Les deux empereurs étaient consuls cette année, Constance pour la

quatrième fois, et Constant pour la troisième. Il est remarquable

qu'ils ne prirent point le consulat au commencement de l'année:

l'histoire n'en donne point la raison. Le premier monument où ils

soient nommés consuls, est une loi du 7 de mai. Constance était

alors à Constantinople, et il paraît qu'il y séjourna le reste de

cette année[148], et jusqu'au mois de mars de la suivante. Il s'y

était apparemment rendu, afin d'arrêter les suites d'une sédition.

Le peuple révolté, on ne sait à quelle occasion, avait blessé un

magistrat considérable nommé Alexandre, qui fut obligé de se sauver

à Héraclée. Les séditieux se saisirent de ceux qui leur étaient

suspects; et se flattant d'être toujours les maîtres, ils les mirent

en prison en attendant qu'on instruisît leur procès. Bientôt ils

se calmèrent, peut-être avec aussi peu de raison qu'ils s'étaient

soulevés. Le magistrat offensé rentra dans la ville, et se mit en

devoir de punir les mutins. Mais il survint dès la nuit suivante un

ordre de l'empereur, qui destituait Alexandre, et qui mettait en sa

place Liménius, que Libanius dépeint comme un homme sans mérite,

et d'une vanité ridicule. Cependant Sapor, rentré en Mésopotamie,

assiégeait Nisibe pour la seconde fois. Toutes les forces de la Perse

échouèrent encore devant cette ville; quoiqu'elle ne fût défendue que

par sa garnison; et Sapor fut obligé d'en lever le siége au bout de

soixante-dix-huit jours.

[Note 148: Il existe des lois de Constance datées de cette ville des 26

mai et 23 août de la même année.--S.-M.]

[Note latérale: XLII. Concile de Milan.]

[Note latérale: Ath. Apol. ad Const. t. I, p. 297.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 19 et 20.]

[Note latérale: Soz. l. 3, c. 11.]

[Note latérale: [Theoph. p. 34.]]

[Note latérale: Phot. vit. Ath. cod. 257.]

[Note latérale: Pagi, in Baron.]

Dans le même temps que Constance était venu à Constantinople, Constant

avait passé en Italie. Il était à Milan au mois de juin. Il y manda

Athanase et plusieurs évêques d'Occident qui s'assemblèrent en synode.

Les députés orientaux leur ayant présenté cette longue formule dont

j'ai parlé, leur demandèrent d'y souscrire. Les évêques répondirent

qu'ils s'en tenaient à la profession de Nicée, et qu'ils rejetaient

toutes les autres, comme des productions d'une curiosité dangereuse:

ils proposèrent à leur tour de condamner la doctrine d'Arius. Cette

proposition irrita les députés; ils partirent brusquement; et les

évêques prirent cette occasion pour conjurer l'empereur de renouveler

ses instances auprès de son frère, et d'obtenir de lui qu'il voulût

bien concourir à terminer par un concile œcuménique les contestations

qui déchiraient le sein de l'église. Constant avait plusieurs fois

écrit à son frère des lettres pressantes en faveur d'Athanase et des

autres évêques bannis: mais Constance toujours obsédé par les Ariens

était sourd à de si justes remontrances. Constant, à la sollicitation

du synode, lui proposa un concile général, où se rassembleraient

les prélats des deux partis. Constance y consentit. Les empereurs

choisirent la ville de Sardique, comme la plus commode pour les évêques

d'Orient et d'Occident, parce qu'elle était sur la frontière des deux

empires. Constant ayant fait un voyage dans ses états d'Illyrie et de

Macédoine, et s'étant avancé jusqu'à Thessalonique[149], retourna en

Gaule et fit venir à Trèves Athanase, qui partit peu après avec le

célèbre Osius, pour se rendre à Sardique.

[Note 149: Constant était à Césène le 23 mai, à Milan le 21 juin, et à

Thessalonique le 6 décembre.--S.-M.]

[Note latérale: XLIII. Concile de Sardique.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 154 et 155; et epist.

ad monach. p. 352 et ad Antioch. p. 770-777.]

[Note latérale: Conc. t. 3, p. 623-712.]

[Note latérale: Socr. l. 2, p. 20 et 22.]

[Note latérale: Theod. l. 2, c. 7 et 8.]

[Note latérale: Soz. l. 3, c. 11.]

[Note latérale: Theoph. p. 39.]

[Note latérale: Phot. Vit. Ath. cod. 257.]

[Note latérale: Baron. an. 347.]

[Note latérale: Hermant, vit. d'Ath. l. 6, c. 4, 5, 6, 7 et 8.]

[Note latérale: Vit. Ath. in edit. Bened. t. I, p. 40, 41 et 42 et seq.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 38, 39. et vie de Jules, art. 9.]

[Note latérale: Fleury, Hist. eccles. l. 12.]

Le concile s'assembla au commencement de l'année suivante, sous le

consulat de Rufin et d'Eusèbe. Jamais depuis le concile de Nicée

l'église n'avait vu un si grand nombre de prélats réunis. Cent évêques

d'Occident et soixante-treize d'Orient[150], allaient combattre comme

en bataille rangée, les uns pour la foi de Nicée, les autres pour la

doctrine d'Arius, dont la plupart cependant n'osaient se déclarer les

partisans. Ce fut en cette rencontre qu'on vit naître entre l'église

d'Orient et celle d'Occident ces premières étincelles de division qui

ayant paru s'éteindre ensuite, mais n'étant qu'assoupies, ont sous

d'autres prétextes éclaté plusieurs siècles après par un embrasement

funeste, dont les suites durent encore de nos jours. Entre les

occidentaux on compte cinq transfuges qui se joignirent aux Ariens: les

deux plus renommés sont Ursacius de Singidunum, et Valens de Mursa.

Deux prélats se détachèrent aussi du parti des orientaux, et vinrent

instruire leurs adversaires des complots tramés contre eux. Il y en

avait d'autres encore qui étaient orthodoxes dans le cœur; mais la

crainte de Constance et la violence de leurs collègues les tenaient

comme enchaînés. Le pape Jules, qui avait été invité, s'excusa sur les

maux que son absence pourrait causer à son troupeau; il envoya deux

légats prêtres et un diacre. Plusieurs prélats qui s'étaient vingt-deux

ans auparavant signalés à Nicée, donnaient à cette illustre assemblée

un nouvel éclat, et y apportaient le même courage. Osius âgé de plus

de quatre-vingt-dix ans était le plus célèbre; il fut l'oracle de ce

concile: c'était lui qui proposait et qui demandait les avis; et son

nom se lit en tête de toutes les signatures. Outre Athanase, Marcel

et Asclépas, on y vit paraître Lucius d'Andrinople, présentant au

concile les fers dont il avait été chargé par les Ariens; et plusieurs

autres évêques décharnés par la faim, et meurtris de coups, portaient

les marques d'une persécution barbare. Du côté des Ariens c'étaient

les plus hardis qui venaient avec confiance s'offrir au choc; et

pour assurer leur victoire, ils s'étaient fait accompagner du comte

Musonianus et du chambellan Hésychius. Théognis était mort depuis

peu; mais fidèle à son parti et livré au mensonge jusqu'au dernier

soupir, il avait en mourant supposé des lettres dans la vue d'irriter

l'empereur contre Athanase. Valens était encore tout échauffé d'une

sédition qu'il venait d'exciter à Aquilée, dont il avait voulu usurper

le siége, et il avait vu fouler aux pieds un évêque nommé Viator, qui

en était mort trois jours après. Théodore d'Héraclée, Étienne nouvel

évêque d'Antioche, Ursacius de Singidunum ne montraient pas moins

d'ardeur. Cependant se sentant encore trop faibles contre la vérité et

la justice, ils convinrent ensemble de ne pas entrer au concile, si les

choses ne paraissaient pas disposées à leur avantage.

[Note 150: Il y a quelque dissentiment entre les auteurs, sur le nombre

des évêques qui assistèrent à ce concile.--S.-M.]

[Note latérale: XLIV. Les Ariens se séparent.]

En effet, lorsqu'à leur arrivée, ils virent qu'on allait procéder

régulièrement, que les officiers militaires ne seraient pas admis à

l'assemblée, qu'Athanase et les autres bannis y seraient reçus, qu'on

était disposé à écouter leurs défenses, et qu'ils allaient eux-mêmes

être convaincus de tant d'horribles violences, ils s'enfermèrent

dans le palais; et ayant tenu conseil entre eux, ils prirent le

parti de se retirer: ils envoyèrent signifier au concile leur refus

d'y assister, sous pretexte que, les accusés étant déja frappés

d'anathème, on ne pouvait sans crime communiquer avec eux. Ils

s'autorisaient encore d'une prétendue lettre de l'empereur, qui les

rappelait, disaient-ils, pour célébrer une victoire qu'il venait de

remporter sur les Perses[151]. Des raisons si frivoles n'excitèrent que

l'indignation. Osius employa tous ses efforts pour vaincre ces esprits

opiniâtres; il s'avança, de l'aveu du concile, jusqu'à leur proposer

de comparaître devant lui seul: que s'ils réussissaient à convaincre

Athanase, celui-ci serait déposé; si au contraire ils étaient confondus

et qu'ils persistassent cependant à le rejeter, il renoncerait à

l'évêché d'Alexandrie et se retirerait en Espagne avec Osius. Athanase

acceptait ces conditions quelque injustes qu'elles fussent; mais les

Ariens refusaient tout. Enfin s'embarrassant peu d'être condamnés

par le concile, parce qu'ils étaient bien assurés que l'empereur ne

permettrait pas l'exécution de la sentence, ils se retirèrent sur

les confins de la Thrace, à Philippopolis, ville qui appartenait à

Constance, et qui n'était séparée du territoire de Sardique, que par le

pas de Sucques.

[Note 151: Constance à cette époque était effectivement en Orient,

sans doute à cause de la guerre qu'il soutenait contre les Perses.

Parti d'Ancyre en Galatie, où il se trouvait le 8 mars 347, il était à

Hiérapolis le 11 mai suivant; il ne quitta point l'Orient jusqu'en l'an

348.--S.-M.]

[Note latérale: XLV. Jugement du concile.]

Le concile, ayant perdu toute espérance de les ramener, forma sa

décision. Il ne dressa point de nouvelle profession de foi, déclarant

qu'il s'en tenait à celle de Nicée. On remit à l'examen le jugement de

Jules en faveur d'Athanase. On fit la révision de toutes les pièces du

procès à charge et à décharge: on entendit les accusés. La sentence de

Jules fut confirmée: Athanase et les autres furent de nouveau absous:

on ordonna qu'ils rentreraient en possession de leurs siéges; on cassa

les ordinations de Grégoire; et loin de le reconnaître pour évêque,

on déclara qu'il ne méritait même pas le nom de chrétien. On prononça

la déposition des principaux chefs de la faction arienne. Le concile

écrivit quatre lettres synodales: l'une aux empereurs pour les prier

de rétablir dans leur premier état les catholiques persécutés, et de

réprimer les attentats des magistrats séculiers; il demandait que la

foi fût libre, et qu'on n'employât plus les chaînes, les bourreaux,

et les tortures pour gêner les consciences. Une autre lettre était

adressée à tous les évêques; on les informait de ce qui s'était

passé à Sardique, et on les priait d'y souscrire: la lettre écrite

à Jules contenait en peu de mots le même récit, et reconnaissait le

pape pour chef de l'église. Enfin dans celle qu'on écrivit à l'église

d'Alexandrie, on faisait part aux fidèles de la pleine justification

d'Athanase; on les exhortait à demeurer constamment attachés à sa

communion, et on leur prouvait la nullité de l'ordination de Grégoire.

On fit plusieurs canons de discipline, dont quelques-uns sont des

titres respectables de la primauté du saint-siége. Ce concile était

général dans sa convocation: mais la séparation des orientaux lui ôte

la qualité de concile œcuménique.

[Note latérale: XLVI. Faux concile de Sardique.]

Les évêques retirés à Philippopolis donnèrent à leur assemblée le nom

de concile de Sardique, pour en imposer par cette supercherie. L'église

d'Afrique n'était pas encore détrompée du temps de saint Augustin,

qui, ne connaissant pas le vrai concile de Sardique, ne regardait

l'assemblée qui portait le nom de cette ville que comme un conciliabule

d'Ariens. Ils dressèrent une profession de foi, captieuse selon leur

coutume. Ils envoyèrent leur lettre synodale aux évêques de leur parti.

Tous ceux qui avaient été absous par les occidentaux, y sont condamnés;

toutes les anciennes calomnies contre Athanase y sont renouvelées;

ils excommunient Osius, les principaux évêques catholiques et même le

pape Jules. Cette lettre fut aussi adressée aux Donatistes d'Afrique;

mais ceux-ci n'adhérèrent point aux erreurs des Ariens, et restèrent

attachés à la foi de la consubstantialité. Le concile de Sardique

sépara pour quelque-temps l'Orient de l'Occident. Le pas de Sucques fut

la borne des deux communions, comme celle des deux empires. Il restait

cependant en Orient des orthodoxes; mais ceux-ci, quoique fermes dans

la foi de Nicée, évitaient les disputes et communiquaient même avec

les Ariens, qui se divisèrent bientôt en plusieurs branches. Les uns

prétendaient que le fils de Dieu était d'une substance absolument

différente de celle de son père; c'étaient les purs Ariens; on les

appela Anoméens; les autres reconnaissaient que le fils était en

tout semblable au père, mais ils ne voulaient point qu'on parlât de

substance; d'autres admettaient dans le fils une substance semblable,

mais non pas la même; ils ne rejetaient que la consubstantialité; ils

sont nommés Semi-Ariens; le plus grand nombre voltigeaient sans cesse

d'un parti à l'autre, et réglaient leur profession de foi sur les

circonstances.

[Note latérale: XLVII. Concile de Milan.]

C'était la coutume de notifier dans des synodes particuliers les

décrets des conciles généraux. L'équivoque du prétendu concile de

Sardique rendait dans l'occasion présente cet usage plus indispensable.

Constant résidait alors à Milan. Il s'y assembla un concile nombreux,

composé des évêques d'Illyrie et d'Italie. Le pape Jules y envoya des

légats. On y accepta les décrets du vrai concile de Sardique. Ursacius

et Valens retournés à leurs églises, se voyant environnés de prélats

orthodoxes, et craignant les suites de l'anathème, dont un prince

catholique ne les sauverait pas, vinrent se présenter aux évêques;

et plus attachés à leur dignité qu'à leur sentiment, ils abjurèrent

l'arianisme par un acte signé de leur main. On leur pardonna, et on

les admit à la communion. Deux évêques furent envoyés à Constance pour

demander l'exécution du jugement rendu à Sardique, et le rétablissement

des prélats bannis. Constant les fit accompagner d'un officier de ses

armées, nommé Salianus, recommandable par sa piété et par son amour

pour la justice. Il le chargea d'une lettre par laquelle il faisait les

mêmes demandes; il menaçait son frère d'employer, s'il en était besoin,

la force des armes, pour soutenir une cause si juste.

[Note latérale: XLVIII. Députés envoyés à Constance.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, tit. 30, leg. 8.]

[Note latérale: Themist. or. 2, p. 1.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Till. art. 11.]

[Note latérale: AN 348.]

Constance était à Antioche. Il avait quitté Constantinople dès les

premiers mois de cette année. En passant par Ancyre[152] il y entendit

son panégyrique prononcé par le fameux sophiste Thémistius, qui,

après avoir selon l'usage protesté de la vérité de ses éloges, débita

beaucoup de mensonges à la louange de l'empereur. Les députés du

concile de Sardique s'étaient rendus à Antioche avant Pâques; et ceux

du concile de Milan dûrent y arriver avec Salianus au commencement de

l'année suivante. Quelques auteurs prétendent que Salia alors consul

avec Philippe, est le même que ce Salianus[153]. Mais la dignité

consulaire ne paraît guère s'accorder avec cette députation. Philippe,

l'autre consul, était d'une famille très-obscure. Un génie souple et

intrigant l'avait élevé jusqu'à la charge de préfet d'Orient, qu'il

posséda pendant plusieurs années. Il était vendu aux Ariens, et nous le

verrons bientôt signaler son zèle en leur faveur par des crimes dont il

fut mal récompensé. Constance, naturellement timide, ne reçut pas sans

inquiétude les lettres menaçantes de son frère. Mais les Perses lui

donnaient alors de plus vives alarmes.

[Note 152: Constance était dans cette ville le 8 mars 347.--S.-M.]

[Note 153: Cette opinion est celle de Henri Valois dans une note sur

Théodoret, l. 2, c. 8.--S.-M.]

[Note latérale: XLIX. Guerre de Perse.]

[Note latérale: Liban. Basil, t. 2, p. 123 et 128-133.]

[Note latérale: Amm. l. 18, c. 9.]

Après le siége de Nisibe, ils étaient convenus d'une trève avec les

Romains. Cependant Sapor, dont l'humeur guerrière n'était gênée par

aucun scrupule, employait ce temps à faire de nouveaux efforts. Il

enrôle tout ce qu'il a de sujets propres à porter les armes; les

plus jeunes, pour peu qu'ils paraissent vigoureux, n'en sont pas

dispensés. Les villes restent presque désertes. Il n'épargne pas même

les femmes, qu'il oblige de suivre l'armée, et de porter le bagage. Il

épuise de soldats les nations voisines, qu'il engage par prières, par

argent, par force. Tout l'Orient s'ébranle et marche vers le Tigre.

Constance de son côté rassemble les forces romaines, se met à leur

tête et s'avance pour arrêter ce torrent. Il campe à six lieues[154]

du fleuve, et porte des corps de troupes jusque sur les rives. Bientôt

la poussière qui s'élève au-delà annonce l'approche des Perses; on

entend le bruit des armes et le hennissement des chevaux. Constance,

averti par ses coureurs, va lui-même reconnaître l'ennemi; il ordonne

aux postes avancés de se replier, et de laisser le passage libre:

_N'empêchez pas même les Perses_, leur dit-il, _de prendre un terrain

avantageux et de s'y retrancher: tout ce que je souhaite, c'est de les

attirer au combat; et tout ce que je crains, c'est qu'ils ne prennent

la fuite avant que d'en venir aux mains_. Les Perses profitent de

cette confiance; ils jettent trois ponts; ils mettent plusieurs jours

et plusieurs nuits à passer le fleuve sans aucune inquiétude; et se

retranchent près de Singara[155]. Dans cette ville se trouvait alors

un officier de la garde nommé Elien; il n'avait avec lui qu'une troupe

de nouvelles milices. Mais il sut leur inspirer tant de courage,

qu'étant sortis pendant la nuit ils osèrent sous sa conduite pénétrer

jusque dans le camp des Perses; ils les surprirent endormis sous leurs

tentes, en égorgèrent un grand nombre, et se retirèrent sans perte

avant que d'être reconnus. Cette action rendit ces soldats célèbres;

on en composa deux cohortes sous les noms de _Superventores_ et de

_Prœventores_, qui rappelaient leur hardiesse. Elien fut honoré du

titre de comte.

[Note 154: A 150 stades selon Libanius, or. 3, t. 2, p. 131. ed.

Morel.--S.-M.]

[Note 155: Ville au milieu de la Mésopotamie sur les bords du

_Chaboras_, actuellement le _Khabour_. On la nomme à présent

_Sindjar_.--S.-M.]

[Note latérale: L. Bataille de Singara.]

[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 130-134.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 23 et 24. ed. Spanch.]

[Note latérale: Eutr. l. 10.]

[Note latérale: Rufus.]

[Note latérale: Hier. Chron.]

[Note latérale: Amm. l. 25, c. 9.]

[Note latérale: Oros. l. 7, c. 29.]

[Note latérale: [Socr. l. 2, c. 25.]]

Les deux armées se rangèrent en bataille: celle des Perses paraissait

innombrable. Elle était composée de soldats de toute espèce; archers à

pied et à cheval, frondeurs, fantassins et cavaliers armés de toutes

pièces. Les rives, la plaine, la pente des montagnes n'offraient

aux yeux qu'une forêt de lances et de javelots. Les gens de trait

couvraient les coteaux et bordaient le retranchement: au-devant était

rangée la cavalerie; l'infanterie formait l'avant-garde; elle se mit

en marche et fit halte hors de la portée du trait; les deux armées

restèrent long-temps en présence. On était déja à l'heure de midi, dans

les plus grandes chaleurs du mois d'août; et les Romains, sous les

armes dès le point du jour, n'étaient pas accoutumés comme les Perses

au soleil brûlant de ces climats. Enfin Sapor, s'étant fait élever sur

un bouclier pour considérer l'armée ennemie, fut frappé du bel ordre

de leur bataille; elle lui parut invincible. C'était un reste de cette

ancienne tactique, qui jointe à la sévérité de la discipline avait

rendu les Romains maîtres du monde. Sapor savait assez la guerre pour

admirer leur ordonnance; mais non pas pour la rompre de vive force, ni

pour la rendre inutile par la disposition de ses troupes. Soit crainte,

soit stratagème, il fait sonner la retraite, et fuyant lui-même à

toute bride avec un gros de cavalerie, il repasse le Tigre et laisse

la conduite de l'armée à son fils Narsès, et au plus habile de ses

généraux. Les Perses prennent la fuite vers leur camp, pour attirer

l'ennemi à la portée des traits prêts à partir de dessus la muraille et

les coteaux. Les Romains, au désespoir de les voir échapper, demandent

à grands cris le signal du combat. En vain Constance veut les arrêter;

ils n'estimaient ni sa capacité ni sa valeur; et malgré ses ordres,

ils courent de toutes leurs forces, et arrivent au camp sur le soir,

lorsque les Perses y rentraient en désordre. Constance voyant les

siens fatigués d'une course de quatre lieues, épuisés par la chaleur

et par la soif, fait de nouveaux efforts pour les retenir. La nuit

approchait; les archers sur les éminences d'alentour, les cavaliers au

pied de la muraille faisaient bonne contenance. Rien n'arrête la fougue

du soldat romain; il fond sur cette cavalerie, renverse hommes et

chevaux, les assomme à coups de masses d'armes. En un moment le fossé

est comblé, les palissades sont arrachées. Ils s'attachent ensuite à

la muraille; elle s'écroule jusqu'aux fondements. Les uns pillent les

tentes et massacrent tous ceux qui ne peuvent fuir; Narsès est fait

prisonnier: les autres courent vers les hauteurs; mais à découvert de

toutes parts, ils sont accablés d'une grêle de traits; l'obscurité fait

égarer leurs coups; leurs épées déja rompues dans les corps des ennemis

refusent de les servir: après avoir perdu leurs meilleurs soldats ils

se rejettent dans le camp; là se croyant victorieux, ils allument des

feux; et accablés de fatigue, brûlants de soif, ils cherchent de l'eau

et ne songent qu'à se désaltérer. Les vaincus, profitant du désordre

et favorisés des ténèbres de la nuit, fondent sur eux; ils les percent

de traits à la lueur de leurs feux, et les chassent de leur camp.

Dans cette affreuse confusion, quelques soldats furieux se jettent

sur Narsès; il est fouetté, percé d'aiguillons, et coupé en pièces.

Constance, fuyant avec quelques cavaliers, arriva à une méchante

bourgade nommée Hibite ou Thébite, à six lieues de Nisibe, où mourant

de faim il fut trop heureux de se rassasier d'un morceau de pain qu'il

reçut d'une pauvre femme. Le lendemain les Perses, ne sentant que

leur perte, repassent le fleuve et rompent les ponts. Sapor, saisi

de douleur et de rage, quitta les bords du Tigre, s'arrachant les

cheveux, se frappant la tête et pleurant amèrement son fils. Dans

l'excès de son désespoir, il fit trancher la tête à plusieurs seigneurs

qui lui avaient conseillé la guerre. Telle fut la bataille de Singara,

où les rives du Tigre furent tour à tour abreuvées du sang des Perses

et des Romains, et où la mauvaise discipline fit perdre aux vainqueurs

tout l'avantage que leur avait procuré une bravoure téméraire.

[Note latérale: LI. Nouveaux troubles des Donatistes apaisés en

Afrique.]

[Note latérale: Optat. l. 3. de schis. Donat. c. 3-9.]

[Note latérale: [Athan. apol. ad Const. t. I, p. 297.]]

[Note latérale: Baronius.]

[Note latérale: Till. Hist. des Donat. art. 46 et suiv.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 38 / 40 段