LEÇON XXXVIII.

_L'ÉCHANGE DES PRISONNIERS DE GUERRE._

En ce tems-là; deux rois puissans étoient en guerre; car ils étoient

voisins. L'un d'eux souffroit à sa cour le fou en titre d'office, dont

son prédécesseur avoit créé la charge. Ce fou fut mis au nombre des

prisonniers; mais que son maître en fut amplement dédommagé, en voyant

arriver le roi, son rival, chargé de chaînes! Le vainqueur fit à sa

guise les clauses du traité qui eut lieu; & il montra beaucoup de

modération. Car il offrit de rendre le roi, pourvu seulement qu'on lui

rendît son fou. Ces conditions de la paix firent hausser les épaules

aux politiques qui ne se croyoient pas vus du roi. Mais celui-ci qui

voyoit tout, se contenta de leur dire: Ma conduite qui vous paroît

étrange, n'est que juste. Pour ravoir mon fou, pouvois-je

raisonnablement donner autre chose en échange, qu'un insensé?

Le prince prisonnier, mis en liberté, eût mieux aimé donner la moitié

de son royaume pour sa rançon, (car rien ne coûte aux rois) plutôt que

de subir une telle humiliation. Il mourut de dépit. Ses sujets se

réunirent aux sujets de son rival heureux, qui dit alors à ses

courtisans: Eh bien! hausserez-vous encore les épaules? Ma politique

voit plus loin que la vôtre; avouez-le.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 44 / 170 题