Dolce

Hé-las! quel-le est ma chi-mè---- re, Fil-le

Pour Al-va-re et pour la ter---- re J'aban-

du ciel et des airs, Sans é-

don-ne l'u--ni--vers;

clat et sans puis--san-ce Je m'a-

bais-se, jus-qu'aux fers, Et quelle est ma ré-com-

pen-se, On me dé--dai-gne et je sers.]

Hélas! quelle est ma chimère

Fille du ciel et des airs,

Pour Alvare et pour la terre

J'abandonne l'univers;

Sans éclat et sans puissance,

Je m'abaisse jusqu'aux fers;

Et quelle est ma récompense?

On me dédaigne et je sers.

Coursier, la main qui vous mène

S'empresse à vous caresser;

On vous captive, on vous gêne,

Mais on craint de vous blesser.

Des efforts qu'on vous fait faire

Sur vous l'honneur rejaillit,

Et le frein qui vous modère

Jamais ne vous avilit.

Alvare, une autre t'engage,

Et m'éloigne de ton cœur:

Dis-moi par quel avantage

Elle a vaincu ta froideur?

On pense qu'elle est sincère,

On s'en rapporte à sa foi;

Elle plaît, je ne puis plaire;

Le soupçon est fait pour moi.

La cruelle défiance

Empoisonne le bienfait.

On me craint en ma présence;

En mon absence on me hait.

Mes tourments, je les suppose;

Je gémis, mais sans raison;

Si je parle, j'en impose...

Je me tais, c'est trahison.

Amour, tu fis l'imposture,

Je passe pour l'imposteur;

Ah! pour venger notre injure,

Dissipe enfin son erreur.

Fais que l'ingrat me connaisse;

Et quel qu'en soit le sujet,

Qu'il déteste une faiblesse

Dont je ne suis pas l'objet.

Ma rivale est triomphante,

Elle ordonne de mon sort,

Et je me vois dans l'attente

De l'exil ou de la mort.

Ne brisez pas votre chaîne,

Mouvements d'un cœur jaloux;

Vous éveilleriez la haine...

Je me contrains: taisez-vous!

[Illustration]

Le son de la voix, le chant, le sens des vers, leur tournure, me

jettent dans un désordre que je ne puis exprimer. «Être fantastique,

dangereuse imposture! m'écriai-je en sortant avec rapidité du poste où

j'étais demeuré trop longtemps: peut-on mieux emprunter les traits de

la vérité et de la nature! Que je suis heureux de n'avoir connu que

d'aujourd'hui le trou de cette serrure! comme je serais venu m'enivrer,

combien j'aurais aidé à me tromper moi-même! Sortons d'ici. Allons sur

la Brenta dès demain. Allons-y ce soir.»

[Illustration]

J'appelle sur-le-champ un domestique, et fais dépêcher, dans une

gondole, ce qui m'était nécessaire pour aller passer la nuit dans ma

nouvelle maison.

Il m'eût été trop difficile d'attendre la nuit dans mon auberge.

Je sortis. Je marchai au hasard. Au détour d'une rue, je crus voir

entrer dans un café ce Bernadillo qui accompagnait Soberano dans notre

promenade à Portici. «Autre fantôme! dis-je; ils me poursuivent.»

J'entrai dans ma gondole, et courus tout Venise de canal en canal: il

était onze heures quand je rentrai. Je voulus partir pour la Brenta,

et mes gondoliers fatigués refusant le service, je fus obligé d'en

faire appeler d'autres: ils arrivèrent, et mes gens, prévenus de mes

intentions, me précèdent dans la gondole, chargés de leurs propres

effets. Biondetta me suivait.

A peine ai-je les deux pieds dans le bâtiment, que des cris me forcent

à me retourner. Un masque poignardait Biondetta: «Tu l'emportes sur

moi! meurs, meurs, odieuse rivale!»

[Illustration]

[Illustration]

Le diable amoureux · 第 35 / 50 题