Cependant Constance, moins éloigné que les deux autres Césars, arriva à

Constantinople. Il fit transporter le corps de son père à l'église des

Apôtres. Il conduisait lui-même le convoi: à sa suite marchait l'armée

en bon ordre; les gardes entouraient le cercueil, suivi d'un peuple

innombrable. Quand on fut arrivé à l'église, Constance qui n'était

encore que catéchumène, se retira avec les soldats, et on célébra les

saints mystères. Le corps fut déposé dans un tombeau de porphyre qui

n'était pas dans l'église même, mais dans le vestibule. Saint Jean

Chrysostôme dit que Constance crut faire un honneur distingué à son

père en le plaçant à l'entrée du palais des Apôtres. Vingt ans après,

comme on fut obligé de rétablir cet édifice qui tombait déja en ruine,

on fit transférer le corps dans l'église de Saint-Acacius; mais on le

rapporta ensuite dans celle des Apôtres. Gilles, savant voyageur du

seizième siècle, dit qu'on lui montra à Constantinople, près du lieu où

avait été cette église, un tombeau de porphyre, vide et découvert, long

de dix pieds et haut de cinq et demi, que les Turcs disaient être celui

de Constantin.

[Note latérale: LXIX. Deuil à Rome.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 69 et 73.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 178.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 16. ed. Spanh.]

[Note latérale: Eunap. in Proœr. p. 91. ed. Boiss.]

[Note latérale: Grut. p. 178, nº 1.]

[Note latérale: [Eckhel. Doct. num. vet. t. VIII, p. 92 et 93.]]

Tout l'empire pleura ce grand prince. Ses conquêtes, ses lois,

les superbes édifices dont il avait décoré toutes les provinces,

Constantinople elle-même qui toute entière était un magnifique monument

érigé à sa gloire, lui avaient attiré l'admiration: ses libéralités

et son amour pour ses peuples lui avaient acquis leur tendresse. Il

aimait la ville de Rheims; et c'est à lui sans doute plutôt qu'à son

fils, qu'on doit attribuer d'y avoir fait construire des thermes à

ses dépens: l'éloge pompeux que porte l'inscription de ces thermes ne

peut convenir qu'au père[86]. Il avait déchargé Tripoli en Afrique

et Nicée en Bithynie de certaines contributions onéreuses, auxquelles

les empereurs précédents avaient assujetti ces villes depuis plus d'un

siècle. Il avait accepté le titre de stratège ou de préteur d'Athènes,

dignité devenue, depuis Gallien, supérieure à celle d'archonte; il y

faisait distribuer tous les ans une grande quantité de blé; et cette

largesse était établie à perpétuité. Rome se signala entre les autres

villes par l'excès de sa douleur. Elle se reprochait d'avoir causé à

ce bon prince des déplaisirs amers, et de l'avoir forcé à préférer

Byzance: pénétrée de regret elle se faisait à elle-même un crime de

l'élévation de sa nouvelle rivale. On ferma les bains et les marchés;

on défendit les spectacles et tous les divertissements publics. On ne

s'entretenait que de la perte qu'on avait faite. Le peuple déclarait

hautement qu'il ne voulait avoir pour empereurs que les enfants de

Constantin. Il demandait à grands cris qu'on lui envoyât le corps de

son empereur; et la douleur augmenta quand on sut qu'il restait à

Constantinople. On rendait honneur à ses images, dans lesquelles on le

représentait assis dans le ciel. L'idolâtrie toujours bizarre le plaça

au nombre de ces mêmes dieux qu'il avait abattus; et par un mélange

ridicule, plusieurs de ses médailles portent le titre de Dieu avec

le monogramme du Christ. Les cabinets des antiquaires en conservent

d'autres telles que les décrit Eusèbe: on y voit Constantin assis dans

un char attelé de quatre chevaux; il paraît être attiré au ciel par une

main qui sort des nues.

[Note 86: Lebeau se trompe à ce que je crois. L'inscription dont il

parle ne peut laisser de doute sur le fondateur de ce monument. On va

en juger:

IMP. CAES. FL. CONSTANTINVS. MAX. AVG. SEMPI

TERNVS. DIVI. CONSTANTINI. AVG. F. TOTO

ORBE. VICTORIIS. SVIS. SEMPER. AC. FELICITER

CELEBRANDVS. THERMAS. FISCI. SVI. SVMPTV

A. FVNDAMENTIS. CEPTAS. AC. PERACTAS

CIVITATI. SVAE. REMORVM. PRO. SOLITA

LIBERALITATE. LARGITVS. EST.

Les éloges qu'on a donnés dans cette inscription au jeune Constantin,

sont un peu exagérés, il est vrai; mais n'en est-il pas toujours ainsi

des dédicaces faites du vivant des fondateurs? Ceux-ci sont cependant

justifiés par les victoires que ce prince avait remportées sur les

Goths et les Sarmates. Les expressions _toto orbe, victoriis suis,

semper ac feliciter celebrandus_, lui conviennent tout aussi bien qu'à

son père. Il n'est guère probable d'ailleurs que Constantin, qui fit si

peu de séjour dans les Gaules et qui était tout occupé de sa nouvelle

capitale, ait songé à faire élever des thermes à Reims, tandis que

rien n'était plus naturel pour son fils, qui résida presque toujours

dans les Gaules, qui lui avaient été destinées par son père dès son

enfance.--S.-M.]

[Note latérale: LXX. Honneurs rendus à sa mémoire par l'église.]

[Note latérale: Bolland. 21 maii.]

[Note latérale: Till. art. 78.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 34.]

[Note latérale: Baron. ann. 324.]

[Note latérale: Pachym. in Mich. Palœol. l. 9, c. 1.]

L'église lui a rendu des honneurs plus solides. Tandis que les païens

en faisaient un dieu, les chrétiens en ont fait un saint. On célébrait

sa fête en Orient avec celle d'Hélène, et son office, qui est fort

ancien chez les Grecs, lui attribue des miracles et des guérisons. On

bâtit à Constantinople un monastère sous le nom de Saint-Constantin.

On rendait des honneurs extraordinaires à son tombeau et à sa statue

placée sur la colonne de porphyre. Les Pères du concile de Chalcédoine

crurent honorer Marcien, le plus religieux des princes, en le saluant

du nom de nouveau Constantin. Au neuvième siècle on récitait encore à

Rome son nom à la messe, avec celui de Théodose Ier et des autres

princes les plus respectés. Il y avait sous son nom en Angleterre

plusieurs églises et plusieurs autels. En Calabre est le bourg de

Saint-Constantin, à quatre milles du mont Saint-Léon. A Prague, en

Bohême, on a long-temps honoré sa mémoire, et l'on y conservait de ses

reliques. Son culte et celui d'Hélène ont passé jusqu'en Moscovie;

et les nouveaux Grecs lui donnent ordinairement le titre d'_égal aux

Apôtres_.

[Note latérale: LXXI. Caractère de Constantin.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 178.]

[Note latérale: Eutrop. l. 10.]

Les défauts de Constantin nous empêchent de souscrire à un éloge aussi

hyperbolique. Les spectacles affreux de tant de captifs dévorés par

les bêtes; la mort de son fils innocent, celle de sa femme, dont la

punition trop précipitée prit la couleur de l'injustice, montrent

que le sang des Barbares coulait encore dans ses veines; et que s'il

était bon et clément par caractère, il devenait dur et impitoyable

par emportement. Peut-être eut-il de justes raisons d'ôter la vie aux

deux Licinius; mais la postérité a droit de condamner les princes, qui

ne se sont pas mis en peine de se justifier à son tribunal. Il aima

l'Église; elle lui doit sa liberté et sa splendeur; mais, facile à

séduire, il l'affligea lorsqu'il croyait la servir; se fiant trop à ses

propres lumières, et se reposant avec trop de crédulité sur la bonne

foi des méchants qui l'environnaient, il livra à la persécution des

prélats qui méritaient à plus juste titre d'être comparés aux Apôtres.

L'exil et la déposition des défenseurs de la foi de Nicée, balancent au

moins la gloire d'avoir convoqué ce fameux concile. Incapable lui-même

de dissimulation, il fut trop aisément la dupe des hérétiques et des

courtisans. Imitateur de Titus, d'Antonin et de Marc-Aurèle, il aimait

ses peuples et voulait en être aimé; mais ce fonds même de bonté, qui

les lui faisait chérir, les rendit malheureux; il ménagea jusqu'à ceux

qui les pillaient: prompt et ardent à défendre les abus, lent et froid

à les punir; avide de gloire, et peut-être un peu trop dans les petites

choses. On lui reproche d'avoir été plus porté à la raillerie qu'il ne

convient à un grand prince. Au reste il fut chaste, pieux, laborieux

et infatigable, grand capitaine, heureux dans la guerre, et méritant

ses succès par une valeur brillante et par les lumières de son génie;

protégeant les arts et les encourageant par ses bienfaits. Si on le

compare avec Auguste, on trouvera qu'il ruina l'idolâtrie avec les

mêmes précautions et la même adresse que l'autre employa à détruire la

liberté. Il fonda comme Auguste un nouvel empire; mais moins habile

et moins politique, il ne sut pas lui donner la même solidité: il

affaiblit le corps de l'état en y ajoutant, en quelque façon, une

seconde tête par la fondation de Constantinople; et transportant le

centre du mouvement et des forces trop près de l'extrémité orientale,

il laissa sans chaleur et presque sans vie les parties de l'Occident,

qui devinrent bientôt la proie des Barbares.

[Note latérale: LXXII. Reproches mal fondés de la part des païens.]

[Note latérale: Eutr. l. 10.]

[Note latérale: Aur. Vict. epit. p. 224.]

Les païens lui ont voulu trop de mal pour lui rendre justice. Eutrope

dit que, dans la première partie de son règne, il fut comparable aux

princes les plus accomplis, et dans la dernière aux plus médiocres. Le

jeune Victor, qui lui donne plus de trente et un an de règne, prétend

que dans les dix premières années ce fut un héros, dans les douze

suivantes un ravisseur, et un dissipateur dans les dix dernières. Il

est aisé de sentir que de ces deux reproches de Victor, l'un porte

sur les richesses que Constantin enleva à l'idolâtrie, et l'autre sur

celles dont il combla l'église.

[Note latérale: LXXIII. Ses filles.]

[Note latérale: Ducange, Fam. Byz. p. 47.]

[Note latérale: Till. note 18, sur Constantin.]

Outre ses trois fils il laissa deux filles: Constantine, mariée d'abord

à Hanniballianus roi de Pont, ensuite à Gallus; et Hélène qui fut

femme de Julien. Quelques auteurs en ajoutent une troisième qu'ils

nomment Constantia: ils disent qu'ayant fait bâtir à Rome l'église et

le monastère de Sainte-Agnès, elle s'y renferma après avoir fait vœu de

virginité. Cette opinion ne porte sur aucun fondement solide.

FIN DU LIVRE CINQUIÈME.

LIVRE VI.

I. Caractère des fils de Constantin. II. Massacre des frères et des

neveux de Constantin. III. Autres massacres. IV. Crédit de l'eunuque

Eusèbe. V. Suites de la mort de Delmatius et d'Hanniballianus. VI.

Nouveau partage. VII. Rétablissement de saint Athanase. VIII. Rappel

de saint Paul de Constantinople. IX. Constance retourne en Orient.

X. Antiquités de Nisibe. XI. Sapor lève le siége de Nisibe. XII.

Préparatifs pour la guerre de Perse. XIII. Première expédition de

Constance. [XIV. Révolutions arrivées en Arménie.] XV. Troubles de

l'arianisme. XVI. Mort d'Eusèbe de Césarée. XVII. Consulat d'Acyndinus

et de Proculus. XVIII. Mort du jeune Constantin. XIX. Lois des trois

princes. XX. Nouvelles calomnies contre saint Athanase. XXI. Concile

d'Antioche. XXII. Grégoire intrus sur le siége d'Alexandrie. XXIII.

Violences à l'arrivée de Grégoire. XXIV. Précaution pour cacher

ces excès à l'empereur. XXV. Les catholiques maltraités par toute

l'Égypte. XXVI. Violences exercées ailleurs. XXVII. Athanase va à

Rome. XXVIII. Paul rétabli et chassé de nouveau. XXIX. Athanase va

trouver Constant. XXX. Synode de Rome. XXXI. Amid fortifiée. XXXII.

Terrible tremblement de terre. XXXIII. Courses des Francs. XXXIV. Ils

sont réprimés par Constant. XXXV. Constant dans la Grande-Bretagne.

XXXVI. Tremblements de terre. XXXVII. Conversion des Homérites.

XXXVIII. Inquiétudes des Ariens. XXXIX. Marche de Constance vers la

Perse. XL. Port de Séleucie. XLI. Sédition à Constantinople. XLII.

Concile de Milan. XLIII. Concile de Sardique. XLIV. Les Ariens se

séparent. XLV. Jugement du concile. XLVI. Faux concile de Sardique.

XLVII. Concile de Milan. XLVIII. Députés envoyés à Constance. XLIX.

Guerre des Perses. L. Bataille de Singara. LI. Nouveaux troubles

des Donatistes apaisés en Afrique. LII. Violences des Ariens. LIII.

Lettres de Constance à saint Athanase. LIV. Insigne fourberie

d'Étienne, évêque d'Antioche. LV. Constance rappelle de nouveau

saint Athanase. LVI. Athanase à Antioche. LVII. Retour d'Athanase à

Alexandrie.

CONSTANTIN II, CONSTANCE, CONSTANT.

[Note latérale: AN 337.]

[Note latérale: I. Caractère des fils de Constantin.]

[Note latérale: Liban. Basil. t. I, p. 103. ed. Morel.]

[Note latérale: Them. or. 1. p. 4.]

La mort de Constantin donnait lieu à de grandes inquiétudes. Plus il

s'était acquis de gloire, plus on craignait que ses fils ne fussent pas

en état de la soutenir. Les politiques observaient que, de tous les

successeurs d'Auguste, Commode avait été le seul qui fût né d'un père

déja empereur: et cet exemple, unique jusqu'aux enfants de Constantin,

était pour ceux-ci de mauvais augure. Ils remarquaient encore, que la

nature avait pour l'ordinaire fort mal servi l'empire: plusieurs de

ceux que l'adoption avait placés sur le trône, s'en étaient montrés

dignes; mais à l'exception de Titus et de Constantin lui-même, les

Césars qui avaient succédé à leurs pères en avaient toujours dégénéré.

A ces réflexions générales se joignaient celles que faisait naître

le caractère particulier des nouveaux empereurs: ils n'avaient pas

pleinement répondu à l'excellente éducation qu'ils avaient reçue.

Constantin, l'aîné des trois, était celui qui ressemblait le plus à son

père; il avait de la bonté et de la valeur; mais il était ambitieux,

fougueux, imprudent. Constant le plus jeune laissait déja apercevoir un

penchant pour les plaisirs, qui ne pouvait devenir que plus dangereux

dans la puissance souveraine; et Constance était tout ensemble faible

et présomptueux; fait pour être l'esclave de ses flatteurs, pourvu

qu'ils voulussent bien lui laisser croire qu'il était le maître; se

croyant grand capitaine, parce qu'il était adroit à tirer de l'arc,

à monter à cheval, et qu'il réussissait dans tous les exercices

militaires. La jeunesse de ces princes, dont l'aîné n'avait que vingt

ans, et les contestations qui pouvaient naître du partage de l'empire,

augmentaient encore les alarmes.

[Note latérale: II. Massacre des frères et des neveux de Constantin.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 68 et 69.]

[Note latérale: Ath. ad monach. t. I, p. 340.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 17. et ad Ath. p. 272, ed. Spanh.]

[Note latérale: Greg. Naz. or. 3, adv. Jul. t. I, p. 58.]

[Note latérale: Act. Basil. apud Bolland. 21. Martii.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 179.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 225.]

[Note latérale: Eutr. l. 10.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]

[Note latérale: Hier. Chron.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 40; l. 2, c. 2, et l. 3, c. 1.]

[Note latérale: Theod. l. 2, c. 3.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]

[Note latérale: Idat. Chron. Pagi, in Bar.]

[Note latérale: [Theophan. p. 28 et 29.]

[Note latérale: Cedr. t. 1, p. 297.] ]

Le testament de Constantin fut remis, suivant ses ordres, entre les

mains de Constance. Il appelait à la succession avec ses trois fils,

ses deux neveux, Delmatius et Hanniballianus. Mais les armées, les

peuples et le sénat de Rome ne voulaient reconnaître pour maîtres

que ses enfants: ils les proclamèrent seuls Augustes. C'était donner

l'exclusion à ses neveux. Ce zèle bizarre, qui prétendait honorer la

mémoire de Constantin, en s'opposant à ses dernières volontés, se porta

jusqu'à la fureur. Les soldats prirent les armes, et commencèrent

les massacres par celui du jeune Delmatius, le plus aimable de tous

les princes de cette famille; son frère le suivit de près. Delmatius

leur père, surnommé le Censeur, était déja mort. Les meurtriers

n'épargnèrent pas les deux autres frères de Constantin, Julius

Constance et Hanniballianus. On égorgea encore cinq neveux du défunt

empereur, dont on ignore les noms: l'un était le fils aîné de Julius

Constance. Ses deux autres fils, Gallus âgé de onze à douze ans, et

Julien âgé de six, allaient périr dans le sang de leur père et de leur

frère; mais on ne crut pas qu'il fût besoin d'ôter la vie à Gallus,

qui, étant malade, semblait près de mourir: Julien fut sauvé par Marc,

évêque d'Aréthuse, qui le cacha dans le sanctuaire, sous l'autel même.

On ne sait par quel moyen échappa Népotianus, fils d'Eutropia, sœur

de Constantin. On n'a jamais reproché ces meurtres à Constant ni à

Constantin le jeune. Plusieurs historiens les attribuent à Constance:

d'autres l'accusent seulement de ne s'y être pas opposé. Saint Grégoire

de Nazianze paraît en rejeter toute l'horreur sur les soldats.

Constance lui-même s'en est reconnu coupable, s'il en faut croire

Julien, qui rapporte sur le témoignage des courtisans de ce prince,

qu'il s'en repentit, et qu'il pensait que la stérilité de ses femmes et

les pertes qu'il essuya dans la guerre contre les Perses, en étaient la

punition. Les trois princes délivrés de tous ceux dont ils pouvaient

craindre la concurrence, prirent le titre d'Augustes le 3 septembre[87].

[Note 87: Environ quatre mois après la mort de Constantin.--S.-M.]

[Note latérale: III. Autres massacres.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 68.]

[Note latérale: Jul. or. 1. p. 17, ed. Spanh.]

[Note latérale: Greg. Naz. or. 3. adv. Jul. l. 1, p. 58.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]

[Note latérale: Silves. Epist. 6.]

[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 22-26, ed. Boiss.]

[Note latérale: Amm. l. 20, c. 22.]

Les soldats se firent payer de ces forfaits par la liberté d'en

commettre de nouveaux: ils se crurent en droit de donner la loi à leurs

maîtres, et de réformer leur conseil. Ils massacrèrent les principaux

courtisans de Constantin, dont quelques-uns avaient abusé de sa faveur,

et les laissèrent sans sépulture. On distingue entre les autres le

patrice Optatus, ce personnage célèbre, dont j'ai parlé sur l'année 334

où il fut consul, et Ablabius, préfet du prétoire: celui-ci s'était

élevé de la plus basse naissance. On croit qu'il était chrétien, et

les auteurs païens confirment cette opinion par leur acharnement à le

décrier: ils lui imputent la mort de Sopater, que nous avons racontée.

Il avait à Constantinople une maison qui égalait en magnificence celle

de l'empereur, et qui fut dans la suite le palais de Placidie, fille

du grand Théodose. Son caractère aigrissait encore l'envie: il était

fier de son mérite et de ses services. Après avoir franchi l'espace

immense qui se trouvait entre sa naissance et le rang qu'il occupait,

il ne croyait rien au-dessus de lui, pas même la couronne impériale.

Constantin, qui ne voyait que ses bonnes qualités, lui avait recommandé

son fils Constance. Ablabius se regardait comme le tuteur du jeune

prince, et presque comme son collègue; on s'étonnait même qu'il voulût

bien se contenter du second rang. La jalousie du souverain, et la

haine des soldats qui demandèrent son éloignement, renversèrent en un

moment cet édifice de grandeur. Dépouillé de sa dignité il se retira

en Bithynie, où il espérait se reposer sur les trésors qu'il avait

accumulés. Mais peu de jours après, arrivèrent de Constantinople

des officiers de l'armée, qui, selon les ordres de Constance, lui

présentèrent à genoux des lettres, par lesquelles on lui donnait le

titre d'Auguste. Cet homme vain, déja rempli de toute la fierté d'un

empereur, demanda avec hauteur où était la pourpre. Ils répondirent

que ceux qui étaient chargés de la lui présenter, attendaient ses

ordres. Dès qu'il eut fait signe qu'on les fît entrer, les soldats

qui étaient restés à la porte se jetèrent sur lui, et le mirent en

pièces. Il laissait une fille en bas âge, nommée Olympias, déja fiancée

à Constant. Ce prince ne l'abandonna pas après la mort de son père:

il l'éleva pour en faire son épouse; et comme il mourut avant que

d'avoir exécuté ce dessein, Constance la donna en mariage à Arsace, roi

d'Arménie[88].

[Note 88: Voyez ci-après, l. XI, § 23.]

[Note latérale: IV. Crédit de l'eunuque Eusèbe.]

[Note latérale: Greg. Naz. or. 21, t. I, p. 386.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 26.]

[Note latérale: Amm. l. 18, c. 4.]

On aurait peut-être pardonné à Constance la mort d'Ablabius, s'il l'eût

remplacé par le choix d'un bon ministre; mais celui qui succéda à la

faveur de cet ambitieux, était un homme dont l'ambition fut le moindre

vice. L'eunuque Eusèbe, grand-chambellan du prince, et peut-être

l'auteur secret de tous ces massacres, s'éleva sur tant de ruines: il

devint l'arbitre de la cour. On disait par raillerie, que Constance

avait beaucoup de crédit auprès de son chambellan[89]: celui-ci était

vain, fourbe, avare, injuste, cruel, et Arien passionné. Il remplit

tout le palais d'Ariens et d'eunuques: et c'est du règne de Constance

qu'on peut dater le commencement de l'énorme puissance de ces ministres

de volupté, qui, destinés par la jalousie des Orientaux à garder les

femmes, et formés aux plus basses intrigues, s'emparèrent de l'esprit

des empereurs, et parvinrent à gouverner l'empire.

[Note 89: _Apud quem (si verè dici debeat) multa Constantius potuit_,

dit Ammien Marcellin.--S.-M.]

[Note latérale: AN 338.]

[Note latérale: V. Suites de la mort de Delmatius et d'Hanniballianus.]

[Note latérale: Till. art. 2, et note 2, 3.]

[Note latérale: Codin. orig. C. P. p. 24.]

[Note latérale: Imp. Orient. Band. t. I, part. 3, p. 18 et 103.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 287.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 18 et 19. ed. Spanh.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, tit. 1, leg. 4.]

La mort du jeune Delmatius et de son frère Hanniballianus troublait

l'ordre établi par Constantin dans sa succession. La Thrace, la

Macédoine, l'Achaïe, c'est-à-dire, la Grèce, qu'il avait données à

Delmatius; la petite Arménie, le Pont et la Cappadoce, qui composaient

le royaume d'Hanniballianus, restaient à distribuer entre les trois

empereurs. L'année suivante, sous le consulat d'Ursus et de Polémius,

ils se rendirent en Pannonie pour convenir d'un nouveau partage. M.

de Tillemont suppose qu'il y eut deux entrevues entre ces princes:

l'une à Constantinople, où la Thrace fut donnée à Constantin, qui selon

la chronique d'Alexandrie, régna un an à Constantinople; l'autre en

Pannonie, où ce partage fut changé. L'entrevue de Constantinople, fort

embarrassante pour l'histoire, n'est fondée que sur le témoignage des

nouveaux Grecs. Il me paraît plus convenable de rejeter ce témoignage,

dont M. de Tillemont lui-même ne fait pas pour l'ordinaire plus de cas

qu'il ne mérite, aussi-bien que celui de la chronique d'Alexandrie,

qui n'est pas à beaucoup près exempte d'erreurs, et de s'en tenir au

récit de Julien. Il doit avoir été le mieux instruit des événements

de ces temps-là; et il ne dit pas un mot ni de la convention faite

à Constantinople, ni de l'autorité du jeune Constantin dans cette

ville[90]. Si l'on veut s'arrêter aux titres et aux dates des lois, qui

ne sont pas non plus les monuments les plus certains de l'histoire,

il faudra dire que Constantin le jeune avait fait un voyage à

Thessalonique, dès la fin de l'année précédente, apparemment pour y

conférer d'avance avec son frère Constant. Il devait, en effet, être

le plus empressé à solliciter un nouvel arrangement, parce que les

états devenus vacants par la mort de Delmatius et d'Hanniballianus

confinaient avec ceux de ses frères et n'étaient nullement à sa

bienséance.

[Note 90: Des autorités négatives ne sont pas, en général, d'une grande

importance. Rien, en effet, ne s'oppose à ce que le fils aîné de

Constantin ait obtenu la possession de la capitale de l'empire et qu'il

y ait renoncé un an après, à cause de l'éloignement où elle se trouvait

du reste de ses états. Gibbon (t. III, p. 460) admet ainsi que moi, le

règne de Constantin II à Constantinople; autrement il est difficile

de rendre raison de la loi, rejetée trop légèrement par Lebeau, et

qui fait voir que ce prince était à Thessalonique vers la fin de l'an

337. Il est impossible de trouver dans la suite de son règne aucune

circonstance qui ait pu le ramener dans cette ville.--S.-M.]

[Note latérale: VI. Nouveau partage.]

[Note latérale: Zon. l. 13, t. 2, p. 11.]

[Note latérale: Till. art. 2. et note 2, 3.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, t. I, leg. 4.]

[Note latérale: Lib. 12, t. I, leg. 27, 29.]

[Note latérale: Lib. 15, t. I, leg. 5.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 33 / 40 段