[Note latérale: LXXVI. Places publiques.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 48 et 49.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 31 et 35.]

[Note latérale: Philos. l. 2, § 9.]

[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 7.]

[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 322.]

Deux grandes places faisaient une des principales beautés de la ville.

L'une quarrée, entourée de portiques à deux rangs de colonnes,

servait comme d'avant-cour commune à la grande église et au palais de

l'empereur, dont les deux façades s'élevaient à l'opposite l'une de

l'autre. Cette place s'appelait l'_Augustéon_, parce qu'il y fit poser

sur une colonne la statue d'Hélène, qu'il avait, comme nous avons dit,

honorée du titre d'Auguste. On voyait au milieu le milliaire d'or. Ce

n'était pas comme à Rome une simple colonne de pierre posée sur une

base et sommée d'un globe doré, c'était une arcade élevée et décorée de

statues. L'usage en était le même qu'à Rome: tous les grands chemins

de l'empire y devaient aboutir, et c'était le point d'où l'on partait

pour compter les distances. L'autre place était ronde, pavée de larges

pierres: elle faisait le centre de la ville, et portait le nom de

Constantin. Elle était environnée d'un portique à deux étages, coupé

en deux demi-cercles par deux grandes arcades de marbre de Proconnèse,

opposées l'une à l'autre. Les entrecolonnes étaient garnies de statues:

il y en avait encore un grand nombre dans la place même. Au milieu

était une fontaine, sur laquelle s'élevait la figure du Bon-Pasteur,

comme sur toutes les autres fontaines de la ville; mais celle-ci

était de plus décorée d'un groupe de bronze représentant Daniel au

milieu des lions. Le plus bel ornement de cette place était la fameuse

colonne de porphyre, venue de Rome, sur laquelle était élevée l'image

de Constantin couronné de rayons. C'était une figure d'Apollon qu'on

avait apportée d'Ilion: on n'y avait fait d'autre changement que de

lui donner le nom du prince. Ce fut dans cette statue qu'il renferma

une partie de la vraie croix. Les Grecs parlent encore de plusieurs

reliques qu'il fit déposer sous la base. Une inscription déclarait

que Constantin mettait sa ville sous la protection de Jésus-Christ.

Cette colonne fut en grande vénération dans les siècles suivants. Tous

les ans au 1er de septembre, où commençait l'année des Grecs, le

patriarche accompagné du clergé y venait en procession avec l'empereur;

et les Ariens ne manquèrent pas de taxer les chrétiens d'idolâtrie,

comme si ces hommages se rapportaient à la statue de Constantin.

Celle-ci fut renversée par un orage sous Alexis Comnène: on la remplaça

d'une croix. Quelques Grecs superstitieux ont avancé que Constantin

avait enseveli au-dessous, le Palladium qu'il avait secrètement enlevé

de Rome: c'eût été faire un mélange monstrueux du sacré et du profane.

Cette colonne se voit encore à Constantinople: elle est à la vérité

très-endommagée; mais un savant voyageur a conclu des proportions de ce

qui en reste, qu'elle devait avoir de hauteur plus de quatre-vingt-dix

pieds, non compris le chapiteau ni la base.

[Note latérale: LXXVII. Palais.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 35.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 49.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 284 et 285.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 2, c. 4, 5, 6.]

Deux palais s'élevaient aux deux extrémités de la ville: l'un situé

au bord de la mer, à peu près à l'endroit où est aujourd'hui le

sérail, s'appellait le grand palais. Il ne cédait à celui de Rome ni

par la beauté, ni par la grandeur de l'édifice, ni par la variété

des ornements intérieurs. Dans la salle principale, enrichie de

lambris dorés, au milieu du plafond était attachée une grande croix

d'or rayonnante de pierreries. A l'autre bout de la ville du côté

de l'occident était un autre palais nommé la Magnaure. Constantin

fit encore bâtir près de l'Hippodrome un salon superbe, destiné aux

festins que les empereurs faisaient à leur cour dans les grandes

cérémonies, comme à leur couronnement, à celui de leurs femmes et

de leurs enfants, et aux principales fêtes de l'année. L'empereur et

les convives y étaient assis à table et servis en argenterie: mais au

festin de la fête de Noël, ils étaient couchés à l'antique et servis en

vaisselle d'or.

[Note latérale: LXXVIII. Autres ouvrages.]

[Note latérale: Glycas, l. 4, p. 252.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 265 et 284.]

[Note latérale: Cedrenus, t. 1, p. 252.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 27.]

Outre les ouvrages dont il fut l'auteur, et dont une description

complète demanderait un gros volume, il augmenta tous ceux qu'il

trouva subsistants, excepté la prison qu'il laissa petite et étroite.

Elle ne fut agrandie que par le cruel Phocas, qui eût voulu y

renfermer tout l'empire. Sévère avait déja bâti l'Hippodrome, le

théâtre, l'amphithéâtre, les bains d'Achille, les thermes de Zeuxippe.

Constantin rendit ces édifices dignes de la grandeur de sa ville.

Il ajouta à l'Hippodrome des promenoirs, des degrés et d'autres

embellissements. Comme il souhaitait d'abolir les spectacles des

gladiateurs, l'amphithéâtre ne fut plus destiné qu'à des combats

contre les bêtes; et dans la suite, le christianisme ayant peu à peu

détaché les peuples de ce divertissement souvent ensanglanté, toujours

dangereux, ce lieu ne servit plus qu'à l'exécution des criminels. Les

thermes de Zeuxippe devinrent les plus belles du monde par le grand

nombre de colonnes et de statues de marbre et de bronze dont il les

enrichit.

[Note latérale: LXXXIX. Statues.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 3, c. 54.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 5.]

[Note latérale: Cod. or. C. P. p. 30, 31, 62.]

Ces statues, dont on peut dire que Constantinople fut peuplée, étaient

celles des dieux des païens, que Constantin avait enlevées de leurs

temples. On voyait entre autres ces anciennes idoles, si long-temps

les objets d'une adoration insensée; l'Apollon Pythien et celui de

Sminthe, avec les trépieds de Delphes, les Muses de l'Hélicon, ce Pan

si célèbre que Pausanias et les villes de la Grèce avaient consacré

après la victoire remportée sur les Perses, la Cybèle placée par les

Argonautes sur le mont Dindyme, la Minerve de Linde, l'Amphitrite de

Rhodes, et surtout celles qui avaient autrefois rendu des oracles, et

qui devenues muettes ne recevaient plus au lieu d'encens que du mépris

et des railleries.

[Note latérale: LXXX. Églises bâties.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 58 et seq.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]

[Note latérale: Greg. Naz. carm. 9, t. 2, p. 78.]

[Note latérale: Theoph. p. 18.]

[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. 1, p. 73 et 74.]

[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 284.]

[Note latérale: Niceph. Call. l. 7, c. 49.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 3, c. 3.]

Pour purger sa ville de toute idolâtrie, il abattit les temples des

dieux, ou les consacra au culte du dieu véritable. Il bâtit plusieurs

églises. Celle de la Paix était ancienne; Constantin l'augmenta

et l'embellit. Elle fut la principale de la ville, jusqu'à ce que

Constance en ayant fait construire tout auprès une autre beaucoup plus

grande, il les enferma toutes deux dans la même enceinte et n'en fit

qu'une seule sous le nom de Sainte-Sophie. D'autres églises furent

dédiées sous l'invocation des anges, des apôtres et des martyrs.

Constantin destina à la sépulture des empereurs et des évêques de la

ville l'église des Saints-Apôtres. Elle était bâtie en forme de croix,

très-élevée, revêtue de marbre depuis le bas jusqu'en haut. La voûte

était ornée d'un lambris d'or, le toit couvert de bronze doré, le dôme

environné d'une balustrade d'or et de bronze. L'édifice était isolé

au milieu d'une grande cour carrée: à l'entour régnait un portique,

qui donnait entrée dans plusieurs salles et appartements pour l'usage

de l'église et le logement du clergé. Cette église ne fut achevée que

peu de jours avant la mort de Constantin; elle tombait en ruine vingt

ans après. Elle fut rétablie par Constance, rebâtie par Justinien,

et détruite par Mahomet II, qui se servit des débris de cet édifice

pour construire une mosquée. Constantin fit encore bâtir plusieurs

belles églises dans les environs de la ville: la plus célèbre fut

celle de Saint-Michel, sur le bord du Bosphore, du côté de l'Europe:

les peuples y venaient chercher la guérison de leurs maladies. Les

premiers successeurs de ce prince ne paraissent pas avoir été aussi

zélés pour les pieuses fondations. Il n'y eut que quatorze églises à

Constantinople jusqu'au règne d'Arcadius.

[Note latérale: LXXXI. Égouts de C. P.]

[Note latérale: Cod. Or. C. P. p. 11, et 73.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 29.]

Les égouts de Rome passaient pour être un des plus beaux ouvrages de

cette ville. Constantin voulut encore égaler cette magnificence. Il

fit creuser de larges et profonds souterrains qui traversaient toute

la ville, et qui avaient leur décharge dans la mer. Un gros ruisseau,

nommé le Lycus, dont on retenait les eaux par le moyen d'une écluse,

servait à les nettoyer.

[Note latérale: LXXXII. Prompte exécution de ces ouvrages.]

[Note latérale: Jornand. de reb. Get. c. 21.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]

[Note latérale: Themist. Or. 3, p. 43.]

Tant d'immenses entreprises occupèrent Constantin le reste de sa vie.

Il employa un nombre infini de bras, et attira quantité d'ouvriers du

pays des Goths, et des autres Barbares d'au-delà du Danube. Il ne fut

pas jaloux de l'honneur des inscriptions. Il en accepta fort peu entre

un si grand nombre dont il aurait pu couvrir tous les édifices; et il

se moquait de Trajan, qu'il appelait _la Pariétaire_, parce que le nom

de ce prince se lisait sur toutes les murailles de Rome. Mais Trajan

avait fait des ouvrages durables; et l'empressement de Constantin fut

cause que les siens eurent bientôt besoin d'être réparés.

[Note latérale: LXXXIII. Maisons bâties à C. P.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]

[Note latérale: Hesych. Miles.]

[Note latérale: Novel. Theod. jun. tit. 12.]

[Note latérale: Sidon. carm. 2, v. 30-75.]

[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 22 ed. Boiss.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 35.]

Les personnages distingués qui abandonnèrent Rome pour suivre le goût

du prince, firent aussi bâtir à Constantinople des maisons conformes

à leur rang et à leur fortune. L'empereur en fit construire à ses

frais pour des gens illustres par leur mérite, qu'il y fit venir de

toutes les contrées de l'empire, et même des pays étrangers, avec leurs

familles. Il y attira par des priviléges et par les distributions

de vivres dont nous parlerons bientôt, un peuple très-nombreux. Il

ôta par une loi à tous ceux qui possédaient des fonds dans l'Asie

proprement dite, et dans le Pont, la liberté d'en disposer, même par

testament, à moins qu'ils n'eussent une maison à Constantinople: cette

loi onéreuse ne fut abrogée que par Théodose le Jeune. En peu de

temps la ville fut tellement peuplée, que l'enceinte de Constantin,

quelque vaste qu'elle fût, se trouvait trop petite. Les maisons trop

multipliées dans un terrain borné, rendirent les rues fort étroites: on

avança les édifices jusque dans la mer sur des pilotis; et cette ville

qui nourrissait autrefois Athènes, n'avait pas assez de toutes les

flottes d'Alexandrie, d'Asie, de Syrie, de Phénicie, pour fournir à la

subsistance de ses habitants.

[Note latérale: LXXXIV. Nom et divisions de C. P.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16.]

[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Murat. t. I, p. 73.]

[Note latérale: Justinian. Nov. 43, c. 1.]

[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 6.]

[Note latérale: Vetus Topog. C. P.]

[Note latérale: [Mionnet, descr. de Med. t. I, p. 378.]]

L'empereur donna à sa ville le nom de Constantinople, et celui de

nouvelle Rome. Il lui assura ce dernier titre par une loi gravée sur

une colonne de marbre, dans la place nommée le _Stratége_. Il la divisa

comme la ville de Rome en quatorze quartiers: cette division avait déja

été imitée à Carthage et à Alexandrie. Il attacha à chaque quartier

un magistrat pour la police, une compagnie de bourgeois tirée de

différents ordres pour remédier aux incendies, et cinq inspecteurs des

rues pour veiller à la sûreté des habitants pendant la nuit. Pendant

que tout l'empire se faisait un mérite de contribuer à la grandeur

et à l'embellissement de Constantinople, l'opération la plus inutile

fut celle d'un astrologue, nommé Valens, qui chargé, dit-on, par le

prince de tirer l'horoscope de la ville, trouva à force de calculs

qu'elle devait durer six cent quatre-vingt-seize ans. Cette prédiction

ne s'est pas rencontrée dans le nombre de celles que le hasard rend

quelquefois heureuses. On voit par les anciennes médailles de Byzance,

que le croissant fut toujours un symbole attaché à cette ville.

FIN DU LIVRE QUATRIÈME.

LIVRE V.

I. Changement dans le gouvernement. II. Dédicace de C. P. III.

Précautions de Constantin pour la subsistance de C. P. IV.

Chrysargyre. V. Priviléges de C. P. VI. Autres établissements. VII.

Nouvel ordre politique. VIII. Nouvelle division de l'empire. IX.

Quatre préfets du prétoire établis. X. Des maîtres de la milice.

XI. Patrices. XII. Des ducs et des comtes. XIII. Multiplication

des titres. XIV. Luxe de Constantin. XV. Suite de l'histoire de

Constantin. XVI. Guerre contre les Goths. XVII. Sarmates vaincus.

XVIII. Delmatius consul. XIX. Peste et famine en Orient. XX. Mort

de Sopater. XXI. Ambassades envoyées à Constantin. XXII. Lettre de

Constantin à Sapor. XXIII. Préparatifs de guerre faits par les Perses.

XXIV. Constantin écrit à saint Antoine. XXV. Constant César. XXVI.

Consuls. XXVII. Les Sarmates chassés par leurs esclaves. XXVIII.

Consuls. XXIX. Tricennales de Constantin. XXX. Delmatius César. XXXI.

Partage des états de Constantin. XXXII. Comète. XXXIII. Consuls.

XXXIV. Mariage de Constance. XXXV. Ambassade des Indiens. XXXVI.

Rappel d'Arius. XXXVII. Retour d'Eusèbe et de Théognis. XXXVIII.

Déposition d'Eustathius. XXXIX. Troubles d'Antioche. XL. Eusèbe

de Césarée refuse l'épiscopat d'Antioche. XLI. Athanase refuse de

recevoir Arius. XLII. Calomnies contre Athanase. XLIII. Accusation au

sujet d'Arsénius. XLIV. Eusèbe s'empare de l'esprit de l'empereur.

XLV. Concile de Tyr. XLVI. Accusateurs confondus. XLVII. Conclusion

du concile de Tyr. XLVIII. Dédicace de l'église du Saint-Sépulcre.

XLIX. Concile de Jérusalem. L. Athanase s'adresse à l'empereur. LI.

Exil d'Athanase. LII. Concile de C. P. LIII. Efforts d'Eusèbe pour

faire recevoir Arius par Alexandre. LIV. Mort d'Arius. LV. Constantin

refuse de rappeler Athanase. LVI. Lois contre les hérétiques. LVII.

Loi sur la juridiction épiscopale. LVIII. Lois sur les mariages. LIX.

Autres lois sur l'administration civile. LX. Les Perses rompent la

paix. LXI. Maladie de Constantin. LXII. Son baptême. LXIII. Vérité de

cette histoire. LXIV. Mort de Constantin. LXV. Deuil de sa mort. LXVI.

Ses funérailles. LXVII. Fidélité des légions. LXVIII. Inhumation de

Constantin. LXIX. Deuil à Rome. LXX. Honneurs rendus à sa mémoire par

l'église. LXXI. Caractère de Constantin. LXXII. Reproches mal fondés

de la part des païens. LXXIII. Ses filles.

[Note latérale: AN 330.]

[Note latérale: I. Changement dans le gouvernement.]

La fondation de Constantinople peut être regardée comme le commencement

d'un nouvel empire. La seconde Rome éclipsa la première. Un grand

nombre de gens de mérite, qui font en tout genre le principal ornement

et le véritable nerf de l'état, suivirent la cour, et portèrent

leurs talents et leurs services dans la sphère des faveurs et des

récompenses. Rome, abandonnée des empereurs, devint semblable à un

grand et superbe édifice, qui, cessant d'être habité par le maître,

perd d'abord ses ornements, et enfin sa solidité même. Il lui arriva

ce qui arrive à nos climats, quand le soleil s'en éloigne: tout s'y

refroidit et s'y glaça peu à peu, et un siècle après on ne trouvait

plus de Romains au milieu de Rome. Le court intervalle pendant lequel

l'empire divisé en deux branches lui laissa des souverains propres,

mais qui ne furent la plupart que des fantômes de princes, ne lui

rendit pas sa première fécondité. Ce ne fut pas là le seul effet de

cette nouveauté; elle en produisit une autre dans la personne des

empereurs: le gouvernement devint plus despotique. L'ancienne Rome

avait créé ses maîtres; elle se flattait du moins de les avoir créés:

quoiqu'ils l'eussent asservie, ils conservaient pour elle des égards;

leur puissance était entée sur la république; ils y avaient trouvé des

lois: les bons princes respectaient la majesté de Rome dans celle du

sénat; les méchants ne la maltraitaient pas sans danger, et dans leurs

emportements ils ne lui refusaient guère ces dehors de bienséance, que

des fils dénaturés conservent souvent à l'égard de leurs mères. Mais

les empereurs ayant créé Constantinople n'y virent d'autre autorité que

la leur; plus anciens qu'elle, ils crurent ne lui rien devoir. Les uns

la gouvernèrent en pères, les autres en tyrans; mais tous n'eurent dans

l'ordre public d'autres lois que celles qu'ils se faisaient eux-mêmes.

Ils en furent plus absolus et moins obéis.

[Note latérale: II. Dédicace de C. P.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Hesych. Miles.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 285.]

[Note latérale: Niceph. Call. l. 10, c. 23.]

[Note latérale: Cod. Or. Const. p. 25.]

[Note latérale: Baron. in an. 330.]

[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 3, 4.]

La dédicace de Constantinople fut célébrée le 11 mai de l'an 320,

sous le consulat de Gallicanus et de Symmachus. La fête dura quarante

jours. C'était chez les païens une cérémonie mystérieuse et remplie

de superstition; ce fut pour Constantin une pompe toute chrétienne.

Les évêques et le clergé sanctifièrent par des prières le berceau de

la nouvelle ville. L'empereur en fit une fête annuelle, dans laquelle

on donnait, comme cette première fois, des jeux dans le Cirque; on

faisait des largesses aux soldats et au peuple, et, sous les empereurs

suivants, l'on promenait sur un char la statue de Constantin, suivie

des officiers du palais et des soldats, portant des cierges, et

chantant des hymnes. Le prince régnant, assis sur un trône dans

l'hippodrome, saluait avec respect cette statue lorsqu'elle passait

devant lui; tout le peuple l'honorait par des acclamations, jusqu'à ce

qu'elle fût replacée sur la colonne de porphyre. Elle tenait en main

une autre petite statue qu'on appelait la Fortune de Constantinople.

La ville fut dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, qui en fut

toujours honorée comme la patrone et la protectrice.

[Note latérale: III. Précautions de Constantin pour la subsistance de

C. P.]

[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 22, ed. Boiss.]

[Note latérale: Hier. Chron.]

[Note latérale: Anony. Vales.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 13.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 9.]

[Note latérale: Edict. Just. 13, c. 4, 6.]

[Note latérale: Claud. de bell. Gildon.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 14, tit. 16 et ibi Godef.]

[Note latérale: Suid. in. Παλατῖνοι.]

[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 14, c. 6.]

Constantin, ayant épuisé ses trésors et dépeuplé plusieurs autres

villes pour peupler la sienne, songea à la subsistance de cette

multitude d'habitants. Nous avons déja dit[56] que la flotte

d'Alexandrie, qui portait auparavant du blé à Rome, changea de

destination, et fut employée à nourrir Constantinople. C'était au

préfet d'Égypte à y faire tenir, avant la fin du mois d'août, la

quantité de blé nécessaire; il en répondait sur ses propres biens. On

en donnait au peuple quatre-vingt mille mesures par jour. Constance

irrité contre la ville en retrancha la moitié. Théodose Ier ajouta

encore à ce que Constantin avait réglé. On distribuait aussi de

l'huile, de la chair de porc et du vin. Ces largesses ne se faisaient

qu'aux familles qui avaient des maisons dans la ville, afin d'engager à

y bâtir.

[Note 56: Liv. 4, § 83.]

[Note latérale: IV. Chrysargyre.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 38.]

[Note latérale: Evagr. l. 3, c. 39.]

[Note latérale: Cedren. t. I, p. 357.]

[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 5, p. 4.]

[Note latérale: Suet. Calig. c. 40.]

[Note latérale: Lamprid. in Alex. c. 24.]

[Note latérale: Theod. jun. nov. 18.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 2, 3.]

Quelques auteurs prétendent que, pour soutenir tant de dépenses,

Constantin établit de nouveaux impôts. Le plus odieux était celui qu'on

appela _chrysargyre_, mot grec, qui signifie _or_ et _argent_, parce

que les taxes ordinaires ne se payant qu'en or, celle-ci se pouvait

payer en or ou en argent. Si l'on en croit Zosime, Constantin en fut

l'auteur. C'était une taxe imposée sur les marchands de quelque espèce

qu'ils fussent, jusqu'aux plus vils détailleurs, jusqu'à ces misérables

qui faisaient ou avaient fait le honteux trafic de prostitution: on

ajoute que les esclaves et les mendiants n'en étaient pas exempts;

qu'il fallait payer pour les chevaux, les mulets, les bœufs, les ânes,

les chiens même, soit dans les villes, soit dans les campagnes: ce

tribut se percevait jusque sur les plus sales ordures; on achetait la

permission de les faire enlever. On le recueillait tous les quatre

ans. A l'approche de cette exaction, dit le même Zosime, ce n'était

que larmes et désolation; et dès que les collecteurs commençaient à

paraître, on n'entendait plus que coups de fouet; on ne voyait que

tortures employées pour forcer la misère même à donner ce qu'elle

n'avait pas. Les mères vendaient leurs enfants, les pères prostituaient

leurs filles. Il y a grande apparence que cette peinture est une

exagération de Zosime pour noircir la mémoire de Constantin: il est le

seul qui attribue à ce prince l'établissement de cet impôt. La taxe

imposée sur les femmes publiques était presque aussi ancienne que

l'empire: elle fut imaginée par Caligula; on voit qu'elle existait

encore sous Alexandre Sévère. Elle fut abolie par Théodose le jeune,

qui chassa de Constantinople tous les courtiers de débauche; et après

lui, Anastase anéantit tout-à-fait le chrysargyre. Tout ce qu'on peut

reprocher à Constantin, c'est de n'avoir pas prévenu ces deux princes,

et d'avoir laissé subsister un ancien impôt, moins cruel sans doute

que ne le veut faire entendre Zosime, mais qui portait un caractère

honteux. Loin que Constantin se soit montré avide de nouveaux subsides,

il déchargea ses sujets du quart de la taxe qu'il trouva imposée sur

les terres; et comme l'ancienne répartition passait pour injuste, et

qu'elle excitait beaucoup de plaintes et de murmures, il en fit dresser

une nouvelle avec une exactitude scrupuleuse.

[Note latérale: V. Priviléges de C. P.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16; lib. 6, c. 2.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3. et 32, l. 4, c. 22, l. 7, c. 9.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32.]

[Note latérale: Anony. Vales.]

[Note latérale: Themist. Or. 3, p. 48, et 14, p. 183.]

[Note latérale: Conc. Constant. can. 3.]

[Note latérale: Godef. ad Cod. Th. lib. 14. tit. 13.]

[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 26, c. 6.]

[Note latérale: Le Quien, Or. Christ. t. 1, p. 66.]

[Note latérale: Till. art. 67.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 26 / 40 段