[Note 127: Il paraîtrait, d'après ce que disent les auteurs arméniens,

qui parlent des siéges opiniâtres soutenus par Tigranocerte ou Amid,

que cette ville n'avait pas cessé de faire partie de l'Arménie. Il est

au moins constant, par le témoignage de Procope (de Bell. Pers. l. 1,

c. 17), qu'elle était dans la partie de la Mésopotamie qu'on appelait

Arménie. Si cette ville ne faisait pas partie intégrante de l'empire,

et si elle n'était qu'une place d'Arménie occupée par une garnison

romaine, ce serait une nouvelle raison en faveur de l'opinion que j'ai

émise dans la note ajoutée, l. v, § 60.--S.-M.]

[Note 128: _A latere quidem australi, geniculato Tigridis meatu

subluitur propius emergentis; quà Euri opponitur flatibus Mesopotamiœ

plana despectat. Unde Aquiloni obnoxia est, Nymphœo amni vicina,

verticibus Taurinis umbratur, gentes Transtigritanas dirimentibus et

Armeniam: spiranti Zephyro contraversus Gumathenam contingit, regionem

uberem, cultu juxta fecundam._ Amm. Marc. l. 18, c. 9.--S.-M.]

[Note latérale: XXXII. Terribles tremblements de terre.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 10.]

[Note latérale: Soz. l. 3, c. 6.]

[Note latérale: [Hier. chron.]]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: S. Ephrem. Orat. de Terræ motu. op. græc. t. 3, p. 48.]

[Note latérale: [Theoph. p. 30.]]

On commença en ce temps-là à sentir en Orient des tremblements de

terre, qui durèrent près de dix ans à plusieurs reprises. La terre

trembla dans Antioche pendant une année entière: le péril fut grand

surtout durant trois jours. Plusieurs autres villes furent ruinées.

Saint Éphrem, diacre d'Édesse, qui parle des faits dont il a pu être

témoin oculaire, dit que les montagnes d'Arménie, s'étant d'abord

écartées l'une de l'autre, se heurtèrent ensuite avec un horrible

fracas; qu'il en sortit des tourbillons de flamme et de fumée, et

qu'après cette effrayante agitation elles se replacèrent sur leur base.

[Note latérale: XXXIII. Courses des Francs.]

[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 137 et 138, ed. Morel.]

[Note latérale: Hier. chron.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 10.]

[Note latérale: Soz. l. 3, c. 6.]

L'Occident n'était guère plus tranquille. Les Francs s'étaient jetés

dans la Gaule; et le nom seul de cette nation ne répandait pas moins

d'alarmes, que les fléaux les plus terribles. Voici le portrait

qu'en fait un orateur du temps, à l'occasion de l'incursion dont je

parle: «Ils sont, dit-il, redoutables par leur nombre, mais plus

encore par leur valeur: ils bravent la mer et ses orages avec autant

d'intrépidité, qu'ils marchent sur la terre; les frimas du Nord leur

sont plus agréables que l'air le mieux tempéré: la paix est pour eux

une calamité, une maladie; leur bonheur, leur élément naturel, c'est la

guerre: vainqueurs, ils ne cessent de poursuivre; vaincus, ils cessent

bientôt de fuir, et reviennent à la charge: incommodes à leurs voisins,

ils ne leur laissent pas le temps de quitter le casque; rester dans le

repos, c'est pour eux la plus dure captivité.» Constant essaya ses

forces contre cette nation guerrière; il leur livra plusieurs combats,

dont les succès furent balancés[129].

[Note 129: Deux lois données le même jour nous font voir que Constant

était à _Lauriacum_, dans la Pannonie (actuellement Lorch dans la

Basse-Autriche), le 25 juin 341.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIV. Ils sont réprimés par Constant.]

[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 139 et 140, ed. Morel.]

[Note latérale: Hier. Chron.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 13.]

[Note latérale: Idat. chron.]

Il fut plus heureux l'année suivante, dans laquelle il fut consul pour

la seconde fois, et Constance pour la troisième. Les Francs furent

domptés, et obligés de repasser le Rhin, et de recevoir pour rois des

princes attachés à l'empereur, qui surent, tant qu'il vécut, contenir

ces esprits inquiets. Une expression d'Idatius donne cependant lieu de

croire qu'on employa les négociations, ou même l'argent plutôt que la

force; et un panégyriste flatteur, et par conséquent digne de foi dans

ce qui lui échappe de peu favorable, convient que les Francs ne furent

pas réduits par les armes.

[Note latérale: AN 343.]

[Note latérale: XXXV. Constant dans la Grande-Bretagne.]

[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 140 et 141, ed. Morel.]

[Note latérale: Firmic. de error. prof. rel. c. 29.]

[Note latérale: Amm. l. 20, c. 1.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, tit. 16, leg. 5, et ibi God.]

[Note latérale: Ducange, de inf. ævi num. c. 58.]

[Note latérale: Band. Numism. t. 2, p. 353.]

[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. 8, p. 110 et 111.]

[Note latérale: Liban. or. 10, t. 2, p. 309. ed. Morel.]

[Note latérale: Theoph. p. 30.]]

La paix rétablie dans la Gaule laissa à Constant la liberté de

passer dans la Grande-Bretagne, sous le consulat de Placidus[130]

et de Romulus. Les Calédoniens menaçaient la province. L'empereur

n'annonça son dessein que par un impôt extraordinaire, qu'il leva en

ce temps-là pour armer une flotte. Voulant surprendre les ennemis, qui

se croyaient en sûreté, du moins pendant l'hiver[131], il s'embarqua

à Boulogne [_Bononia_] à la fin de janvier[132], et prit les devants

accompagné seulement de cent soldats. On ignore le détail de cette

expédition[133]. Si l'on s'en rapporte aux éloges donnés à Constant sur

ses médailles, il terrassa les Barbares[134]. Mais ces monuments sont

sujets à donner de l'éclat aux moindres succès, et le métal même sait

flatter. On ne peut non plus rien conclure, en faveur de Constance,

de ce que dit une chronique, qu'il triompha des Perses cette année.

Un orateur qui ne lui a pas épargné les éloges pendant sa vie, lui a

reproché après sa mort d'avoir souvent triomphé sans avoir vu l'ennemi,

et même après avoir été vaincu[135].

[Note 130: M. Mæcius Memmius Furius Balburius Cæcilianus Placidus et

son collègue Flavius Pisidius Romulus.]

[Note 131: _Ilyeme, quod nec factum est aliquando, nec fiat, tumentes

ac sœvientes undas calcastis Oceani_, dit Julius Firmicus Maternus, c.

29.--S.-M.]

[Note 132: On voit par une loi que Constant était à Boulogne, le 25

janvier 343. Il existe des médailles de ce prince qui portent au

revers la légende BONONIA. OCEANEN. Elles furent sans doute frappées

pendant son séjour à Boulogne, à l'occasion de son passage en

Angleterre.--S.-M.]

[Note 133: Elle fut courte à ce qu'il paraît, d'après une loi de

Constant, datée de Trèves, le 30 juin 343, sans doute après son

retour.--S.-M.]

[Note 134: Beaucoup de médailles de Constant, portent la légende

TRIUMFATOR ou TRIVMPHATOR GENTIVM BARBARARVM, en mémoire sans

doute des victoires qu'il avait emportées sur les Francs et les

Calédoniens.--S.-M.]

[Note 135: Il est certain cependant que Constance passa la plus grande

partie de cette année dans l'Orient, probablement à cause de la guerre

qu'il y faisait aux Perses, soit en personne, soit par ses généraux.

Il était à Antioche le 18 février, et à Hiérapolis le 27 juin et le 4

juillet.--S.-M.]

[Note latérale: AN 344.]

[Note latérale: XXXVI. Tremblements de terre.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 7, tit. 9, leg. 2, et ibi God.]

[Note latérale: Hier. chron.]

[Note latérale: [Greg. Nys. t. 3, p. 554.]]

[Note latérale: Theoph. p. 30, 31 et 32.]

[Note latérale: Cedr. t. 1, p. 298-299.]

[Note latérale: Baron, an. 343.]

[Note latérale: Till. art. 9.]

Il paraît cependant que l'année suivante, Léontius et Sallustius étant

consuls, Constance remporta quelque avantage sur les Perses. On parle

d'un combat où ceux-ci firent une grande perte. Mais ce qui rend cette

année plus mémorable, c'est le désastre de Néocésarée, ville située

dans le Pont sur le fleuve Lycus, et célèbre depuis un siècle par

les miracles de son évêque saint Grégoire, surnommé le Thaumaturge.

Un tremblement de terre avait, un an auparavant, ruiné une grande

partie de la ville de Salamine, dans l'île de Cypre. Ce fléau, qui se

communiquait aux diverses contrées de l'Orient, éclata à Néocésarée.

La terre s'ouvrit; toute la ville fut abîmée, à la réserve de l'église

et de la maison épiscopale. Ce fut le privilége de cette église,

où le Thaumaturge était enterré, de rester entière lorsque le reste

de la ville tombait en ruines; et l'histoire en fait la remarque en

plusieurs occasions. Il n'échappa qu'un petit nombre d'habitants,

qui se trouvèrent alors dans l'église avec l'évêque Théodule. Pour

achever l'histoire de ces terribles secousses si ordinaires en ce

temps-là, l'année suivante 345, l'île de Rhodes fut presque entièrement

bouleversée; en 346, Dyrrachium, aujourd'hui Durazzo, sur les côtes de

l'Albanie, tomba toute entière. Rome fut ébranlée pendant trois jours

et trois nuits, et douze villes de Campanie furent ruinées; enfin, l'an

349, Baryte, une des principales villes de la Phénicie, renommée par

son école de jurisprudence, fut en grande partie détruite. Théophane

rapporte que la plupart des païens se réfugièrent dans l'église,

promettant d'embrasser la religion chrétienne: mais que le péril étant

passé, ils se crurent quittes de leur promesse, en s'assemblant en un

lieu qu'ils appelèrent Oratoire, où ils contrefaisaient les cérémonies

du christianisme, sans renoncer à leurs anciennes superstitions.

[Note latérale: XXXVII. Conversion des Homérites.]

[Note latérale: Strab. l. 16.]

[Note latérale: Plin. l. 6, c. 32.]

[Note latérale: Joseph. antiq. l. 1, c. 15.]

[Note latérale: Ptol. l. 6, c. 7.]

[Note latérale: Philost. l. 3, c. 4, 5, 6, et ibi God.]

[Note latérale: Vales. ad. Amm. l. 22, c. 7.]

[Note latérale: Le Quien, ro. Christ. t. 2, p. 662.]

[Note latérale: [Euseb. hist. eccl. l. 5, c. 10.]]

Constance ne manquait pas de zèle pour répandre chez les nations

étrangères les semences de la foi; mais elles étaient mêlées d'ivraie;

on y portait en même temps l'arianisme. Les Homérites habitaient

l'Arabie Heureuse, vers la jonction du golfe Arabique et de l'Océan,

près du royaume de Saba[136]. Leur capitale se nommait Taphar[137].

Outre plusieurs autres villes, il y avait deux ports: l'un sur la

côte qu'on appelait dès-lors la côte d'Aden[138], fréquenté par les

négociants romains; l'autre plus à l'Orient, ouvert aux vaisseaux des

Perses. Cette nation était très-nombreuse; elle prétendait descendre

d'Abraham par un fils de Cétura[139]. L'Évangile y avait été porté

d'abord, à ce qu'on croit, par l'apôtre saint Barthélemi, et dans le

siècle suivant par Panténus, prêtre d'Alexandrie. Mais la foi s'y étant

éteinte, on y adorait alors le soleil, la lune et les dieux du pays.

Il y avait beaucoup de Juifs: tout le peuple était circoncis, comme

les Éthiopiens et les Troglodytes au-delà du golfe[140]. Constance

ménageait cette nation, à cause de la guerre des Perses[141]. Dans le

dessein de la convertir au christianisme, il y envoya une ambassade,

dont le chef fut un Indien célèbre nommé Théophile[142]. Il était né

dans l'île de Diu, qu'on croit être celle qui porte encore le même nom

vers l'embouchure de l'Indus[143]. Envoyé à Constantin en ôtage par

ceux de son pays dès sa première jeunesse, il tomba entre les mains

d'Eusèbe de Nicomédie, qui lui inspira les principes de l'arianisme

avec ceux de la religion chrétienne, et lui conféra le diaconat. Afin

de lui donner plus d'autorité dans sa mission, les Ariens le firent

évêque. L'empereur le chargea de riches présents pour les princes du

pays, et de grandes sommes d'argent, qu'il devait employer à bâtir des

églises. Il le fit accompagner de deux cents chevaux de Cappadoce,

qu'il envoyait au roi de la contrée. Les chevaux de ce pays étaient

les plus estimés de l'empire: on les réservait pour le service de

l'empereur. Théophile réussit malgré l'opposition des Juifs[144]. Le

roi des Homérites reçut le baptême; il fit bâtir trois églises, non

pas des deniers envoyés par l'empereur, mais à ses propres dépens:

l'une à Taphar, les deux autres dans les deux villes de commerce.

L'évêque, après avoir jeté dans cette contrée les fondements de la

foi, fit un voyage dans sa patrie et parcourut une partie de l'Inde,

réformant les abus qui s'étaient glissés parmi les chrétiens, mais y

répandant le poison d'Arius. Revenu en Arabie, il passa de l'autre

côté du golfe à Axoum, métropole de l'Éthiopie. La nouvelle doctrine

ne trouva pas sans doute beaucoup de crédit chez un peuple gouverné

par le pieux évêque Frumentius, établi dans ce pays sous le règne de

Constantin.

[Note 136: Les peuples nommés Homérites et Sabéens, par les anciens,

habitaient toute la partie méridionale de l'Arabie, qui porte

actuellement le nom d'Yemen. Les premiers, appelés par les Arabes

_Himyar_ et _Houmeïr_, descendaient selon eux d'un personnage appelé

_Himyar_, fils de Saba, père de toutes les tribus répandues dans

cette partie de l'Arabie. On voit dans les auteurs orientaux, dont le

témoignage est confirmé par les Grecs, que les Homérites formaient la

plus puissante de ces tribus, puisqu'ils donnèrent leur nom à tout le

pays.--S.-M.]

[Note 137: Cette ville est encore une des principales de l'Yemen. Les

Arabes la nomment _Dhafar_.--S.-M.]

[Note 138: C'est Philostorge qui parle de cette ville, il la nomme

_Adane_.--S.-M.]

[Note 139: C'est ce que dit Philostorge (l. 3, c. 4). Pour les Arabes

eux-mêmes, ils se regardaient comme les descendants de Saba, fils de

Kahthan, le même que le Yectan de l'Écriture, fils de Sem.--S.-M.]

[Note 140: Tous les Éthiopiens sont encore circoncis, malgré le

christianisme qu'ils professent.--S.-M.]

[Note 141: On verra que sa conduite fut imitée par ses

successeurs.--S.-M.]

[Note 142: Philostorge rapporte que ce Théophile était Indien, et

qu'il avait été envoyé comme ôtage à Constance par les Dives, peuple

de l'Inde. Cependant saint Grégoire de Nysse (_Cont. Eunom._ l. 1, t.

2, p. 294) l'appelle Blemmyen, Βλεμμυς. Les Blemmyes était un peuple

barbare au midi de l'Égypte. Le nom de Théophile ferait croire qu'il

était Grec et qu'il descendait de quelques-uns des Grecs attirés dans

l'Inde par le commerce, et qui s'y étaient établis.--S.-M.]

[Note 143: C'est là une conjecture de Henri Valois (_ad Amm._ l. 22,

c. 7); elle n'a aucun fondement, et n'est pas, même dans son énoncé,

exempte d'erreur. L'île de Diu, qui n'a jamais eu d'autre célébrité

que celle que les Portugais lui ont donnée par le siége qu'ils y

soutinrent contre les Musulmans, en l'an 1545, est sur la côte du

Guzarate fort loin des bouches de l'Indus. Philostorge est le premier

qui ait parlé (l. 3, c. 4 et 15) des _Dibènes_ τῶν Διβηνῶν habitants

de l'île de _Díu_ τὸν Διβοῦ νῆσον, et ce qu'il en dit ne suffit pas

pour en indiquer la position. Le nom seul ferait voir qu'il s'agit

d'une portion de l'Inde, car dans tous les idiomes de cette région,

il existe un mot presque semblable de son, qui signifie _île_. Ammien

Marcellin parle des mêmes peuples (l. 22, c. 7), en mentionnant les

ambassades que reçut Constance. _Inde nationibus Indicis certatim

cum donis optimates mittentibus.... ab usque Divis et Serendivis._

Comme le dernier nom ne peut s'appliquer qu'à l'île de Ceylan, qui,

jusqu'à présent, a conservé chez les Arabes le nom de _Serandib_, on

peut présumer avec assez de raison, que celui qui le précède, doit

s'appliquer au groupe des îles Laquedives, situé en avant de Ceylan et

du continent Indien, d'autant plus qu'en venant de l'Occident vers ces

deux pays, il faut nécessairement reconnaître les îles dont je parle.

Le nom rapporté par Philostorge et par Ammien Marcellin, est dérivé du

Samskrit; et signifiant _les Iles_, il est tout-à-fait propre à les

désigner.--S.-M.]

[Note 144: Les auteurs orientaux parlent souvent des Juifs établis

à une époque très-ancienne dans l'Yemen et dans d'autres parties de

l'Arabie. On voit par leurs récits que plusieurs des rois de l'Yemen,

de la race d'Himyar, professèrent le judaïsme. Mais ils ne donnent

pas assez de détails pour qu'on puisse déterminer d'une manière

approximative la date de l'introduction de cette religion dans la

partie méridionale de l'Arabie.--S.-M.]

[Note latérale: [l. 3, c. 6. Niceph. Call. l. 4, c. 32.]]

[Note latérale: Ptol. l. 6, c. 7.]

[Note latérale: Peripl. mar. Eryth. p. 17.]

[Note latérale: [Geograph. Nub. vers. lat. p. 23.]]

[Note latérale: [Topogr. Christ. l. 3, apud. Montfaucon. col. nova.

patr. t. 2. p. 178]]

[Note latérale: [Le Quien, Or. Christ. t. 2, p. 1257.]]

[Note latérale: [Assem. Bibl. orient. t. 2, p. 456 et t. 3, p. 460.]]

--[Au rapport de Philostorge, Théophile pénétra ensuite dans une

île d'une assez grande étendue, située hors du golfe Arabique dans

l'Océan indien. Nous la nommons Socotra; elle avait été appelée par

les Grecs l'île de Dioscoride, en mémoire sans doute de quelqu'un

de ces voyageurs envoyés autrefois dans ces parages par les rois

Ptolémées, qui en avaient fait reconnaître les côtes pour y placer

des colonies militaires et commerciales. Selon le même auteur, cette

île était habitée par des Syriens, dont les ancêtres y étaient venus

par les ordres d'Alexandre de Macédoine, et qui conservaient encore

de son temps l'usage de la langue syrienne. Quoi qu'il en soit de

cette histoire qui se retrouve dans les auteurs orientaux, quand les

Portugais parurent au seizième siècle dans les mers de l'Inde, ils

trouvèrent dans cette île des chrétiens qui, dans l'office divin, se

servaient de la langue et de l'écriture syriennes. L'Arien Théophile

fut aussi l'apôtre de cette région lointaine. Sa prédication n'y fut

pas sans succès; le christianisme ne s'y éteignit pas après lui. Quand

le moine Cosmas, surnommé _Indicopleustes_, visita cette île au milieu

du sixième siècle, il y trouva des chrétiens en grand nombre. Ils

parlaient grec[145]; et ils recevaient leur clergé de la Perse. Il en

était encore de même plusieurs siècles après. On connaît les noms de

divers évêques, envoyés à Socotra par les métropolites nestoriens de

Perse. En l'an 1282, Cyriaque assista à l'ordination de Iaballaha III,

patriarche des Syriens nestoriens. C'est peu après cette époque que

le célèbre voyageur vénitien Marc Paul visita les chrétiens de cette

île. Les Portugais les trouvèrent partagés entre les deux sectes des

Nestoriens et des Jacobites. Il en est sans doute encore de même, si

le christianisme y a résisté aux persécutions des Arabes musulmans qui

dominent dans l'île. On voit par l'étendue et l'éloignement des pays

qui furent visités par Théophile, que si ce propagateur de l'évangile

ne fut pas recommandable par la pureté de sa doctrine, il le fut

au moins par son zèle, et qu'il méritait sous certains rapports la

considération dont il jouissait à la cour de Constance.]--S.-M.

[Note 145: C'est ce qu'il dit deux fois, οἱ παροικοῦντες Ἐλληνιστὶ

λαλοῦσι, et συνέτυχον δὲ ἀνδάσι τῶν ἐκεῖ Ἐλληνιστὶ λαλοῦσιν. Selon lui

les habitants de cette île descendaient des colons envoyés par les rois

Ptolémées; ce qui n'est pas dépourvu de vraisemblance. Πάροικοι τῶν

Πτολεμαίων τῶν μετὰ Ἀλέξανδρον τὸν Μακεδόνα ὑπαρχόντων.--S.-M.]

A son retour, ce zélé missionnaire de l'arianisme fut comblé d'honneurs

par Constance; il porta toute sa vie le titre d'évêque, sans être

attaché à aucun siége. Son parti l'admirait comme un conquérant

évangéliste: on prétendait même qu'il faisait des miracles.

[Note latérale: AN 345.]

[Note latérale: XXXVIII. Inquiétudes des Ariens.]

[Note latérale: Ath. de Synod. t. 2, p. 738.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 19.]

[Note latérale: Soz. l. 3, c. 10.]

Ces succès étrangers ne satisfaisaient pas l'ambition des Ariens:

ils voulaient dominer dans l'empire. Ce n'était de leur part

qu'agitations et inquiétudes. Toujours enveloppés de nuages, hérissés

d'équivoques, ils changeaient perpétuellement de langage. Feignant

d'appuyer d'une main la foi de l'église, en se déclarant contre

Arius, ils travaillaient de l'autre à la détruire en rejetant la

consubstantialité. Pour éclipser le concile de Nicée, ils assemblaient

sans cesse des conciles; ils multipliaient les professions de foi pour

étouffer la véritable. Ils en dressèrent encore une à Antioche, où ils

tinrent un nouveau synode, sous le consulat d'Amantius et d'Albinus.

Elle fut appelée la longue formule, parce quelle était beaucoup

plus étendue que les autres, sans en être moins obscure ni moins

ambiguë: elle était même contradictoire; la foi et l'hérésie, tout s'y

trouvait, excepté le terme de _consubstantiel_. Plusieurs d'entre eux

furent chargés de la porter aux évêques d'Occident, pour obtenir leur

souscription.

[Note latérale: XXXIX. Marche de Constance vers la Perse.]

[Note latérale: [Soz. l. 2, c. 9-14.]]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, t. 7, leg. 5.]

[Note latérale: Aug. de Civ. l. 18, c. 52, t. 7, p. 535.]

[Note latérale: Baron. an. 344.]

[Note latérale: [Themist. or. 4, p. 58.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel. Pasch. p. 289.]

[Note latérale: Ducange, Const. chr. p. 91 et 92.]]

Constance n'assista pas à ce synode: il marchait alors vers la Perse,

d'où l'on craignait sans cesse une irruption. La haine de Sapor contre

les Romains croissait de plus en plus. Tant que la religion chrétienne

avait été persécutée dans l'empire, la Perse avait ouvert les bras aux

chrétiens qui venaient y chercher un asyle. Mais depuis la conversion

de Constantin, Sapor les regardait comme autant d'espions et de

traîtres: il les accusait de favoriser les Romains, avec lesquels

ils s'accordaient dans le culte. Sous ce prétexte il les livrait aux

plus affreux supplices. Les tables ecclésiastiques donnaient les noms

de seize mille martyrs, tant hommes que femmes[146]. Le reste était

innombrable. Ces cruels traitements contribuaient à fortifier les

soupçons de Sapor: un grand nombre de fidèles se réfugiaient dans les

villes romaines, et par une sorte de reflux la persécution les ramenait

dans les mêmes contrées, d'où la persécution les avait chassés.

Constance s'avança jusqu'à Nisibe[147], où se rendait sans doute une

partie de ces pieux fugitifs. Mais on ne voit pas que les Perses

aient cette année passé le Tigre, et l'empereur revint à Antioche

sans avoir tiré l'épée. On avait commencé le 17 d'avril à construire

à Constantinople des thermes magnifiques, qui portèrent le nom de

Constance. Il y fit transporter d'Antioche les statues de Persée et

d'Andromède.

[Note 146: Voyez les additions au livre V, § 22.--S.-M.]

[Note 147: Il était dans cette ville le 12 mai 345.--S.-M.]

[Note latérale: AN 346.]

[Note latérale: XL. Port de Séleucie.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 40 et 41. ed. Spanh.]

[Note latérale: Liban. or. 11. p. 386, t. 2, ed. Morel.]

[Note latérale: Hier. chron.]

[Note latérale: Theoph. p. 31.]

[Note latérale: Cedr. t. 1, p. 299.]

[Note latérale: Till. art. 10.]

Un ouvrage bien plus important s'exécutait près d'Antioche. La côte

voisine de cette ville était d'un accès difficile. Des roches cachées

sous les eaux et d'autres qui bordaient le rivage en défendaient

l'approche. Tout le commerce se faisait au port de Séleucie, situé à

quarante stades de l'embouchure de l'Oronte. Constance fit ouvrir ce

port, et lui donna une face toute nouvelle pour le rendre plus spacieux

et plus commode. Cette entreprise coûta beaucoup de travail et de

dépense. Il fallut couper une montagne et creuser un bassin dans le

roc. Séleucie fut augmentée de nouveaux édifices, et Antioche ornée

de portiques et de fontaines. En reconnaissance, cette dernière ville

voulut prendre le nom de Constance; mais son ancien nom, célèbre depuis

plusieurs siècles, ne céda pas à ce goût de flatterie, qui eut plus

de succès à l'égard d'une ville moins illustre: c'était Antaradus,

en Phénicie; Constance la fit rebâtir; elle porta dans la suite

indifféremment son premier nom, et celui de son restaurateur.

[Note latérale: XLI. Sédition à C. P.]

[Note latérale: Lib. vit. t. 2, p. 17 et 18, ed. Morel.]

[Note latérale: Hier. chron.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11 tit. 16. leg. 6.]

[Note latérale: Theoph. p. 31.]

[Note latérale: Till. art. 10.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 37 / 40 段