c'est-à-dire, _commandant de frontière_. C'était une des plus grandes
dignités de la Perse. Voyez mes _Mémoires historiques et géographiques
sur l'Arménie_, t. 1, p. 320.--S.-M.]
[Note 109: Ce pays nommé _Aderbadagan_ par les Arméniens et par les
anciens Perses, répond à l'_Aderbaïdjan_ des modernes, il comprenait
toute la partie montagneuse de la Médie, limitrophe de l'Arménie. Voyez
_Mémoires histor. et géogr. sur l'Arménie_, t. I, p. 128 et 129.--S.-M.]
[Note 110: Voyez _Mémoires sur l'Arménie_, t. I, p. 100.--S.-M.]
[Note 111: La Siounie était une des provinces de l'Arménie orientale;
elle formait une principauté particulière, qui se conserva dans la
même famille, jusqu'à la fin du douzième siècle. Voyez _Mémoires sur
l'Arménie_, t. I, p. 142 et 143.--S.-M.]
[Note latérale: Faust. Byz. Hist. d'Arm. l. 3, c. 20 et 21. Mos.
Choren. Hist. Arm. l. 3, c. 18.]
--Cependant le roi de Perse n'avait pas perdu de temps pour entrer dans
l'Arménie, secondé par les traîtres qui l'avaient appelé; il n'eut
pas de peine à envahir tout le pays, et les princes fidèles n'eurent
pas d'autre ressource que de se sauver sur le territoire romain, où
ils trouvèrent un asile. Sapor prit des ôtages pour s'assurer de la
soumission des princes, qui n'avaient pas quitté leur pays; puis il
en confia le gouvernement à sa créature Vaghinag, parent du prince de
Siounie, à qui il confia aussi le commandement de l'armée, chargée de
défendre la frontière orientale de l'Arménie, et il en dépouilla le
prince Amadounien[112] Vahan. Il porta ensuite ses armes sur les terres
de l'empire[113]. Les Arméniens qui s'y étaient réfugiés rallièrent
toutes leurs forces, et secondés par des troupes romaines, ils furent
bientôt en mesure de reprendre l'offensive. L'empereur et les fugitifs
arméniens vinrent camper à Satala[114], dans la partie septentrionale
de la petite Arménie sur les bords de l'Euphrate, d'où ils se mirent
en marche pour pénétrer dans la grande Arménie; arrivés dans la
province de Pasen[115], au nord de l'Araxes, ils y rencontrèrent les
Perses, qui furent complètement défaits auprès d'un bourg nommé Oskha.
L'avantage fut si décisif, que les ennemis furent obligés d'abandonner
toute l'Arménie. L'empereur en confia l'administration à Arschavir et
à Antiochus[116]. Tous les princes qui s'étaient bien conduits furent
comblés de présents, et magnifiquement récompensés par Constance.
[Note 112: C'est le nom d'une famille de dynastes ou princes arméniens,
qui passaient pour descendre d'une race juive venue de la Médie vers le
premier siècle de notre ère. Voy. Moïse de Khoren, l. 2, c. 54.--S.-M.]
[Note 113: C'est à cette époque que les Arméniens, alliés de Sapor,
firent sur le territoire romain les incursions dont parle Julien (orat.
1, p. 18 et 19, _ed. Spanh._). Si l'on s'en rapportait au témoignage
sans doute bien exagéré de l'historien arménien Moïse de Khoren
(l. 3, c. 18), Sapor aurait à cette époque pénétré jusque dans la
Bithynie.--S.-M.]
[Note 114: Cette ville se nomme en arménien _Sadagh_.--S.-M.]
[Note 115: Province de l'Arménie centrale, qui fut appelée Phasiane
par les Grecs du moyen âge, et sur laquelle on peut voir les _Mémoires
historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 107.--S.-M.]
[Note 116: Voyez ci-devant p. 402 la note ajoutée au § IX.--S.-M.]
--Ces revers, et sans doute le peu de succès qu'il obtenait du côté de
la Mésopotamie et devant Nisibe, portèrent le roi de Perse à demander
la paix, et à ajourner pour le moment ses desseins sur l'Arménie.
L'empereur exigea avant tout la liberté de Diran et de ceux qui avaient
été emmenés captifs avec lui. Sapor, pour montrer la sincérité de ses
intentions, fit écorcher vif Varaz-schahpour, qui avait été la cause
de la guerre, et Diran fut renvoyé avec honneur dans son royaume;
mais ce prince, désormais incapable de régner par lui-même, refusa de
reprendre la couronne. Son fils Arsace fut alors placé sur le trône par
le roi de Perse[117]; pour Diran, il se retira dans une habitation
qu'il avait choisie au pied du mont Arakadz[118], où il vécut encore
long-temps. Quant à son fils, il suivit la politique versatile de ses
prédécesseurs; son élévation, dont il était en partie redevable au
roi de Perse, qui lui avait permis de rentrer en Arménie, le mit dans
la dépendance de ce prince: il fut donc son tributaire. Par cette
conduite il s'éloigna des Romains, dont la puissante assistance lui
avait conservé la couronne. Il ne rompit cependant jamais entièrement
avec eux. Toujours balotté entre les deux empires, toute la durée de
son règne fut une longue série d'agitations et de troubles fomentés par
Sapor, qui ne cessa de harceler l'Arménie qu'il convoitait. Après la
victoire de Constance et la délivrance de ce royaume, par les troupes
romaines, s'il consentit à laisser remonter Arsace sur le trône de ses
aïeux, c'est qu'il sentit que, avec les pertes qu'il avait éprouvées,
il fallait attendre une occasion plus favorable pour l'accomplissement
de ses projets.]--S.-M.
[Note 117: On pourrait même croire, d'après ce que dit Moïse de Khoren
(l. 3, c. 18), qu'aussitôt après la prise et la mutilation de Diran,
Sapor avait fait proclamer roi le fils de cet infortuné monarque; il
serait possible qu'en effet Sapor en eût agi ainsi, pour faciliter ses
succès, pendant qu'il retenait Arsace, dans ses états.--S.-M.]
[Note 118: Chaîne de montagnes dans la province d'Ararad au nord de
l'Αraxes. Voyez _Mém. sur l'Arménie_, t. I, p. 47.--S.-M.]
[Note latérale: AN 339.]
[Note latérale: XV. Troubles de l'arianisme.]
[Note latérale: Ath. ad monach. t. I, p. 349. et apol. contr. Arian. t.
I, p. 140-144.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 7.]
[Note latérale: Theod. l. 2, c. 3.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 3 et 4.]
[Note latérale: Theoph. p. 28.]
[Note latérale: Vita Pauli, apud Phot. cod. 257.]
[Note latérale: Vita Ath. in edit. Benedict. p. 31 et 32.]
[Note latérale: Till. Arian. art. 27 et 28.]
Sapor renfermé dans ses états s'occupa pendant les deux années
suivantes à réparer ses pertes. C'était un temps précieux, dont
Constance aurait pu profiter pour prendre ses avantages. Il pouvait
se mettre en état d'entamer la Perse à son tour, ou du moins, par
des mesures bien prises, obliger Sapor à se tenir sur la défensive.
Mais ce prince imprudent ne portait pas ses vues dans l'avenir: au
lieu de pourvoir à la sûreté de ses états, il passa ces deux années
à brouiller les affaires de l'église, et à jeter les semences des
troubles dont tout le reste de son règne fut agité. Il se transporte
à Constantinople, et y fait tenir un concile où Paul est déposé.
L'ambition d'Eusèbe fut enfin couronnée: il se vit installé sur le
siége de la nouvelle capitale. Paul se réfugia à Trèves dans la cour
de Constantin, qui servait d'asile aux prélats catholiques. Athanase
n'était pas en repos à Alexandrie. Les Ariens y avaient donné un
évêque à leur faction: c'était Pistus, autrefois chassé par Alexandre,
et frappé d'anathème dans le concile de Nicée. Il fut ordonné évêque
d'Alexandrie par Sécundus de Ptolémaïs; mais il n'en fit jamais les
fonctions. Les ennemis d'Athanase mettaient tout en œuvre pour séduire
le pontife romain, et les trois empereurs; mais leurs calomnies ne
trouvaient de croyance, que dans l'esprit de Constance déja préoccupé.
Il écrivit au saint prélat des lettres pleines de reproches, et n'eut
aucun égard à ses réponses.
[Note latérale: XVI. Mort d'Eusèbe de Césarée.]
[Note latérale: [Socr. l. 2, c. 4.]]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 2.]
[Note latérale: Vales. de vit. et script. Euseb.]
Tandis que la faction arienne dressait toutes ses batteries pour perdre
Athanase, il fut délivré d'un de ses plus dangereux ennemis, parce
que c'était peut-être le moins déclaré et le plus habile. Eusèbe de
Césarée mourut. Il eut pour successeur son disciple Acacius, surnommé
le _Borgne_; celui-ci ne fut guère moins savant, ni moins éloquent que
son maître: mais il était plus entreprenant. Fier arien sous Constance,
humble catholique sous Jovien, sa religion se plia toujours à ses
intérêts.
[Note latérale: AN 340.]
[Note latérale: XVII. Consulat d'Acyndinus et de Proculus.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: S. Aug. de Sermone Dei in monte l. 1, c. 16, t. 3,
part. 2, p. 186.]
[Note latérale: Symm. l. 1, epist. 1. et app. p. 299.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. lib. 8, tit. 5, leg. 4.]
[Note latérale: Grut. Thes. Inscript. p. 360, nº 4, p. 361 nº 1, 2 et
3, et p. 362 et 363.]
[Note latérale: Reines. Inscript. Cl. 6, nº 122.]
Les consuls de l'année 340 méritent d'être connus: c'étaient Acyndinus
et Proculus. Le premier, déja préfet d'Orient depuis deux ans, était
un homme dur, mais assez équitable pour reconnaître ses fautes, et pour
les réparer à ses propres dépens. Pendant qu'il était à Antioche, il
condamna à la prison un habitant qui devait au fisc une livre d'or, et
jura que s'il ne payait dans un certain terme, il le ferait mourir. Le
terme approchait, et le débiteur était insolvable. Sa femme avait de la
beauté. Un riche citoyen lui proposa d'acquitter sa dette, à condition
qu'elle se prêterait à sa passion. Mais elle aimait son mari; elle ne
voulut disposer du prix de sa délivrance qu'avec sa permission: le
misérable y consentit. Ce honteux trafic eut la fin qu'il méritait. Le
riche libertin ayant donné à cette infortunée un sac plein d'or, eut
l'adresse de le reprendre et d'y substituer un sac rempli de terre.
Retournée chez elle, dès quelle s'aperçut de la fraude, désespérée
d'avoir commis un crime inutile, et résolue d'achever de perdre son
honneur plutôt que son mari, à qui elle l'avait déja sacrifié, elle
va porter sa plainte au préfet. Acyndinus jugea qu'il y avait quatre
coupables; deux n'étaient que trop punis par leur honte et par leur
malheur: il se chargea de punir les deux autres; c'étaient le riche
perfide, et lui-même, dont les menaces cruelles avaient fait naître
cette intrigue criminelle. Il prononça que la dette serait acquittée
aux dépens d'Acyndinus, et que la femme serait mise en possession de
la terre où le fourbe avait pris de quoi la tromper. Cet Acyndinus
passa honorablement sa vieillesse à Baules en Campanie, où il avait une
belle maison de campagne. L'autre consul Proculus était célèbre par
sa naissance, par ses magistratures et par son mérite personnel. Il
était fils de Q. Aradius [Rufinus] Valérius Proculus, qui avait été
gouverneur de la Byzacène. Il fut élevé aux plus grands emplois[119].
Les inscriptions qui font mention de lui, disent qu'il était né pour
tous les honneurs. Symmaque le fait descendre des anciens Valérius
Publicola, et lui donne la gloire de soutenir cette illustre origine,
par la dignité de ses mœurs, par sa franchise, sa constance, sa douceur
sans faiblesse, et par sa piété envers les dieux: car il était païen,
et revêtu des sacerdoces les plus distingués.
[Note 119: Outre le gouvernement de la Byzacène, il avait été
propréteur de Numidie, gouverneur de l'Europe, division de la Thrace,
de la Sicile, et proconsul d'Afrique.--S.-M.]
[Note latérale: XVIII. Mort du jeune Constantin.]
[Note latérale: [Eutrop. l. 10. Zos. l. 2, c. 41.]]
[Note latérale: Jul. or. 2, p. 94. ed. Sp.]
[Note latérale: Amm. l. 21, c. 6 et 10.]
[Note latérale: Zon. l. 13, t. 2, p. 11.]
[Note latérale: Aur. Vict. epit. p. 225.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 5 et 21.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 2.]
[Note latérale: Philost. l. 3, c. 1.]
[Note latérale: God. Chron.]
[Note latérale: Ducange, C. P. l. 4, c. 5 et fam.]
[Note latérale: Byz. p. 47.]
[Note latérale: Cod. Th. l. 11, tit. 12, leg. 1.]
[Note latérale: [Monod. vel Or. in Const. Jun. mort. p. 10, 11 et 12.]]
Ce fut sous ce consulat que le jeune Constantin se perdit par son
imprudence. La querelle qui s'était élevée entre ce prince et Constant
son frère, au sujet du nouveau partage, s'aigrissait de jour en jour.
Un tribun, nommé Amphilochius, de Paphlagonie, ne cessait d'animer
Constant, et le détournait de tout accommodement. Enfin, Constantin
prit le parti de se faire justice par les armes, et passa les Alpes.
Constant était en Dacie: il envoie ses généraux à la tête d'une armée,
et se dispose à les suivre avec de plus grandes forces. Ses capitaines
arrivés à la vue de l'ennemi près d'Aquilée, à la fin de mars ou au
commencement d'avril[120], dressent une embuscade, et ayant engagé
le combat feignent de prendre la fuite. Les soldats de Constantin
s'abandonnent à la poursuite; et bientôt enfermés entre les troupes
qui sortent de l'embuscade et les fuyards qui tournent visage, ils
sont taillés en pièces. Constantin lui-même, renversé de son cheval,
meurt percé de coups. On lui coupe la tête; on jette son corps dans
le fleuve d'Alsa, qui passe près d'Aquilée. Il en fut apparemment
retiré, puisqu'on montrait long-temps après son tombeau de porphyre à
Constantinople, dans l'église des Saints-Apôtres. Il avait vécu près de
vingt-cinq ans, et régné un peu plus de deux ans et demi depuis la mort
de son père. Ayant perdu sa femme, il venait de contracter par députés
un second mariage avec une Espagnole de noble origine, dont on ne dit
ni le nom ni la famille. Constant profita seul de la dépouille de son
frère: il devint maître de tout l'Occident. Constance moins ambitieux
ou plus timide, se contenta de ce qu'il avait possédé jusqu'alors.
Son empire se terminait au pas de Sucques: c'était un passage étroit
entre le mont Hæmus et le mont Rhodope, qui séparait la Thrace de
l'Illyrie. Le vainqueur déclara nulles les exemptions dont Constantin
avait gratifié plusieurs personnes. La loi qu'il fit à ce sujet porte
le caractère d'une haine dénaturée qui survivait à son frère: il le
qualifie son ennemi et celui de l'état.
[Note 120: On voit par une loi du code Théodosien que Constant était à
Aquilée, le 9 avril, après la mort de Constantin.--S.-M.]
[Note latérale: XIX. Lois des trois princes.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 3, tit. 13. leg. 1, 2 et ibid. God. lib.
6. tit. 4, leg. 3, et seq. usque ad 17, et tit. 22, leg. 2; lib. 9,
tit. 1. leg. 7, et tit. 34, leg. 5, 6; lib. 10, t. 10, leg. 4, 5, 6, 7
et 8. Lib. 11, tit. 36, leg. 4. Lib. 12, tit. 1. l. 23 et seq. usque
ad 50. Lib. 15, t. 1, leg. 5. Lib. 16, tit. 8, leg. 6, 7.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 2, t. 58 leg. 1. Lib. 6, tit. 9, leg.
9, et tit. 23, leg. 15 et tit. 37, l. 21.]
[Note latérale: Tac. ann. l. 12, c. 7.]
[Note latérale: Suet. in Claud. c. 26.]
[Note latérale: Idem, in Domit. c. 22.]
[Note latérale: Dio. Cass. l. 68, § 2, t. I, p. 1119.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
Pendant le règne de Constantin, les trois princes avaient tantôt
séparément, tantôt de concert établi plusieurs lois utiles. Nous allons
en rapporter les principales, en y joignant celles qui ont été données
sur les mêmes objets, jusqu'à la fin du règne de Constance. Constantin
le Grand avait réprimé l'ambition de ceux qui se procuraient par argent
ou par brigue des titres honorables. Cet abus subsistait, et ces titres
avaient tellement multiplié les dispenses et les exemptions, que les
fonctions municipales couraient risque d'être abandonnées. Les princes
s'efforcèrent de remédier à ce désordre: ils réglèrent la forme et
l'ordre de la nomination aux offices municipaux; ils n'en déclarèrent
exempts que ceux qui ne possédaient pas vingt-cinq arpents de terre,
ceux qui seraient entrés dans la cléricature avec le consentement de
l'ordre municipal, et un petit nombre d'autres personnes distinguées
par leurs emplois: ils enjoignirent aux décurions et aux magistrats,
sous certaines peines, l'exactitude la plus scrupuleuse à s'acquitter
de leurs obligations personnelles; ils prirent des mesures pour
prévenir l'anéantissement du sénat des villes, et pour remplir
les places vacantes; afin d'encourager ces utiles citoyens, ils
renouvelèrent leurs priviléges. Les donations du prince prédécesseur,
souvent attaquées sous un nouveau règne, furent confirmées, mais on
soumit à l'examen les exemptions accordées par les gouverneurs. Le
massacre de la famille impériale, et la confiscation des biens de ceux
qu'on avait massacrés, faisaient naître mille accusations contre les
personnes, mille chicanes sur les biens: les empereurs en arrêtèrent le
cours par de sages lois; ce ne fut que dans les dix dernières années
de la vie de Constance, que ce prince prêta l'oreille aux délateurs.
Constantin avait proscrit les libelles anonymes; ses fils n'en
témoignèrent pas moins d'horreur; ils défendirent aux juges d'y avoir
égard: _On doit_, dit une loi de Constance, _regarder comme innocent
celui qui, ayant des ennemis, n'a point d'accusateur_. Constance
confirma les lois de son père contre l'adultère; il porta même encore
plus loin la sévérité, en condamnant les coupables à être brûlés, ou
cousus dans un sac et jetés dans la mer, comme les parricides; il
ne leur laissa pas même la ressource de l'appel, quand ils étaient
manifestement convaincus. Les formules de droit, dont l'exactitude
syllabique rendait tous les actes épineux, furent abolies. Afin de
ne pas laisser languir l'innocence dans les prisons, Constance ne
donna aux juges que l'espace d'un mois pour instruire les procès
des prisonniers, sous peine d'être eux-mêmes punis. On voit dans ce
prince une grande attention à procurer au peuple de Constantinople les
divertissements du théâtre et du cirque, et à en régler la dépense
qui devait être faite par les préteurs. Julien lui reproche une haine
déclarée contre les Juifs: en effet, il leur défendit sous peine de
mort d'épouser des femmes chrétiennes; et il ordonna que les chrétiens
qui se feraient Juifs, fussent punis par la confiscation de leurs
biens. Mais une loi célèbre de Constance, datée de l'an 339, est celle
par laquelle il défend, sous peine de mort, les mariages d'un oncle
avec la fille du frère ou de la sœur, et tout commerce criminel entre
ces mêmes personnes. Ces alliances étaient prohibées par les anciennes
lois romaines. Mais lorsque l'empereur Claude voulut épouser Agrippine,
fille de son frère Germanicus, le sénat, pour sauver l'infamie de
l'inceste à ce prince stupide et voluptueux, avait déclaré par un
arrêt qu'il serait permis d'épouser la fille d'un frère; et par une
distinction bizarre, qui indiquait assez le motif du relâchement, on
n'avait pas étendu cette permission à la fille de la sœur. Il ne tint
qu'à Domitien de prendre pour femme la fille de Titus son frère; il
aima mieux la laisser épouser à Sabinus, la corrompre ensuite, tuer son
mari, vivre licentieusement avec elle, et lui procurer enfin la mort.
Nerva rappela les anciennes lois; mais bientôt l'abus reprit le dessus,
et se maintint jusqu'à l'établissement de la religion chrétienne.
Sozomène dit en général, que Constantin défendit les unions contraires
à l'honnêteté publique, qui étaient auparavant tolérées: mais nous
n'avons de lui aucune loi précise contre les mariages des oncles et
des nièces. Constance y attacha la peine de mort, qui fut modérée par
l'empereur Arcadius. Ces alliances ont été depuis ce temps-là regardées
comme incestueuses. Constance défendit aussi d'épouser la veuve d'un
frère, ou la sœur d'une première femme, et déclara illégitimes les
enfants sortis de ces mariages.
[Note latérale: XX. Nouvelles calomnies contre saint Athanase.]
[Note latérale: Ath. apol. contr. Arian. t. I, p. 140-154, et ad
monach. p. 350.]
[Note latérale: Bar. an 339.]
[Note latérale: Pagi, ad Baron.]
[Note latérale: Hermant, vie de S. Ath. l. 5, c. 5. vie de Jules, art.
2, 1.]
La mort du jeune Constantin privait Athanase de son plus zélé
protecteur. Les Ariens renouvelèrent leurs efforts pour enlever encore
au saint évêque l'appui de Constant: ils ne réussirent ni auprès de
lui ni auprès du pape, qu'ils tâchèrent aussi d'ébranler. Silvestre
était mort le dernier jour de l'année 335. Marc lui avait succédé,
et n'avait vécu que jusqu'au mois d'octobre suivant. Jules, élu le 6
février 337, était alors assis sur la chaire de saint Pierre. C'était
un pontife qui savait allier la douceur d'un pasteur avec la fermeté
d'un chef de l'église; digne successeur de tant de saints et de tant
de martyrs. Les Ariens lui députèrent un prêtre et deux diacres: ils
lui envoyèrent les actes du concile de Tyr, comme un monument de leur
triomphe; ils ajoutaient de nouvelles calomnies. L'évêque d'Alexandrie,
instruit de leurs démarches, rassembla pour sa défense toutes les
forces que l'église avait dans l'Égypte, dans la Pentapole et dans
la Libye. Près de cent évêques se rendirent à Alexandrie: tous, d'un
accord unanime, souscrivirent une lettre adressée au pape et à tous
les évêques catholiques du monde. Athanase y était pleinement justifié
contre toutes les accusations anciennes et nouvelles. Celles-ci
roulaient sur trois chefs: il avait, disaient ses ennemis, violé les
canons de l'église en rentrant dans son siége; déposé par un concile,
il fallait un concile pour le rétablir; de plus, le peuple d'Alexandrie
ne l'avait reçu qu'à regret; il ne s'était remis en possession que
par la force et par le carnage; enfin il détournait à son profit les
sommes que Constantin avait consacrées à la subsistance des pauvres de
l'Égypte et de l'Afrique: cette dernière accusation était appuyée d'une
lettre de Constance. Tels étaient les nouveaux reproches des Ariens. Le
concile d'Alexandrie détruisait le premier chef, en faisant voir que le
prétendu concile de Tyr n'avait été qu'un conventicule d'hérétiques,
présidé par un comte, inspiré par la cabale, guidé par la violence:
il donnait le démenti aux accusateurs sur les deux autres articles;
les témoins du rétablissement d'Athanase déposaient de l'empressement
et de la joie qui avaient éclaté à son retour; et sa fidélité dans la
distribution des aumônes était prouvée par l'attestation des évêques
qu'il avait employés à ce pieux ministère. Les députés du concile
chargés de cette lettre eurent, en présence du pape, avec les envoyés
des Ariens une conférence, dont ils remportèrent tout l'avantage. Les
uns et les autres offrirent de s'en remettre à la décision d'un nouveau
concile qui serait tenu à Rome, et auquel le pape présiderait. Jules
accepta la proposition; il indiqua le concile; mais il refusa de donner
audience à Pistus, que la cabale avait nommé évêque d'Alexandrie. Les
députés d'Eusèbe n'espérant rien d'une affaire traitée dans les règles,
et confus du peu de succès de leurs intrigues, partirent précipitamment
de Rome. Le pape envoya à Athanase une copie des actes de Tyr, afin
qu'il se préparât à se justifier.
[Note latérale: AN 341.]
[Note latérale: XXI. Concile d'Antioche.]
[Note latérale: Ath. apol. contr. Arian. t. I, p. 144 et 148, et de
Synod. p. 735, 736 et 737.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 8.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 5.]
[Note latérale: Theoph. p. 30.]
[Note latérale: Pagi, ad Baron.]
[Note latérale: Schelstr. de sacro Antioch. concil. Vita Ath. in edit.
Benedict. p. 33 et 34.]
[Note latérale: Till. Arian. art. 30, 31, et 32.]
[Note latérale: Chron. temp. Ath. ex Mamachio.]