gré de la calomnie. Toutes les règles furent violées, et la cabale,
soutenue par le préfet Philagrius, apostat et très-corrompu dans ses
mœurs, y étouffa la vérité. Les catholiques protestèrent contre cette
procédure monstrueuse. Alexandrie fut le théâtre de l'insolence d'une
soldatesque effrénée, qui donnait main-forte aux prélats, et qui les
divertissait par les insultes qu'elle faisait aux fidèles attachés à
leur pasteur. Ces commissaires, à leur retour, ne trouvèrent plus à Tyr
Athanase: il fut condamné sur leur information et sur tous les crimes
dont il s'était justifié. La sentence de déposition fut prononcée;
on lui défendit de rentrer dans Alexandrie. Jean le Mélétien et tous
ceux de sa faction furent admis à la communion et rétablis dans leur
dignité. Pour tenir parole à Ischyras, on le fit évêque d'un village
où il fallut lui bâtir une église; et afin que tout fût étrange dans
l'histoire de ce concile, on ne tarda pas à regagner Arsénius; il
signa la condamnation de celui dont il prouvait lui-même l'innocence.
Les actes du concile furent envoyés à l'empereur. On avertit les
évêques par une lettre synodale, de ne plus communiquer avec Athanase
convaincu de tant de forfaits; et qui après une orgueilleuse résistance
ne s'était trouvé au concile que pour le troubler, pour y insulter
les prélats, pour récuser d'abord, et fuir ensuite le jugement. Les
évêques catholiques refusèrent de souscrire, et se retirèrent avant la
conclusion de l'assemblée.
[Note latérale: XLVIII. Dédicace de l'église du S. Sépulcre.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 43 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 33 et 36.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 31.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 14, 26 et 27.]
Ce mystère d'iniquité était à peine consommé, que les évêques reçurent
ordre de se transporter à Jérusalem, pour y faire la cérémonie de la
dédicace. Les lettres furent apportées par Marianus, secrétaire de
l'empereur, illustre par ses emplois, par sa vertu, et par la fermeté
avec laquelle il avait confessé la foi sous les tyrans. Il était
chargé de faire les honneurs de la fête, de traiter les évêques avec
magnificence, et de distribuer aux pauvres de l'argent, des vivres et
des habits. L'empereur envoyait de riches présents pour l'ornement de
la basilique. Outre les évêques assemblés à Tyr, il en vint un grand
nombre de toutes les parties de l'Orient. Il s'y trouva même un évêque
de Perse, qu'on croit être saint Milles; qui, après avoir beaucoup
souffert dans la persécution de Sapor, quitta sa ville épiscopale,
où il ne trouvait que des cœurs endurcis et rebelles au joug de la
foi, et vint à Jérusalem sans autres richesses qu'une besace où était
le livre des évangiles[82]. Un nombre infini de fidèles accourut de
toutes parts: tous furent défrayés pendant leur séjour aux dépens
de l'empereur. La ville retentissait de prières, d'instructions
chrétiennes, d'éloges et du prince et de la basilique. On rendit cette
fête annuelle: elle durait pendant huit jours, et c'était alors un
prodigieux concours de pèlerins des pays les plus éloignés. Après la
dédicace, les autres évêques se retirèrent; il ne resta que les prélats
du concile de Tyr.
[Note 82: S. Milles était évêque de Suse. Les actes de son martyre,
écrits en syriaque et publiés avec une version latine par Assémani font
mention de son voyage à Jérusalem, t. I, p. 71.--S.-M.]
[Note latérale: XLIX. Concile de Jérusalem.]
Cette solennité brillante fut suivie d'un événement fâcheux pour
l'église. Arius et Euzoïus avaient surpris des lettres de Constantin.
Ce prince, trompé par une profession de foi qui lui paraissait conforme
à celle de Nicée, reconnut pourtant qu'il n'appartenait qu'à l'église
de prononcer en cette matière. Il renvoya Arius aux évêques assemblés à
Jérusalem, et leur écrivit d'examiner avec attention la formule qu'il
présentait, et de le traiter favorablement s'il se trouvait qu'il eût
été injustement condamné, ou qu'ayant mérité l'anathème il fût revenu
à résipiscence. Constantin ne s'apercevait pas que mettre en doute la
justice de la condamnation d'Arius, c'était porter atteinte au concile
de Nicée, qu'il respectait lui-même. Il n'en fallait pas tant pour
engager des Ariens cachés à rétablir leur docteur et leur maître. Les
prélats réunis de nouveau à Jérusalem en forme de concile, reçoivent à
bras ouverts Arius et Euzoïus; ils adressent une lettre synodale à tous
les évêques du monde; ils y font valoir l'approbation de l'empereur,
et reconnaissent pour très-orthodoxe la profession de foi d'Arius. Ils
invitent toutes les églises à l'admettre à la communion, lui et tous
ceux qui en avaient été séparés avec lui. Ils écrivent en particulier
à l'église d'Alexandrie, qu'il est temps de faire taire l'envie, et de
rétablir la paix; que l'innocence d'Arius est reconnue; que l'église
lui ouvre son sein, et qu'elle rejette Athanase. Marcel d'Ancyre ne
voulut prendre aucune part à la réception d'Arius.
[Note latérale: L. Athanase s'adresse à l'empereur.]
[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 131, 132 et 201-202.]
[Note latérale: Epiph. hær. 68. § 8, t. I, p. 724 et 725.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 34.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 28.]
Les évêques venaient d'envoyer les lettres par lesquelles ils
communiquaient avec complaisance leur décision à Constantin, lorsqu'ils
en reçurent de sa part qui n'étaient pas aussi flatteuses. Athanase,
s'étant échappé de Tyr, était venu à Constantinople; et comme
l'empereur traversait la ville à cheval, le prélat accompagné de
quelques amis, se présenta sur son passage d'une manière si subite et
si imprévue, qu'il étonna Constantin. Le prince ne l'aurait pas reconnu
sans quelques-uns de ses courtisans qui lui dirent qui il était,
et l'injuste traitement qu'il venait d'essuyer. Constantin passait
outre sans lui parler; et quoique Athanase demandât d'être entendu,
l'empereur était prêt à le faire retirer par force. Alors l'évêque
élevant la voix: _Prince_, lui dit-il, _le Seigneur jugera entre vous
et moi, puisque vous vous déclarez pour ceux qui me calomnient; je ne
vous demande que de faire venir mes juges, afin que je puisse vous
faire ma plainte en leur présence_. L'empereur, frappé d'une requête
si juste et si conforme à ses maximes, manda sur-le-champ aux évêques
de venir lui rendre compte de leur conduite; il ne leur dissimula pas
qu'on les accusait d'avoir procédé avec beaucoup d'emportement et de
passion.
[Note latérale: LI. Exil d'Athanase.]
[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 132 et 203.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 35.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 31.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 28.]
Cette lettre consterna la cabale. Les évêques mandés à la cour se
dispersèrent aussitôt et s'en retournèrent dans leurs diocèses: il n'en
resta que six des plus hardis, à la tête desquels étaient les deux
Eusèbes. Ils se rendirent devant l'empereur, et se gardèrent bien
d'entrer en dispute avec Athanase. Selon leur méthode ordinaire, au
lieu de prouver les accusations dont il s'agissait, ils en formèrent
une nouvelle. Bien instruits de la prédilection de Constantin pour
sa nouvelle ville, ils chargèrent le saint évêque d'avoir menacé
d'affamer Constantinople, en arrêtant le blé d'Alexandrie. Athanase
eut beau représenter qu'un pareil attentat ne pouvait tomber dans
l'esprit d'un particulier sans pouvoir et sans force; Eusèbe prétendit
qu'Athanase était riche, et chef d'une faction puissante. La seule
imputation irrita tellement l'empereur, qu'incapable de rien écouter,
il exila l'accusé à Trèves, se flattant d'ailleurs que l'éloignement
de ce prélat inflexible rendrait la paix à l'église. Le saint fut
reçu avec honneur par l'évêque Maximin, zélé pour la vérité; et le
jeune Constantin, qui faisait sa résidence en cette ville, prit soin
d'adoucir son exil par les traitements les plus généreux.
[Note latérale: LII. Concile de Constantinople.]
[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 150 et 151.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 36.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 33.]
Les Ariens, maîtres du champ de bataille, formèrent à Constantinople
une nouvelle assemblée: on y fit venir de bien loin les évêques du
parti. Ils se réunirent en grand nombre. Il fut proposé en premier
lieu de donner un successeur à Athanase. L'empereur n'y voulut point
consentir. On déposa Marcel d'Ancyre, et Basile fut nommé en sa
place. Marcel n'avait jamais usé de ménagement à l'égard des Ariens:
il s'était signalé contre eux au concile de Nicée; il avait refusé
de communiquer avec eux au concile de Jérusalem; il n'avait pas même
voulu prendre part à la cérémonie de la dédicace: ce qu'on sut bien
envenimer auprès de l'empereur, qui en fut fort irrité. Mais son plus
grand crime était la guerre qu'il avait déclarée à un sophiste de
Cappadoce nommé Astérius. Celui-ci était l'émissaire des Ariens, et
courait de ville en ville prêchant leur doctrine. Marcel le confondit,
et ce succès mit le comble à la haine que lui portaient déja les
hérétiques: ils l'accusèrent de sabellianisme. Il fut justifié au
concile de Sardique. Mais ses écrits donnèrent dans la suite occasion
de soupçonner sa foi; et plusieurs saints docteurs l'ont condamné comme
ayant favorisé les erreurs de Photin. Quelques autres évêques furent
encore déposés contre toute justice dans le concile de Constantinople.
[Note latérale: LIII. Efforts d'Eusèbe pour faire recevoir Arius par
Alexandre.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 37.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 14.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 29.]
[Note latérale: Vit. Athan. apud. Phot. cod. 257.]
Mais le grand ouvrage d'Eusèbe, ce qu'il avait le plus à cœur,
c'était de forcer les catholiques à recevoir Arius. Après le concile
de Jérusalem, cet hérésiarque était retourné à Alexandrie. Il se
flattait que l'exil d'Athanase ferait tomber devant lui toutes les
barrières: il trouva les esprits plus aigris que jamais. On le rebuta
avec horreur. Déja les troubles se rallumaient, quand l'empereur
le rappela à Constantinople. Sa présence augmenta l'insolence de
ses partisans, et la fermeté des catholiques. Eusèbe pressait
l'évêque Alexandre de l'admettre à sa communion, et sur son refus
il le menaçait de déposition. L'évêque, mille fois plus attaché à
la pureté de la foi qu'à sa dignité, n'était point ébranlé de ces
menaces. L'empereur fatigué d'une contestation si opiniâtre, voulut la
terminer: il fait venir devant lui Arius, et lui demande s'il adhère
aux décrets de Nicée. Arius répond sans balancer qu'il y souscrit
de cœur et d'esprit, et présente une profession de foi où l'erreur
était adroitement couverte sous des termes de l'Écriture. L'empereur,
pour plus grande assurance, l'oblige de jurer que ce sont là sans
détour ses véritables sentiments. Il n'en fait aucune difficulté.
Quelques auteurs prétendent que, tenant le symbole de Nicée entre
ses mains, et la formule de sa croyance hérétique cachée sous son
bras, il rapportait à celle-ci le serment qu'il paraissait prononcer
sur l'autre. Mais Arius était apparemment trop habile pour user en
pure perte d'une pareille ruse, et trop éclairé pour ignorer qu'une
restriction mentale ne rabat rien d'un parjure. Constantin satisfait de
sa soumission: _Allez_, lui dit-il, _si votre foi s'accorde avec votre
serment, vous êtes irrépréhensible: si elle n'y est pas conforme, que
Dieu soit votre juge_. En même temps il mande à Alexandre de ne pas
différer d'admettre Arius à la communion. Eusèbe, porteur de cet ordre,
conduit Arius devant Alexandre, et signifie à l'évêque la volonté du
prince. L'évêque persiste dans son refus. Alors Eusèbe haussant la
voix: _Nous avons malgré vous_, lui dit-il, _fait rappeler Arius;
nous saurons bien aussi malgré vous le faire entrer demain dans votre
église_. Ceci se passait le samedi; et le lendemain tous les fidèles
étant réunis pour la célébration des saints mystères, le scandale en
devait être plus horrible. Alexandre voyant les puissances de la terre
déclarées contre lui, a recours au ciel: il y avait sept jours que,
par le conseil de Jacques de Nisibe qui était alors à Constantinople,
tous les catholiques étaient dans le jeûne et dans les prières; et
Alexandre avait passé plusieurs jours et plusieurs nuits enfermé seul
dans l'église de la Paix, prosterné et priant sans cesse. Frappé de
ces dernières paroles d'Eusèbe, le saint vieillard accompagné de
deux prêtres, dont l'un était Macarius d'Alexandrie, va se jeter
au pied de l'autel; là, courbé vers la terre qu'il baignait de ses
larmes, «Seigneur, dit-il d'une voix entrecoupée de sanglots, s'il
faut qu'Arius soit demain reçu dans notre sainte assemblée, retirez du
monde votre serviteur; ne perdez pas avec l'impie celui qui vous est
fidèle. Mais si vous avez encore pitié de votre église, et je sais que
vous en avez pitié, écoutez les paroles d'Eusèbe, et n'abandonnez pas
votre héritage à la ruine et à l'opprobre. Faites disparaître Arius,
de peur que s'il entre dans votre église, il ne semble que l'hérésie y
soit entrée avec lui, et que le mensonge ne s'asseye dans la chaire de
vérité».
[Note latérale: LIV. Mort d'Arius.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 38.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 14.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 29.]
Tandis que cette prière d'Alexandre s'élevait au ciel avec ses soupirs,
les partisans d'Arius promenaient celui-ci comme en triomphe dans la
ville, pour le montrer au peuple. Lorsqu'il passait avec un nombreux
cortége par la grande place auprès de la colonne de porphyre, il se
sentit pressé d'un besoin naturel qui l'obligea de gagner un lieu
public, tel qu'il y en avait alors dans toutes les grandes villes. Le
domestique qu'il avait laissé au-dehors, voyant qu'il tardait beaucoup,
craignit quelque accident; il entra et le trouva mort, renversé par
terre, nageant dans son sang, et ses entrailles hors de son corps.
L'horreur d'un tel spectacle fit d'abord trembler ses sectateurs; mais
toujours endurcis, ils attribuèrent aux sortiléges d'Alexandre un
châtiment si bien caractérisé par toutes les circonstances. Ce lieu
cessa d'être fréquenté; on n'osait en approcher dans la suite, et on le
montrait au doigt comme un monument de la vengeance divine. Long-temps
après, un Arien riche et puissant acheta ce terrain, et y fit bâtir
une maison afin d'effacer la mémoire de la mort funeste d'Arius.
[Note latérale: LV. Constantin refuse de rappeler Athanase.]
[Note latérale: Ath. ad Monach. hist. Arian. t. I, p. 345 et 346.]
Le bruit s'en répandit bientôt dans tout l'empire. Les Ariens en
rougissaient de honte. Le lendemain, jour de dimanche, Alexandre à la
tête de son peuple rendit à Dieu des actions de graces solennelles,
non pas de ce qu'il avait fait périr Arius, dont il plaignait le
malheureux sort, mais de ce qu'il avait daigné étendre son bras et
repousser l'hérésie, qui marchait avec audace pour forcer l'entrée
du sanctuaire. Constantin fut convaincu du parjure d'Arius; et cet
événement le confirma dans son aversion pour l'arianisme, et dans son
respect pour le concile de Nicée. Mais les Ariens, après la mort de
leur chef, trouvant dans Eusèbe de Nicomédie autant de malice et encore
plus de crédit, continuèrent de tendre des piéges à la bonne foi de
l'empereur; et il ne cessa pas d'être la dupe de leur déguisement.
Les habitants d'Alexandrie sollicitaient vivement le retour de
leur évêque: on faisait dans la ville des prières publiques, pour
obtenir de Dieu cette faveur; saint Antoine écrivit plusieurs fois à
Constantin, pour lui ouvrir les yeux sur l'innocence d'Athanase et sur
la fourberie des Mélétiens et des Ariens. Le prince fut inexorable.
Il répondit aux Alexandrins par des reproches de leur opiniâtreté
et de leur humeur turbulente; il imposa silence au clergé et aux
vierges sacrées, et protesta qu'il ne rappellerait jamais Athanase;
que c'était un séditieux, condamné par un jugement ecclésiastique.
Il manda à saint Antoine qu'il ne pouvait se résoudre à mépriser le
jugement d'un concile; qu'à la vérité la passion emportait quelquefois
un petit nombre de juges, mais qu'on ne lui persuaderait pas qu'elle
eût entraîné le suffrage d'un si grand nombre de prélats illustres et
vertueux; qu'Athanase était un homme emporté, superbe, querelleur,
intraitable: c'était en effet l'idée que les ennemis d'Athanase
donnaient de lui à l'empereur, parce qu'ils connaissaient l'aversion
de ce prince pour les hommes de ce caractère. Il ne pardonna pas même
cet esprit de cabale à Jean le Mélétien, qui venait d'être si bien
traité par le concile de Tyr. Ayant appris qu'il était le chef du parti
opposé à Athanase, il l'arracha, pour ainsi dire, d'entre les bras des
Mélétiens et des Ariens, et l'envoya en exil, sans vouloir écouter
aucune sollicitation en sa faveur; toutefois, dans les derniers moments
de sa vie, il revint de son injuste préjugé. Mais avant que de raconter
la mort de ce prince, il est à propos de donner une idée des lois qu'il
avait faites depuis le concile de Nicée.
[Note latérale: LVI. Lois contre les hérétiques.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 16, t. 5.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 3, c. 63 et seq.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 31 et 32.]
[Note latérale: Amm. l. 15, c. 13, et ibi Vales.]
Dès le commencement du schisme des Donatistes, Constantin les avait
exclus des graces qu'il répandait sur l'église d'Afrique. Il tint
la même conduite à l'égard de tous ceux que le schisme ou l'hérésie
séparait de la communion catholique: il déclara par une loi, que
non-seulement ils n'auraient aucune part aux priviléges accordés à
l'église, mais que leurs clercs seraient assujettis à toutes les
charges municipales. Cependant il montra dans le même temps quelques
égards pour les Novatiens. Comme on les inquiétait sur la propriété de
leurs temples et de leurs cimetières, il ordonna qu'on leur laissât la
libre possession de ces lieux, supposé qu'ils eussent été légitimement
acquis, et non pas usurpés sur les catholiques. Vers la fin de sa vie
il devint plus sévère: il publia contre les hérétiques un édit, dans
lequel, à la suite d'une véhémente invective, il leur déclare, qu'après
les avoir tolérés, comme il voit que sa patience ne sert qu'à donner
à la contagion la liberté de s'étendre, il est résolu de couper le
mal dans sa racine; en conséquence, il leur défend de s'assembler,
soit dans les lieux publics, soit dans les maisons des particuliers;
il leur ôte leurs temples et leurs oratoires, et les donne à l'église
catholique. On fit la recherche de leurs livres; et comme on en trouva
plusieurs qui traitaient de magie et de maléfices, on en arrêta les
possesseurs, pour les punir selon les ordonnances. Cet édit fit revenir
un grand nombre d'hérétiques: les uns de bonne foi, les autres par
hypocrisie. Ceux qui demeurèrent obstinés, étant privés de la liberté
de s'assembler, et de séduire par leurs instructions, laissèrent peu de
successeurs; et ces plantes malheureuses se séchèrent insensiblement,
et se perdirent enfin tout-à-fait, faute de culture et de semence.
Les Novatiens, quoiqu'ils fussent nommés dans l'édit, furent encore
traités avec indulgence: ils étaient moins éloignés que les autres des
sentiments catholiques, et l'empereur aimait Acésius leur évêque. On
laissa aussi subsister tranquillement ceux des Cataphrygiens, qui se
renfermaient dans la Phrygie et dans les contrées voisines: c'était
une espèce de Montanistes. L'édit ne parle point des Ariens: ils ne
formaient pas encore de secte séparée; et, depuis leur rétractation
simulée, l'empereur, loin de les regarder comme exclus de l'église,
s'efforçait de les faire rentrer dans son sein. Il s'était fait
instruire de la doctrine et des pratiques des diverses sectes par
Stratégius, dont il changea le nom en celui de Musonianus. C'était un
homme né à Antioche, qui fit fortune auprès de Constantin par son
savoir et par son éloquence dans les deux langues. Il était attaché à
l'arianisme, et parvint sous Constance à des honneurs qui mirent dans
un grand jour ses bonnes et ses mauvaises qualités.
[Note latérale: LVII. Loi sur la juridiction épiscopale.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 27.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 9.]
[Note latérale: Cod. Th. extra. leg. 1, et ibi God.]
[Note latérale: Till. not. 71, sur Constantin.]
Eusèbe dit que Constantin se fit un devoir de confirmer par son
autorité les sentences prononcées dans les conciles, et qu'il les
faisait exécuter par les gouverneurs des provinces. Sozomène ajoute
que, par un effet de son respect pour la religion, il permit à ceux
qui avaient des procès de récuser les juges civils, et de porter leurs
causes au jugement des évêques; qu'il voulut que les sentences des
évêques fussent sans appel comme celles de l'empereur, et que les
magistrats leur prêtassent le secours du bras séculier. Nous avons à
la suite du Code Théodosien un titre sur la juridiction épiscopale,
dont la première loi, attribuée à Constantin et adressée à Ablabius,
préfet du prétoire, donne aux évêques une puissance suprême dans les
jugements: elle ordonne que tout ce qui aura été décidé en quelque
matière que ce soit par le jugement des évêques, soit regardé comme
sacré, et sortisse irrévocablement son effet, même par rapport
aux mineurs; que les préfets du prétoire et les autres magistrats
tiennent la main à l'exécution; que si le demandeur ou le défendeur,
soit au commencement de la procédure, soit après les délais expirés,
soit à la dernière audience, soit même quand le juge a commencé à
prononcer, en appelle à l'évêque, la cause y soit aussitôt portée,
malgré l'opposition de la partie adverse; qu'on ne puisse appeler
d'un jugement épiscopal; que le témoignage d'un seul évêque soit reçu
sans difficulté dans tous les tribunaux, et qu'il fasse taire toute
contradiction. L'authenticité de cette loi fait une grande question
entre les critiques. Il ne m'appartient pas d'entrer dans cette
contestation. Le lecteur jugera peut-être que ceux qui soutiennent
la vérité de la loi font plus d'honneur aux évêques, et que ceux qui
l'attaquent comme fausse et supposée en font plus à Constantin. Cujas
justifie ici la sagesse de ce principe par le mérite éminent des
évêques de ce temps-là, et par leur zèle pour la justice. Constantin
vit à la vérité dans l'église ce qu'on y a vu dans tous les siècles,
d'éclatantes lumières et de sublimes vertus: mais je doute que saint
Eustathius, saint Athanase et Marcel d'Ancyre eussent été de l'avis de
Cujas; du moins auraient-ils excepté des conciliabules fort nombreux.
[Note latérale: LVIII. Lois sur les mariages.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 9, t. 7.]
[Note latérale: Lib. 3, t. 16.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 5, t. 27.]
[Note latérale: Lib. 4, t. 39.]