la Thrace et sur les bords du Danube, une diversion s'était opérée
sur un autre point en faveur des Romains. L'empereur se rappelant
des relations d'amitié qui avaient existé autrefois entre son père
Constance et les Chersonites[62], peuple grec qui avait conservé une
existence indépendante au milieu des Barbares de la Tauride, il eut
l'idée de s'adresser à leur république pour en obtenir des secours. La
situation de leur pays était tout-à-fait avantageuse pour attaquer les
Goths, sur leur propre territoire. La proposition de Constantin fut
bien accueillie par Diogène, fils de Diogène, qui était à cette époque
chef et _stéphanéphore_[63] de Cherson[64]. Un armement fut préparé;
on envoya aussitôt des chars de guerre et des arbalétriers[65] sur les
bords du Danube, où les Goths furent défaits par les Chersonites.
Constantin, touché du service que ces Grecs lui avaient rendu, manda
après la guerre leurs chefs dans la ville impériale, où il les combla
d'honneurs et de distinctions flatteuses. Il ne borna pas là sa
reconnaissance; des distributions de vivres et de matériaux, pour la
construction de machines de guerre, furent faites aux Chersonites, qui
obtinrent en outre pour leurs bâtiments de commerce, et pour tous les
particuliers de leur nation, des immunités et de grands priviléges dans
toutes les parties de l'empire.]--S.-M.
[Note 62: La ville de Cherson nommée d'abord _Chersonesus_, avait
été fondée par une colonie venue d'Héraclée en Bithynie, dont elle
avait aussi porté le nom. Long-temps indépendante et riche par son
commerce, elle fut obligée, pour échapper à la domination des Scythes,
de se mettre, environ un siècle avant notre ère, sous la protection
du célèbre Mithridate Eupator, roi de Pont, qui prit le titre de
_Prostate_ de cette ville (Strab., l. 7, p. 308). Elle fut ensuite
soumise aux rois du Bosphore; et plus tard, au premier siècle de notre
ère, elle avait recouvré sa liberté, par l'intervention des Romains
(Plin., IV, c. 12).--S.-M.]
[Note 63: Στεφανηφοροῦντος και πρωτέυοντος τος τῆς Χερσωνιτών Διογένους
του Διογένους. Presque toutes les colonies grecques répandues dans la
Chersonèse taurique et sur les côtes de la mer Noire, étaient d'origine
ionienne et pour la plupart venues de Milet. Le premier magistrat de
cette ville avait le titre de _Stéphanéphore_, ou _Porte-Couronne_, ce
qui se pratiquait aussi dans d'autres cités ioniennes. On ne doit donc
pas être surpris de voir désigné de la même façon le suprême magistrat
d'une république, qui, quoique d'origine dorienne, étant environnée
partout de républiques ioniennes, a pu imiter leurs usages.--S.-M.]
[Note 64: Gibbon (t. III, p. 449) a confondu les habitants de la
ville de Cherson, l'antique _Chersonesus_, avec les peuples de la
Chersonèse taurique. S'il avait lu avec plus d'attention le chapitre
de Constantin Porphyrogénète, d'où ce récit est tiré, il y aurait vu
que cet auteur distingue bien la république de Cherson, du reste de la
presqu'île Taurique, possédée alors par les rois du Bosphore cimmérien,
et que la ville de Cherson fournit seule des secours aux Romains.
L'historien anglais se trompe encore en disant que le stéphanéphore des
Chersonites était un magistrat perpétuel, tandis qu'il est si facile
de reconnaître, par la grande quantité des stéphanéphores de Cherson
mentionnés par Constantin Porphyrogénète, que ces magistrats étaient
annuels, comme presque tous ceux qui gouvernaient les républiques
grecques.--S.-M.]
[Note 65: Τὰ πολεμικὰ άρματα καὶ τὰς χειροβολίσρας. On entend par
ce dernier mot des balistes qui se manœuvraient avec la main, par
conséquent une espèce d'arbalète.--S.-M.]
[Note latérale: XVII. Sarmates vaincus.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]
Les Sarmates délivrés des Goths attaquèrent leurs libérateurs[66]. Ils
firent des courses sur les terres des Romains: tant l'amour du pillage
était chez ces Barbares supérieur à tout autre sentiment. L'empereur
les fit repentir de cette ingratitude: ils furent défaits par lui-même
ou par son fils[67]. Ce fut le dernier exploit de Constantin: pendant
les quatre ans et demi qu'il vécut encore, son repos ne fut troublé que
par une incursion des Perses. Ceux-ci l'obligèrent, la dernière année
de sa vie, à faire des préparatifs de guerre, que sa mort interrompit.
[Note 66: Gibbon suppose (t. III, p. 450) que cette guerre fut produite
parce que Constantin avait retranché aux Sarmates une partie de la
gratification que ses prédécesseurs leur avaient accordée. On ne trouve
rien de pareil dans les auteurs; on y voit, au contraire, qu'après sa
victoire et pour punir les Sarmates des ravages qu'ils avaient commis,
il leur ôta les sommes qu'on était dans l'usage de leur donner.--S.-M.]
[Note 67: Nous avons en mémoire de ces succès des médailles avec la
légende SARMATIA. DEVICTA. Voy. Eckhel, _Doct. num. vet._, t. VIII, p.
87.--S.-M.]
[Note latérale: AN 333.]
[Note latérale: XVIII. Delmatius consul.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 285, 286.]
[Note latérale: Auson. Prof. 16.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. tome 6, p. 357.]
[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 14, c. 1.]
[Note latérale: Till. art. 71 et 85.]
[Note latérale: Idem. n. 61.]
[Note latérale: [Liban. t. 2, or. 3, p. 108, 109 et 110; or. 7, p. 217;
or. 10, p. 262.]]
Jusqu'à cette entière tranquillité de l'empire, Constantin avait écarté
ses frères des affaires publiques. Peut-être était-ce l'effet d'une
défiance politique. Il est étonnant que des princes, qui avaient sur
Constantin l'avantage d'être nés dans la pourpre, aient été assez
dociles pour ne jamais se départir de l'obéissance pendant le cours
d'un long règne. C'était le premier exemple de fils d'empereurs, qui
fussent restés dans l'état de particuliers. Le testament de leur père
qui les avait exclus du gouvernement, loin d'étouffer leur ambition,
n'eût fait qu'aigrir leur jalousie, si la douceur de leur naturel, et
les précautions que prit apparemment Constantin ne les eussent tenus
dans la dépendance. Comme ils étaient demeurés orphelins fort jeunes,
il fut le maître de leur éducation; et l'on ne peut douter qu'il ne
les ait élevés dans la subordination qu'il désirait de leur part.
Ils vécurent long-temps éloignés de la cour, tantôt à Toulouse, où
ils honorèrent de leur amitié le rhéteur [Æmilius Magnus] Arborius,
tantôt à Corinthe. Selon Julien, Hélène leur belle-mère ne les aimait
pas; elle les tint, tant qu'elle vécut, dans une espèce d'exil.
Enfin Constantin les rapprocha de sa personne, et l'an 333 il nomma
Delmatius consul avec Xénophile. Peu de temps après, il le créa
censeur. L'autorité de cette ancienne magistrature avait été, comme
celle de toutes les autres, absorbée par la puissance impériale: le
titre même en était depuis long-temps aboli. L'empereur Décius l'avait
fait revivre en faveur de Valérien, qui n'avait pas eu de successeur
dans la censure; elle s'éteignit pour toujours dans la personne de
Delmatius. Il eut deux fils, dont l'aîné, de même nom que lui, jette de
l'équivoque dans son histoire. On le confond avec son père, et un grand
nombre d'auteurs attribuent au fils le consulat de cette année.
[Note latérale: XIX. Peste et famine en Orient.]
[Note latérale: Hier. chron. Theoph. p. 23.]
L'empereur la passa à Constantinople jusqu'au mois de novembre: il
fit alors en Mésie un voyage dont on ignore le sujet. Le repos que lui
procurait la paix fut troublé par des fléaux plus terribles que la
guerre. Salamine, dans l'île de Cypre, fut renversée par un tremblement
de terre, et quantité d'habitants périrent dans ses ruines. La peste
et la famine désolèrent l'Orient, surtout la Cilicie et la Syrie. Les
paysans du voisinage d'Antioche, s'étant attroupés en grand nombre,
venaient comme des bêtes féroces pendant la nuit se jeter dans la
ville, et entrant de force dans les maisons, pillaient tout ce qui
était propre à la nourriture: bientôt enhardis par le désespoir ils
accouraient en plein jour, forçaient les greniers et les magasins.
L'île de Cypre était en proie aux mêmes violences. Constantin envoya
du blé aux églises pour le distribuer aux veuves, aux orphelins, aux
étrangers, aux pauvres et aux ecclésiastiques. L'église d'Antioche en
reçut trente-six mille boisseaux.
[Note latérale: XX. Mort de Sopater.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 5.]
[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 21-25, ed. Boiss.]
[Note latérale: Suid. Σώπατρος.]
C'est peut-être au temps de cette famine, qu'il faut rapporter la
mort de Sopater: elle arriva dans les dernières années de Constantin.
C'était un philosophe natif d'Apamée, attaché à l'école platonicienne
et à la doctrine de Plotin. Après la mort d'Iamblique son maître,
comme il était éloquent et présomptueux, il crut que la cour était
le seul théâtre digne de ses talents. Il se flatta même de servir le
paganisme dont il était fort entêté, et d'arrêter le bras de l'empereur
qui foudroyait toutes les idoles. Si l'on en veut croire Eunapius son
admirateur, Constantin le goûta tellement qu'il ne pouvait se passer
de lui, et qu'il le faisait asseoir à sa droite dans les audiences
publiques. Ce grand crédit, ajoute Eunapius, alarma les favoris. La
cour allait devenir philosophe; ce rôle les eût embarrassés; il était
plus court de perdre le réformateur: ils le firent, et cet homme rare
fut, comme Socrate, victime de la calomnie. On répandit le bruit
dans Constantinople que Sopater était un grand magicien. La disette
affligeait alors la ville, parce que les vents contraires fermaient
le port aux vaisseaux qui apportaient le blé d'Alexandrie, et qui ne
pouvaient y entrer que par un vent du midi. Le peuple affamé s'assembla
au théâtre; mais au lieu des acclamations dont il avait coutume de
saluer l'empereur, ce n'était qu'un morne silence. Constantin, encore
plus affamé d'éloges, en était désespéré. Les courtisans prirent ce
moment pour lui insinuer que c'était Sopater qui tenait le vent du midi
enchaîné par ses sortilèges. Le prince crédule lui fit sur l'heure
trancher la tête. Le chef de cette cabale était Ablabius, préfet du
prétoire, à qui la gloire du philosophe portait ombrage. Tout ce récit
sent l'ivresse d'un sophiste, qui dans l'ombre de son école compose un
roman sur des intrigues de cour. Suidas dit simplement que Constantin
fit mourir Sopater pour faire connaître l'horreur qu'il avait du
paganisme; et il blâme ce prince par une raison excellente, c'est que
ce n'est pas la force, mais la charité qui fait les chrétiens. Si l'on
veut rendre justice à Constantin, on devinera aisément que ce fanatique
téméraire, qui avait porté à la cour un zèle outré pour l'idolâtrie,
se sera laissé emporter à quelque trait d'insolence, ou même à quelque
complot criminel, qui méritait la mort.
[Note latérale: XXI. Ambassades envoyées à Constantin.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 8 et l. 4, c. 7.]
Tout le monde connu retentissait du nom de Constantin. Ce prince
travaillait avec ardeur à la conversion des rois barbares, et
ceux-ci s'empressaient à leur tour de lui envoyer des présents; ils
recherchaient son amitié, et lui dressaient même des statues dans leurs
états. On voyait dans son palais des députés de tous les peuples de la
terre: des Blemmyes, des Indiens, des Éthiopiens. Ils lui présentaient,
comme un hommage de leurs monarques, ce que la nature ou l'art
produisaient de plus précieux dans leurs pays: des couronnes d'or,
des diadèmes ornés de pierreries, des esclaves, de riches étoffes,
des chevaux, des boucliers, des armes. L'empereur ne se laissait
pas vaincre en magnificence; non content de surpasser ces rois dans
les présents qu'il leur envoyait à son tour, il enrichissait leurs
ambassadeurs; il conférait aux plus distingués des titres de dignités
romaines; et plusieurs d'entre eux, oubliant leur patrie, restèrent à
la cour d'un prince si généreux.
[Note latérale: XXII. Lettre de Constantin à Sapor.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 8 et seq.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 25.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 8-15.]
Le plus puissant de tous ces rois était Sapor qui régnait en Perse.
Constantin prit occasion de l'ambassade que lui envoyait ce prince,
pour tenter de l'adoucir en faveur des chrétiens. Sapor, animé
contre eux par les mages et par les Juifs, les chargeait de tributs
accablants. Il préparait dès lors cette horrible persécution qui dura
une grande partie de son règne[68], et dans laquelle il détruisit
les églises et fit mourir tant d'évêques, tant de prêtres, et une
quantité innombrable de chrétiens de tout âge, de tout sexe, de
toute condition. Il n'épargna pas même Usthazanès[69], vieillard
vénérable qui avait été son gouverneur, et qui devait lui être cher
par l'ancienneté et la fidélité de ses services. Constantin, affligé
du malheureux sort de tant de fidèles, sentit que le moyen de leur
procurer du soulagement, n'était pas d'aigrir par des reproches ou
des menaces un prince hautain et jaloux de son pouvoir absolu. Il
accorda à ses ambassadeurs toutes leurs demandes, et écrivit au roi
une lettre où, sans paraître instruit des desseins cruels de Sapor, il
se contente de lui recommander les chrétiens, protestant qu'il prendra
sur son compte tout ce que le roi voudra bien faire en leur faveur; il
l'exhorte à ménager une religion si salutaire aux souverains. Il lui
met sous les yeux, d'un côté, l'exemple de Valérien persécuteur que
Dieu avait puni par le ministère de Sapor I; de l'autre, les victoires
que Dieu lui a fait remporter à lui-même sous l'étendard de la croix.
Cette lettre ne fit aucun effet sur l'ame farouche du roi de Perse.
[Note 68: Cette persécution commença en la 117^e année du règne des
Sassanides en Perse, la 31^e de Sapor, 342 et 343 de l'ère chrétienne.
On peut en voir le récit dans l'Histoire ecclésiastique de Sozomène
(l. 2, c. 9-14). Nous possédons, en langue syriaque, les actes des
principaux martyrs qui succombèrent alors; ils ont été rédigés au
cinquième siècle, par Maruta, évêque de Miafarekin ou Martyropolis dans
la Sophène. Le savant E. Evode Assemani les a fait imprimer avec une
version latine, en deux volumes in-folio. Rome, 1748.--S.-M.]
[Note 69: Ou plutôt _Ustazad_. C'est un nom persan dont le sens est
_Fils du maître ou du docteur_.--S.-M.]
[Note latérale: [Soz. l. 2, c. 9.]
[Note latérale: Act. martyr. Syr. Assem. t. 1, p. 20.] ]
--[On voit par les auteurs syriens et par la nombreuse liste des
siéges épiscopaux de la Perse, tous occupés par des évêques syriens,
que la foi chrétienne[70] avait fait un grand nombre de prosélytes
dans ce royaume, et surtout parmi la population syrienne qui y était
très-nombreuse. Les persécutions des empereurs contribuèrent peut-être
à la répandre dans la Perse, en intéressant la politique du souverain
de ce pays à laisser aux chrétiens une pleine liberté dans l'exercice
de leur culte, malgré le caractère tout-à-fait exclusif de la doctrine
de Zoroastre, professée par les monarques persans. Il n'en fut plus
de même après la conversion de Constantin. La position politique des
chrétiens fut tout-à-fait changée. Les rois de Perse purent croire que,
dans les guerres fréquentes qui divisaient les deux empires, leurs
sujets chrétiens seraient plus disposés à favoriser les Romains et
des souverains de leur religion. Ces motifs se conçoivent sans peine;
ils sont plusieurs fois allégués par Sapor dans ses persécutions,
et il est permis de croire qu'ils ne furent pas toujours dépourvus
de fondement: ils fournirent au moins des prétextes plausibles aux
accusations des Juifs et des mages, qu'on donne pour les instigateurs
de ces persécutions. Telles sont les raisons qui peuvent jusqu'à un
certain point justifier la conduite de Sapor, conduite si différente de
celle des rois ses prédécesseurs. Le changement religieux arrivé dans
l'empire romain, eut de même une grande influence sur les relations
politiques des rois d'Arménie. Ces princes, qui étaient depuis trois
siècles les utiles alliés des Romains, ne maintenaient qu'avec
peine une indépendance toujours menacée par les rois de Perse, qui
s'emparèrent plusieurs fois de leurs états. Le christianisme qu'ils
embrassèrent et auquel ils se montrèrent très-attachés, éleva une
barrière insurmontable entre les Persans et leurs sujets. Il rendit
plus fréquentes et plus acharnées les guerres qui survinrent entre les
deux royaumes, et il contribua à leur donner un caractère national
qu'elles n'avaient jamais eu auparavant; il attacha davantage les
Arméniens au parti des Romains, et il acheva d'en faire une nation
particulière, qui a conservé son existence jusqu'à nos jours. Sans le
christianisme, les Arméniens en perdant leur indépendance, n'auraient
pas tardé à se confondre avec les Persans. Les dissensions qui
survinrent plus tard entre les chrétiens, et les diverses sectes qui
naquirent alors, produisirent un autre changement dans la politique
des successeurs de Sapor; les persécutions devinrent plus rares
et moins sanglantes, et elles ne frappèrent presque plus que les
catholiques, et uniquement parce qu'on les regardait comme favorables
aux Romains. Les mêmes motifs qui avaient porté les rois de Perse à
favoriser d'abord, puis à persécuter les chrétiens, durent les engager
à protéger les sectaires qui étaient poursuivis dans l'empire. Aussi
les sectes Nestorienne et Jacobite se propagèrent avec tant de sécurité
dans leurs états, qu'elles finirent par y gagner presque toute la
population chrétienne. Il paraît qu'elles furent secondées dans leurs
efforts par les monarques eux-mêmes qui, comme on le verra dans la
suite, attachèrent toujours une grande importance à ce que leurs sujets
chrétiens suivissent une autre doctrine, que celle qui était adoptée
dans l'empire.]--S.-M.
[Note 70: L'Adiabène, province de la Perse située sur les bords du
Tigre, dans les environs de Ninive au midi de l'Arménie, était presque
toute chrétienne, au rapport de Sozomène, l. 2, c. 12: Κλίμα δέ τοῦτο
περσικὸν ώς έπίπαν χριστανίζον.--S.-M.]
[Note latérale: XXIII. Préparatifs de guerre faits par les Perses.]
[Note latérale: Liban. Basilic. t. 2, p. 118, 119 et 120. ed. Morel.]
L'ambassade envoyée à Constantin par Sapor avait pour but d'obtenir
du fer, dont il avait besoin pour fabriquer des armes. Les Perses ne
s'étaient tenus en paix depuis la victoire de Galérius, que pour se
mieux disposer à la guerre. Ce fut pendant quarante ans leur unique
occupation. Ils attribuaient les mauvais succès précédents au défaut
de préparatifs. Ils amusaient les Romains par des ambassades et par
des présents, tandis qu'ils formaient des archers et des frondeurs,
qu'ils dressaient leurs chevaux, forgeaient des armes, amassaient
des trésors, laissaient à leur jeunesse le temps de se multiplier,
assemblaient grand nombre d'éléphants, exerçaient à la milice jusqu'aux
enfants. La culture des terres fut pendant ce temps-là abandonnée
aux femmes. La Perse était très-peuplée; mais elle n'avait point de
fer. Ils en demandèrent aux Romains, sous prétexte de ne s'en servir
que contre les Barbares leurs voisins. Constantin se doutait de leur
dessein; mais pour ne pas donner à Sapor occasion de rupture, se fiant
d'ailleurs en tout événement sur la supériorité de ses forces, il
leur en accorda. Ils en firent des javelots, des haches, des piques,
des épées, de grosses lances: ils couvrirent de fer leurs cavaliers
et leurs chevaux; et ce métal dangereux, obtenu de Constantin, servit
entre les mains des Perses à désoler la Mésopotamie et la Syrie, sous
l'empire de ses successeurs[71].
[Note 71: Libanius est le seul auteur qui ait donné de tels motifs
à l'ambassade de Sapor. Il est facile de concevoir que le désir de
procurer à ses états le libre commerce du fer, ait été pour quelque
chose dans la démarche du roi de Perse; mais on distingue sans
peine, dans ce récit, tout ce qui vient de l'imagination du rhéteur
d'Antioche.--S.-M.]
[Note latérale: XXIV. Constantin écrit à saint Antoine.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 14.]
[Note latérale: [Prosp. chr.]]
[Note latérale: Till. art. 72.]
Tous les honneurs que les nations étrangères s'empressaient de rendre
à l'empereur, ne le flattèrent pas autant que les lettres qu'il reçut
d'un solitaire, qui dans une caverne toute nue était plus indépendant
et plus riche que les plus grands rois. Constantin qui sentait
continuellement le besoin qu'il avait des secours du ciel, ne cessait,
même au milieu de la paix, de demander aux évêques leurs prières et
celles de leurs peuples. Il écrivit à S. Antoine caché aux extrémités
de l'empire dans les déserts de la Thébaïde. Il voulut que ses enfants
lui écrivissent aussi comme à leur père. Il le traitait avec le plus
grand honneur, et lui offrait de fournir abondamment à tous ses
besoins. Le saint, qui n'en connaissait aucun, n'était pas trop disposé
à lui répondre. Enfin, à la prière de ses disciples, il écrivit à
l'empereur et aux jeunes princes; mais loin de leur rien demander, il
leur donna des avis plus précieux que tous les trésors. Ses lettres
furent reçues avec joie. Il fit dans la suite plusieurs remontrances en
faveur de saint Athanase. Il est fâcheux pour la gloire de Constantin,
qu'une injuste prévention l'ait emporté dans son esprit sur le respect
qu'il portait au saint solitaire.
[Note latérale: XXV. Constant César.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Aur. Vict. de Cæs. p. 177.]
L'empereur termina cette année, en donnant, le 25 décembre, le nom
de César à Constant, le plus jeune de ses fils, qui était dans sa
quatorzième année. On rapporte que la nuit suivante le ciel parut tout
en feu. On devina après l'événement que ce phénomène avait été un
présage des malheurs que causerait et qu'éprouverait le nouveau César.
[Note latérale: XXVI. Consuls.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]
[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 45.]
[Note latérale: Buch. Cycl. p. 239.]
[Note latérale: Grut. inscr. p. 100, nº 6. p. 353, nº 4. p. 463, n. 3
et 4.]
[Note latérale: Reines. inscr. p. 67.]
L'année suivante 334 eut deux consuls distingués par leur naissance,
par leur mérite et par les dignités dont ils avaient déja été honorés.
Le premier était L. Ranius Acontius Optatus. Il avait été proconsul de
la Narbonnaise, lieutenant de l'empereur dans l'Asturie et la Galice,
et ensuite dans l'Asie, préteur, tribun du peuple, questeur de Sicile,
sans compter d'autres magistratures, que plusieurs villes de l'Italie
lui avaient conférées. Les habitants de Nole lui érigèrent une statue
de bronze. Constantin le nomma patrice, et c'est le premier qu'on
sache avoir porté ce titre avec Julius Constance frère de l'empereur.
Quelques auteurs disent qu'après la mort de Bassianus il épousa
Anastasia; ce qui n'est pas aisé à croire, parce qu'il était païen:
ceux de Nole lui donnèrent l'intendance de leurs sacrifices.
L'autre consul fut Anicius Paulinus appelé _Junior_, pour le distinguer
de son oncle paternel, qui avait été consul en 325. Il fut préfet de
Rome dans l'année même de son consulat, et il posséda cette charge
pendant toute l'année suivante. Il avait déja été proconsul de l'Asie
et de l'Hellespont; et dans l'inscription d'une statue qui lui fut
élevée à Rome à la requête du peuple, avec l'agrément du sénat, de
l'empereur et des Césars, on loue sa noblesse, son éloquence, sa
justice, et son attention sévère à la conservation de la discipline. Il
fit cette année la dédicace d'une statue que le sénat et le peuple de
Rome érigèrent à Constantin.
[Note latérale: XXVII. Les Sarmates chassés par leurs esclaves.]
[Note latérale: Jornand. de reb. Get. c. 22.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 6.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Hieron. Chron.]
[Note latérale: [Idat. chron.]]