fût coupable; il rougissait secrètement d'avoir été forcé par ses
frères de lui rendre justice; il prétendait s'en venger sur Athanase
même; et la mort du jeune Constantin lui en laissait plus de liberté.
L'année suivante, sous le consulat de Marcellinus et de Probinus, il
assembla dans la ville d'Antioche un grand nombre de prélats, pour
y célébrer la dédicace de la grande église, appelée l'Église d'or.
Ce superbe édifice, commencé par le grand Constantin, était enfin
achevé. Constance assista à cette brillante cérémonie avec plus de
quatre-vingt-dix évêques, tous de ses états. La dédicace fut suivie
d'un concile, qui fait encore aujourd'hui un sujet de dispute. Les
canons qu'il composa, ont été reçus de toute l'Église: les trois
professions de foi qui y furent dressées ne renferment rien que
d'orthodoxe, quoique la première contienne quelques propositions
équivoques, et que le terme de _consubstantiel_ n'y soit pas exprimé,
non plus que dans les deux autres. D'habiles critiques distinguent
deux parties dans ce concile: il fut d'abord composé de tous les
évêques qui étaient venus à Antioche, et dont la plupart étaient
catholiques: les professions de foi, les canons et la lettre synodique
sont leur ouvrage. Mais après le concile quarante prélats ariens,
dévoués aux volontés de l'empereur, restèrent assemblés: c'était
là dans l'intention de Constance le vrai concile; la cérémonie et
la convocation des autres prélats n'avaient servi que de prétexte.
Ils voulurent signaler la dédicace de l'église d'Antioche par la
condamnation de leur plus redoutable adversaire, comme ils avaient six
ans auparavant signalé la dédicace de l'église de Jérusalem par la
réception d'Arius leur maître. La sentence de déposition prononcée à
Tyr fut renouvelée. On avait déja nommé Pistus pour remplir le siége
d'Alexandrie; mais il fut oublié comme incapable de soutenir un rôle
si important. On jeta les yeux sur Eusèbe d'Édesse, homme savant,
instruit par Eusèbe de Césarée, et Arien décidé. Il était trop habile
pour accepter une place où il ne pouvait se flatter de réussir. Dans un
voyage qu'il avait fait à Alexandrie, il avait été témoin de l'amour
du peuple pour Athanase. Il refusa. On le fit dans la suite évêque
d'Émèse; il passa pour un saint parmi ceux de sa secte; Constance le
menait avec lui dans ses expéditions, et se conduisait par ses avis
dans les choses qui regardaient l'église.
[Note latérale: XXII. Grégoire intrus sur le siége d'Alexandrie.]
[Note latérale: Ath. ad orth. t. I, p. 112 et apol. contr. Arian. p.
149, ad monach. p. 350-352.]
[Note latérale: Greg. Naz. or. 21, t. I, p. 380.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 8, 9, 10 et 11.]
[Note latérale: Theod. l. 2, c. 4.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 5 et 6.]
[Note latérale: Chronolog. temp. Ath. ex Mamachio.]
Au refus d'Eusèbe, on nomma Grégoire. Né en Cappadoce, il avait fait
ses études à Alexandrie. La reconnaissance, s'il en eût été capable,
l'aurait attaché à la personne d'Athanase, qui l'avait traité comme
son fils. Mais ni les études d'Alexandrie, ni les bienfaits d'Athanase
n'avaient adouci la rudesse de ses mœurs, et la grossièreté naturelle
au pays de sa naissance. Personne n'était plus propre à seconder les
desseins violents et sanguinaires de ceux qui l'avaient choisi. Il
part, et Constance le fait accompagner de Philagrius qu'il nomme préfet
d'Égypte une seconde fois, et de l'eunuque Arsace, avec une troupe de
soldats. C'était ce même Philagrius, dont j'ai parlé au sujet des
informations faites dans la Maréotique pendant le concile de Tyr: il
était Cappadocien comme Grégoire; et sa cruauté armée des ordres du
prince s'empressait d'éclater en faveur d'un compatriote[121]. Ils
arrivèrent à la fin du carême de l'an 342. L'église d'Égypte était
alors dans un calme profond, et les fidèles se préparaient à la fête
de Pâques par les jeûnes et par les prières. Le préfet fait afficher
un édit, qui déclare que Grégoire de Cappadoce est nommé successeur
d'Athanase, et qui menace des plus rigoureux châtiments ceux qui
oseront s'opposer à son installation. L'alarme se répand aussitôt: on
s'étonne de l'irrégularité du procédé; on s'écrie que ni le peuple, ni
le clergé, ni les évêques n'ont porté de plainte contre Athanase, que
Grégoire n'amène avec lui que des Ariens, qu'il est arien lui-même et
envoyé par l'arien Eusèbe. On s'adresse aux magistrats: toute la ville
retentit de murmures, de protestations, de cris d'indignation.
[Note 121: Saint Grégoire de Nazianze parle cependant (orat. 21, t. I,
p. 390 et 391) en termes honorables de ce préfet.--S.-M.]
[Note latérale: XXIII. Violences à l'arrivée de Grégoire.]
Pendant ce tumulte, Grégoire entre comme dans une ville prise d'assaut.
Les païens, les Juifs, les gens sans religion et sans honneur, attirés
par Philagrius, se joignent aux soldats. Cette troupe insolente, armée
d'épées et de massues, force l'église de Cyrinus, où les fidèles
s'étaient réfugiés comme dans un asyle: on met le feu au baptistère;
on le souille par les plus horribles abominations. On dépouille les
vierges, on leur fait mille outrages; quelques-uns les traînent par
les cheveux, et les forcent de renoncer à Jésus-Christ, ou les mettent
en pièces. Les moines sont foulés aux pieds, meurtris de coups,
massacrés, assommés. Grégoire pour récompenser le zèle des Juifs et
des païens, leur abandonnait le pillage des églises; et ces impies non
contents d'en enlever les vases et les meubles, profanaient la table
sacrée par des oblations sacriléges. Ce n'était que blasphèmes, que
feux allumés pour brûler les livres saints, qu'images affreuses de la
mort. Les Ariens, au lieu d'arrêter ces excès, traînaient eux-mêmes les
prêtres, les vierges, les laïcs devant les tribunaux qu'ils avaient
établis pour servir leur fureur; on condamnait les uns à la prison,
les autres à l'esclavage; d'autres étaient frappés de verges; on
retranchait aux ministres de l'église le pain des distributions, et on
les laissait mourir de faim. Le vendredi saint, Grégoire, accompagné
d'un duc païen nommé Balacius, entre dans une église; irrité de voir
que les fidèles ne le regardaient qu'avec horreur, il anime contre eux
l'humeur barbare de ce duc, qui fait saisir et fouetter publiquement
trente-quatre personnes, tant vierges que femmes mariées et hommes
libres. Philagrius avait ordre de Constance de faire trancher la tête
à Athanase; les Ariens se flattaient de le surprendre dans un lieu de
retraite, où il avait coutume de passer une partie de ce saint temps:
mais il s'était retiré ailleurs. La sainteté du jour de Pâques ne fut
pas respectée; et tandis que le reste de l'église célébrait avec joie
la rédemption du genre humain, celle d'Alexandrie éprouvait toutes
les rigueurs de la plus dure captivité. Philagrius ayant pillé les
églises, les livrait à Grégoire qui en prenait possession; et les
fidèles étaient réduits à la nécessité de s'en interdire l'entrée, ou
de communiquer avec les Ariens. On ne baptisait plus les catholiques;
leurs malades expiraient sans consolation spirituelle: la privation
des sacrements de l'église était pour eux plus affligeante que la mort
même; mais ils aimaient mieux mourir sans ces secours salutaires, que
de sentir sur leurs têtes les mains sacriléges et meurtrières des
Ariens. Grégoire, altéré du sang d'Athanase, se vengea de sa fuite sur
la tante de ce saint prélat, qu'il accabla de mauvais traitements.
Elle ne put y survivre; il défendit qu'on l'enterrât; et elle serait
restée sans sépulture, si des personnes animées d'un esprit de charité
n'eussent dérobé son corps à ce persécuteur opiniâtre.
[Note latérale: XXIV. Précautions pour cacher ces excès à l'empereur.]
Il est vrai que Constance n'avait pas ordonné ces cruautés; mais il
ne devait pas ignorer que les souverains sont heureux quand le bien
qu'ils commandent est à demi exécuté, et que le mal qu'ils permettent
est toujours porté fort au-delà de ce qu'ils ont permis. Grégoire et
Philagrius en vinrent eux-mêmes à craindre que l'empereur ne condamnât
de si étranges excès. Pour lui en ôter la connaissance, Grégoire d'un
côté attribuait à Athanase tous les maux dont il était l'auteur;
c'était sur ce ton qu'il écrivait à Constance; et le prince abusé par
sa propre prévention ajoutait foi à ces mensonges. D'un autre côté,
le préfet défendit sous les plus terribles menaces aux navigateurs
qui partaient d'Alexandrie, de rien dire de ce qu'ils avaient vu;
il les contraignit même de se charger de lettres, où la vérité
était entièrement défigurée; et ceux qui refusèrent de se prêter à
l'imposture, furent tourmentés et retenus dans les fers. Il supposa un
décret du peuple d'Alexandrie conçu dans les termes les plus odieux,
et adressé à l'empereur, par lequel il paraissait qu'Athanase avait
mérité non pas l'exil, mais mille morts. Ce décret fut signé par des
païens, par des Juifs, et par les Ariens qui les mettaient en œuvre.
[Note latérale: XXV. Les catholiques maltraités par toute l'Égypte]
[Note latérale: Ath. ad monach. t. I, p. 350; et vit. Anton. p. 859 et
860.]
Après s'être rendu maître de la capitale, le nouveau conquérant songea
à réduire toute la province. Grégoire se mit en marche avec Philagrius
et Balacius, pour faire la visite des églises d'Égypte. Environné d'un
cortége brillant, il ne témoignait que du mépris aux ecclésiastiques;
mais il prodiguait les égards aux officiers de l'empereur et aux
magistrats. Assis sur un tribunal entre le duc et le préfet, il faisait
traîner devant lui les évêques, les moines, les vierges; il les
exhortait en deux mots, ou plutôt il leur ordonnait de communiquer avec
lui. Sur leur refus, affectant la contenance d'un juge, cet hypocrite
impitoyable les faisait, avec un sang-froid plus cruel que la colère,
déchirer de verges et meurtrir de coups: les plus favorisés en étaient
quittes pour la prison ou pour l'exil. L'évêque Potamon, célèbre
confesseur, l'un des pères de Nicée, et qui avait perdu un œil dans la
persécution de Maximin, fut frappé à coups de bâton sur le col jusqu'à
être laissé pour mort; et il en mourut peu de jours après. Grégoire,
ayant reçu une lettre de saint Antoine, qui le menaçait de la colère
de Dieu, la donna avec mépris à Balacius; celui-ci la jeta par terre,
cracha dessus, maltraita les envoyés du saint, et les chargea de dire
à leur maître, qu'il allait incessamment lui rendre visite. Cinq jours
après, Balacius, ayant été mordu par un de ses chevaux, mourut en trois
jours. Cette persécution continua, mais avec moins de violence, pendant
les cinq années que Grégoire occupa le siége d'Alexandrie.
[Note latérale: XXVI. Violences exercées ailleurs.]
[Note latérale: Ath. apol. contr. Arian. t. I, p. 146.]
[Note latérale: Hermant, vie d'Ath. l. 5, c. 18.]
L'Égypte n'était pas le seul théâtre de ces sanglantes
tragédies. Marcel d'Ancyre, Asclepas de Gaza, Lucius d'Andrinople
[_Hadrianopolis_] furent chassés de leurs siéges. Constance, à la
requête d'Eusèbe, condamna à mort Théodule et Olympius, l'un évêque de
Trajanopolis, l'autre d'Énos, villes de Thrace. Comme ils avaient pris
la fuite, il ordonna qu'ils fussent exécutés partout où on les pourrait
trouver; _et l'on vit_, dit un auteur judicieux, _par une procédure si
contraire à la liberté de l'église et aux sentiments de l'humanité, que
les hérétiques ne respiraient que la mort et le sang de leurs frères_.
Ces deux évêques échappèrent à cette proscription cruelle.
[Note latérale: XXVII. Athanase va à Rome.]
[Note latérale: Ath. ad orth. t. I, p. 110-118, et ad monach. p. 350 et
352.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 11 et 15.]
[Note latérale: Theod. l. 2, c. 4.]
[Note latérale: Judic. c. 19, v. 29.]
Athanase, du fond de sa retraite, portait aux Ariens des coups mortels.
Il écrivit à tous les évêques orthodoxes une lettre circulaire, pleine
d'éloquence et de dignité. Elle commence par un trait sublime, qui
seul peut faire sentir la beauté et la vigueur du génie de ce grand
personnage. Il se compare à ce lévite qui, voyant le corps de sa
femme, victime des plus horribles outrages, le coupa en douze parts
et les envoya aux tribus d'Israël. Sa lettre n'excita pas moins
d'indignation contre ces nouveaux Benjaminites, qui avaient souillé
par tant de forfaits l'église d'Alexandrie. Le pape Jules, résolu de
tenir le concile, que les députés d'Eusèbe avaient eux-mêmes proposé,
manda Athanase, qui se rendit aussitôt à Rome. Eutropia, sœur du grand
Constantin, le reçut avec honneur; et pendant dix-huit mois qu'il
attendit ses accusateurs, il répandit dans l'Occident les premières
semences de la vie monastique, qui fleurissait déja dans les déserts
d'Égypte et de Syrie. Jules ouvrit les bras aux évêques persécutés,
mais il rejeta l'arien Carponas et les autres députés, que lui envoyait
Grégoire pour lui demander sa communion. Ces funestes divisions
semblaient sur le point d'être terminées par le jugement du synode,
auquel les deux partis avaient offert de se soumettre. Il ne manquait
plus que les évêques d'Orient qui devaient comparaître en qualité
d'accusateurs. Le pape les envoya inviter par les prêtres Elpidius et
Philoxène. Mais ces prélats, faisant réflexion que ce concile serait
un jugement purement ecclésiastique; qu'on n'y verrait ni comte, ni
gouverneur, ni soldats; et que les décisions n'y seraient pas dictées
par l'ordre du prince, refusèrent de s'y rendre. Ils prirent pour
prétexte de leur refus la crainte qu'ils avaient des Perses; et ces
prélats, qui feignaient de n'oser aller à Rome au-delà de la mer, où
les Perses n'étaient nullement à craindre, couraient comme des furieux
tout l'Orient, et allaient jusque sur la frontière de Perse chercher
leurs adversaires, et les chasser de leurs églises. Afin d'éluder le
concile, ils retinrent à Antioche les députés du pape, jusqu'après le
terme de la convocation.
[Note latérale: XXVIII. Paul rétabli et chassé de nouveau.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 12 et 13.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 6.]
[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 127, ed. Morel.]
[Note latérale: Theoph. p. 35 et 36.]
[Note latérale: Phot. vita Pauli, cod. 257.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 298 et 302.]
[Note latérale: Chron. temp. Ath. ex Mamachio.]
Dans cet intervalle mourut Eusèbe. Il n'avait joui que trois ans de
la qualité d'évêque de Constantinople, qu'il avait achetée par tant
d'années de crimes. Le parti arien faisait une grande perte; mais
il trouvait encore des ressources dans l'opiniâtreté inflexible de
Théognis de Nicée, de Maris de Chalcédoine, et de Théodore d'Héraclée.
C'étaient des vieillards consommés dans les intrigues de l'hérésie,
auxquels s'étaient joints depuis peu deux jeunes prélats, ignorants,
mais bouillants et téméraires, Ursacius, évêque de Singidunum dans la
haute Mésie, et Valens, évêque de Mursa dans la basse Pannonie[122].
Après la mort d'Eusèbe, la discorde se ralluma entre les partisans
de Paul et ceux de Macédonius. Les catholiques prétendaient rétablir
Paul injustement dépossédé. Les Ariens, ayant à leur tête Théognis et
Théodore, installèrent Macédonius: les esprits s'échauffèrent; on en
vint aux armes, et plusieurs citoyens périrent de part et d'autre.
Constance était à Antioche[123]. Averti de ce désordre, il ordonna
à Hermogène, général de la cavalerie qu'il envoyait en Thrace, de
passer à Constantinople, et de chasser Paul de la ville. Hermogène, à
la tête de ses cavaliers, va arracher Paul de l'église où il s'était
retiré; le peuple se soulève, attaque les soldats; le général se sauve
dans une maison; on y met le feu; on égorge Hermogène; on traîne son
corps par les pieds dans les rues de la ville, et on le jette à la
mer. A cette nouvelle, Constance enflammé de colère monte à cheval;
c'était la saison de l'hiver; il accourt en diligence à Constantinople,
malgré les pluies et les neiges; il ne respire que punition et que
vengeance. Mais à son arrivée, touché de voir le sénat et le peuple
fondants en larmes et prosternés à ses pieds, il fit grace de la vie
à tous, et se contenta, pour châtier la ville, de lui retrancher la
moitié des quatre-vingt mille mesures de blé, qu'on distribuait tous
les jours au peuple en conséquence de l'établissement de Constantin.
Il chassa Paul, mais sans confirmer l'élection de Macédonius, dont il
était mécontent, parce qu'il avait eu part à la première sédition, et
parce qu'il s'était fait ordonner évêque sans avoir pris l'agrément de
l'empereur. Il lui permit cependant de faire les fonctions épiscopales
dans l'église où il avait été ordonné, et repartit ensuite pour
Antioche.
[Note 122: Socrate place au contraire cette ville dans la haute
Pannonie, Οὺάλης Μουρσῶν τῆς ἄνω Παννονίας; il est d'accord en cela
avec l'auteur de l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, qui vivait
vers la même époque. La Pannonie se divisait en deux provinces,
distinguées en première et seconde; celle-ci, où se trouvaient les
villes de Sirmium, de Cibalis et de Mursa, était ordinairement nommée
Pannonie inférieure, mais quelques auteurs, comme on vient de le voir,
l'appelaient supérieure, tandis qu'ils réservaient le nom d'inférieure
à la première Pannonie. On peut consulter, à ce sujet, Henri de Valois,
sur Ammien Marcellin, l. 16, cap. 10, et Wesseling, sur l'Itinéraire de
Jérusalem (_apud Itineraria Romanorum vetera_, p. 561).--S.-M.]
[Note 123: Des lois de ce prince nous apprennent qu'il était à Antioche
le 5 avril et le 11 mai 342.--S.-M.]
[Note latérale: XXIX. Athanase va trouver Constant.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 17, 18 et 19.]
[Note latérale: Theod. l. 2, c. 4.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 9.]
[Note latérale: Theoph. p. 36.]
[Note latérale: Phot. vita Pauli. Cod. 257.]
[Note latérale: Hermant, vie d'Ath. l. 5, c. 24.]
[Note latérale: Vit. Ath. in edit. Bened.]
[Note latérale: Chronol. temp. Ath. ex Mamachio.]
Paul, exilé d'abord à Singara en Mésopotamie, eut la liberté de revenir
à Thessalonique. Il alla bientôt chercher un asyle dans la cour de
Constant. Les Ariens avaient inutilement tenté de gagner ce prince.
Il chérissait Athanase, et respectait sa vertu héroïque et son grand
savoir. Quoique peu réglé dans ses mœurs, il aimait la vérité; il la
cherchait dans les livres saints, et il s'était adressé à l'évêque
d'Alexandrie pour les avoir dans une forme commode, parce que les
Égyptiens s'entendaient mieux que les autres à copier et à relier les
livres. Athanase lui écrivit; il lui fit une peinture touchante de la
guerre cruelle des Ariens contre l'Église; il lui rappela le grand
concile de Nicée, et le zèle de son père qui avait formé cette sainte
assemblée. Cette lettre fit verser des larmes au jeune prince, et
ralluma dans son ame la même ardeur dont Constantin avait été embrasé
pour la religion. Il écrivit à Constance; il l'exhortait à imiter la
piété de leur père: _Conservons-la_, lui disait-il, _comme la plus
précieuse portion de son héritage; c'est sur ce fondement solide
qu'il a établi son empire; c'est par elle qu'il a terrassé les tyrans
et dompté tant de nations barbares_. Il le priait de lui envoyer
quelques évêques du parti d'Eusèbe, pour l'instruire des causes de la
déposition de Paul et d'Athanase. Constance n'osa refuser à son frère
ce qu'il demandait. Il fit partir, l'année suivante 343, Narcisse
de Néronias[124], Maris de Chalcédoine, Théodore d'Héraclée et Marc
d'Aréthuse. Pour se faire mieux écouter du jeune empereur, ils lui
portèrent une nouvelle formule de foi, qui ne pouvait être suspecte
que par le soin qu'ils avaient eu d'y éviter le mot consubstantiel.
C'en fut assez à Constant pour la rejeter; éclairé par les conseils de
Maximin, évêque de Trêves, il les renvoya avec mépris, et continua de
protéger la foi et les évêques qui en étaient les défenseurs et les
martyrs.
[Note 124: Cette ville, qui était en Cilicie, se nommait aussi
Irénopolis.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Synode de Rome.]
[Note latérale: Ath. apol. contr. Arian. t. I, p. 154. ad monach. p.
351.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 17 et 18.]
[Note latérale: Zos. l. 3, c. 7-10.]
[Note latérale: Pagi, ad Baron.]
[Note latérale: Hermant, vie d'Ath. l. 5, c. 19.]
[Note latérale: Vit. Ath. in edit. benedic. t. I, p. 39.]
[Note latérale: Chron. temp. Ath. ex Mamachio.]
Les prélats ariens, après avoir long-temps retenu Elpidius et
Philoxène, les renvoyèrent enfin chargés d'une lettre, qui ne
s'accordait guère avec la première proposition qu'ils avaient faite de
s'en rapporter au jugement d'un synode auquel le pape présiderait. Ils
se plaignaient que Jules prétendît juger de nouveau un évêque condamné
par le concile de Tyr: c'était, selon eux, un attentat contre l'Église
entière, dont Jules s'érigeait en souverain; ils lui déclaraient
qu'ils n'auraient point de communion avec lui, s'il n'adhérait à
leurs décrets. Lorsque cette lettre fut rendue au pape, le synode de
Rome, composé de cinquante évêques, était déja commencé. Jules avait
inutilement attendu les évêques accusateurs. Enfin le terme étant
depuis long-temps expiré, il avait fait l'ouverture du synode. Athanase
y fut absous aussi-bien que Paul, Marcel, Asclépas et les autres
prélats persécutés par la faction. Jules, après avoir encore pendant
plusieurs jours tenu secrète la lettre des Orientaux, dans l'espérance
de recevoir quelques députés de leur part, la communiqua enfin au
concile. On le pria d'y répondre; et cette réponse pleine d'onction et
de force, est un des plus beaux monuments de l'histoire de l'Église.
Les reproches des Ariens y sont tournés contre eux-mêmes; tous leurs
prétextes sont réfutés; il leur fait honte des violences exercées à
Alexandrie et ailleurs; il réduit en poudre les accusations suscitées
contre Athanase, Marcel et les autres orthodoxes; il y établit les
règles solides des jugements ecclésiastiques. Le pape, en confondant
les adversaires, les traite avec une charité digne du premier pasteur
de l'Église. Il n'y avait point encore de rupture ouverte entre
l'Orient et l'Occident; les partisans de l'arianisme dissimulaient et
rejetaient encore de bouche la doctrine d'Arius: Jules ne croyait pas
qu'il fût temps de les démasquer; il évitait de faire un schisme; il
aimait mieux, s'il était possible, guérir la plaie de l'Église, que de
la rendre incurable en la découvrant. La justification d'Athanase ne
produisit aucun effet sur le cœur endurci de Constance. Le saint prélat
resta en Occident jusqu'après le concile de Sardique. J'ai rapporté
sans interruption toute la suite de cette affaire. Le concile de Rome
ne se tint qu'en l'année 343, selon la nouvelle chronologie d'un habile
critique d'Italie[125]. Je vais reprendre les autres événements de
l'année 341.
[Note 125: C'est du P. Mamachi que Lebeau veut parler.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Amid fortifiée.]
[Note latérale: Amm. l. 18, c. 9.]
[Note latérale: Theoph. p. 29.]
Pendant que Constance, renfermé à Antioche avec des évêques, employait
toute sa puissance à faire triompher la cabale arienne, les Perses
ravageaient la Mésopotamie. Ce fut pour couvrir ce pays qu'il ajouta
de nouvelles fortifications à la ville d'Amid[126]. Ce n'était qu'une
petite bourgade, lorsque Constance, encore César, l'environna de
tours et de murailles, pour servir de place de sûreté aux habitants
du voisinage[127]. Il avait dans le même temps bâti ou réparé
Antoninopolis, environ à trente lieues d'Amid vers le midi. Cette année
il établit dans Amid un arsenal pour les machines de guerre: il en fit
une forteresse redoutable aux Perses, et voulut même qu'elle portât
son nom. Mais l'ancien nom prévalut. Elle était située au pied du mont
Taurus, entre le Tigre qui fait un coude en cet endroit, et le fleuve
Nymphéus qui, coulant au nord de la ville, allait à peu de distance se
jeter dans le Tigre[128]. Elle avait à l'occident la Gumathène, pays
fertile et cultivé, où était un bourg nommé Abarné, fameux par des
sources d'eaux chaudes et minérales. Dans le centre même d'Amid, au
pied de la citadelle, sortait à gros bouillons une fontaine, dont les
eaux étaient ordinairement bonnes à boire, mais devenaient quelquefois
infectées par des vapeurs brûlantes. L'empereur commit à la garde de
cette ville la cinquième légion appelée Parthique, avec un corps
considérable d'habitants du pays. Elle devint dans la suite métropole
de la Mésopotamie, proprement dite, comme Édesse l'était de l'autre
partie nommée l'Osrhoène.
[Note 126: Dans mes _Mémoires historiques et géographiques sur
l'Arménie_, t. 1, p. 166-173, je crois avoir démontré que cette ville,
nommée encore par les Arméniens _Dikranagerd_, c'est-à-dire, _la ville
de Tigrane_, est la même que la célèbre Tigranocerte, dont la position
nous était resté inconnue.--S.-M.]