LEÇON XXXIX.

_LES FLECHES ET LES MOUTONS._

En ce tems-là; un prince avoit pour voisin de ses États un peuple

dispersé sur une grande étendue de pays. Il leur proposa de se

rassembler dans des villes, en leur offrant, pour leçon, l'exemple

d'un faisceau de fleches qu'on ne peut rompre, tant qu'elles sont

réunies. Votre force, leur fit-il dire par ses envoyés, naîtra de

votre union.

Un Ancien parmi ce peuple demi-sauvage, fut chargé de répondre; &

voilà comme il s'y prit: Nous convenons que rien ne peut briser des

javelots en paquet; & qu'un enfant en viendrait à bout, en les prenant

séparément; mais, convenez, à votre tour, qu'il n'est pas aussi facile

de faire ce qu'on veut d'un peuple dispersé, que d'une nation qu'on a

sous la main. Nous faisons ce que nous voulons du troupeau que nous

renfermons dans l'enceinte d'une bergerie; mais nous n'en pourrions

pas dire autant des moutons errans dans la plaine ou sur la montagne.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 45 / 170 题