[Note 78: Cet évêque fut déposé en l'an 331.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIX. Troubles d'Antioche.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 59.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 21, 22.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: God. dissert. in Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 8, éclairciss.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 14. et suiv.]

[Note latérale: Athan. ad monach. t. 1, p. 346 et 347.]

Une imposture si grossière, et la déposition du saint prélat

soulevèrent tous ceux qui n'étaient pas vendus à la faction arienne.

Le conseil de la ville, les habitants, les soldats de la garnison

se divisent en deux partis; ce n'est plus que confusion, injures,

menaces. On était prêt à s'égorger, et Antioche allait nager dans le

sang, quand une lettre de l'empereur et l'arrivée du comte Stratégius,

qui se joignit à Acacius, comte d'Orient, apaisèrent les esprits.

Constantin manda Eustathius. Les ennemis du prélat ne comptaient

pas qu'une accusation si mal appuyée fût écoutée de l'empereur; ils

changèrent de batterie, et accusèrent Eustathius d'avoir autrefois

outragé l'impératrice Hélène: c'était toucher le prince par l'endroit

le plus sensible; d'ailleurs Constantin rendait l'évêque responsable

de la sédition. Eustathius, avant que de quitter son peuple, l'exhorta

à demeurer ferme dans la foi de la consubstantialité: on reconnut dans

la suite combien ses dernières paroles avaient eu de force. Il ne lui

était pas difficile de se justifier devant l'empereur; mais ce prince

aveuglé par la calomnie le rélégua en Thrace, où il mourut[79]. Cette

malheureuse prostituée qui avait servi d'organe à des prélats plus

méchants qu'elle, se voyant peu de temps après à l'article de la mort,

déclara, en présence d'un grand nombre d'ecclésiastiques, l'innocence

d'Eustathius et la fourberie d'Eusèbe: elle prétendait pourtant être

moins coupable, parce qu'en effet elle avait eu cet enfant d'un

artisan, nommé Eustathius; et c'était sans doute cette criminelle

équivoque, qui jointe à l'argent d'Eusèbe, avait facilité la séduction.

Asclépas de Gaza, attaché au saint évêque et à la foi catholique, fut

en même temps chassé de son église. D'un autre côté Basilina, seconde

femme de Julius Constance, fit exiler Eutropius, évêque d'Andrinople,

censeur intrépide de la doctrine et de la conduite d'Eusèbe, qui était

parent de cette princesse.

[Note 79: Voyez la note ajoutée au § 65 du livre IV.--S.-M.]

[Note latérale: XL. Eusèbe de Césarée refuse l'épiscopat d'Antioche.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 60 et seq.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 22.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]

Paulin de Tyr et Eulalius ayant successivement rempli la place

d'Eustathius, et étant morts en moins d'un an, il s'éleva de nouvelles

contestations. Le parti arien, à la tête duquel étaient la plupart

des évêques du prétendu concile, demandait Eusèbe de Césarée. Les

catholiques s'opposaient à son élection. Les premiers en écrivirent à

l'empereur, et en même temps Eusèbe, soit pour se faire presser, soit

qu'il pressentît que cette nouvelle division déplairait à Constantin,

lui manda qu'il s'en tenait à la rigueur des canons, et qu'il le

priait de permettre qu'il restât attaché à sa première épouse. Ce

refus d'Eusèbe fut accepté plus aisément peut-être qu'il ne l'aurait

désiré. Le prince écrivit aux évêques et aux habitants d'Antioche

pour les détourner de choisir Eusèbe: il leur proposa lui-même deux

ecclésiastiques très-dignes, disait-il, de l'épiscopat, sans cependant

exclure tout autre qu'on voudrait élire; et ce qui fait voir que

Constantin était alors entièrement obsédé par les Ariens, c'est que ces

deux prêtres, Euphronius de Césarée en Cappadoce et George d'Aréthuse,

étaient deux Ariens décidés. Le premier fut élu; et l'empereur

dédommagea la vanité de l'évêque de Césarée, par les louanges qu'il lui

prodigua, sur le généreux sacrifice qu'il avait fait à la discipline

ecclésiastique. Celui-ci n'a pas manqué de rapporter en entier dans

la vie de Constantin les lettres de l'empereur qui contiennent son

éloge, et, de toute l'histoire de la déposition d'Eustathius, c'est

presque la seule partie qu'il ait jugé à propos de conserver. Le siége

d'Antioche étant occupé par les Ariens jusqu'en 361, les catholiques

abandonnèrent les églises, et tinrent à part leurs assemblées: on les

nomma Eustathiens.

[Note latérale: XLI. Athanase refuse de recevoir Arius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 21.]

Eusèbe de Nicomédie, jugeant d'Athanase par lui-même, se flattait que

ces marques effrayantes de son crédit et de sa puissance feraient

enfin trembler l'évêque d'Alexandrie. Il le presse encore de recevoir

Arius, et le trouve encore inflexible. Maître de la main comme de

l'esprit de l'empereur, il l'engage à écrire plusieurs lettres à

Athanase. Il en prévoyait le succès. Sur le refus du saint évêque,

il prend occasion d'aigrir le prince: secondé par Jean Arcaph, chef

des Mélétiens, et par une foule d'évêques et d'ecclésiastiques, qui

cachant leur concert n'étaient que les échos d'Eusèbe, il dépeint

Athanase comme un séditieux, un perturbateur de l'église, un tyran qui,

à la tête d'une faction de prélats dévoués à ses caprices, régnait à

Alexandrie et se faisait obéir le fer et le feu à la main. L'accusé

se justifiait en rejetant toutes les injustices et les violences

sur ses adversaires; et ses preuves étaient si bien appuyées, que

l'empereur ne savait à quoi s'en tenir. Enfin Constantin lassé de ces

incertitudes, mande pour dernière décision à Athanase, qu'il veut

terminer toutes ces querelles; que l'unique moyen est de ne fermer à

personne l'entrée de l'église; qu'aussitôt qu'Athanase connaîtra sa

volonté par cette lettre, il se garde bien de rebuter aucun de ceux

qui se présenteront; que s'il contrevient à ses ordres, il sera chassé

de son siége. L'évêque, peu effrayé de la menace d'une déposition

injuste, représente avec une fermeté respectueuse, quelle plaie ferait

à l'église une aveugle indulgence pour des gens anathématisés par un

concile œcuménique, dont ils éludent encore les décrets. L'empereur

parut se rendre à la force de ses raisons.

[Note latérale: XLII. Calomnies contre Athanase.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130-138 et 177-180]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 26 et 27.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 22.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]

L'équité du prince aigrissait le dépit d'Eusèbe. Il connaissait enfin

Athanase; n'espérant plus le vaincre, il résolut de le perdre. Les

chefs du parti Arien, concertés avec les Mélétiens qu'ils avaient

gagnés par argent, font d'abord courir le bruit que son ordination

est nulle, ayant été faite par fraude et par violence. Comme la

fable imaginée sur ce point était démentie par l'évidence, et qu'il

s'agissait de frapper l'esprit du prince, ils crurent ensuite plus à

propos de lui supposer des crimes d'état. Ils l'accusèrent d'avoir,

de sa pleine autorité, imposé un tribut aux Égyptiens, et d'exiger

des tuniques de lin pour l'église d'Alexandrie. Les prêtres Apis

et Macarius, qui se trouvaient alors à Nicomédie, ne furent pas

embarrassés à justifier leur évêque: ils montrèrent à l'empereur

que c'était une contribution libre, autorisée par l'usage pour le

service de l'église. Les accusateurs, sans se rebuter, chargèrent

le saint évêque de deux forfaits énormes. Le premier était un crime

de lèse-majesté: il avait, disaient-ils, fomenté la révolte de

Philuménus en lui fournissant de grandes sommes d'argent: ce rebelle,

inconnu d'ailleurs, est peut-être le même que Calocérus[80]. L'autre

crime attaquait Dieu même: voici le fait dont ils abusaient. Dans

une contrée de l'Égypte, nommée Maréotique, voisine d'Alexandrie,

était un certain Ischyras autrefois ordonné prêtre par Colluthus. Au

concile d'Alexandrie tenu en présence d'Osius, les ordinations de cet

hérésiarque avaient été déclarées nulles. Mais malgré la décision

du concile, à laquelle Colluthus lui-même s'était soumis, Ischyras

s'obstinait à exercer les fonctions sacerdotales. Athanase, faisant

la visite de la Maréotique, lui envoya Macarius un de ses prêtres

pour le sommer de venir comparaître devant l'évêque. Il était au lit

malade; on se contenta de lui signifier l'interdiction, et l'affaire

n'eut pas alors d'autre suite. Mais dans le temps qu'Eusèbe mendiait de

toute part des accusations contre Athanase, Ischyras vint lui offrir

ses services; ils furent acceptés; on lui promit un évêché: il déposa

que Macarius par ordre de l'évêque s'était jeté sur lui, tandis qu'il

célébrait les saints mystères; qu'il avait renversé l'autel et la table

sacrée, brisé le calice, brûlé les livres saints. Sur des crimes si

graves, Athanase fut mandé à la cour. L'empereur l'écouta, reconnut

son innocence, le renvoya à Alexandrie, écrivit aux Alexandrins que

les calomniateurs de leur évêque avaient été confondus, et que cet

homme de Dieu (c'est le terme dont il se servit) avait reçu à sa cour

le traitement le plus honorable. Ischyras méprisé de l'empereur et

d'Eusèbe qu'il avait servi sans succès, vint se jeter aux pieds de

son évêque, lui demandant pardon avec larmes. Il déclara en présence

de plusieurs témoins par un acte signé de sa main, que son accusation

était fausse, et qu'il y avait été forcé par trois évêques Mélétiens

qu'il nomma. Athanase lui pardonna; mais sans l'admettre à la communion

de l'église, qu'il n'eût accompli la pénitence prescrite par les canons.

[Note 80: Cette conjecture est de Tillemont, t. IV, p. 262, éd. de

1723.--S.-M.]

[Note latérale: XLIII. Accusation au sujet d'Arsénius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 23.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 146, 160 et 181-186.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 14, éclaircis.]

Les adversaires tant de fois confondus ne perdirent pas courage,

persuadés que dans la multitude des coups il n'en faut qu'un pour faire

une blessure mortelle. Arsénius évêque d'Hypsélé en Thébaïde était

dans le parti de Mélétius. Il disparut tout à coup, et les Mélétiens

montrant de ville en ville la main droite d'un homme, publièrent que

c'était celle d'Arsénius qu'Athanase avait fait massacrer; qu'il lui

avait coupé la main droite pour s'en servir à des opérations magiques:

ils se plaignaient avec larmes qu'il eût caché le reste de son corps;

ils ressemblaient à ces anciens fanatiques de l'Égypte qui cherchaient

les membres épars d'Osiris. Jean Arcaph jouait dans cette pièce le

principal rôle. La chose fit grand bruit à la cour. Le prince commit

pour en informer le censeur Delmatius[81], qui se trouvait alors à

Antioche; il envoya Eusèbe et Théognis pour assister au jugement.

Athanase mandé par Delmatius, sentit bien que le défaut de preuve de la

part de ses adversaires, ne suffirait pas pour le justifier, et qu'il

fallait les confondre en leur prouvant qu'Arsénius était vivant. Il le

fait chercher par toute l'Égypte. On découvre sa retraite; c'était un

monastère près d'Antéopolis en Thébaïde: mais quand on y arriva, il en

était déja sorti pour se sauver ailleurs. On se saisit du supérieur

du monastère et d'un moine qui avait procuré l'évasion; on les amène

à Alexandrie devant le commandant des troupes d'Égypte: ils avouent

qu'Arsénius est vivant, et qu'il a été retiré chez eux. Le supérieur

avertit aussitôt Jean Arcaph que l'intrigue est découverte, et que

toute l'Égypte sait qu'Arsénius est en vie. La lettre tombe entre les

mains d'Athanase. On trouve le fugitif caché à Tyr: il nie d'abord

qu'il soit Arsénius; mais il est convaincu par Paul évêque de la

ville, dont il était parfaitement connu. Athanase envoie à Constantin

par le diacre Macarius toutes les preuves de l'imposture. L'empereur

révoque aussitôt la commission donnée à Delmatius: il rassure l'évêque

d'Alexandrie, et l'exhorte à n'avoir plus désormais d'autre soin que

les fonctions du saint ministère, et à ne plus craindre les manœuvres

des Mélétiens: il ordonne que cette lettre soit lue dans l'assemblée

du peuple, afin que personne n'ignore ses sentiments et sa volonté.

Les menaces du prince firent taire quelque temps la calomnie, et le

calme semblait rétabli. Arsénius lui-même écrivit de concert avec son

clergé une lettre à son métropolitain, pour lui demander d'être admis

à sa communion. Jean suivit cet exemple, et s'en fit honneur auprès

de l'empereur. Le prince était ravi de joie dans l'espérance que les

Mélétiens allaient à la suite de leur chef se réunir au corps de

l'église.

[Note 81: C'est le frère de Constantin.--S.-M.]

[Note latérale: XLIV. Eusèbe s'empare de l'esprit de l'empereur.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130, 131, 132, 186

et 187.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: Pagi. ad Baron. an. 332.]

[Note latérale: [Rufin. l. 10, c. 12.]]

Mais cette paix ne fut pas de longue durée. L'opiniâtreté des Ariens

l'emporta enfin sur les bonnes intentions de l'empereur. C'étaient des

évêques, dont l'extérieur n'avait rien que de respectable, qui criaient

sans cesse et qui faisaient répéter à toute la cour, _qu'Athanase était

coupable des crimes les plus énormes; qu'il s'en procurait l'impunité à

force d'argent; que c'était ainsi qu'il avait fait changer de langage

à Jean le Mélétien: que le nouvel Arsénius était un personnage de

théâtre; qu'il était étrange que sous un prince vertueux l'iniquité

restât assise sur un des plus grands siéges du monde_. Jean regagné par

les Ariens consentait lui-même à se déshonorer; il avouait à l'empereur

qu'il s'était laissé corrompre. Constantin, d'un caractère franc et

généreux, était fort éloigné de soupçonner une si noire perfidie. Tant

de secousses lui firent enfin lâcher prise; il abandonna Athanase à

ses ennemis; c'était l'abandonner que de le laisser à la discrétion

d'un concile, dont Eusèbe devait être le maître. Le choix de la ville

de Césarée en Palestine, dont l'autre Eusèbe était évêque, annonçait

déja le succès. Aussi le saint prélat refusa-t-il de s'y rendre. Les

Ariens en prirent avantage; et pendant deux ans et demi que dura le

refus d'Athanase, c'était, à les entendre, un coupable qui fuyait son

jugement. Enfin l'empereur, comme pour condescendre aux répugnances et

aux craintes de l'accusé, change le lieu de l'assemblée, et l'indique

à Tyr. Il voulait qu'après avoir pacifié dans cette ville toutes

les querelles, les Pères du concile, réunis dans le même esprit, se

transportassent à Jérusalem pour y faire ensemble la dédicace de

l'église du Saint-Sépulcre. Il manda aux évêques, dont plusieurs

étaient depuis long-temps à Césarée, de se rendre à Tyr afin de

remédier en diligence aux maux de l'église. Sa lettre, sans nommer

Athanase marque assez qu'il était étrangement prévenu contre ce saint

personnage, et entièrement livré à ses ennemis. Il assure ceux-ci

qu'il a exécuté tout ce qu'ils lui ont demandé; qu'il a convoqué les

évêques qu'ils désirent d'avoir pour coopérateurs; qu'il a envoyé le

comte Denys afin de maintenir le bon ordre dans le concile: il proteste

que si quelqu'un de ceux qu'il a mandés se dispense d'obéir sous

quelque prétexte que ce soit, il le fera sur-le-champ chasser de son

église. Cette lettre qui convoquait le concile, en détruisait en même

temps l'autorité; elle suffit seule pour en prouver l'irrégularité:

le choix des évêques dévoués aux Ariens, la présence du comte Denys

environné d'appariteurs et de soldats, étaient autant d'abus, que sut

bien relever dans la suite le concile d'Alexandrie. Il s'y trouva

pourtant un petit nombre d'évêques catholiques, entre autres Maxime de

Jérusalem qui avait succédé à Macarius Marcel d'Ancyre, et Alexandre

de Thessalonique. L'assemblée était déja composée de soixante prélats,

avant l'arrivée des quarante-neuf évêques d'Égypte qu'Athanase y amena.

Il n'y vint qu'à regret, sur les ordres réitérés de l'empereur, pour

éviter le scandale que causerait dans l'église l'injuste colère du

prince, qui le menaçait de l'y faire conduire par force. Le prêtre

Macarius y fut amené chargé de chaînes. Archelaüs comte d'Orient et

gouverneur de Palestine se joignit au comte Denys.

[Note latérale: XLV. Concile de Tyr.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. p. 134. t. I, et 187-192.]

[Note latérale: Epiph. hær. 68, § 7. t. I, p. 723.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: [Rufin. l. 10. c. 16.]]

On ne donna point de siége à Athanase: il fut obligé de se tenir debout

en qualité d'accusé. D'abord, de concert avec les évêques d'Égypte,

il récusa les juges comme ses ennemis. On n'eut aucun égard à sa

récusation: comptant sur son innocence, il se détermina à répondre.

Il lui fallut combattre les mêmes monstres qu'il avait déja tant de

fois terrassés. On fit revivre toutes les vieilles calomnies, dont

l'empereur avait reconnu la fausseté. Plusieurs évêques d'Égypte vendus

aux Mélétiens se plaignirent d'avoir été outragés et maltraités par ses

ordres. Ischyras, malgré le désaveu signé de sa main, reparut entre les

accusateurs; et ce misérable fut encore une fois confondu par Athanase

et par Macarius. Il n'y eut que les partisans d'Eusèbe qui trouvèrent

plausibles les mensonges qu'ils avaient dictés; ils proposèrent au

comte Denys d'envoyer dans la Maréotique pour informer sur les lieux.

La réclamation d'Athanase et de tous les orthodoxes ne put empêcher,

qu'on ne nommât pour commissaires six de ses plus mortels ennemis, qui

partirent avec une escorte de soldats.

[Note latérale: XLVI. Accusateurs confondus.]

[Note latérale: Ath. Apol. cont. Arian. t. I, p. 131.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: Vita Athan. apud Phot. cod. 257.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]

[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 16 et 17.]]

Deux accusations occupèrent ensuite le concile. On fit entrer une

courtisane effrontée[B], qui se mit à crier qu'elle avait fait vœu

de virginité; mais qu'ayant eu le malheur de recevoir chez elle

Athanase, il lui avait ravi l'honneur. Les juges ayant sommé Athanase

de répondre, il se tint en silence; et l'un de ses prêtres, nommé

Timothée, debout à côté de lui, se tournant vers cette femme: _Est-ce

moi_, lui dit-il, _que vous accusez de vous avoir déshonorée? C'est

vous-même_, s'écria-t-elle, en lui portant le poing au visage, et

lui présentant un anneau qu'elle prétendait avoir reçu de lui: elle

demandait justice en montrant du doigt Timothée qu'elle appelait

Athanase, l'insultant, le tirant à elle avec un torrent de paroles

familières à ces femmes sans pudeur. Une scène si indécente couvrait

les accusateurs de confusion, faisait rougir les juges, et rire les

comtes et les soldats. On fit retirer la courtisane malgré Athanase,

qui demandait qu'elle fût interrogée, pour découvrir les auteurs

de cette horrible calomnie. On lui répondit qu'on avait contre lui

bien d'autres chefs plus graves, dont il ne se tirerait pas par des

subtilités, et dont les yeux mêmes allaient juger. En même temps on

tire d'une boîte une main desséchée: à cette vue tous se récrièrent,

les uns d'horreur, croyant voir la main d'Arsénius, les autres

par déguisement pour appuyer le mensonge, et les catholiques par

indignation, persuadés de l'imposture. Athanase après un moment de

silence demanda aux juges si quelqu'un d'eux connaissait Arsénius;

plusieurs ayant répondu qu'ils le connaissaient parfaitement, il envoya

chercher un homme qui attendait à la porte de la salle, et qui entra

enveloppé d'un manteau. Alors Athanase lui faisant lever la tête:

_Est-ce là_, dit-il, _cet Arsénius que j'ai tué, qu'on a cherché si

long-temps, et à qui après sa mort j'ai coupé la main droite?_ C'était

en effet Arsénius lui-même. Les amis d'Athanase l'ayant amené à Tyr,

l'avaient engagé à s'y tenir caché jusqu'à ce moment; et après s'être

prêté injustement aux calomniateurs, il se prêtait avec justice à

confondre la calomnie. Ceux qui avaient dit qu'ils le connaissaient,

n'osèrent le méconnaître: après leur aveu, Athanase retirant le manteau

d'un côté, fit apercevoir une de ses mains; ceux que les Ariens

avaient abusés, ne s'attendaient pas à voir l'autre, quand Athanase

la leur découvrant: _Voilà_, dit-il, _Arsénius avec ses deux mains;

le Créateur ne nous en a pas donné davantage; c'est à nos adversaires

à nous montrer ou l'on a pris la troisième_. Les accusateurs devenus

furieux à force de confusion, et comme enivrés de leur propre honte,

remplissent toute l'assemblée de tumulte: ils crient qu'Athanase est

un magicien, un enchanteur qui charme les yeux; ils veulent le mettre

en pièces. Jean Arcaph profitant du désordre se dérobe et s'enfuit. Le

comte Archélaüs arrache Athanase des mains de ces frénétiques, et le

fait embarquer secrètement la nuit suivante. Le saint évêque se sauva

à Constantinople, et éprouva tout le reste de sa vie que les méchants

ne pardonnent jamais le mal qu'ils ont voulu faire, et qu'à leurs yeux

c'est un crime irrémissible pour l'innocence de n'avoir pas succombé.

Ceux-ci se consolèrent de leur défaite en feignant de triompher; et

suivant l'ancienne maxime des calomniateurs, ils ne se lassèrent pas de

renouveler des accusations mille fois convaincues de fausseté. Leurs

historiens même se sont efforcés de donner le change à la postérité;

mais ils ne peuvent persuader que des esprits complices de leur haine

contre l'église catholique.

[Note B: Je ne dois pas dissimuler que l'histoire de cette courtisane

n'est pas à beaucoup près aussi authentique que celle d'Arsénius. Rufin

la raconte, mais Rufin est rempli de fables. Sozomène, Théodoret, et

l'auteur de la vie de saint Athanase dans Photius, l'ont adoptée, et

c'est ce qui m'a engagé à en faire usage. Mais il faut avouer que ni

saint Athanase, qui en plusieurs endroits de ses ouvrages développe

les iniquités du concile de Tyr, ni les épîtres synodales du concile

d'Alexandrie, et de celui de Sardique où les mensonges des Ariens sont

détaillés, ni la lettre du pape Jules, ni l'historien Socrate n'en font

aucune mention.]

[Note latérale: XLVII. Conclusion du concile de Tyr.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 135-140.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 31, 32.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 30 / 40 段