'on abuse infiniment des remèdes:

il est un peu dans le goût des militaires d'en désirer et même de

violents; mais il est du devoir de ceux qui sont chargés de

veiller à leur conservation, de les leur refuser quand ils sont

inutiles: les remèdes héroïques ne doivent être employés que dans

les circonstances difficiles. C'est rendre un service essentiel

que de décrier les polypharmaques, c'est-à-dire ceux qui

surchargent les malades de remèdes, et d'opposer à leur

inexpérience ce beau mot d'un grand praticien de notre siècle:

_La fureur de traiter les maladies en faisant prendre drogues

sur drogues ayant gagné les têtes ordinaires, les médecins sont

aujourd'hui plus nécessaires pour les empêcher et les défendre,

que pour les ordonner._

Les vésicatoires, remède très actif, et qui par conséquent a

besoin d'être employé avec beaucoup de jugement et de réserve,

ont récemment rendu de très grands services dans les fièvres

contagieuses, et dans les soporeuses, dans quelques dysenteries,

et dans les maux de gorge d'un caractère alarmant. Le

gouvernement aura lieu de s'applaudir de la sage prévoyance avec

laquelle il nous a fait parvenir de France une quantité

considérable de cantharides.

Les éruptions qui se manifestent à la peau de plusieurs

personnes, et causent de vives démangeaisons, ne doivent point

inquiéter; elles sont un bienfait: les bains pris de distance en

distance conviennent dans ce cas; mais il ne faut pas se lasser

de répéter ce qui a été plusieurs fois dit sur leur usage,

notamment dans un supplément à l'ordre du jour du 3 messidor an

VII.

Les bains sont un des meilleurs moyens d'entretenir la santé, et

de prévenir les maladies inflammatoires, etc. (voyez page 16.)

Nous n'avons dans ce moment qu'un très petit nombre de malades

dans les hôpitaux.

_Signé_ R. DESGENETTES.

La commission chargée de l'examen de la fabrication du pain présenta son

rapport au général en chef le 27.

_Extrait de l'ordre du jour du 28 thermidor an VIII._

Le général en chef ORDONNE ce qui suit:

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1 · 第 45 / 73 题