Dans le dessein de donner à sa ville tout le lustre de Rome, il lui

accorda de grands priviléges, entre autres celui qu'on appelait le

droit italique. C'était l'exemption de capitation et de taille, et le

droit de suivre dans les actes et dans les contrats les mêmes lois

et les mêmes coutumes que suivait l'Italie. Le peuple y fut divisé

comme à Rome, en curies et en tribus. Il institua la même distinction

entre les ordres, les mêmes magistrats, revêtus des mêmes droits et

des mêmes honneurs. Il y établit un sénat: mais quoique ces sénateurs

fussent créés sur le modèle de ceux de Rome, leur autorité ne fut

jamais égale. Les offices exercés pendant un certain temps dans la

cour des empereurs, y donnaient entrée. Selon quelques auteurs, ce

n'était qu'un sénat du second ordre, et les membres n'avaient que le

titre de _Clari_, au lieu que les sénateurs de Rome étaient appelés

_Clarissimi_. Thémistius va jusqu'à dire que, vingt-cinq ans après

Constantin, ce sénat avait encore si peu de considération, que

l'ambition d'y parvenir était taxée de folie; et du temps de Théodose

Ier, il avoue que ces sénateurs, qu'on appelait Pères Conscripts,

étaient fort au-dessous de ce titre. Ce n'est pas que les empereurs

n'eussent tâché de donner à leur sénat tout l'éclat qu'ils pouvaient

lui communiquer; mais ce ne fut jamais qu'une lumière réfléchie:

celui de Rome brillait de son propre fonds, et par l'antiquité de

sa noblesse. Cette distinction primordiale, entre les deux sénats,

se maintint dans l'opinion publique, malgré tous les efforts de la

puissance souveraine pour la faire disparaître. Ajoutez que les

empereurs firent tout pour relever le nouveau sénat, excepté la seule

chose qui peut vraiment illustrer une compagnie politique; ils ne lui

donnèrent aucune part dans le gouvernement, et ne le respectèrent pas

assez pour le rendre respectable à leurs sujets. Constantin fit une

espèce de partage entre Rome et Constantinople: il déclara celle-ci

capitale de toute l'étendue comprise du Septentrion au Midi, entre

le Danube et les extrémités de l'Égypte, et d'Occident en Orient,

entre le golfe Adriatique et les frontières de la Perse. Il y mit le

siége du préfet du prétoire d'Orient, et la détacha de la province

d'Europe[57], et de la métropole d'Héraclée, pour la juridiction civile

et ecclésiastique. Mais son église ne fut érigée en patriarchat qu'au

concile de Chalcédoine en 451; ce qui fut jusqu'au commencement du

treizième siècle un sujet de contestation entre cette église et celle

de Rome. Constance établit ensuite un préfet de la ville; et la coutume

s'introduisit que des deux consuls l'un résidât à Rome, l'autre à

Constantinople.

[Note 57: L'une des divisions administratives de la Thrace.--S.-M.]

[Note latérale: VI. Autres établissements.]

[Note latérale: Cod. Th. l. 13, t. 3.]

[Note latérale: Hist. Misc. l. 21, apud Murat. t. 1, p. 151.]

[Note latérale: Zonar. l. 14, t. 2, p. 52.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 36, 37.]

[Note latérale: Just. nov. 43 et 59.]

[Note latérale: Leon, nov. 12.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 2, c. 9, p. 150 et 151.]

[Note latérale: Till. art. 65.]

Le fondateur voulut encore que sa ville partageât l'empire des

sciences. Il y institua des écoles célèbres, dont les professeurs

jouissaient de grands priviléges. Elles subsistèrent jusqu'à Léon

l'Isaurien. La bibliothèque commencée par Constance, augmentée et

placée dans un bel édifice par Julien, mise par Valens sous la garde

de sept antiquaires, montait à cent vingt mille volumes quand elle

fut brûlée sous Basilisque. Zénon la rétablit, et elle était déja

fort nombreuse, lorsque ce même Léon, destructeur barbare de toute

science, comme il eût voulu l'être de toute orthodoxie, la fit

brûler avec le chef et les douze savants associés qui en avaient la

direction. Constantin s'était contenté de fournir les églises de

Constantinople d'exemplaires de l'Écriture sainte. Eusèbe nous donne

la lettre par laquelle ce prince le prie de faire copier sur du

parchemin bien préparé, par les plus habiles écrivains, cinquante de

ces exemplaires, et de les lui envoyer dans deux chariots, sous la

conduite d'un diacre de Césarée. Il chargea en même temps le receveur

général de la province de faire les avances nécessaires. Ses ordres

furent promptement exécutés, et l'empereur accoutumé à donner à ses

peuples la subsistance corporelle, distribua aux églises avec encore

plus de joie cette divine nourriture. Sa prévoyance s'étendit jusque

sur les morts. Pour leur procurer gratuitement la sépulture, il fit don

à l'église de Constantinople de neuf cent cinquante boutiques exemptes

de toute imposition. Le loyer, dont cette exemption augmentait la

valeur, était employé à gager un pareil nombre de personnes destinées

au soin des funérailles dont ils faisaient tous les frais. On les

appelait _Decani_, _Lecticarii_, _Copiatæ_. Ils étaient au rang des

clercs. L'empereur Anastase en augmenta le nombre jusqu'à onze cents.

Cette institution paraîtra peut-être de peu de conséquence, mais elle

épargnait aux pauvres un surcroît de larmes; et la sépulture de ceux

qui mouraient dans l'indigence, n'était plus pour leurs enfants un

second dommage.

[Note latérale: VII. Nouvel ordre politique.]

[Note latérale: Vict. epit. in Hadriano, p. 204.]

C'est au temps de la fondation de Constantinople, qu'on doit, ce me

semble, rapporter le nouvel ordre établi dans l'empire. Hadrien avait

introduit des changements dans les emplois, tant civils que militaires:

il avait réglé les offices de la maison des princes. Dioclétien et

Constantin y firent encore quelques innovations. Les détails ont

échappé à l'histoire: ces objets ne lui appartiennent en effet,

qu'autant qu'ils intéressent l'administration publique. Ce sont aussi

les seuls auxquels nous allons nous arrêter.

[Note latérale: VIII. Nouvelle division de l'empire.]

[Note latérale: Euseb. hist. eccl. l. 8, c. 13.]

Jusqu'à l'abdication de Dioclétien, l'empire n'avait formé qu'un corps

indivisible. Le partage qui se fit alors entre les deux empereurs et

les deux Césars, le sépara en quatre départements, dont chacun avait

son préfet du prétoire et ses officiers. Constantin et Licinius étant

restés seuls souverains, ce vaste empire ne fut plus divisé qu'en deux

parties: Constantin réunit à sa domination ce qu'avait d'abord possédé

Sévère, et ensuite Maxence; Licinius joignit à l'héritage de Galérius

tout l'Orient, après la défaite et la mort de Maximin. La première

guerre contre Licinius fit acquérir à Constantin la plus grande

partie de ce que son rival possédait en Europe; et par la seconde il

devint seul maître de tout l'empire. Le titre de capitale donné à

Constantinople, sans être ôté à la ville de Rome, produisit la nouvelle

division d'empire d'Orient et d'empire d'Occident: c'était à peu près

le même partage que celui des états de Constantin et de Licinius, avant

la bataille de Cibalis.

[Note latérale: IX. Quatre préfets du prétoire établis.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 33.]

[Note latérale: De la Barre, Mém. de l'Αcad. des Inscrip. t. 8, p. 450.]

[Note latérale: Giannone, Hist. de Naples, l. 2, c. 1.]

Constantin sentit bien que, pour faire obéir ces deux grands corps, et

les rendre, pour ainsi dire, plus flexibles, il était nécessaire de

les subdiviser encore. L'exemple de Dioclétien lui avait appris à ne

pas se donner des collègues ou des subalternes qui fussent eux-mêmes

souverains. Il se réserva la souveraineté toute entière, et se contenta

de créer quatre préfets du prétoire, au lieu des deux qui avaient

servi de lieutenants aux empereurs, depuis que la puissance avait été

réunie entre les mains de Constantin et de Licinius. Ces quatre préfets

avaient à peu près le même district qu'avaient eu les deux empereurs

et les deux Césars, selon la division de Dioclétien. Ces districts

étaient ceux d'Orient, d'Illyrie, d'Italie et des Gaules. Ils se

subdivisaient en plusieurs parties principales qu'on appelait diocèses,

dont chacun comprenait plusieurs provinces. L'Orient renfermait cinq

diocèses: l'Orient propre, l'Égypte, l'Asie, le Pont, la Thrace.

L'Illyrie n'en contenait que deux: la Macédoine et la Dacie. Sous le

nom de Macédoine était comprise toute la Grèce. Ces deux préfectures

formaient l'empire d'Orient. Celui d'Occident contenait les deux

autres. L'Italie comprenait trois diocèses: l'Italie propre, l'Illyrie

occidentale, et l'Afrique. Les Gaules en avaient le même nombre:

savoir, la Gaule proprement dite, la Bretagne, et l'Espagne à laquelle

était jointe la Mauritanie Tingitane. Chacun de ces diocèses était

gouverné par un vicaire du préfet, auquel les gouverneurs immédiats

des provinces étaient subordonnés. Le diocèse d'Italie avait seul deux

vicaires, dont l'un résidait à Rome, l'autre à Milan. Le rang des

gouverneurs variait aussi bien que leur nom, selon les divers ordres

de dignité qu'il avait plu à l'empereur d'établir entre les provinces.

Les plus considérables de celles-ci donnaient à leurs gouverneurs le

titre de consulaires; à la tête de celles du second rang étaient les

correcteurs; les présidents gouvernaient celles du dernier ordre.

[Note latérale: [Malal. l. 13, part. 2, p. 3 et 5.]

[Note latérale: Amm. l. 14, c. 8.]

[Note latérale: Reland. Palæstin. l. 1, c. 34.]]

[Constantin fit aussi quelques changements dans la division et la

circonscription des provinces de l'empire. La Commagène qui séparait la

Syrie de l'Osrhoène, et qui avait formé autrefois un état particulier,

fut séparée de la Syrie, avec quelques autres portions de territoire,

et elle fut érigée en province. L'Euphrate qui la bornait à l'Orient

dans toute sa longueur, lui fit donner le nom d'Euphratèse; elle fut

aussi appelée _Césareuphratense_, et la ville d'Hiérapolis, célèbre par

ses superstitions et par le culte qu'elle rendait à la grande déesse

des Syriens, sur lequel nous avons un traité curieux de Lucien, devint

la métropole de ce nouveau gouvernement. La troisième Palestine, ou

la Palestine salutaire, formée de l'ancienne Idumée et des portions

de l'Arabie qui s'étendent entre l'Égypte et la Syrie, ainsi que la

Phrygie salutaire, furent aussi des provinces de la création du même

empereur]--S. M.

[Note latérale: X. Des maîtres de la milice.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32, et 33.]

[Note latérale: Notit. Imp.]

[Note latérale: Till. art. 83.]

Les préfets du prétoire qui n'étaient dans leur institution que les

capitaines de la garde du prince, étaient devenus très-puissants dès le

règne de Tibère. C'étaient eux qui levaient, payaient, punissaient les

soldats; ils recueillaient les impôts par leurs officiers; ils avaient

le maniement de la caisse militaire, et l'inspection générale de la

discipline des armées. Les troupes leur étaient dévouées, parce qu'ils

les tenaient sous leur main. Constantin leur laissa la supériorité sur

les autres magistrats; mais il les désarma; il en fit des officiers

purement civils, de judicature et de finance. Il leur ôta l'autorité

directe sur les gens de guerre, qu'ils continuèrent pourtant de payer.

Pour remplir toutes les fonctions qui concernent le maintien de la

discipline, il créa deux maîtres de la milice, l'un pour la cavalerie,

l'autre pour l'infanterie. Ces deux emplois se réunirent dans la même

personne sous les enfants de Constantin; mais le nombre des maîtres de

la milice s'accrut ensuite; on en trouve jusqu'à huit dans la notice de

l'empire, faite du temps de Théodose le Jeune. Ils n'avaient au-dessus

d'eux dans l'ordre des dignités, que les consuls, les patrices, les

préfets du prétoire et les deux préfets de Rome et de Constantinople.

Zosime accuse Constantin d'avoir affaibli la discipline, en séparant

l'emploi de payer les troupes du droit de les punir: ces deux fonctions

réunies auparavant dans le préfet du prétoire, contenaient les soldats

dans le devoir, en leur faisant appréhender le retranchement de leur

solde. Un autre inconvénient, selon lui, qui me paraît plus réel,

c'est que ces nouveaux officiers, et plus encore leurs subalternes,

dévoraient par de nouveaux droits la substance du soldat.

[Note latérale: XI. Patrices.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]

[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 2, p. 75.]

[Note latérale: Ducange, Gloss. Lat. Patricius.]

Pour rabaisser d'un degré les préfets du prétoire, et diminuer d'autant

leur puissance et leur fierté, l'empereur institua une nouvelle dignité

qu'il éleva au-dessus d'eux: c'était celle des patrices. Ce n'était

qu'un honneur sans fonction. Le patrice cédait le rang aux consuls;

mais il conservait ordinairement ce titre pendant toute sa vie. Il

pouvait y en avoir plusieurs: Aspar, sous Théodose le Jeune, est appelé

le premier des patrices.

[Note latérale: XII. Des ducs et des comtes.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 33.]

[Note latérale: Aurel. Vict. Proc. Ædif. l. 4, c. 7.]

[Note latérale: Amm. l. 27, c. 5.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 1.]

[Note latérale: Pancirol. in notit. or. c. 4, 36, 139.]

[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 2, p. 101.]

[Note latérale: Till. art. 84.]

Sous les empereurs précédents, le nom de duc qui, dans l'origine,

signifiait un chef, un conducteur, avait été particulièrement appliqué

aux commandants des troupes distribuées sur les frontières, pour les

défendre contre les incursions des Barbares. Ces troupes, placées de

distance en distance dans des camps retranchés et dans des forts,

formaient comme une barrière autour de l'empire. Zosime loue Dioclétien

d'avoir fortifié cette barrière, et reproche à Constantin de l'avoir

dégarnie, en retirant une grande partie des soldats dans des villes

qui n'avaient pas besoin de garnison: ce qui causa, dit-il, plusieurs

maux en même temps; l'entrée fut ouverte aux Barbares; les soldats

par leurs rapines et leur insolence vexèrent les villes jusqu'à en

faire déserter plusieurs, et les villes par leurs délices et leurs

débauches énervèrent les soldats. Mais d'autres auteurs, même païens,

louent ce prince d'avoir multiplié les forts des frontières; et

l'histoire en nomme entre autres un des plus considérables, qu'elle

appelle _Daphné de Constantin_, qu'Ammien Marcellin place au-delà,

Procope en-deçà du Danube dans la seconde Mésie[58]. Les ducs, dont

nous parlons, veillaient chacun à la défense d'une frontière. C'était

une dignité supérieure à celle de tribun; ils étaient perpétuels;

et afin de les attacher au département qu'ils défendaient, on leur

assignait aussi-bien qu'à leurs soldats les terres limitrophes des

Barbares, avec les esclaves et les bestiaux nécessaires pour les mettre

en valeur. Ils les possédaient en toute franchise, avec droit de les

faire passer à leurs héritiers, à condition que ceux-ci porteraient

les armes. Ces terres s'appelaient _bénéfices_; et c'est, selon un

grand nombre d'auteurs, le plus ancien modèle des fiefs. Quelques-uns

de ces commandants de frontière furent honorés par Constantin du titre

de comte, plus relevé alors que celui de duc. Les comtes étaient

d'ancienne institution: dès le temps d'Auguste on voit des sénateurs

choisis par le prince pour l'accompagner dans ses voyages, et pour lui

servir de conseil. Ils furent ensuite distingués en trois ordres, selon

le plus ou le moins d'accès qu'ils avaient auprès du prince: on les

appelait _comites Augusti_; ce qui ne désignait qu'un emploi. On en fit

ensuite une dignité. Ce titre fut donné aux principaux officiers du

palais, au gouverneur du diocèse d'Orient, et à plusieurs de ceux qui

commandaient les armées dans les provinces.

[Note 58: Des médailles avec la légende CONSTANTIANA. DAFNE. furent

frappées en mémoire de la fondation de cette forteresse. La Notice

de l'empire fait mention de corps de troupes soumises au maître de

la milice de Thrace, nommée _Balistarii Dafnenses_ et _Constantini

Dafnenses_. Ils étaient sans doute chargés de la défense de la même

place. Elle fut probablement construite après les victoires remportées

par Constantin sur les Goths. Voyez ci-après, § 16.--S.-M.]

[Note latérale: XIII. Multiplication des titres.]

[Note latérale: Pancirol. not. Or. c. 2.]

La qualité de _noble_ était depuis près d'un siècle attachée à la

personne des Césars. Celle de _nobilissime_ était née quelque temps

avant Constantin: il la donna à ses deux frères Julius Constance

et Hanniballianus, avec la robe d'écarlate brodée d'or. Ce nom fut

ensuite affecté aux fils des empereurs, qui n'avaient pas encore

celui de César. Ce fut vers ce temps-là qu'on vit se multiplier les

titres fastueux, qui s'attachèrent aux divers grades de dignité, de

commandement, de magistrature. Les noms d'illustres, de considérables

(_spectabiles_), de clarissimes, de perfectissimes, de distingués

(_egregii_), eurent entre eux une gradation marquée. C'était une grande

affaire de les bien ranger dans sa tête, et une faute impardonnable de

les confondre. Le style se hérissa d'épithètes enflées, et se chargea

d'une politesse exagérée. On convint de s'humilier et de s'enorgueillir

tour à tour en donnant et recevant les noms de sublimité, d'excellence,

de magnificence, de grandeur, d'éminence, de révérence, et de quantité

d'autres dont le rapport était toujours frivole et souvent ridicule. Le

mérite baissa en même proportion que haussèrent les titres.

[Note latérale: XIV. Luxe de Constantin.]

[Note latérale: Jul. in Cæs. p. 318 et 336 ed. Spanh.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]

[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 295.]

[Note latérale: Ducange, de numm. inf. ævi, c. 17.]

[Note latérale: La Bléterie, note sur les Césars de Julien, p. 212 et

213.]

Quoique toute cette vanité eût commencé avant Constantin, et qu'elle

se soit augmentée après lui, il mérite qu'on lui en attribue une

partie. Fondateur de Constantinople, il en pouvait être le législateur:

c'était l'occasion la plus favorable de réformer les mœurs, et de

les ramener à l'ancienne sévérité. Au lieu d'orner ses sénateurs et

ses magistrats de tant de pompe extérieure, il eût pu les décorer de

vertus en resserrant les nœuds de la discipline. Sa ville n'eût rien

perdu de son éclat; elle aurait gagné du côté de la solide et véritable

grandeur: Rome et tout l'empire auraient profité de cet exemple. Mais

Constantin aimait l'appareil; et les reproches que lui fait Julien

quoique envenimés par la haine, ne paraissent pourtant pas destitués

de fondement. Il multiplia sur l'habit impérial les perles, dont

Dioclétien avait introduit l'usage; il affectait de porter toujours

le diadème, dont il fit une espèce de casque ou de couronne fermée

et semée de pierreries. Il donna cours au luxe en enrichissant trop

certains particuliers, dont la fortune excita une dangereuse émulation

de faste et d'opulence. Cependant, quoiqu'il ne fût pas ennemi des

plaisirs honnêtes, il n'en fut rien moins que l'esclave, tel que Julien

le représente. Il s'occupa toute sa vie des affaires de l'état et

peut-être un peu trop de celles de l'église. Il composait lui-même ses

lois et ses dépêches; il donnait de fréquentes audiences, et recevait

avec affabilité tous ceux qui s'adressaient à lui; et s'il porta trop

loin la magnificence des fêtes et la pompe de sa cour, c'était un

délassement qu'on peut pardonner à ses travaux et à ses victoires.

[Note latérale: XV. Suite de l'histoire de Constantin.]

[Note latérale: Idat. chron. Zos. l. 2, c. 31.]

[Note latérale: AN. 331.]

[Note latérale: AN 332.]

Après avoir rassemblé sous un seul aspect ce qui regarde la fondation

de Constantinople et les principaux changements que cet établissement

produisit dans l'ordre politique, nous allons reprendre la suite des

faits. L'année 331, sous le consulat de Bassus et d'Ablabius, fut

employée à faire des lois et à régler plusieurs affaires de l'église,

dont nous parlerons ailleurs. Dès l'année suivante 332, Pacatianus

et Hilarianus étant consuls, l'empereur reprit les armes, d'abord

pour défendre les Sarmates, et ensuite pour les punir. Zosime avance

que depuis que Constantinople fut bâtie, le bonheur de Constantin

l'abandonna, et qu'il ne fit plus la guerre que pour y recevoir des

affronts. Il raconte qu'un parti de cinq cents cavaliers Taïfales

s'étant jeté sur les terres de l'empire, Constantin n'osa en venir

aux mains avec eux; mais qu'ayant perdu la plus grande partie de son

armée (il ne dit pas comment), effrayé des ravages de ces Barbares,

qui venaient l'insulter jusqu'aux portes de son camp, il se crut trop

heureux de se sauver par la fuite. Ce récit ne s'accorde ni avec

le caractère de Constantin, ni avec tous les autres témoignages de

l'histoire, qui nous montre ce prince toujours victorieux.

[Note latérale: XVI. Guerre contre les Goths.]

[Note latérale: Idat. chron. Anony. Vales.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const., l. 4, c. 5.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]

[Note latérale: Themist. or. 15, p. 191.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 7, t. 22. leg. 4 et ibi Godef.]

[Note latérale: [Julian, or. 1, p. 9, ed. Spanh.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 177.]

[Note latérale: Eutr. l. 10.]]

Il le fut encore deux fois cette année. Les Sarmates attaqués par les

Goths implorèrent le secours des Romains. Le prince leva une grande

armée pour les défendre, et renouvela à cette occasion la loi qui

obligeait les fils des soldats vétérans, au-dessus de l'âge de seize

ans, à porter les armes, s'ils voulaient profiter des priviléges

accordés à leurs pères. Il s'avança lui-même jusqu'à Marcianopolis

dans la basse Mésie, et fit passer le Danube à son fils Constantin

à la tête de ses troupes. Le jeune César remporta le 20 avril une

glorieuse victoire[59]. Près de cent mille ennemis périrent dans cette

guerre par le fer, par la faim et par le froid[60]. Les Goths furent

réduits à donner des ôtages, entre lesquels était le fils de leur roi

Ariaric. Cette défaite les tint en respect pendant le reste de la

vie de Constantin et sous le règne de son fils Constance. La pension

annuelle que les princes précédents s'étaient engagés à leur payer, au

grand déshonneur de l'empire, fut abolie; les Goths s'obligèrent même

à fournir aux Romains quarante mille hommes, qui étaient entretenus

sous le titre d'alliés[61]. La religion chrétienne s'étendit chez eux,

et avec elle l'humanité et la douceur des mœurs. Comme la nation était

partagée en un grand nombre de peuples, tous n'eurent pas le même

sort. Constantin sut gagner, par des négociations et des ambassades,

ceux qu'il n'avait pas réduits par les armes. Il se fit aimer de ces

anciens ennemis de l'empire, et porta peut-être un peu trop loin la

facilité à leur égard, en élevant les plus distingués aux honneurs et

aux dignités. Il fit même ériger une statue dans Constantinople à un de

leurs rois, père d'Athanaric, pour retenir ce prince barbare dans les

intérêts des Romains.

[Note 59: Gibbon, rapporte (t. III. p. 448) que Constantin fut vaincu

par les Goths dans une première bataille. Aucun auteur ancien ne fait

mention d'un tel événement. C'est sans aucun doute une erreur de

Gibbon.--S.-M.]

[Note 60: Il existe des médailles frappées à l'occasion des succès que

Constantin obtint dans cette guerre. Elles portent la légende VICTORIA

GOTHICA. Voyez Eckhel, _Doct. num. vet._, t. VIII, p. 90.--S.-M.]

[Note 61: Selon Jornandès (de reb. Get. c. 21), ce sont les rois

des Goths, Araric et Aoric, qui fournirent à Constantin un corps de

quarante mille auxiliaires.--S.-M.]

[Note latérale: [Constant. Porphyr. de adm. imp. c. 53.]]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 27 / 40 段