Les Goths subjugués deux ans auparavant n'étaient plus en état de

combattre les Romains. Encore plus incapables de rester en paix, ils se

vengèrent de leur défaite sur les Sarmates qui la leur avaient attirée.

Ils avaient à leur tête Gébéric, prince guerrier, arrière-petit-fils

de ce Cniva qui commandait les Goths dans la bataille où l'empereur

Décius perdit la vie. Les Sarmates avaient pour roi Wisimar[72],

de la race des Asdingues, la plus noble et la plus belliqueuse de

leur nation. Les Goths vinrent les attaquer sur les bords du fleuve

Marisch [_Marisia_][73] et les succès furent balancés pendant assez

long-temps. Enfin Wisimar ayant été tué dans une bataille avec la

plus grande partie de ses soldats, la victoire demeura à Gébéric. Les

vaincus réduits à un trop petit nombre, pour résister à de si puissants

ennemis, prirent le parti de donner des armes aux Limigantes; c'est

ainsi qu'ils appelaient leurs esclaves; les maîtres se nommaient

Arcaragantes. Ces nouveaux soldats vainquirent les Goths; mais ils

n'eurent pas plutôt senti leur force, qu'ils la tournèrent contre

leurs maîtres et les chassèrent du pays. Les Sarmates, au nombre de

plus de trois cent mille de tout âge et de tout sexe, passèrent le

Danube et vinrent se jeter entre les bras de Constantin, qui s'avança

jusqu'en Mésie pour les recevoir. Il incorpora dans ses troupes ceux

qui étaient propres à la guerre; mélange mal entendu, qui contribua à

corrompre la discipline des légions et à les abâtardir. Il donna aux

autres des terres en Thrace, dans la petite Scythie, en Macédoine, en

Pannonie, même en Italie; et ces Barbares eurent à se féliciter d'un

malheur, qui les avait fait passer d'un état libre, mais turbulent et

périlleux, à un doux assujettissement où ils trouvaient le repos et la

sûreté[74]. Un autre corps de Sarmates se retira chez les Victohales,

qui sont peut-être les mêmes que les Quades Ultramontains, dans la

partie occidentale de la haute Hongrie. Ceux-ci furent vingt-quatre ans

après rétablis dans leur pays par les Romains qui en chassèrent les

Limigantes.

[Note 72: C'est des Vandales que Wisimar était roi, selon Jornandès,

qui est à proprement parler le seul qui nous ait conservé le souvenir

de cette guerre. Il se fonde sur le témoignage de Dexippe, auteur du

troisième siècle, qui avait écrit une Histoire des Goths dont il ne

nous reste plus rien. Il ajoute qu'en moins d'un an, les Vandales

étaient venus des bords de l'Océan, s'établir sur les frontières de

l'empire, malgré le grand éloignement; _qui ab Oceano ad nostrum

limitem vix in anni spatio pervenisse testatur prœ nimiâ terrarum

immensitate_. C'est sans doute des bords de la Baltique que les

Vandales vinrent à cette époque.--S.-M.]

[Note 73: Selon Jornandès, les Vandales occupaient alors le pays

possédé de son temps par les Gépides, et arrosé par les fleuves

_Marisia_, _Miliare_, _Gilfil_ et _Grissia_ plus fort que les trois

autres. Ils avaient à l'orient les Goths, à l'occident les Marcomans,

au nord les Hermundures et au sud le Danube. Ils occupaient donc le

Bannat de Temeswar et une partie de la Hongrie.--S.-M.]

[Note 74: Jornandès ne parle que des Vandales seuls. Réduits à un

petit nombre, ils quittèrent le pays qu'ils occupaient et obtinrent

de Constantin de nouvelles habitations dans la Pannonie. C'est de ces

Vandales que descendaient ceux qui, à l'instigation de Stilichon,

se répandirent plus tard sur la Gaule et sur d'autres parties de

l'empire.--S.-M.]

[Note latérale: AN 335.]

[Note latérale: XXVIII. Consuls.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 49.]

[Note latérale: Themist. or. 4. p. 58 et 59.]

[Note latérale: Grut. inscr. p. 387, nº 3.]

[Note latérale: Buch. cycl. p. 239.]

[Note latérale: Till. sur Julien. not. 1.]

Constantin avait déja donné le consulat à Delmatius, l'aîné de ses

frères. Le second nommé Julius Constance fut consul en 335 avec [C.

Ceionius] Rufius Albinus. Il avait épousé en premières noces Galla sœur

de Rufinus et de Céréalis consuls en 347 et 358. Il en avait eu Gallus

qui naquit en Toscane l'an 325 ou 326, un autre fils que l'histoire ne

nomme pas, et qui fut tué après la mort de Constantin, et une fille

qui fut mariée à Constance, et dont on ignore aussi le nom. Sa seconde

femme fut Basilina, fille de Julien, consul en 322, et sœur d'un autre

Julien qui fut comte d'Orient. Elle mourut jeune et laissa un fils

nommé Julien comme son aïeul maternel; c'est le fameux Julien surnommé

l'Apostat, qui naquit vers la fin de l'an 331 à Constantinople, où son

père et sa mère avaient été mariés. Rufius Albinus collégue de Julius

Constance est, à ce qu'on croit, le fils de Rufius Volusianus, consul

pour la seconde fois en 314. Une inscription le nomme philosophe. Il

fut préfet de Rome l'année suivante.

[Note latérale: XXIX. Tricennales de Constantin.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 286.]

[Note latérale: Euseb. orat. in tricen.]

[Note latérale: Vales. notæ ib. c. 11.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 48.]

L'empereur resta pendant toute celle-ci à Constantinople, si on en

excepte un voyage qu'il fit dans la haute Mésie, peu de jours après

avoir célébré par des jeux le commencement de la trentième année de

son empire, dans laquelle il entrait le 25 juillet. Une circonstance

augmenta la joie et l'éclat de cette fête qu'on appelait les

tricennales; c'est qu'aucun empereur depuis Auguste n'avait régné si

long-temps. Nous avons un éloge de Constantin prononcé à l'occasion

de cette solennité par Eusèbe de Césarée, dans le palais en présence

de l'empereur: c'est plutôt un livre qu'un discours. Pour l'honneur

de Constantin, un si long et si froid panégyrique aurait bien dû

l'ennuyer: ce qui n'arriva pas, si l'on en croit Eusèbe qui se félicite

du succès. On loue cependant Constantin d'avoir été en garde contre la

flatterie; et l'histoire le compte entre le petit nombre de souverains

qui n'en ont pas été dupes. Un jour un ecclésiastique s'étant oublié

jusqu'à lui dire en face, qu'il était bienheureux; puisque après avoir

mérité de régner sur les hommes en cette vie, il régnerait dans l'autre

avec le fils de Dieu, il rebuta brusquement l'encens de ce prêtre:

_Gardez-vous_, lui dit-il, _de me tenir jamais un pareil langage; je

n'ai besoin que de vos prières; employez-les à demander pour moi la

grace d'être un digne serviteur de Dieu en ce monde et dans l'autre_.

[Note latérale: XXX. Delmatius César.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 39 et 40.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 286.]

[Note latérale: Eutr. l. 10.]

[Note latérale: Anony. Vales.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de cæs. p. 177.]

[Note latérale: Philost. l. 3, c. 22 et 28.]

[Note latérale: Amm. l. 14, c. 1.]

[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 49.]

[Note latérale: Auson. prof. 17.]

[Note latérale: [Aur. Vict. epit. p. 225.]

[Note latérale: Theoph. p. 23 et 24.]

[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 296.]]

Il paraît qu'entre ses frères, il chérissait principalement Delmatius.

Julius Constance avait deux fils, dont l'aîné Gallus était déja âgé de

dix ans. On ne voit pas que l'empereur ait honoré ce neveu d'aucune

distinction. Mais il combla de faveurs les deux fils de Delmatius.

L'aîné qui portait le même nom que son père était déja maître de la

milice. Ce jeune prince montrait le plus beau naturel et ressemblait

fort à l'empereur son oncle. Les gens de guerre dont il était aimé

contribuèrent à son élévation. Il venait d'accroître leur estime par

la promptitude avec laquelle il avait étouffé la révolte de Calocérus.

C'était un des derniers officiers de la cour, maître des chameaux de

l'empereur; mais assez extravagant pour former le projet de se rendre

indépendant, et assez hardi pour le déclarer. Il se fit des partisans

et se saisit de l'île de Cypre. Le jeune Delmatius y passa à la tête

de quelques troupes, et n'eut besoin que de le joindre pour le défaire

et l'emmener prisonnier à Tarse, où il le traita comme un esclave et

un brigand; il le fit brûler vif. Constantin fut charmé d'un service

qui justifiait la préférence qu'il donnait à ce neveu. Il l'égala

à ses trois fils en le nommant César le 18 septembre. Le cadet de

Delmatius, nommé Hanniballianus comme un de ses oncles, eut le titre de

nobilissime avec celui de roi des rois et des nations Pontiques[75].

L'empereur donna en mariage à celui-ci Constantine sa fille aînée. Elle

reçut de son père la qualité d'Auguste. Ces deux princes avaient été

instruits à Narbonne par le rhéteur Exupérius, à qui ils procurèrent le

gouvernement d'Espagne avec de grandes richesses, quoique, à en juger

par l'éloge même qu'en fait Ausone, ce ne fût pas un homme d'un grand

mérite.

[Note 75: Hanniballianus est toujours désigné dans les auteurs par le

titre de roi. Il existe encore des médailles frappées en son honneur,

où le même titre se trouve FL. HANNIBALLIANO REGI. Voyez Eckbel,

_Doct. num. vet._ t. VIII, p. 204. _Armeniam nationesque circumsocias

habebat_, dit Aurélius Victor, p. 225. C'est de la petite Arménie que

cet auteur entend parler. Quoiqu'il ne soit guère possible de révoquer

en doute un fait garanti par des autorités aussi respectables, Gibbon

(t. III, p. 439) le regarde comme inexplicable et difficile à croire.

C'est étrangement abuser du droit de douter, que de refuser toute

confiance à un fait assez peu important par lui-même, et attesté

d'une manière formelle par des auteurs contemporains et des monuments

publics.--S.-M.]

[Note latérale: XXXI. Partage des états de Constantin.]

[Note latérale: Euseb. orat. tric. c. 3. et vit.]

[Note latérale: Const. l. 4, c. 51.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 39.]

[Note latérale: Aur. Vict. epit. p. 225.]

[Note latérale: Anony. Vales.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 286.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 39.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]

[Note latérale: Jul. or. 1, p. 17 et 18, or. 2, p. 94, ed. Spanh.]

[Note latérale: Eutrop. l. 10.]

[Note latérale: Hier. chron.]

Ces honneurs excitèrent la jalousie des fils de Constantin; elle

s'accrut encore par de nouvelles faveurs, et produisit après sa mort

les effets les plus funestes. Ce prince qui avait eu tant d'occasions

d'éprouver combien la multitude des souverains était onéreuse à

l'empire, ne put se résoudre à priver de la souveraineté aucun de ses

fils. Il fit dès cette année leur partage. Il leur associa Delmatius

et Hanniballianus, sans donner aucune part à ses frères, ni à ses

autres neveux. Constantin, l'aîné de ses fils, eut ce qu'avait possédé

Constance Chlore, c'est-à-dire, tout ce qui était vers l'Occident

au-delà des Alpes, les Gaules, l'Espagne et la grande-Bretagne.

Constance eut l'Asie, la Syrie, l'Égypte. L'Italie, l'Illyrie et

l'Afrique furent données à Constant; la Thrace, la Macédoine, l'Achaïe,

à Delmatius. Le royaume d'Hanniballianus fut formé de la petite

Arménie, des provinces de Pont et de Cappadoce: Césarée était la

capitale de ses états. Entre les enfants de l'empereur, Constance était

le plus chéri, à cause de sa soumission et de sa complaisance. Il avait

eu pendant quelque temps le gouvernement des Gaules, peut-être lorsque

Constantin son frère était employé contre les Goths. Il passa de là

en Orient; et ce fut par prédilection que son père lui en laissa le

commandement, comme de la plus belle portion de l'empire.

[Note latérale: XXXII. Comète.]

[Note latérale: Theoph. p. 24.]

[Note latérale: Eutrop. l. 10.]

Il parut cette année à Antioche depuis la troisième heure du jour

jusqu'à la cinquième, du côté de l'orient, un astre qui semblait jeter

une épaisse fumée. L'auteur qui rapporte ce fait, ne dit ni en quel

jour, ni combien de jours se fit voir cet astre. C'est apparemment

la comète à laquelle des historiens crédules font l'honneur d'avoir

annoncé la mort de Constantin.

[Note latérale: AN 336.]

[Note latérale: XXXIII. Consuls.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Ducange, Byz. Fam. p. 48.]

Si la conjecture de quelques modernes est véritable, Népotianus qui

fut consul avec Facundus en 336, avait pour mère Eutropia, sœur

de Constantin, et pour père Népotianus, qui avait été consul sous

Dioclétien en 301. L'empereur après avoir honoré du consulat deux de

ses frères, aura voulu faire le même honneur au fils de sa sœur; et ce

sera ce même Népotianus qui prit la pourpre quinze ans après, quand il

eut appris la mort de Constant.

[Note latérale: XXXIV. Mariage de Constance.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 49.]

[Note latérale: Jul. or. 7, p. 227, et orat. ad Ath. p. 272, ed. Spanh.]

[Note latérale: Till. art. 76.]

Constantin fils aîné de l'empereur était marié depuis quelque temps.

On ignore le nom de sa femme. Cette année Constance épousa sa cousine

germaine, fille de Julius Constance et de Galla. Julien se récrie

contre ces mariages, qu'il prétend criminels. Il en prend avantage

pour satisfaire sa mauvaise humeur contre Constantin et ses enfants.

Mais il n'y avait encore aucune loi qui défendit ces alliances entre

cousins germains. L'empereur célébra les noces avec grand appareil: il

voulut mener lui-même l'époux. Il sacrifia pourtant une partie de la

joie et de l'agrément de la fête, au soin d'y maintenir une honnêteté

sévère: le festin et les divertissements furent donnés dans deux salles

séparées, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Il fit à

cette occasion des graces et des largesses considérables aux villes et

aux provinces.

[Note latérale: XXXV. Ambassade des Indiens.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 50.]

Ce fut dans ce même temps qu'il reçut des Indiens orientaux une

ambassade, qui ressemblait à un hommage que des vassaux rendent à leur

souverain; comme si sa puissance se fût étendue aussi loin que son

nom. Ces princes lui envoyaient des pierres précieuses, des animaux

rares; ils lui faisaient dire par leurs ambassadeurs, qu'ils honoraient

ses portraits, qu'ils lui érigeaient des statues, et qu'ils le

reconnaissaient pour leur roi et leur empereur.

[Note latérale: [Amm. l. 25, c. 4.]

[Note latérale: Cedrenus, t. I, p. 295.]]

--[Cette ambassade doit être placée au nombre des causes, qui

troublèrent la bonne harmonie, qui subsistait depuis long-temps entre

la Perse et l'empire. Le philosophe Métrodore, dont on connaît déja[76]

les voyages dans l'Éthiopie, qu'on appelait à cette époque l'Inde

intérieure, en entreprit d'autres dans l'Inde ultérieure pour visiter

les Brahmanes et observer leurs mœurs et leurs pratiques de frugalité

et de vertu. Pendant son séjour dans l'Inde, Métrodore leur enseigna

l'art de construire des moulins à eau et des bains; ils en furent si

reconnaissants, qu'ils lui ouvrirent leurs sanctuaires et lui permirent

de les visiter. Métrodore abusa de la confiance de ces philosophes,

il enleva de leurs temples des perles et des pierres précieuses en

quantité: il en reçut aussi beaucoup du roi des Indes, qui désirait

qu'elles fussent offertes de sa part à Constantin. Lorsque Métrodore

revint à Constantinople, il présenta ces objets précieux à l'empereur,

qui en fut enchanté; mais ce fut en son propre nom, cachant qu'elles

venaient du prince indien. Il ne borna pas là ses impostures, il ajouta

qu'il aurait apporté une plus grande quantité de ces pierres, si elles

ne lui avaient pas été ravies par les Perses, lorsqu'il traversait leur

pays pour rentrer dans l'empire. Constantin fut transporté de colère

par ce mensonge, et aussitôt il écrivit au roi de Perse, se plaignant

amèrement de l'enlèvement des objets précieux, dont il demandait la

restitution. Cette lettre qui dut surprendre Sapor, resta sans réponse;

et bientôt, comme on le verra sous l'année suivante, la guerre éclata

entre les deux états.[77]]--S.-M.

[Note 76: Voyez ci-devant, livre IV, § 65.]

[Note 77: J'ignore pourquoi Lebeau, et avant lui Crévier, n'ont fait

aucune mention de cette circonstance intéressante; auraient-ils eu des

doutes sur la véracité de Cédrénus, historien assez moderne il est

vrai, mais qui n'a pu certainement inventer un pareil fait et dont

l'exactitude est d'ailleurs, en ce point, attestée par le témoignage

d'Ammien Marcellin. Ce dernier auteur en parlant de la guerre

entreprise par Julien contre les Perses, fait mention des mensonges de

Métrodore et de leurs conséquences; il est vrai qu'il semble placer

la guerre dont il s'agit, sous le règne de Constance, mais je ne

crois pas qu'une mention faite en passant, et où il peut y avoir une

légère faute de copiste, doive l'emporter sur le récit détaillé de

Cédrénus. Quoiqu'il en soit, voici ce que dit Ammien Marcellin. _Sed

Constantium ardores Parthicos succendisse, cum Metrodo rimendaciis

avidiùs acquiescit._ C'en est assez pour assurer le certitude du fait

en lui-même.--S.-M.]

[Note latérale: XXXVI. Rappel d'Arius.]

[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 11.]]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 14 et 25.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 20.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 16 et 27.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: Vit. Athan. apud Phot. cod. 257.]

[Note latérale: Baronius, ann. 327.]

[Note latérale: Fuhrm. de bapt. Const. part. 1, p. 54.]

Tandis que la joie de ces fêtes se répandait dans tout l'empire, le

bannissement d'Athanase tenait l'église dans les larmes, et la mort

terrible d'Arius en faisait verser à ses sectateurs. Nous avons laissé

cet hérésiarque en exil aussi bien qu'Eusèbe de Nicomédie et leurs

adhérents déclarés. Il faut reprendre le fil de leurs intrigues,

et montrer par quels artifices ils vinrent à bout de surprendre

l'empereur, jusqu'à l'armer contre ceux-mêmes qu'il avait toujours

respectés comme les défenseurs de la foi orthodoxe. Constantia veuve de

Licinius et sœur de l'empereur, avait auprès d'elle un prêtre, arien

déguisé, qui ayant commencé par faire sa cour aux eunuques, s'était

ensuite par leur moyen rendu maître de l'esprit de la princesse. Ce

n'était pas un de ces directeurs vains et impérieux, dont la tyrannie

les expose à de fâcheux retours. Celui-ci doux, flatteur, rampant,

plus jaloux du solide que de l'éclat, gouverna d'abord Constantia,

et ensuite l'empereur même, avec si peu de bruit, que l'histoire

ignore son nom, et ne le fait connaître que par ses œuvres. Quelques

modernes, sans beaucoup de fondement, le confondent avec Acacius,

surnommé _le borgne_, qui fut évêque de Césarée après Eusèbe. Dans les

funestes tragédies qui suivirent, ce fut cet inconnu, qui toujours

caché derrière la scène, donnait par des ressorts imperceptibles le

mouvement à toute la cour. Il ne lui fut pas difficile de persuader à

la princesse, qu'Arius était l'innocente victime de l'envie. Constantia

tomba malade; et son frère, attendri par son état, plus encore par

ses malheurs dont il était lui-même la cause, lui rendait des

visites assidues. Comme elle était sur le point de mourir: «Prince,

lui dit-elle, en lui montrant ce prêtre, je vous recommande ce saint

personnage; je me suis bien trouvée de ses sages conseils; donnez-lui

votre confiance: c'est la dernière grace que je puis obtenir de vous,

et c'est pour votre salut que je la demande. Je meurs, et toutes les

affaires de ce monde vont me devenir étrangères; mais je crains pour

vous la colère de Dieu: on vous séduit; n'êtes-vous pas coupable de

vous prêter à la séduction et de tenir en exil des hommes justes et

vertueux?» Ces paroles pénétrèrent le cœur de Constantin affaibli par

la douleur: l'imposteur s'y établit aussitôt et s'y maintint jusqu'au

dernier soupir du prince. Le premier effet de cette confiance fut le

rappel d'Arius. L'empereur se laissa insinuer que sa doctrine était

celle du concile même; qu'on ne le traitait en criminel que parce qu'on

ne voulait pas l'entendre; que si on lui permettait de se présenter

au prince, il le satisferait pleinement par sa soumission aux décrets

de Nicée. _Qu'il vienne donc_, dit l'empereur, _et s'il fait ce que

vous promettez, je le renverrai avec honneur à Alexandrie_. On mande

aussitôt Arius; mais ce rusé politique, guidé sans doute par son

protecteur secret, affecta de douter de la réalité des ordres du

prince, et resta dans son exil. Constantin, ardent dans ses désirs,

lui écrit lui-même avec bonté, lui fait des reproches de son peu

d'empressement, lui ordonne de se servir des voitures publiques, et

lui promet l'accueil le plus favorable. C'était à ce degré de chaleur

qu'Arius voulait amener le prince: il part sur-le-champ, se présente à

l'empereur, et lui en impose par une profession de foi équivoque.

[Note latérale: XXXVII. Retour d'Eusèbe et de Théognis.]

Le retour d'Arius entraînait celui de ses partisans: aussi Eusèbe

et Théognis ne s'oublièrent pas; mais pour varier la scène, ils

prirent un autre tour. Ils s'adressèrent aux principaux évêques

catholiques. Ils s'excusaient de n'avoir pas souscrit à l'anathème,

sur la connaissance particulière qu'ils avaient de la pureté des

sentiments d'Arius; ils protestaient de la parfaite conformité de leur

doctrine avec la décision de Nicée: _Ce n'est pas_, disaient-ils,

_que nous supportions notre exil avec impatience; ce n'est que le

soupçon d'hérésie qui nous afflige; c'est l'honneur de l'épiscopat qui

nous fait élever la voix; et puisqu'on a rappelé celui qu'on regarde

comme l'auteur de la discorde, puisqu'on a bien voulu entendre ses

défenses, jugez s'il serait raisonnable que par notre silence nous

parussions nous reconnaître coupables_. Ils priaient les évêques de

les recommander à l'empereur, et de lui présenter leur requête. La

circonstance était favorable, et la demande paraissait juste. Ils

revinrent la troisième année de leur exil, et rentrèrent triomphants

en possession de leurs églises, d'où ils chassèrent les deux évêques

qu'on leur avait substitués. Eusèbe fut plus adroit dans la suite à

masquer son hérésie: toujours acharné sur les catholiques, il sut

couvrir la persécution sous des prétextes spécieux, et ne se déclara

ouvertement Arien qu'après la mort de Constantin. Bientôt, pour le

malheur de l'église, il regagna les bonnes graces du prince; et l'on

ne peut s'empêcher d'être surpris que les couleurs affreuses, sous

lesquelles l'empereur avait dépeint ce prélat trois ans auparavant dans

sa lettre aux habitants de Nicomédie, se fussent si tôt effacées de son

esprit. La lettre prouve que les impressions étaient bien vives dans

Constantin; et le prompt retour de sa faveur, qu'elles n'étaient pas

bien profondes. Eusèbe s'était emparé du cœur de Constance, le fils

bien-aimé de l'empereur; il n'en fallait pas davantage pour disposer de

toute la cour. Le reste de l'histoire de Constantin n'est qu'un tissu

de fourberies de la part des Ariens, de faiblesses et d'illusions de la

part du prince. Arius, malgré son habileté à se déguiser, ne trouva pas

la même facilité dans Athanase. En vain s'efforça-t-il de rentrer dans

la communion de son évêque; celui-ci refusa constamment de le recevoir,

quelque instance que lui en fit Eusèbe, qui lui écrivit même à ce sujet

les lettres les plus menaçantes.

[Note latérale: XXXVIII. Déposition d'Eustathius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 23 et 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 21.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 18 et 19.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

Pour intimider Athanase, et le priver en même temps du plus ferme

appui qu'il eût dans l'église, Eusèbe fit tomber les premiers éclats

de l'orage sur Eustathius, évêque d'Antioche. Il s'était élevé une

dispute fort vive entre cet illustre prélat et Eusèbe de Césarée.

Eustathius accusait Eusèbe d'altérer la foi de Nicée; Eusèbe de son

côté attribuait à Eustathius l'erreur de Sabellius. Eusèbe de Nicomédie

voulut terminer cette querelle à l'avantage de son ami, par un coup de

foudre. Il dressa son plan, et pour en cacher l'exécution à l'empereur,

il feignit d'avoir un grand désir d'aller en dévotion à Jérusalem, et

d'y visiter l'église célèbre que le prince y faisait bâtir. Il sort de

Constantinople en grand appareil, accompagné de Théognis, son confident

inséparable. L'empereur leur fournissait les voitures publiques, et

tout ce qui pouvait honorer leur voyage. Les deux prélats passent

par Antioche; Eustathius les reçoit avec une cordialité vraiment

fraternelle: de leur côté, ils n'épargnent pas les démonstrations de la

plus sincère amitié. Arrivés à Jérusalem, ils s'ouvrent de leur dessein

à Eusèbe de Césarée et à plusieurs autres évêques ariens, et forment

leur complot. Tous ces prélats les accompagnent comme par honneur dans

leur retour à Antioche. Dès qu'ils sont dans la ville, ils s'assemblent

avec Eustathius et quelques évêques catholiques qui n'étaient pas

dans le secret, et donnent à leur assemblée le nom de concile. A

peine avait-on pris séance, qu'ils font entrer une courtisane, qui,

portant un enfant à la mamelle, s'écrie qu'Eustathius est le père

de cet enfant. Le saint prélat, rassuré par sa conscience et par sa

fermeté naturelle, ordonne à cette femme de produire des témoins; elle

répond avec impudence, qu'on n'en appela jamais pour commettre un

pareil crime. Les Ariens lui défèrent le serment; elle jure à haute

voix qu'elle a eu cet enfant d'Eustathius: et sur-le-champ ces juges

équitables, sans autre information ni autre preuve, prononcent la

sentence de déposition contre Eustathius[78]. Les évêques catholiques

étonnés d'une procédure aussi irrégulière réclament en vain contre ce

jugement: Eusèbe et Théognis volent à Constantinople pour prévenir

l'empereur, et laissent leurs complices assemblés à Antioche.

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 29 / 40 段