LEÇON XL.

_LES ASTÔMES._

En ce tems-là; une nation avoit pour roi un tyran, & pour voisins

tributaires & vassaux, une peuplade d'hommes sans bouche, & ne se

nourrissant que d'air. On leur envoya le tyran, pour régner sur eux.

Ils l'acceptèrent, mais en même-tems ils lui firent entendre par

signes qu'un peuple qui n'avoit jamais faim, n'étoit pas aisé à être

tyrannisé; & qu'un souverain qui avoit plus besoin de ses sujets, que

ses sujets de lui, ne pouvoit sans risque vouloir tyranniser. Quand tu

seras tenté d'abuser de ton pouvoir, lui dirent-ils dans leur langage,

tu n'entendras pas de murmures qui ne seroient pour toi qu'un vain

bruit à l'importunité duquel ton oreille s'accoutumeroit bientôt. Mais

nous te ferons jeûner; & nous verrons si tu t'habitueras aussi

facilement à la faim qu'au pouvoir arbitraire.

Il seroit à souhaiter que cette race d'hommes[2] sans bouche existât

encore: on y enverroit en retraite les mauvais rois; & les jeunes

princes pourroient y faire leur noviciat.

[Note 2: Pline & Plutarque parlent d'un peuple sans bouche,

qu'ils nomment _Astômes_.]

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 46 / 170 题