fut-il attentif à conserver la pureté des mœurs, surtout par rapport
aux mariages. Dans ses ordonnances, il met toujours les adultères
à côté des homicides et des empoisonneurs. Selon la jurisprudence
romaine, qui avait suivi en ce point celle des Athéniens, les femmes
qui tenaient cabaret, étaient mises au rang des femmes publiques; elles
n'étaient point sujettes aux peines de l'adultère. Constantin leur
ôta cette impunité infamante; mais par un reste d'abus, il laissa ce
honteux privilége à leurs servantes; et il en apporte une raison qui
n'est guère conforme à l'esprit du christianisme: _C'est_, dit-il,
_que la sévérité des jugements n'est pas faite pour des personnes que
leur bassesse rend indignes de l'attention des lois_. L'adultère était
un crime public, c'est-à-dire, que toute personne était reçue à en
intenter accusation: pour empêcher que la paix des mariages ne fût mal
à propos troublée, Constantin ôta l'action d'adultère aux étrangers;
il la réserva aux maris, aux frères, aux cousins-germains; et pour
leur sauver le risque que couraient les accusateurs, il leur permit
de se désister de l'accusation intentée, sans encourir la peine des
calomniateurs. Il laissa aux maris la liberté que ses prédécesseurs
leur avait accordée, d'accuser leurs femmes sur un simple soupçon,
sans s'exposer à la peine de la calomnie, pourvu que ce fût dans le
terme de soixante jours depuis le crime commis ou soupçonné. Les
divorces étaient fréquents dans l'ancienne république; Auguste en avait
diminué la licence; mais la discipline s'était bientôt relâchée sur ce
point, et les causes les plus légères suffisaient pour rompre le lien
conjugal. Constantin le resserra: il retrancha aux femmes la faculté
de faire divorce, à moins qu'elles ne pussent convaincre leurs maris
d'homicide, d'empoisonnement, ou d'avoir détruit des sépultures, espèce
de sacrilége qui se mettait depuis quelque temps à la mode. Dans ces
cas, la femme pouvait reprendre sa dot; mais si elle se séparait pour
toute autre cause, elle était obligée de laisser à son mari _jusqu'à
une aiguille_, dit la loi, et condamnée à un bannissement perpétuel. Le
mari, de son côté, ne pouvait répudier sa femme et se remarier à une
autre qu'en cas d'adultère, de poison, ou d'infâme commerce; autrement,
il était forcé de lui rendre sa dot entière, sans pouvoir contracter un
autre mariage: s'il se remariait, la première femme était en droit de
s'emparer et de tous les biens du mari, et de la dot même de la seconde
épouse. On voit que cette loi, toute rigoureuse qu'elle dût sembler
alors, n'était pourtant pas encore conforme à celle de l'Évangile
sur l'indissolubilité du mariage. Par une autre loi, Constantin
voulut arrêter les mariages contraires à la bienséance publique. Il
déclara que les pères, revêtus de quelque dignité ou de quelque charge
honorable, ne pourraient légitimer les enfants venus d'un mariage
contracté avec une femme abjecte et indigne de leur alliance: il
met en ce rang les servantes, les affranchies, les comédiennes, les
cabaretières, les revendeuses, et les filles de ces sortes de femmes,
aussi-bien que les filles de ceux qui faisaient trafic de débauche ou
qui combattaient dans l'amphithéâtre. Il ordonna que tous les dons,
tous les achats faits en faveur de ces enfants, soit au nom du père,
soit sous des noms empruntés, leur seraient retirés, pour être rendus
aux héritiers légitimes; qu'il en serait de même des donations et
des achats en faveur de ces épouses; qu'en cas qu'on pût soupçonner
quelque distraction d'effets ou quelque fidéicommis, on mettrait à la
question ces malheureuses enchanteresses; qu'au défaut des parents,
s'ils étaient deux mois sans se présenter, le fisc s'emparerait des
biens; et qu'après une recherche sévère, ceux qui seraient convaincus
d'avoir détourné quelque partie de l'héritage, seraient condamnés à
restituer le quadruple. En un mot, il prit toutes les précautions que
la prudence lui suggéra pour arrêter le cours de ces libéralités, que
la loi appelle des _largesses impudiques_. Il défendit sous peine de la
vie de faire des eunuques dans toute l'étendue de l'empire; et ordonna
que l'esclave qui aurait éprouvé cette violence serait adjugé au fisc,
aussi-bien que la maison où elle aurait été commise, supposé que le
maître de cette maison en eût été instruit.
[Note latérale: LIX. Autres lois sur l'administration civile.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 2, t. 16.Lib. 14, tit. 4, 24. Lib. 8, t.
9. Lib. 1, t. 7. ib. 6, t. 37. Lib. 2, t. 25. Lib. 4, t. 4. Lib. 22, t.
6. Lib. 15, t. 2. Lib. 13, t. 4.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 11, t. 61. Lib. 2, t. 20. Lib. 1, t.
31. Lib. 3, tit. 27. Lib. 11, t. 62. Lib. 1, tit. 40. Lib. 11, t. 65.
Lib. 3, tit. 19. Lib. 3, tit. 13. Lib. 7, tit. 16.]
Attentif à toutes les parties de l'administration civile, il ne perdit
jamais de vue les intérêts des mineurs, exposés aux fraudes d'un
tuteur infidèle, ou d'une mère capable de les sacrifier à une nouvelle
passion. Il voulut que la négligence des tuteurs à payer les droits du
fisc, ne fût préjudiciable qu'à eux-mêmes. En quittant Rome, il prit
soin de veiller aux approvisionnements de cette grande ville; il ne
diminua rien des distributions qu'y avaient établies ses prédécesseurs.
Les concussions palliées sous le prétexte d'achat de la part des
officiers des provinces furent punies par la perte et de la chose
achetée, et de l'argent donné pour cet achat. Il réprima l'avidité de
certains officiers qui entreprenaient sur les fonctions des autres: il
régla l'ordre de leur promotion, et voulut connaître, par lui-même,
ceux dont la capacité et la probité méritaient les premières places.
Il arrêta les concussions des receveurs du fisc, et les usurpations
des fermiers du domaine. Mais une preuve, plus forte que tous les
témoignages des historiens, et de la corruption des officiers de ce
prince, et de l'horreur qu'il avait de leurs rapines, c'est l'édit
qu'il adressa de Constantinople à toutes les provinces de l'empire:
il mérite d'être rapporté en entier; l'indignation dont il porte le
caractère, fait honneur à ce bon prince; mais ce ton de colère est
peut-être en même temps une marque de la violence qu'il se faisait pour
menacer, et de la répugnance qu'il sentait à exécuter ses menaces.
_Que nos officiers_, dit-il, _cessent donc enfin, qu'ils cessent
d'épuiser nos sujets; si cet avis ne suffit pas, le glaive fera le
reste. Qu'on ne profane plus par un infâme commerce le sanctuaire de
la justice; qu'on ne fasse plus acheter les audiences, les approches,
la vue même du président. Que les oreilles du juge soient également
ouvertes pour les plus pauvres et pour les riches. Que l'audiencier ne
fasse plus un trafic de ses fonctions, et que ses subalternes cessent
de mettre à contribution les plaideurs. Qu'on réprime l'audace des
ministres inférieurs, qui tirent indifféremment des grands et des
petits; et qu'on arrête l'avidité insatiable des commis qui délivrent
les sentences: c'est le devoir du supérieur de veiller à empêcher
tous ces officiers de rien exiger des plaideurs. S'ils persistent à
se créer eux-mêmes des droits imaginaires, je leur ferai trancher la
tête: nous permettons à tous ceux qui auront éprouvé ces vexations
d'en instruire le magistrat; s'il tarde d'y mettre ordre, nous vous
invitons à porter vos plaintes aux comtes des provinces, ou au préfet
du prétoire, s'il est plus proche; afin que sur le rapport qu'ils nous
feront de ces brigandages, nous imposions aux coupables la punition
qu'ils méritent._ Par un autre édit, ou peut-être par une autre partie
du même édit, ce prince, sans doute pour intimider les juges corrompus
et s'épargner la peine de les punir, permet aux habitants des provinces
d'honorer par leurs acclamations les magistrats intègres et vigilants,
quand ils paraissent en public, et de se plaindre à haute voix de ceux
qui sont malfaisants et injustes: il promet de se faire rendre compte
de ces divers suffrages publics par les gouverneurs et les préfets
du prétoire, et d'en examiner les motifs. Les priviléges attachés
aux titres honorables furent supprimés à l'égard de ceux qui avaient
acquis ces titres par intrigue ou par argent, sans avoir les qualités
requises. Il assura aux particuliers la possession des biens qu'ils
achetaient du fisc, et déclara qu'ils en jouiraient paisiblement, eux
et leur postérité, sans crainte qu'on les retirât jamais de leurs
mains. Un trait qui prouve que les plus petits objets n'échappaient
pas à Constantin quand l'humanité y était intéressée, c'est qu'il
ordonna par une loi, que dans les différentes répartitions qui se
faisaient des terres du prince lors des nouvelles adjudications, on eût
soin de mettre ensemble sous un même fermier les esclaves du domaine
qui composaient une même famille: _C'est_, dit-il, _une cruauté de
séparer les enfants de leurs pères, les frères de leurs sœurs, et les
maris de leurs femmes_. Il fit aussi plusieurs réglements sur les
testaments; sur l'état des enfants quand la liberté de leur mère était
contestée; sur l'ordre judiciaire, pour empêcher les injustices et les
chicanes, pour éclaircir et abréger les procédures. Les propriétaires
des fonds par lesquels passaient les aquéducs, furent chargés de les
nettoyer; ils étaient en récompense exempts des taxes extraordinaires;
mais la terre devait être confisquée, si l'aquéduc périssait par
leur négligence. La quantité d'édifices que Constantin élevait à
Constantinople, et d'églises qu'on bâtissait par son ordre dans toutes
les provinces, demandait un grand nombre d'architectes: il se plaint
de n'en pas trouver assez, et ordonne à Félix, préfet du prétoire
d'Italie, d'encourager l'étude de cet art, en y engageant le plus qu'il
sera possible de jeunes Africains de dix-huit ans, qui aient quelque
teinture des belles-lettres. Afin de les y attirer plus aisément, il
leur donne exemption de charges personnelles pour eux, pour leurs
pères et pour leurs mères; et il veut qu'on assure aux professeurs un
honoraire convenable. Il est remarquable qu'il choisit par préférence
des Africains, comme les jugeant plus propres à réussir dans les arts.
Par une autre loi adressée au préfet du prétoire des Gaules, il accorde
la même exemption aux ouvriers de toute espèce, qui sont employés à
la construction ou à la décoration des édifices; afin qu'ils puissent
sans distraction se perfectionner dans leurs arts et y instruire leurs
enfants.
[Note latérale: AN 337.]
[Note latérale: LX. Les Perses rompent la paix.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 53, 56, 57.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 177.]
[Note latérale: Chron. Alex, vel Paschal. p. 286.]
L'empereur commençait la soixante et quatrième année de sa vie, et
malgré ses travaux continuels, malgré les chagrins mortels qu'il
avait essuyés, et la délicatesse de son tempérament, il devait à sa
frugalité et à l'éloignement de toute espèce de débauche, une santé
qui ne s'était jamais démentie. Il avait conservé toutes les graces de
son extérieur; et les approches de la vieillesse ne lui avaient rien
dérobé de ses forces. Il montrait encore la même vigueur, et dans tous
les exercices militaires, on le voyait avec la même facilité monter à
cheval, marcher à pied, lancer le javelot. Il crut avoir besoin d'en
faire une nouvelle épreuve contre les Perses. Sapor, âgé de vingt-sept
ans, étincelant de courage et de jeunesse, pensa qu'il était temps de
mettre en œuvre les grands préparatifs que la Perse faisait depuis
quarante ans. Il envoya redemander à Constantin les cinq provinces[83]
que Narsès, vaincu, avait été contraint d'abandonner aux Romains
à l'occident du Tigre[84]. L'empereur lui fit dire qu'il allait en
personne lui porter sa réponse; en même temps il se prépara à marcher,
disant hautement qu'il ne manquait à sa gloire que de triompher des
Perses. Il fit donc assembler ses troupes, et il prit des mesures pour
ne pas interrompre ses pratiques de religion, au milieu du tumulte
de la guerre. Les évêques qui se trouvaient à sa cour, s'offrirent
tous avec zèle à l'accompagner, et à combattre pour lui par leurs
prières. Il accepta ce secours, sur lequel il comptait plus encore que
sur ses armes, et les instruisit de la route qu'il devait suivre. Il
fit préparer un oratoire magnifique, où il devait avec les évêques
présenter ses vœux à l'arbitre des victoires; et se mettant à la
tête de son armée, il arriva à Nicomédie. Sapor avait déja passé le
Tigre et ravageait la Mésopotamie, lorsque, ayant appris la marche de
Constantin, soit qu'il fût étonné de sa promptitude, soit qu'il voulût
l'amuser par un traité, il lui envoya des ambassadeurs pour demander
la paix avec une soumission apparente. Il est incertain si elle fut
accordée; mais les Perses se retirèrent des terres de l'empire, pour
n'y rentrer que l'année suivante sous le règne de Constance[85].
[Note 83: Ces cinq provinces sont nommées dans les extraits des
ambassades du patrice Pierre (p. 30), l'Intélène, la Sophène,
l'Arzacène, la Corduène et la Zabdicène. C'étaient cinq petits cantons,
situés sur les bords du Tigre au nord de Ninive, dans les environs
d'Amid, entre l'Arménie et l'Osrhoëne. On varie un peu sur leurs noms,
qui ne nous ont pas été transmis avec toute l'exactitude désirable par
le patrice Pierre. Je crois qu'au lieu de l'_Intélène_, il faut lire
l'_Ingélème_, nom d'une petite province d'Arménie, vers les sources
du Tigre, mentionnée dans saint Épiphane (_heres._ 60) et dans les
auteurs arméniens et syriens. Pour le nom inconnu de l'_Arzacène_, je
n'hésite pas à le remplacer par celui de l'_Arzanène_, province bien
connue, dont il sera souvent question dans la suite. Ammien (l. 25,
c. 7) remplace la _Sophène_ et l'_Intélène_, par la _Moxoène_ et la
_Réhimène_. Il ne paraît pas malgré cette cession que ces provinces
aient fait partie intégrante de l'empire romain; des garnisons romaines
y remplacèrent des troupes persanes, mais la souveraineté y appartenait
à de petits princes feudataires de l'Arménie. Il sera question, sous
le règne de Julien, d'un prince de la Corduène, allié ou dépendant de
l'empire et qui portait le nom romain de _Jovianus_.--S.-M.]
[Note 84: Lebeau se conforme ici à l'opinion de Tillemont, qui n'a fait
lui-même que reproduire celle de Henri de Valois. Ces savants pensaient
que le nom de _Transtigritains_, donné aux peuples orientaux qui
devinrent, sous le règne de Dioclétien, dépendants de l'empire romain,
indiquait leur position par rapport à la Perse et non pour les Romains.
C'est une erreur. Elle a été produite par le peu de connaissance, qu'on
avait de leur temps, de la disposition géographique des pays dont il
s'agit. Il est certain, au contraire, que toutes ces régions étaient
situées à l'orient du Tigre, par conséquent au-delà de ce fleuve par
rapport aux Romains.--S.-M.]
[Note 85: Je ferai connaître dans le § 14 du livre VI, les véritables
motifs qui avaient décidé Constantin à porter ses armes dans l'Orient,
contre les Perses, et qui obligèrent son successeur à leur faire la
guerre.--S.-M.]
[Note latérale: LXI. Maladie de Constantin.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 22, 55 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 39.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]
[Note latérale: Vales. not. ad Eus. vit. l. 4, c. 61.]
[Note latérale: Concil. Neocæs. Can. 12.]
La fête de Pâques qui tombait cette année au 3 avril, trouva Constantin
à Nicomédie. Il passa la nuit de la fête en prières au milieu des
fidèles. Il avait toujours honoré ces saints jours par un culte
très-solennel; c'était sa coutume de faire allumer la nuit de Pâques,
dans la ville où il se trouvait, des flambeaux de cire et des lampes,
ce qui rendait cette nuit aussi brillante que le plus beau jour; et
dès le matin il faisait distribuer en son nom des aumônes abondantes
dans tout l'empire. Peu de jours avant sa maladie, il prononça dans
son palais un long discours sur l'immortalité de l'ame, et sur l'état
des bons et des méchants dans l'autre vie. Après l'avoir prononcé, il
arrêta un de ses courtisans qu'il soupçonnait d'incrédulité, et lui
demanda son avis sur ce qu'il venait d'entendre. Il est presque inutile
d'ajouter, ce que Constantin aurait bien dû prévoir, que celui-ci, quoi
qu'il en pensât, n'épargna pas les éloges. L'église des Apôtres qu'il
destinait à sa sépulture, venait d'être achevée à Constantinople; il
donna ordre d'en faire la dédicace, sans attendre son retour, comme
s'il eût prévu sa mort prochaine. En effet, peu après la fête de Pâques
il sentit d'abord quelque légère indisposition; ensuite étant tombé
sérieusement malade, il se fit transporter à des sources d'eaux chaudes
près d'Hélénopolis. Il n'y trouva aucun soulagement. Etant entré dans
cette ville, que la mémoire de sa mère lui faisait aimer, il resta
long-temps en prières dans l'église de Saint-Lucien; et sentant que sa
fin approchait, il crut qu'il était temps d'avoir recours à un bain
plus salutaire, et de laver dans le baptême toutes les taches de sa vie
passée. C'était un usage trop commun de différer le baptême jusqu'aux
approches de la mort. Les conciles et les saints Pères se sont souvent
élevés contre cet abus dangereux. L'empereur qui s'était exposé au
risque de mourir sans la grace du baptême, alors rempli de sentiments
de pénitence, prosterné en terre demanda pardon à Dieu, confessa ses
fautes et reçut l'imposition des mains.
[Note latérale: LXII. Son baptême.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 61 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 39.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 286.]
S'étant fait reporter au voisinage de Nicomédie dans le château
d'Achyron qui appartenait aux empereurs, il fit assembler les évêques
et leur tint ce discours: «Le voici enfin ce jour heureux, auquel
j'aspirais avec ardeur. Je vais recevoir le sceau de l'immortalité.
J'avais dessein de laver mes péchés dans les eaux du Jourdain, que
notre Sauveur a rendues si salutaires en daignant s'y baigner lui-même.
Dieu qui sait mieux que nous ce qui nous est avantageux, me retient
ici; il veut me faire ici cette faveur. Ne tardons plus. Si le
souverain arbitre de la vie et de la mort juge à propos de me laisser
vivre, s'il me permet encore de me joindre aux fidèles pour participer
à leurs prières dans leurs saintes assemblées, je suis résolu de me
prescrire des règles de vie, qui soient dignes d'un enfant de Dieu.»
Quand il eut achevé ces paroles, les évêques lui conférèrent le
baptême selon les cérémonies de l'église, et le rendirent participant
des saints mystères. Le prince reçut ce sacrement avec joie et
reconnaissance; il se sentit comme renouvelé et éclairé d'une lumière
divine. On le revêtit d'habits blancs; son lit fut couvert d'étoffes de
même couleur, et dès ce moment il ne voulut plus toucher à la pourpre.
Il remercia Dieu à haute voix de la grace qu'il venait de recevoir,
et ajouta: _C'est maintenant que je suis vraiment heureux, vraiment
digne d'une vie immortelle. Quel éclat de lumière luit à mes yeux! Que
je plains ceux qui sont privés de ces biens!_ Comme les principaux
officiers de ses troupes venaient fondants en larmes lui témoigner
leur douleur de ce qu'il les laissait orphelins, et qu'ils priaient le
ciel de lui prolonger la vie: _Mes amis_, leur dit-il, _la vie où je
vais entrer est la véritable vie: je connais les biens que je viens
d'acquérir, et ceux qui m'attendent encore. Je me hâte d'aller à Dieu_.
[Note latérale: LΧΙΙΙ. Vérité de cette histoire.]
[Note latérale: Athan. de Synod. t. 1, p. 723.]
[Note latérale: Ambros. orat. in fun. Theod. § 40, t. 2, p. 1209.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 39.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]
[Note latérale: Till. not. 65, sur Constantin.]
[Note latérale: Cyrill. Alex. l. 7, contra Julian. p. 245-247, ed.
Spanh.]
C'est ainsi qu'Eusèbe qui écrivait sous les yeux mêmes des fils de
Constantin et de tout l'empire, deux ou trois ans après cet événement,
raconte le baptême de ce prince, et ce témoignage est au-dessus de
toute exception. Il est confirmé par ceux de saint Ambroise, de saint
Prosper, de Socrate, de Théodoret, de Sozomène, d'Évagrius, de Gelasius
de Cyzique, de saint Isidore et de la Chronique d'Alexandrie. Tant
d'autorités ne sont contredites que par les faux actes de saint
Silvestre, et par quelques autres pièces de même valeur. Aussi la lèpre
de Constantin et les fables qu'elle amène, le baptême donné dans Rome à
ce prince avant le concile de Nicée par le pape Silvestre, sa guérison
miraculeuse, ne trouvent plus de croyance que dans l'esprit de ceux
qui s'obstinent à défendre la donation de Constantin, pour le soutien
de laquelle ce roman a été inventé. Il ne l'était pas encore, lorsque
peu d'années après la mort de ce prince, Julien d'un côté insultait
les chrétiens en leur disant que leur baptême ne guérissait pas de
la lèpre, et que de l'autre, saint Cyrille occupé à le confondre, ne
disait pas en si belle occasion un seul mot ni de la lèpre ni de la
guérison de Constantin.
[Note latérale: LXIV. Mort de Constantin.]
[Note latérale: Liban. Basil, t. 2, p. 113, ed. Morel.]
[Note latérale: Ath. apol. contr. Arian. t. 1, p. 203, et ad monach.
hist. Arian. t. I, p. 349.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32-34 et l. 2, c. 2.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 2.]
[Note latérale: Acta. Mart. p. 667.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 16 et 17.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 296 et 297.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 10.]
[Note latérale: Till. art. 78.]
[Note latérale: Rufin. l. 10, c. 11.]
Ce grand prince, régénéré pour le ciel, ne songea plus aux choses de la
terre, qu'autant qu'il fallait pour laisser ses enfants et ses sujets
heureux. Il légua à Rome et à Constantinople des sommes considérables
pour faire en son nom des largesses annuelles. Il fit un testament
par lequel il confirma le partage qu'il avait fait entre ses enfants
et ses neveux, et le mit entre les mains de ce prêtre hypocrite, qui
avait procuré le rappel d'Arius; il lui fit promettre avec serment
qu'il ne le remettrait qu'à son fils Constance. Il voulut que ses
soldats jurassent qu'ils n'entreprendraient rien contre ses enfants ni
contre l'église. Malgré Eusèbe de Nicomédie, qui toujours déguisé ne
l'abandonnait pas sans doute dans ces derniers moments, il se délivra
du scrupule que lui causait l'exil d'Athanase, et ordonna qu'il fût
renvoyé à Alexandrie. Ce saint prélat incapable de ressentiment, et
plein de respect pour la mémoire de ce prince, quelque sujet qu'il eût
de s'en plaindre, voulut bien l'excuser dans la suite, et se persuada
que Constantin ne l'avait pas proprement exilé; mais que pour le sauver
des mains de ses ennemis, il l'avait mis comme en dépôt en celles de
son fils aîné qui le chérissait. Quelques auteurs ont prétendu que
Constantin avait été empoisonné par ses frères, et qu'en étant instruit
il avait recommandé à ses enfants de venger sa mort. C'est un mensonge
inventé par les Ariens, pour justifier, aux dépens de ce prince, leur
protecteur Constance qui fit périr ses oncles. Constantin mourut le 22
mai, jour de la Pentecôte, à midi, sous le consulat de Félicianus et de
Titianus; ayant régné trente ans, neuf mois, vingt-sept jours, et vécu
soixante-trois ans, deux mois et vingt-cinq jours.
[Note latérale: LXV. Deuil à sa mort.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 65.]
Dès qu'il eut rendu le dernier soupir, ses gardes donnèrent des marques
de la plus vive douleur: ils déchiraient leurs habits, se jetaient à
terre et se frappaient la tête. Au milieu de leurs sanglots et de leurs
cris lamentables, ils l'appelaient leur maître, leur empereur, leur
père. Les tribuns, les centurions, les soldats si souvent témoins de
sa valeur dans les batailles, semblaient vouloir encore le suivre au
tombeau. Cette perte leur était plus sensible que la plus sanglante
défaite. Les habitants de Nicomédie couraient tous confusément par
les rues, mêlant leurs gémissements et leurs larmes. C'était un deuil
particulier pour chaque famille; et chacun, pleurant son prince,
pleurait son propre malheur.
[Note latérale: LXVI. Ses funérailles.]
[Note latérale: Euseb. vit.]
[Note latérale: Const. l. 4, c. 66-67.]
Son corps fut porté à Constantinople dans un cercueil d'or couvert de
pourpre. Les soldats dans un morne silence précédaient le corps et
marchaient à la suite. On le déposa orné de la pourpre et du diadème
dans le principal appartement du palais, sur une estrade élevée, au
milieu d'un grand nombre de flambeaux portés par des chandeliers d'or.
Ses gardes l'environnaient jour et nuit. Les généraux, les comtes et
les grands officiers venaient chaque jour, comme s'il eût été encore
vivant, lui rendre leurs devoirs aux heures marquées, et le saluaient
en fléchissant le genou. Les sénateurs et les magistrats entraient
ensuite à leur tour; et après eux une foule de peuple de tout âge et de
tout sexe. Les officiers de sa maison se rendaient auprès de lui comme
pour leur service ordinaire. Ces lugubres cérémonies durèrent jusqu'à
l'arrivée de Constance.
[Note latérale: LXVII. Fidélité des légions.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 68.]
Les tribuns ayant choisi entre les soldats ceux qui avaient été les
plus chéris de l'empereur, les dépêchèrent aux trois Césars, pour leur
porter cette triste nouvelle. Les légions répandues dans les diverses
parties de l'empire, n'eurent pas plutôt appris la mort de leur prince,
qu'animées encore de son esprit, elles résolurent, comme de concert, de
ne reconnaître pour maîtres que ses enfants. Peu de temps après elles
les proclamèrent Augustes, et se communiquèrent mutuellement par des
courriers cet accord unanime.
[Note latérale: LXVIII. Inhumation de Constantin.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 70, 71.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]
[Note latérale: Joan. Chrysost. in 2 ad Corinth. hom. 26, t. X, p. 625.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 296.]
[Note latérale: Hist. misc. l. 11. apud Muratori, t. I, p. 74.]
[Note latérale: Gyll. Topog. Constantinop. l. 4, c. 2.]