[Note latérale: XXXIX. Troubles d'Antioche.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 59.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 21, 22.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]
[Note latérale: God. dissert. in Philost. l. 2, c. 7.]
[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 8, éclairciss.]
[Note latérale: Till. Arian. art. 14. et suiv.]
[Note latérale: Athan. ad monach. t. 1, p. 346 et 347.]
Une imposture si grossière, et la déposition du saint prélat
soulevèrent tous ceux qui n'étaient pas vendus à la faction arienne.
Le conseil de la ville, les habitants, les soldats de la garnison
se divisent en deux partis; ce n'est plus que confusion, injures,
menaces. On était prêt à s'égorger, et Antioche allait nager dans le
sang, quand une lettre de l'empereur et l'arrivée du comte Stratégius,
qui se joignit à Acacius, comte d'Orient, apaisèrent les esprits.
Constantin manda Eustathius. Les ennemis du prélat ne comptaient
pas qu'une accusation si mal appuyée fût écoutée de l'empereur; ils
changèrent de batterie, et accusèrent Eustathius d'avoir autrefois
outragé l'impératrice Hélène: c'était toucher le prince par l'endroit
le plus sensible; d'ailleurs Constantin rendait l'évêque responsable
de la sédition. Eustathius, avant que de quitter son peuple, l'exhorta
à demeurer ferme dans la foi de la consubstantialité: on reconnut dans
la suite combien ses dernières paroles avaient eu de force. Il ne lui
était pas difficile de se justifier devant l'empereur; mais ce prince
aveuglé par la calomnie le rélégua en Thrace, où il mourut[79]. Cette
malheureuse prostituée qui avait servi d'organe à des prélats plus
méchants qu'elle, se voyant peu de temps après à l'article de la mort,
déclara, en présence d'un grand nombre d'ecclésiastiques, l'innocence
d'Eustathius et la fourberie d'Eusèbe: elle prétendait pourtant être
moins coupable, parce qu'en effet elle avait eu cet enfant d'un
artisan, nommé Eustathius; et c'était sans doute cette criminelle
équivoque, qui jointe à l'argent d'Eusèbe, avait facilité la séduction.
Asclépas de Gaza, attaché au saint évêque et à la foi catholique, fut
en même temps chassé de son église. D'un autre côté Basilina, seconde
femme de Julius Constance, fit exiler Eutropius, évêque d'Andrinople,
censeur intrépide de la doctrine et de la conduite d'Eusèbe, qui était
parent de cette princesse.
[Note 79: Voyez la note ajoutée au § 65 du livre IV.--S.-M.]
[Note latérale: XL. Eusèbe de Césarée refuse l'épiscopat d'Antioche.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 60 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 22.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]
Paulin de Tyr et Eulalius ayant successivement rempli la place
d'Eustathius, et étant morts en moins d'un an, il s'éleva de nouvelles
contestations. Le parti arien, à la tête duquel étaient la plupart
des évêques du prétendu concile, demandait Eusèbe de Césarée. Les
catholiques s'opposaient à son élection. Les premiers en écrivirent à
l'empereur, et en même temps Eusèbe, soit pour se faire presser, soit
qu'il pressentît que cette nouvelle division déplairait à Constantin,
lui manda qu'il s'en tenait à la rigueur des canons, et qu'il le
priait de permettre qu'il restât attaché à sa première épouse. Ce
refus d'Eusèbe fut accepté plus aisément peut-être qu'il ne l'aurait
désiré. Le prince écrivit aux évêques et aux habitants d'Antioche
pour les détourner de choisir Eusèbe: il leur proposa lui-même deux
ecclésiastiques très-dignes, disait-il, de l'épiscopat, sans cependant
exclure tout autre qu'on voudrait élire; et ce qui fait voir que
Constantin était alors entièrement obsédé par les Ariens, c'est que ces
deux prêtres, Euphronius de Césarée en Cappadoce et George d'Aréthuse,
étaient deux Ariens décidés. Le premier fut élu; et l'empereur
dédommagea la vanité de l'évêque de Césarée, par les louanges qu'il lui
prodigua, sur le généreux sacrifice qu'il avait fait à la discipline
ecclésiastique. Celui-ci n'a pas manqué de rapporter en entier dans
la vie de Constantin les lettres de l'empereur qui contiennent son
éloge, et, de toute l'histoire de la déposition d'Eustathius, c'est
presque la seule partie qu'il ait jugé à propos de conserver. Le siége
d'Antioche étant occupé par les Ariens jusqu'en 361, les catholiques
abandonnèrent les églises, et tinrent à part leurs assemblées: on les
nomma Eustathiens.
[Note latérale: XLI. Athanase refuse de recevoir Arius.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 21.]
Eusèbe de Nicomédie, jugeant d'Athanase par lui-même, se flattait que
ces marques effrayantes de son crédit et de sa puissance feraient
enfin trembler l'évêque d'Alexandrie. Il le presse encore de recevoir
Arius, et le trouve encore inflexible. Maître de la main comme de
l'esprit de l'empereur, il l'engage à écrire plusieurs lettres à
Athanase. Il en prévoyait le succès. Sur le refus du saint évêque,
il prend occasion d'aigrir le prince: secondé par Jean Arcaph, chef
des Mélétiens, et par une foule d'évêques et d'ecclésiastiques, qui
cachant leur concert n'étaient que les échos d'Eusèbe, il dépeint
Athanase comme un séditieux, un perturbateur de l'église, un tyran qui,
à la tête d'une faction de prélats dévoués à ses caprices, régnait à
Alexandrie et se faisait obéir le fer et le feu à la main. L'accusé
se justifiait en rejetant toutes les injustices et les violences
sur ses adversaires; et ses preuves étaient si bien appuyées, que
l'empereur ne savait à quoi s'en tenir. Enfin Constantin lassé de ces
incertitudes, mande pour dernière décision à Athanase, qu'il veut
terminer toutes ces querelles; que l'unique moyen est de ne fermer à
personne l'entrée de l'église; qu'aussitôt qu'Athanase connaîtra sa
volonté par cette lettre, il se garde bien de rebuter aucun de ceux
qui se présenteront; que s'il contrevient à ses ordres, il sera chassé
de son siége. L'évêque, peu effrayé de la menace d'une déposition
injuste, représente avec une fermeté respectueuse, quelle plaie ferait
à l'église une aveugle indulgence pour des gens anathématisés par un
concile œcuménique, dont ils éludent encore les décrets. L'empereur
parut se rendre à la force de ses raisons.
[Note latérale: XLII. Calomnies contre Athanase.]
[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130-138 et 177-180]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 26 et 27.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 22.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]
L'équité du prince aigrissait le dépit d'Eusèbe. Il connaissait enfin
Athanase; n'espérant plus le vaincre, il résolut de le perdre. Les
chefs du parti Arien, concertés avec les Mélétiens qu'ils avaient
gagnés par argent, font d'abord courir le bruit que son ordination
est nulle, ayant été faite par fraude et par violence. Comme la
fable imaginée sur ce point était démentie par l'évidence, et qu'il
s'agissait de frapper l'esprit du prince, ils crurent ensuite plus à
propos de lui supposer des crimes d'état. Ils l'accusèrent d'avoir,
de sa pleine autorité, imposé un tribut aux Égyptiens, et d'exiger
des tuniques de lin pour l'église d'Alexandrie. Les prêtres Apis
et Macarius, qui se trouvaient alors à Nicomédie, ne furent pas
embarrassés à justifier leur évêque: ils montrèrent à l'empereur
que c'était une contribution libre, autorisée par l'usage pour le
service de l'église. Les accusateurs, sans se rebuter, chargèrent
le saint évêque de deux forfaits énormes. Le premier était un crime
de lèse-majesté: il avait, disaient-ils, fomenté la révolte de
Philuménus en lui fournissant de grandes sommes d'argent: ce rebelle,
inconnu d'ailleurs, est peut-être le même que Calocérus[80]. L'autre
crime attaquait Dieu même: voici le fait dont ils abusaient. Dans
une contrée de l'Égypte, nommée Maréotique, voisine d'Alexandrie,
était un certain Ischyras autrefois ordonné prêtre par Colluthus. Au
concile d'Alexandrie tenu en présence d'Osius, les ordinations de cet
hérésiarque avaient été déclarées nulles. Mais malgré la décision
du concile, à laquelle Colluthus lui-même s'était soumis, Ischyras
s'obstinait à exercer les fonctions sacerdotales. Athanase, faisant
la visite de la Maréotique, lui envoya Macarius un de ses prêtres
pour le sommer de venir comparaître devant l'évêque. Il était au lit
malade; on se contenta de lui signifier l'interdiction, et l'affaire
n'eut pas alors d'autre suite. Mais dans le temps qu'Eusèbe mendiait de
toute part des accusations contre Athanase, Ischyras vint lui offrir
ses services; ils furent acceptés; on lui promit un évêché: il déposa
que Macarius par ordre de l'évêque s'était jeté sur lui, tandis qu'il
célébrait les saints mystères; qu'il avait renversé l'autel et la table
sacrée, brisé le calice, brûlé les livres saints. Sur des crimes si
graves, Athanase fut mandé à la cour. L'empereur l'écouta, reconnut
son innocence, le renvoya à Alexandrie, écrivit aux Alexandrins que
les calomniateurs de leur évêque avaient été confondus, et que cet
homme de Dieu (c'est le terme dont il se servit) avait reçu à sa cour
le traitement le plus honorable. Ischyras méprisé de l'empereur et
d'Eusèbe qu'il avait servi sans succès, vint se jeter aux pieds de
son évêque, lui demandant pardon avec larmes. Il déclara en présence
de plusieurs témoins par un acte signé de sa main, que son accusation
était fausse, et qu'il y avait été forcé par trois évêques Mélétiens
qu'il nomma. Athanase lui pardonna; mais sans l'admettre à la communion
de l'église, qu'il n'eût accompli la pénitence prescrite par les canons.
[Note 80: Cette conjecture est de Tillemont, t. IV, p. 262, éd. de
1723.--S.-M.]
[Note latérale: XLIII. Accusation au sujet d'Arsénius.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 23.]
[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 146, 160 et 181-186.]
[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 14, éclaircis.]
Les adversaires tant de fois confondus ne perdirent pas courage,
persuadés que dans la multitude des coups il n'en faut qu'un pour faire
une blessure mortelle. Arsénius évêque d'Hypsélé en Thébaïde était
dans le parti de Mélétius. Il disparut tout à coup, et les Mélétiens
montrant de ville en ville la main droite d'un homme, publièrent que
c'était celle d'Arsénius qu'Athanase avait fait massacrer; qu'il lui
avait coupé la main droite pour s'en servir à des opérations magiques:
ils se plaignaient avec larmes qu'il eût caché le reste de son corps;
ils ressemblaient à ces anciens fanatiques de l'Égypte qui cherchaient
les membres épars d'Osiris. Jean Arcaph jouait dans cette pièce le
principal rôle. La chose fit grand bruit à la cour. Le prince commit
pour en informer le censeur Delmatius[81], qui se trouvait alors à
Antioche; il envoya Eusèbe et Théognis pour assister au jugement.
Athanase mandé par Delmatius, sentit bien que le défaut de preuve de la
part de ses adversaires, ne suffirait pas pour le justifier, et qu'il
fallait les confondre en leur prouvant qu'Arsénius était vivant. Il le
fait chercher par toute l'Égypte. On découvre sa retraite; c'était un
monastère près d'Antéopolis en Thébaïde: mais quand on y arriva, il en
était déja sorti pour se sauver ailleurs. On se saisit du supérieur
du monastère et d'un moine qui avait procuré l'évasion; on les amène
à Alexandrie devant le commandant des troupes d'Égypte: ils avouent
qu'Arsénius est vivant, et qu'il a été retiré chez eux. Le supérieur
avertit aussitôt Jean Arcaph que l'intrigue est découverte, et que
toute l'Égypte sait qu'Arsénius est en vie. La lettre tombe entre les
mains d'Athanase. On trouve le fugitif caché à Tyr: il nie d'abord
qu'il soit Arsénius; mais il est convaincu par Paul évêque de la
ville, dont il était parfaitement connu. Athanase envoie à Constantin
par le diacre Macarius toutes les preuves de l'imposture. L'empereur
révoque aussitôt la commission donnée à Delmatius: il rassure l'évêque
d'Alexandrie, et l'exhorte à n'avoir plus désormais d'autre soin que
les fonctions du saint ministère, et à ne plus craindre les manœuvres
des Mélétiens: il ordonne que cette lettre soit lue dans l'assemblée
du peuple, afin que personne n'ignore ses sentiments et sa volonté.
Les menaces du prince firent taire quelque temps la calomnie, et le
calme semblait rétabli. Arsénius lui-même écrivit de concert avec son
clergé une lettre à son métropolitain, pour lui demander d'être admis
à sa communion. Jean suivit cet exemple, et s'en fit honneur auprès
de l'empereur. Le prince était ravi de joie dans l'espérance que les
Mélétiens allaient à la suite de leur chef se réunir au corps de
l'église.
[Note 81: C'est le frère de Constantin.--S.-M.]
[Note latérale: XLIV. Eusèbe s'empare de l'esprit de l'empereur.]
[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130, 131, 132, 186
et 187.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 28.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]
[Note latérale: Pagi. ad Baron. an. 332.]
[Note latérale: [Rufin. l. 10, c. 12.]]
Mais cette paix ne fut pas de longue durée. L'opiniâtreté des Ariens
l'emporta enfin sur les bonnes intentions de l'empereur. C'étaient des
évêques, dont l'extérieur n'avait rien que de respectable, qui criaient
sans cesse et qui faisaient répéter à toute la cour, _qu'Athanase était
coupable des crimes les plus énormes; qu'il s'en procurait l'impunité à
force d'argent; que c'était ainsi qu'il avait fait changer de langage
à Jean le Mélétien: que le nouvel Arsénius était un personnage de
théâtre; qu'il était étrange que sous un prince vertueux l'iniquité
restât assise sur un des plus grands siéges du monde_. Jean regagné par
les Ariens consentait lui-même à se déshonorer; il avouait à l'empereur
qu'il s'était laissé corrompre. Constantin, d'un caractère franc et
généreux, était fort éloigné de soupçonner une si noire perfidie. Tant
de secousses lui firent enfin lâcher prise; il abandonna Athanase à
ses ennemis; c'était l'abandonner que de le laisser à la discrétion
d'un concile, dont Eusèbe devait être le maître. Le choix de la ville
de Césarée en Palestine, dont l'autre Eusèbe était évêque, annonçait
déja le succès. Aussi le saint prélat refusa-t-il de s'y rendre. Les
Ariens en prirent avantage; et pendant deux ans et demi que dura le
refus d'Athanase, c'était, à les entendre, un coupable qui fuyait son
jugement. Enfin l'empereur, comme pour condescendre aux répugnances et
aux craintes de l'accusé, change le lieu de l'assemblée, et l'indique
à Tyr. Il voulait qu'après avoir pacifié dans cette ville toutes
les querelles, les Pères du concile, réunis dans le même esprit, se
transportassent à Jérusalem pour y faire ensemble la dédicace de
l'église du Saint-Sépulcre. Il manda aux évêques, dont plusieurs
étaient depuis long-temps à Césarée, de se rendre à Tyr afin de
remédier en diligence aux maux de l'église. Sa lettre, sans nommer
Athanase marque assez qu'il était étrangement prévenu contre ce saint
personnage, et entièrement livré à ses ennemis. Il assure ceux-ci
qu'il a exécuté tout ce qu'ils lui ont demandé; qu'il a convoqué les
évêques qu'ils désirent d'avoir pour coopérateurs; qu'il a envoyé le
comte Denys afin de maintenir le bon ordre dans le concile: il proteste
que si quelqu'un de ceux qu'il a mandés se dispense d'obéir sous
quelque prétexte que ce soit, il le fera sur-le-champ chasser de son
église. Cette lettre qui convoquait le concile, en détruisait en même
temps l'autorité; elle suffit seule pour en prouver l'irrégularité:
le choix des évêques dévoués aux Ariens, la présence du comte Denys
environné d'appariteurs et de soldats, étaient autant d'abus, que sut
bien relever dans la suite le concile d'Alexandrie. Il s'y trouva
pourtant un petit nombre d'évêques catholiques, entre autres Maxime de
Jérusalem qui avait succédé à Macarius Marcel d'Ancyre, et Alexandre
de Thessalonique. L'assemblée était déja composée de soixante prélats,
avant l'arrivée des quarante-neuf évêques d'Égypte qu'Athanase y amena.
Il n'y vint qu'à regret, sur les ordres réitérés de l'empereur, pour
éviter le scandale que causerait dans l'église l'injuste colère du
prince, qui le menaçait de l'y faire conduire par force. Le prêtre
Macarius y fut amené chargé de chaînes. Archelaüs comte d'Orient et
gouverneur de Palestine se joignit au comte Denys.
[Note latérale: XLV. Concile de Tyr.]
[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. p. 134. t. I, et 187-192.]
[Note latérale: Epiph. hær. 68, § 7. t. I, p. 723.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]
[Note latérale: [Rufin. l. 10. c. 16.]]
On ne donna point de siége à Athanase: il fut obligé de se tenir debout
en qualité d'accusé. D'abord, de concert avec les évêques d'Égypte,
il récusa les juges comme ses ennemis. On n'eut aucun égard à sa
récusation: comptant sur son innocence, il se détermina à répondre.
Il lui fallut combattre les mêmes monstres qu'il avait déja tant de
fois terrassés. On fit revivre toutes les vieilles calomnies, dont
l'empereur avait reconnu la fausseté. Plusieurs évêques d'Égypte vendus
aux Mélétiens se plaignirent d'avoir été outragés et maltraités par ses
ordres. Ischyras, malgré le désaveu signé de sa main, reparut entre les
accusateurs; et ce misérable fut encore une fois confondu par Athanase
et par Macarius. Il n'y eut que les partisans d'Eusèbe qui trouvèrent
plausibles les mensonges qu'ils avaient dictés; ils proposèrent au
comte Denys d'envoyer dans la Maréotique pour informer sur les lieux.
La réclamation d'Athanase et de tous les orthodoxes ne put empêcher,
qu'on ne nommât pour commissaires six de ses plus mortels ennemis, qui
partirent avec une escorte de soldats.
[Note latérale: XLVI. Accusateurs confondus.]
[Note latérale: Ath. Apol. cont. Arian. t. I, p. 131.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 25.]
[Note latérale: Vita Athan. apud Phot. cod. 257.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]
[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 16 et 17.]]
Deux accusations occupèrent ensuite le concile. On fit entrer une
courtisane effrontée[B], qui se mit à crier qu'elle avait fait vœu
de virginité; mais qu'ayant eu le malheur de recevoir chez elle
Athanase, il lui avait ravi l'honneur. Les juges ayant sommé Athanase
de répondre, il se tint en silence; et l'un de ses prêtres, nommé
Timothée, debout à côté de lui, se tournant vers cette femme: _Est-ce
moi_, lui dit-il, _que vous accusez de vous avoir déshonorée? C'est
vous-même_, s'écria-t-elle, en lui portant le poing au visage, et
lui présentant un anneau qu'elle prétendait avoir reçu de lui: elle
demandait justice en montrant du doigt Timothée qu'elle appelait
Athanase, l'insultant, le tirant à elle avec un torrent de paroles
familières à ces femmes sans pudeur. Une scène si indécente couvrait
les accusateurs de confusion, faisait rougir les juges, et rire les
comtes et les soldats. On fit retirer la courtisane malgré Athanase,
qui demandait qu'elle fût interrogée, pour découvrir les auteurs
de cette horrible calomnie. On lui répondit qu'on avait contre lui
bien d'autres chefs plus graves, dont il ne se tirerait pas par des
subtilités, et dont les yeux mêmes allaient juger. En même temps on
tire d'une boîte une main desséchée: à cette vue tous se récrièrent,
les uns d'horreur, croyant voir la main d'Arsénius, les autres
par déguisement pour appuyer le mensonge, et les catholiques par
indignation, persuadés de l'imposture. Athanase après un moment de
silence demanda aux juges si quelqu'un d'eux connaissait Arsénius;
plusieurs ayant répondu qu'ils le connaissaient parfaitement, il envoya
chercher un homme qui attendait à la porte de la salle, et qui entra
enveloppé d'un manteau. Alors Athanase lui faisant lever la tête:
_Est-ce là_, dit-il, _cet Arsénius que j'ai tué, qu'on a cherché si
long-temps, et à qui après sa mort j'ai coupé la main droite?_ C'était
en effet Arsénius lui-même. Les amis d'Athanase l'ayant amené à Tyr,
l'avaient engagé à s'y tenir caché jusqu'à ce moment; et après s'être
prêté injustement aux calomniateurs, il se prêtait avec justice à
confondre la calomnie. Ceux qui avaient dit qu'ils le connaissaient,
n'osèrent le méconnaître: après leur aveu, Athanase retirant le manteau
d'un côté, fit apercevoir une de ses mains; ceux que les Ariens
avaient abusés, ne s'attendaient pas à voir l'autre, quand Athanase
la leur découvrant: _Voilà_, dit-il, _Arsénius avec ses deux mains;
le Créateur ne nous en a pas donné davantage; c'est à nos adversaires
à nous montrer ou l'on a pris la troisième_. Les accusateurs devenus
furieux à force de confusion, et comme enivrés de leur propre honte,
remplissent toute l'assemblée de tumulte: ils crient qu'Athanase est
un magicien, un enchanteur qui charme les yeux; ils veulent le mettre
en pièces. Jean Arcaph profitant du désordre se dérobe et s'enfuit. Le
comte Archélaüs arrache Athanase des mains de ces frénétiques, et le
fait embarquer secrètement la nuit suivante. Le saint évêque se sauva
à Constantinople, et éprouva tout le reste de sa vie que les méchants
ne pardonnent jamais le mal qu'ils ont voulu faire, et qu'à leurs yeux
c'est un crime irrémissible pour l'innocence de n'avoir pas succombé.
Ceux-ci se consolèrent de leur défaite en feignant de triompher; et
suivant l'ancienne maxime des calomniateurs, ils ne se lassèrent pas de
renouveler des accusations mille fois convaincues de fausseté. Leurs
historiens même se sont efforcés de donner le change à la postérité;
mais ils ne peuvent persuader que des esprits complices de leur haine
contre l'église catholique.
[Note B: Je ne dois pas dissimuler que l'histoire de cette courtisane
n'est pas à beaucoup près aussi authentique que celle d'Arsénius. Rufin
la raconte, mais Rufin est rempli de fables. Sozomène, Théodoret, et
l'auteur de la vie de saint Athanase dans Photius, l'ont adoptée, et
c'est ce qui m'a engagé à en faire usage. Mais il faut avouer que ni
saint Athanase, qui en plusieurs endroits de ses ouvrages développe
les iniquités du concile de Tyr, ni les épîtres synodales du concile
d'Alexandrie, et de celui de Sardique où les mensonges des Ariens sont
détaillés, ni la lettre du pape Jules, ni l'historien Socrate n'en font
aucune mention.]
[Note latérale: XLVII. Conclusion du concile de Tyr.]
[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 135-140.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 31, 32.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]