Leur esclavage fut d'assez courte durée, le roi cessa de vivre bientôt

après, et en mourant il leur rendit la liberté. Sa veuve, tutrice d'un

jeune prince en bas âge, eut recours aux talents des deux Grecs, et

bientôt Frumentius eut la suprême direction des affaires. Pendant son

administration il eut soin de s'informer, si parmi les Romains qui

venaient trafiquer dans le pays, il ne s'en trouvait pas qui fussent

chrétiens. Ses vœux furent satisfaits, il leur fit connaître ce qu'il

était et les exhorta à révérer Dieu à la manière des chrétiens; il

fit ensuite élever une église et convertit même plusieurs Barbares.

Quand le jeune roi fut en âge de régner, Frumentius lui remit les

rênes du gouvernement, demandant la grace de retourner dans sa patrie.

Il partit malgré les instances du prince et de sa mère, Édésius le

suivit. Celui-ci se rendit à Tyr; pour Frumentius, il se dirigea vers

Alexandrie auprès de saint Athanase, qui en était depuis peu (en 326)

patriarche. Il instruisit ce saint personnage des circonstances de

son voyage et de son séjour en Éthiopie, ainsi que de l'espérance

qu'il avait d'y voir la foi prospérer, si on y envoyait des prêtres et

un pasteur. Athanase ne trouvant personne plus digne que Frumentius

d'être l'apôtre de ce pays, il s'empressa de l'y renvoyer avec

le saint caractère d'évêque. Sa prédication fut signalée par des

miracles, beaucoup d'églises furent élevées, et la foi chrétienne se

répandit parmi les Barbares. C'est à elle qu'on est redevable du peu

de civilisation qui subsiste encore parmi les nations féroces qui

habitent les pays de l'Afrique intérieure, compris entre le Nil et la

Mer-Rouge. Les chrétiens de ces régions regardent Frumentius comme le

premier de leurs pontifes. En l'an 1613, l'église d'Éthiopie était

gouvernée par son 94^e successeur. C'est à cause de son ordination

par saint Athanase, que cette église a toujours eu l'usage d'aller

demander au patriarche d'Alexandrie, la nomination ou la confirmation

de ses métropolites ou supérieurs spirituels[47]. Cet usage se pratique

encore actuellement. Les Éthiopiens ne sont pas les seuls peuples de

l'Afrique qui vers cette époque embrassèrent le christianisme. Les

Blemmyes, peuple nomade et presque sauvage, qui errait dans les déserts

qui bordent le Nil au midi de l'Égypte, qu'il ne cessait de désoler

par ses fréquentes invasions, connut aussi l'Évangile. Son exemple

fut imité par les Nubiens; mais ceux-ci persévérèrent plus long-temps

dans la foi, qu'ils n'ont totalement abandonnée qu'à une époque assez

récente.]--S. M.

[Note 47: A l'époque de leur conversion, les Arméniens en agirent à peu

près de même. Comme leur apôtre, saint Grégoire l'illuminateur, avait

été ordonné par l'archevêque de Césarée en Cappadoce, les premiers

patriarches ses successeurs prirent l'habitude de se faire sacrer dans

la même ville. Cet usage dura environ deux siècles, mais il cessa à

l'époque où les Arméniens devinrent sujets du roi de Perse.--S.-M.]

[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 10.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 20.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Mos. Chorenensis, Hist. Arm. l. 2, c. 83.]

[Note latérale: Klaproth, Voyage de Georgie, t. 2, p. 145-160, edit.

Allem.]]

[Note latérale: [Eugénius, Essai sur l'hist. civ. et eccl. de la

Georgie, en allemand, p. 76.]

[Note latérale: Klaproth, Voyage en Georg., édit. allemande, t. 2, p.

160.]]

Une captive fut l'apôtre de l'Ibérie.--[Ce pays qu'on appelle

actuellement Georgie, est au nord de l'Arménie, au milieu du Caucase,

dont il occupe la plus grande partie. La Colchide le séparait de la mer

Noire, et l'Albanie, de la mer Caspienne; une race d'homme belliqueuse

et presque sauvage y habitait. Restée toujours indépendante des

grands empires qui s'étaient formés en Asie, elle n'avait pas connu

jusqu'alors la religion chrétienne. Après la conversion de l'Arménie,

il était difficile quelle restât long-temps dans l'erreur. Plusieurs

vierges chrétiennes avaient abandonné l'empire, fuyant la persécution,

et elles étaient venues chercher un asyle dans ce dernier royaume;

mais comme Tiridate n'avait pas encore abandonné l'idolâtrie, elles

n'y trouvèrent pas plus de sécurité. Elles y vécurent cachées et

dispersées, Nino l'une d'elles se réfugia en Ibérie et elle y vécut

saintement[48]. Le bruit de ses vertus et les guérisons miraculeuses

qu'elle opérait, ne tardèrent pas à lui acquérir la vénération du

peuple, enfin, elle sauva la vie de la femme de Mihran qui était roi

du pays[49]. La conversion de cette princesse permit à Nino de prêcher

hautement l'Évangile, et Mihran n'y fut pas long-temps insensible. Le

grand temple du dieu Aramazt ou Armaz[50], qui se voyait non loin de

Mtskhitha, capitale du royaume[51], fut renversé malgré l'opposition

des chefs de la ville, et Nino éleva sur ses ruines une grande croix,

qui fut transportée à Pétersbourg en l'an 1801, par le prince George

Bagration, mais qui fut bientôt reportée, par les ordres de l'empereur

Alexandre, en Georgie où elle avait été révérée pendant une longue

série de siècles comme le _palladium_ de la monarchie. L'exemple de

Mihran fut imité par tous les grands du pays; le christianisme se

répandit dans toute l'Ibérie, il franchit même le mont Caucase, et par

les défilés Caspiens il pénétra dans les vastes plaines qui s'étendent

au nord de l'Ibérie.]--S.-M.

[Note 48: Rufin, Socrate, Sozomène, Théodoret et aucun des auteurs

qui, après eux, ont parlé de la conversion des Ibériens, n'ont fait

connaître le nom de la vierge chrétienne qui fut leur apôtre. Il faut

recourir aux auteurs arméniens et georgiens, pour savoir son nom et

celui du prince qui régnait de son temps dans l'Ibérie. Les Georgiens

appellent cette femme _Nino_, et les Arméniens _Nouni_.--S.-M.]

[Note 49: Selon les chroniques georgiennes ce Mihran, qui était devenu

roi d'Ibérie en l'an 265, aurait été fils du roi de Perse. S'il fallait

s'en rapporter à cette indication, dont nous n'avons pas les moyens

d'apprécier l'exactitude, Mihran aurait été fils de Schahpour Ier,

deuxième des princes Sassanides, qui occupaient alors le trône de

Perse. Ce prince aurait fait épouser à son fils, l'héritière de la

couronne d'Ibérie, à laquelle il aurait ajouté quelques provinces

limitrophes du Cyrus et enlevées à l'Arménie. Voyez le Voyage en

Georgie de M. Klaproth, t. 2, p. 138. (Édit. allemande).--S.-M.]

[Note 50: Le dieu nommé _Armaz_ par les Ibériens, et _Aramazt_ par

les Arméniens, était le même que le Jupiter des Occidentaux; il

était aussi, au moins pour le nom, l'_Ormouzd_ des Persans. Mais

celui-ci n'était, selon la doctrine de Zoroastre, que le chef des bons

génies.--S.-M.]

[Note 51: Elle est nommée _Mestleta_ par Ptolémée (l. 2, c. 11), et

_Mechistha_ par Agathias (l. 2, p. 60). On peut voir au sujet de cette

ville située à une petite distance au nord de la moderne Teflis, ce

que j'en ai dit dans mes _Mémoires historiques et géographiques sur

l'Arménie_, t. 2, p. 181.--S.-M.]

Le roi, ayant fait bâtir une église, députa à Constantin pour

faire alliance avec lui, et pour lui demander des prêtres capables

d'instruire sa nation. La conquête de ce royaume n'aurait pas causé

autant de joie à l'empereur. Il envoya à ce prince de riches présents,

dont le plus précieux était un évêque[52] rempli de l'esprit de Dieu,

et accompagné de dignes ministres. La foi jeta de profondes racines en

Ibérie, et elle s'y est long-temps conservée dans sa pureté, au milieu

des hérésies qui l'environnaient.

[Note 52: Selon les annales georgiennes (Voyez Klaproth, Voyage en

Georgie, en allemand, t. 2, p. 160), l'évêque envoyé en Ibérie était

Eustathius d'Antioche. Ce prélat, né à Side en Pamphylie, avait été

évêque de Bérhée, actuellement Halep, puis patriarche d'Antioche en

l'an 325. Il avait été déposé par les Ariens en l'an 331, et exilé par

Constantin. On ignore le temps et le lieu de sa mort, mais on voit par

le témoignage de Socrate (l. 4, c. 14), et par celui de Sozomène (l.

6, c. 13), qu'il vivait encore en l'an 370, époque à laquelle il sacra

Evagrius évêque de Constantinople. C'est sans doute après son exil

en 331, qu'Eustathius entreprit par l'ordre de l'empereur le voyage

d'Ibérie.--S.-M.]

[Note latérale: LXVI. Établissement des Monastères.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 28.]

[Note latérale: Soz. lib. 1, c. 12, 13, 14.]

[Note latérale: [Soz. lib. 3, c. 14.]]

Ce qui acheva sous Constantin d'affermir l'église et de rendre

complète, pour ainsi dire, son armée spirituelle, ce fut

l'établissement des monastères. Les persécutions avaient souvent fait

fuir les chrétiens dans les montagnes et dans les déserts. Elles

furent ainsi l'occasion de la vie solitaire. Mais cette même raison

les tenait séparés les uns des autres. La paix étant rendue, ces

ames célestes se réunirent; il se forma des communautés nombreuses,

où les mérites de chaque membre devenaient le bien commun de tout le

corps. Les déserts furent peuplés de vertus. Saint Antoine révéré

de l'empereur, comme nous le verrons bientôt, rassembla le premier

plusieurs disciples. Saint Pacôme fondait le monastère de Tabenne[53]

dans le temps que Constantin bâtissait Constantinople. En peu de temps

ces premiers plants de la vie cœnobitique se multiplièrent à l'ombre

d'un gouvernement qui les protégeait; et l'on vit s'élever dans toutes

les parties de l'empire ces monastères, si précieux à l'église tant

qu'ils conservent la ferveur du premier institut ou de la réforme.

[Note 53: Dans la Thébaïde.--S.-M.]

[Note latérale: LXVII. Restes de l'idolâtrie.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. lib. 1, c. 8, et l. 3, c. 1.]

[Note latérale: Socr. lib. 1, c. 18.]

[Note latérale: Theod. l. 5, c. 21.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]

[Note latérale: Prud. contra Symm.]

[Note latérale: Oros. lib. 7, c. 28.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 12, tit. 5.]

[Note latérale: [Vit. Const. l. 4, c. 16.]]

Recueillons en peu de mots ce que fit Constantin pour la religion

chrétienne, et l'état où il la laissa. Disons, pour n'y plus revenir,

qu'il la consulta sur les mesures qu'il prit pour la favoriser, et

qu'il n'employa que les moyens qu'elle approuve elle-même. Il distingua

par des faveurs ceux qui la professaient; il s'efforça de faire

mépriser et oublier le paganisme en fermant, déshonorant, démolissant

les temples, en les dépouillant de leurs possessions, en manifestant

les artifices des prêtres idolâtres, en interdisant les sacrifices,

autant qu'il put y réussir, sans violence et sans compromettre la

qualité de père de tous ses sujets, même de ceux qui étaient dans

l'erreur. Où il ne put abolir la superstition, il étouffa du moins

les désordres qui en étaient la suite. Il fit des lois sévères pour

arrêter le cours de ces horribles dérèglements que la nature désavoue.

Il prêcha lui-même Jésus-Christ par sa piété, par son exemple, par

ses entretiens avec les députés des nations infidèles, et par les

lettres qu'il écrivit aux Barbares. Loin de faire aux dieux des

païens l'honneur de placer sa statue dans leurs temples, comme le dit

faussement Socrate, il défendit cet abus par une loi expresse, selon

Eusèbe. Il honora les évêques; il en établit en beaucoup de lieux. Il

rendit le culte extérieur auguste et magnifique. Il fit planter partout

le signe salutaire de la croix; ses palais présentaient cette image

sur toutes les portes, sur toutes les murailles. On vit disparaître de

dessus ses monnaies les inscriptions qui retraçaient la superstition:

on l'y représenta le visage levé vers le ciel, et les mains étendues en

posture de suppliant. Mais il ne se livra point à un zèle précipité:

il voulut attendre du temps, des circonstances, et surtout de la grace

divine, la consommation de l'ouvrage de Dieu. Les temples subsistèrent

à Rome, à Alexandrie, à Antioche, à Gaza, à Apamée, en plusieurs autres

lieux, où leur destruction aurait entraîné des suites funestes. Nous

avons une loi affichée à Carthage la veille de sa mort, par laquelle il

confirme les priviléges des prêtres païens en Afrique. Il était réservé

à Théodose de porter les derniers coups. L'humanité et la religion

elle-même savent gré à Constantin de n'avoir pas donné de martyrs à

l'idolâtrie.

[Note latérale: AN 329.]

[Note latérale: LXVIII. Date de la fondation de C. P.]

[Note latérale: Theoph. p. 17.]

[Note latérale: Cod. orig. C. P. p. 8.]

[Note latérale: Pagi, diss. p. 145.]

[Note latérale: Petav, doct. temp. l. 11, c. 42.]

[Note latérale: Till. not. 60. sur Const.]

[Note latérale: [Chron. Alex. vel Pasch. p. 285.]]

Ces événements si intéressants pour la religion, n'ont point de date

assurée. Plusieurs peuvent être antérieurs même au concile de Nicée;

d'autres postérieurs à la fondation de Constantinople. Ils firent une

partie considérable des soins de Constantin depuis qu'il fut seul

empereur jusqu'à sa mort. Nous les avons réunis sous les yeux du

lecteur, pour n'être plus occupés que de l'établissement de la nouvelle

Rome. On sait certainement en quel temps Constantinople fut achevée et

dédiée: mais on ne convient pas du temps où elle fut commencée. Selon

quelques auteurs, ce fut dès l'an 325; selon d'autres, seulement à la

fin de 329. Ce qui nous paraît plus probable, c'est que Constantin

étant sorti de Rome en 326 avec le projet formé de donner une rivale à

cette ville, il fut occupé l'année suivante à chercher un lieu propre

à l'exécution de son dessein, et qu'après un premier essai bientôt

abandonné, il se fixa au terrain de Byzance; où ayant commencé à bâtir

en 328, il continua avec ardeur, et acheva presque l'ouvrage l'année

suivante; en sorte que la ville fut en état d'être dédiée au mois de

mai 330[54]. Cette conjecture nous détermine à ranger sous l'an 329

tout ce qui regarde la fondation de Constantinople, l'empereur étant

consul pour la huitième fois, et son fils aîné pour la quatrième[55].

Il passa la plus grande partie de ces deux années dans le voisinage de

son nouvel établissement, afin de pouvoir plus aisément se transporter

souvent sur le lieu même, pour diriger et animer les travaux.

[Note 54: Selon la chronique d'Alexandrie et Codin, cette dédicace eut

lieu le 11 mai.--S.-M.]

[Note 55: Selon Codin, ce fut un mercredi, le 26 novembre 329, que l'on

jeta les fondements de Constantinople.--S.-M.]

[Note latérale: LXIX. Motifs de Constantin pour bâtir une nouvelle

ville.]

[Note latérale: La Bletterie, hist. de Jovien, t. 1, p. 353.]

Si l'on consulte les règles d'une sage politique, on ne peut s'empêcher

de blâmer Constantin d'avoir entrepris de bâtir une nouvelle capitale,

et de diviser les forces de l'empire dans un temps où ce grand corps

fatigué de la longueur des guerres civiles, épuisé par la tyrannie et

le luxe de tant de princes qui l'avaient en même temps accablé, avait

besoin de réunir et de concentrer ses esprits pour leur donner un

nouveau ressort: cette distraction ne pouvait que dissiper un reste

de chaleur. Constantinople formée et nourrie aux dépens de Rome, sans

pouvoir jamais l'égaler en vigueur et en puissance, ne servit qu'à

l'affaiblir. Mais les raisons d'état cédèrent aux goûts particuliers

du prince, à l'éloignement qu'il avait conçu pour Rome et pour ses

superstitions, et peut-être aussi à l'ambition d'être regardé comme

fondateur d'un nouvel empire, en transportant le siége de l'ancien.

Cette résolution étant une fois bien arrêtée, il s'agissait de choisir

dans la vaste étendue de sa domination l'emplacement de sa ville

impériale. La Perse était alors la seule puissance qui pût donner

de l'inquiétude aux Romains, et Constantin prévoyait que Sapor ne

resterait pas long-temps en paix. Il crut donc qu'il fallait reculer

vers l'Orient le centre de ses forces, et opposer une barrière plus

voisine à un si redoutable ennemi.

[Note latérale: LXX. Il veut bâtir à Troie.]

[Note latérale: Suet. in Cæs. c. 79.]

[Note latérale: Zos. lib. 2, c. 30.]

[Note latérale: Soz. lib. 2, c. 3.]

[Note latérale: Crevier, Hist. des empereurs. t. 12, p. 186.]

Le bruit avait couru autrefois que Jule-César voulait transporter à

Troie toute la splendeur de Rome. Ce fut aussi la première vue de

Constantin. Le souvenir de Troie était toujours cher aux Romains;

et les Dardaniens d'Europe, chez lesquels il avait pris naissance,

regardaient cette ville comme la patrie de leurs ancêtres. D'ailleurs,

il se laissa sans doute enchanter par la beauté et la renommée des

rivages de l'Hellespont, plus embellis encore par la poésie d'Homère

que par la nature, et où tout lui rappelait des idées héroïques. Il

traça donc l'enceinte de sa ville entre les deux promontoires de Rhétée

et de Sigée, près du tombeau d'Ajax, et il en jeta les fondements.

Les murailles sortaient déja de terre quand une vision céleste, selon

Sozomène, ou sa propre réflexion lui fit abandonner l'entreprise, et

préférer l'assiette de Byzance. Les navigateurs apercevaient encore

long-temps après les portes de cette ville commencée sur une hauteur.

[Note latérale: LXXI. Situation de Byzance.]

[Note latérale: Cod. orig.]

[Note latérale: Dionys. Byzant.]

[Note latérale: Zos. lib. 2, c. 30.]

[Note latérale: Polyb. l. 4, §. 38.]

[Note latérale: Proc. de ædif. l. 1, c. 5.]

[Note latérale: Gyll. de Bosp. Thrac. l. 1, c. 2.]

Les Grecs, jaloux des merveilles qui ont ennobli la naissance de Rome,

font ici usage de leur fécondité dans l'invention: ils promènent le

lecteur de miracle en miracle. Nous nous dispensons d'en rapporter

aucun: il n'en fallait point d'autre pour attirer Constantin à

Byzance, que l'admirable situation de cette ville: elle est unique

dans l'univers. Située sur un coteau dans un isthme à la pointe de

l'Europe et à la vue de l'Asie, dont elle n'était séparée que par un

détroit de sept stades, elle joignait les avantages de la sûreté et du

commerce avec toutes les faveurs de la nature, et les charmes de la

perspective. C'était la clé de l'Europe et de l'Asie, du Pont-Euxin

et de la mer Égée. Les vaisseaux ne pouvaient passer d'une mer dans

l'autre sans le congé des Byzantins. Baignée au midi par la Propontide,

à l'orient par le Bosphore, au septentrion par un petit golfe nommé

Chrysocéras ou la Corne-d'Or, elle ne tenait au continent que par le

côté occidental. La température du climat, la fertilité de la terre,

la beauté et la commodité de deux ports, tout contribuait à en faire

un séjour délicieux. Les poissons, et surtout les thons, qui viennent

en affluence du Pont-Euxin dans la Propontide, effrayés d'une roche

blanche qui s'élève presque à fleur d'eau du côté de Chalcédoine, et

se rejetant vers Byzance, y procuraient une pêche abondante. La ville

avait quarante stades de circuit, c'est-à-dire, près de deux lieues,

avant qu'elle eût été ruinée par l'empereur Septime Sévère.

[Note latérale: LXXII. Abrégé de l'histoire de Byzance jusqu'à

Constantin.]

[Note latérale: Herodot. l. 4, §. 144.]

[Note latérale: Thucyd. l. 1, §. 94.]

[Note latérale: Xenoph. hist. Græc. l. 1, c. 3.]

[Note latérale: Memnon apud Phot. cod. 224.]

[Note latérale: Justin. l. 9, c. 1.]

[Note latérale: Cic. orat. de prov. consul. c. 6.]

[Note latérale: Hesych. Miles.]

[Note latérale: Herodian. l. 3. §. 2 et 16.]

[Note latérale: Suet. in Ves. c. 8.]

[Note latérale: Treb. Pollio, in Gallieno, c. 6.]

[Note latérale: Syncell. p. 382.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 265.]

[Note latérale: Tac. ann. l. 12, c. 63.]

Les Byzantins ne manquaient pas de faire remonter leur origine

jusqu'aux temps fabuleux. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que les

Mégariens ayant bâti Chalcédoine de l'autre côté du détroit, Byzas,

chef d'une autre colonie de Mégare, vint fonder Byzance dix-sept ans

après, et plus de six cent cinquante ans avant l'ère chrétienne.

On ajoute que l'oracle d'Apollon lui avait ordonné de bâtir sa

ville vis-à-vis des aveugles: c'étaient les Chalcédoniens assez peu

clairvoyants, pour ne s'être pas aperçus de l'avantage que leur offrait

le terrain au-delà du Bosphore. Cette ville, d'abord indépendante,

tomba successivement sous la puissance de Darius, des Ioniens, de

Xerxès. Pausanias l'assujettit aux Lacédémoniens, l'augmenta, et y

établit une nouvelle colonie: ce qui l'a fait passer pour le second

fondateur de Byzance. Sept ans après, les Athéniens s'en emparèrent,

et les deux républiques s'en disputèrent long-temps la possession.

A la faveur de ces querelles les Byzantins reprirent leur liberté,

rendirent respectables leurs forces maritimes, résistèrent à Philippe

de Macédoine qui les assiégea inutilement, et sortirent avec honneur

de plusieurs guerres contre de puissants ennemis. Ils cédèrent avec

le reste de la Grèce à la valeur romaine; et leurs nouveaux maîtres,

pour les payer de leurs bons services dans la guerre contre Mithridate,

leur accordèrent le privilége de se gouverner par leurs lois. Byzance

était alors riche, peuplée, et embellie de magnifiques statues. Elle

avait le titre de métropole. Vespasien lui ôta sa liberté. Pescennius

Niger, qui disputait l'empire à Sévère, s'en étant emparé, et ayant

perdu la vie, elle demeura fidèle au parti de ce prince, même après

sa mort, et soutint pendant trois ans contre le vainqueur un de ces

siéges mémorables par l'opiniâtre défense des assiégés, et par les

extrémités les plus affreuses. Sévère, maître enfin de Byzance, traita

sa conquête avec la plus grande cruauté: les principaux habitants

furent mis à mort; les murs renommés pour leur structure furent rasés;

la ville fut ruinée, et réduite à la qualité d'un simple bourg, soumis

à Périnthe ou Héraclée. Sévère se repentit bientôt d'avoir détruit

un si fort boulevard de l'empire; il la releva à la prière de son

fils Caracalla; mais elle ne recouvra pas sa première étendue ni son

ancien éclat. Sous Gallien elle fut encore détruite, et les habitants

passés au fil de l'épée, sans que l'histoire en donne la raison. Il ne

resta des anciennes familles que ceux que leur absence déroba à cet

horrible massacre. Elle fut aussitôt rétablie par deux de ses citoyens,

Cléodamus et Athénée. Du temps de Claude II, une flotte d'Hérules

ayant traversé les Palus-Méotides et le Pont-Euxin, prit Byzance et

Chrysopolis, située vis-à-vis, au-delà du détroit; mais ils furent

bientôt obligés d'abandonner leur proie. Nous avons vu cette ville

fidèle à Licinius, tant que ce prince conserva quelque espérance.

[Note latérale: LXXIII. État du christianisme à Byzance.]

[Note latérale: Le Quien, Or. Christ. t. 1, p. 8 et 196.]

[Note latérale: Tertull. ad Scapul. c. 3.]

L'origine de l'église de Byzance est moins constatée que celle de

la ville. Les Grecs modernes, pour ne pas céder à l'église romaine

l'avantage de l'ancienneté, en attribuent la fondation à l'apôtre saint

André. Ils donnent depuis ce temps-là une suite d'évêques. D'autres

disent, avec plus de vraisemblance, que le siége épiscopal n'y fut

établi que du temps de Sévère, sous lequel il y avait, en effet, à

Byzance beaucoup de chrétiens. Quelques-uns même ne lui attribuent

pour premier évêque que Métrophane, qui mourut huit ou neuf ans avant

le concile de Nicée. Alexandre lui avait succédé, et gouvernait cette

église sous la métropole d'Héraclée.

[Note latérale: LXXIV. Nouvelle enceinte de C. P.]

[Note latérale: Jul. orat. 1, p. 41, ed. Spanh.]

[Note latérale: Themist. orat. 18, p. 223.]

[Note latérale: Socr. l. 7, c. 1.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 284 et 285.]

[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2. p. 42 et 43.]

Tel était l'état de Byzance, lorsque Constantin entreprit d'en faire le

siége principal de l'empire. Il la prolongea de quinze stades au-delà

de l'ancienne enceinte, et la ferma d'une muraille qui devait s'étendre

du golfe à la Propontide, mais qui ne fut achevée que par Constance.

Cette enceinte reçut dans la suite divers accroissements sous Théodose

le grand, Théodose le jeune, Héraclius et Léon l'Arménien. Une

description de Constantinople, qu'on croit faite entre le règne du

grand Théodose et celui de Justinien, donne à cette ville quatorze

mille soixante et quinze pieds de longueur, en droite ligne, depuis

la porte d'or à l'occident jusqu'à la pointe la plus orientale sur le

Bosphore, et six mille cent cinquante pieds de largeur, apparemment à

la base du triangle du côté de l'occident. Le terrain semblable à celui

de Rome se partageait en sept collines.

[Note latérale: LXXV. Bâtiments faits à C. P.]

[Note latérale: Du Cange, Const. Christ.]

L'empereur s'efforça autant qu'il put d'achever cette conformité,

en imitant dans la nouvelle Rome tous les ornements et toutes les

commodités de l'ancienne. Il fit élever un capitole, construire des

palais, des aqueducs, des thermes, des portiques, un arsenal, deux

grands édifices pour les assemblées du sénat, deux autres bâtiments qui

servaient de trésor, l'un destiné pour les deniers publics, l'autre

pour renfermer les revenus patrimoniaux du prince.

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 25 / 40 段