_LE PERROQUET ROI._
Dans le cours de mes voyages, je visitai une isle peu connue,
quoiqu'assez grande & bien peuplée. Mon premier soin fut de m'enquérir
de la forme du gouvernement. Un des habitans me dit: Nous avons un
perroquet[4] pour souverain. Je priai mon insulaire de me parler
sérieusement. Je ne raille pas, me dit le vieillard. Jadis nous avions
pour roi un de nos semblables, comme à l'ordinaire. Mais entr'autres
abus, nous nous sommes apperçu, à nos dépens, que la plupart de nos
rois, pour s'épargner la peine d'étudier l'art de régner, n'étoient
tout bonnement que les échos de leurs mignons & de leurs maîtresses.
Ils ne faisoient que répéter sur le trône ce qu'on leur avoit fait
apprendre sur leur sopha. Autant valoit n'avoir qu'un perroquet.
L'entretien de ce nouveau monarque est bien moins dispendieux. Il ne
lui faut qu'une perruche & un maître de langue.
[Note 4: _Ex Africa parte Ptoembari, Ptoemphanæ qui canem pre
rege habent, motu ejus imperia augurantes._ Plinius, hist.
nat. liv. VI. 20.]
Cette révolution, continua le vieillard, eut lieu dans ma jeunesse. La
proposition qu'on en fit aux états-généraux de l'isle passa tout d'une
voix, & depuis lors, nous nous en sommes bien trouvés.