Hélène ne vécut pas long-temps après cette pieuse conquête. Elle

mourut au mois d'août, âgée de quatre-vingts ans, entre les bras de

son fils, qu'elle fortifia dans la foi par ses dernières paroles, et

qu'elle combla de bénédictions. Il fit porter son corps à Rome, où

il fut mis dans un tombeau de porphyre au milieu d'un mausolée que

Constantin fit construire sur la voie Lavicane, près de la basilique

Saint-Marcellin-et-Saint-Pierre. Il orna cette basilique d'un grand

nombre de vases précieux. Les Romains prétendent encore posséder le

corps de cette princesse. Si l'on en croit les historiens grecs, il

fut deux ans après transporté à Constantinople et déposé dans l'église

des Saints-Apôtres. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce prince

avait comblé d'honneurs sa mère pendant sa vie; il lui donna le titre

d'Auguste; il fit graver le nom d'Hélène sur les monnaies[37]; il la

laissa maîtresse de ses trésors. Elle n'en usa que pour satisfaire une

piété magnifique et une charité inépuisable. Mais il est vraisemblable

que d'un côté l'enlèvement de toutes les richesses des temples, de

l'autre les pieuses profusions d'Hélène sont le principal fondement du

reproche, que les auteurs païens font à Constantin, d'avoir prodigué

d'une main ce qu'il ravissait de l'autre. Après la mort d'Hélène,

son fils ne cessa d'honorer sa mémoire. Il lui érigea une statue à

Constantinople dans une place qui prit de là le nom d'_Augustéon_.

Ayant fait une ville du bourg de Drépane en Bithynie, pour honorer

saint Lucien martyr, dont les reliques y reposaient, il l'appela

Hélénopolis, et déclara exempt, tout le terrain d'alentour, jusqu'où la

vue pouvait s'étendre. Quelques-uns disent que ce fut Hélène elle-même,

qui à son retour augmenta cette bourgade; et c'est ce qui leur a donné

lieu de croire qu'elle y était née. Sozomène parle encore d'une ville

de Palestine que Constantin nomma Hélénopolis. Il changea aussi en

son honneur le nom d'une partie de la province du Pont, et l'appela

Hélénopontus. Justinien étendit ensuite cette dénomination à toute la

province.

[Note 37: C'est là un fait très-douteux. Il n'existe aucune médaille

de Constantin où on trouve le nom d'Hélène. Celles qui le portent

paraissent plutôt appartenir à Fl. Julia Helena, femme de Julien

l'Apostat.--S.-M.]

[Note latérale: LVIII. Guerres contre les Barbares.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]

[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 284.]

[Note latérale: Theoph. p. 22.]

[Note latérale: God. Chron.]

[Note latérale: Cod. Th. et in not. t. 2, p. 240.]

[Note latérale: Grut. p. 159, n. 6.]

Les affaires de l'Église dont nous rendrons compte ailleurs, retinrent

Constantin à Nicomédie une grande partie de l'année suivante, où

Januarinus et Justus furent consuls. Il en sortit pour une expédition

dont on ignore le détail. Une inscription de cette année qui lui donne

pour la vingt-deuxième fois le titre d'_Imperator_, est le monument

d'une victoire. La chronique d'Alexandrie, dit qu'il passa alors

plusieurs fois le Danube, et qu'il fit bâtir sur ce fleuve un pont

de pierre. Théophane s'accorde avec elle, et ajoute qu'il remporta

une victoire signalée sur les Germains, les Sarmates et les Goths;

et qu'après avoir ravagé leurs terres, il les réduisit en servitude.

Mais il répète la même chose deux ans après, et l'on ne peut compter

sur l'exactitude de cet auteur. La situation de la ville d'Oëscos dans

la seconde Mésie sur le Danube, où Constantin était au commencement

de juillet, peut faire conjecturer qu'il faisait alors la guerre aux

Goths et aux Taïfales. Ceux-ci étaient une peuplade de Scythes déja

connue dans l'empire; ils habitaient une partie de ce qu'on appelle

aujourd'hui la Moldavie et la Valachie.

[Note latérale: LIX. Destruction des idoles.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. liv. 3, c. 54, 57.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 4.]

Au milieu de ces expéditions, l'empereur ne perdait pas de vue le

dessein qu'il avait formé d'affaiblir l'idolâtrie: et tandis que

pendant cette année et les suivantes, comme je l'expliquerai bientôt,

l'Asie voyait une nouvelle capitale s'élever avec splendeur au-delà du

Bosphore, elle entendait d'une autre part le fracas des idoles et des

temples qu'on abattait en Cilicie, en Syrie, en Phénicie, provinces

infectées des plus absurdes et des plus honteuses superstitions. La

prudence du prince servait de guide à son zèle: pour ne pas donner

l'alarme, il n'employait aucun moyen violent; il envoyait sans éclat

dans chaque contrée deux ou trois officiers de confiance, munis de

ses ordres par écrit. Ces commissaires traversant les plus grandes

villes, et les campagnes les plus peuplées, détruisaient les objets

de l'adoration publique. Le respect qu'on avait pour l'empereur leur

tenait lieu d'armes et d'escorte. Ils obligeaient les prêtres eux-mêmes

de tirer de leurs sanctuaires obscurs leurs propres divinités; ils

dépouillaient ces dieux de leurs ornements à la vue du peuple, et se

plaisaient à lui en montrer la difformité intérieure. Ils faisaient

fondre l'or et l'argent, dont l'éclat avait ébloui la superstition;

ils enlevaient les idoles de bronze; on voyait traîner hors de leurs

temples ces statues célébrées par les fables des Grecs, et qui

passaient parmi le vulgaire pour être tombées du ciel. Le peuple qui

tremblait d'abord et qui croyait que la foudre allait écraser, ou la

terre engloutir ces ravisseurs sacriléges, voyant l'impuissance et la

honte de ses dieux, rougissait de ses hommages; comme il ne leur avait

attribué qu'un pouvoir temporel et terrestre, il ne les regardait plus

comme des dieux, dès qu'on les outrageait impunément; ainsi une erreur

guérissait l'autre. Plusieurs embrassaient la religion chrétienne;

les plus indociles cessaient d'en suivre aucune. Leur surprise était

de ne voir dans les souterrains de ces sanctuaires, et dans le vide

intérieur de ces idoles, que quelques ordures, et même des crânes et

des ossements, restes affreux des cérémonies magiques ou des sacrifices

de victimes humaines. Ils s'étonnaient de n'y trouver aucun de ces

dieux qui avaient fait autrefois parler ces images, aucun génie, aucun

fantôme; et ces lieux devinrent méprisables dès qu'ils cessèrent d'être

secrets et inaccessibles.

[Note latérale: LX. Temple d'Aphaca.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. liv. 3, c. 55.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 4.]

[Note latérale: Zos. liv. 1, c. 58.]

[Note latérale: Senec. Nat. Quæst. l. 3, c. 26.]

[Note latérale: Etymol. in Ἄφακα.]

Il y avait des temples dont l'empereur se contentait de faire enlever

les portes ou découvrir le toit. Mais il faisait abattre de fond en

comble ceux dans lesquels triomphait plus insolemment la débauche ou

l'imposture. Sur un des sommets du Liban, entre Héliopolis et Byblos,

près du fleuve Adonis, était un lieu nommé Aphaca. Là dans une retraite

écartée, au milieu d'un bocage épais, s'élevait un temple de Vénus. A

côté était un lac si régulier dans son contour, qu'il semblait fait

de main d'homme. Dans le temps des fêtes de la déesse, on voyait un

certain jour, après une invocation mystérieuse, une étoile s'élever de

la cime du Liban et s'aller plonger dans l'Adonis; c'était, disait-on,

Vénus-Uranie. Personne ne contestait la réalité de ce phénomène, et

Zosime qui se refuse à toutes les merveilles du christianisme, n'ose

douter de celle-là. Le lac était encore fameux par un autre miracle:

les dévots de la déesse y jetaient à l'envi des offrandes de toute

espèce: les présents qu'elle voulait bien accepter ne manquaient pas,

disait-on, d'aller à fond, fussent-ils des matières les plus légères,

tels que des voiles de soie et de lin; mais ceux que la divinité

refusait, restaient sur l'eau quelque pesants qu'ils fussent. Ces

fables accréditées par la tradition des amours de Vénus et d'Adonis,

dont on plaçait la scène en ce lieu, augmentaient les charmes de cet

agréable paysage. Tout y respirait la volupté. Des femmes impudiques

et des hommes semblables à ces femmes venaient célébrer dans ce temple

leurs infâmes orgies; la dissolution n'y craignait point de censeur,

parce que la pudeur et la vertu n'en approchaient jamais. Constantin

fit détruire jusqu'aux fondements cet asyle d'impureté, ainsi que les

idoles et les offrandes: il en fit purifier le terrain souillé de tant

d'obscénités, et arrêta par de terribles menaces le cours de cette

dévotion impure et sacrilége.

[Note latérale: LXI. Autres débauches et superstitions abolies.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 56 et 58.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 4.]

Le désordre n'était pas une dévotion, c'était une loi immémoriale à

Héliopolis dans le même pays. Les femmes y étaient communes, et les

enfants n'y pouvaient reconnaître leurs pères. Avant que de marier les

filles, on les prostituait aux étrangers. Constantin tâcha d'abolir par

une loi sévère cette infâme coutume, et de rétablir dans les familles

l'honneur et les droits de la nature. Il écrivit aux habitants pour

les appeler à la connaissance du vrai Dieu; il fit bâtir une grande

basilique; il y établit un évêque et un clergé; et pour ouvrir une voie

plus facile à la vérité, il répandit dans la ville beaucoup d'aumônes.

Son zèle n'eut pas le succès qu'il en attendait; et l'indocilité de

ce peuple fit voir que les cœurs corrompus par de honteuses voluptés,

sont les moins disposés à recevoir les semences de l'Évangile. Nous

verrons comment ils se vengèrent sous Julien de la violence que

Constantin leur avait faite pour les rendre raisonnables. L'empereur

trouva moins d'opiniâtreté à Égès en Cilicie, où il ne s'agissait

que de détruire l'imposture. On accourait de toutes parts au temple

d'Esculape pour y recouvrer la santé. Le Dieu apparaissait pendant

la nuit, guérissait en songe ou révélait les remèdes. Constantin

étouffa cette charlatanerie en renversant et le dieu et le temple.

L'Égypte adorait le Nil, comme l'auteur de sa fertilité; elle lui

avait consacré une société de prêtres efféminés, qui avaient oublié

jusqu'à la distinction de leur sexe. La mesure dont on se servait pour

déterminer l'accroissement du Nil était en dépôt à Alexandrie dans

le temple de Sérapis. On attribuait à ce dieu le pouvoir de faire

répandre le fleuve sur les terres. Le prince fit transporter cette

mesure dans l'église d'Alexandrie. Toute l'Égypte en fut alarmée; on ne

doutait pas que Sérapis irrité ne se vengeât par la sécheresse; et pour

rassurer les esprits, il ne fallut rien moins qu'une inondation plus

favorable, comme elle arriva en effet plusieurs années de suite. Ce

que Constantin fit sans doute de trop en cette rencontre, c'est qu'il

ordonna de massacrer les prêtres du Nil. C'étaient à la vérité des

hommes abominables; mais c'étaient des aveugles, qu'il devait au moins

essayer de détromper avant que de les perdre.

[Note latérale: LXII. Chêne de Mambré.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. liv. 3, c. 51. et seq.]

[Note latérale: Vales. not. Ibid.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 3.]

[Note latérale: Till. art. 68.]

Une autre superstition s'était établie en Palestine. A dix lieues de

Jérusalem près d'Hébron était un lieu nommé le Térébinthe, à cause d'un

arbre de cette espèce qu'une tradition populaire faisait aussi ancien

que le monde. Ce lieu s'appelait aussi le chêne de Mambré, parce qu'on

prétendait y voir encore celui sous lequel Abraham était assis quand il

fut visité par les anges qui allaient ruiner Sodome. On y montrait le

tombeau de ce patriarche. C'était un pélerinage et une foire célèbre,

où dans un certain temps de l'année on se rendait en foule de toutes

les contrées de la Palestine, de la Phénicie, de l'Arabie, autant pour

acheter et vendre des marchandises que par dévotion. Là les chrétiens,

les juifs et les païens faisaient, chacun à leur manière, les actes de

leur religion. On y sacrifiait des victimes, on y versait des libations

en l'honneur d'Abraham, de tout temps très-révéré par les Orientaux.

Les anges représentés en peinture à côté des divinités païennes, le

chêne même et le térébinthe, tout était un objet d'idolâtrie. On

campait sous des tentes dans cette plaine nue et découverte; et la

confusion ne produisait aucun désordre: une exacte continence était

une des lois de la fête, et les maris l'observaient même avec leurs

femmes. Le puits d'Abraham était pendant tout ce temps bordé de lampes

ardentes; on y jetait du vin, des gâteaux, des pièces de monnaie, et

des parfums de toute espèce. Eutropia belle-mère de l'empereur, que la

piété avait apparemment conduite en Palestine, l'instruisit de cet abus

par ses lettres. Il écrivit aussitôt à Macarius et aux autres évêques

de la province, pour leur faire des reproches de n'avoir pas été les

premiers à remarquer et à réprimer ce culte superstitieux. Il leur fait

savoir qu'il a chargé le comte Acacius de brûler sans délai toutes

les images qui se trouveront en ce lieu, de détruire l'autel, et de

punir sévèrement tous ceux qui oseront dans la suite y pratiquer aucun

acte d'idolâtrie. Il recommande aux évêques de veiller avec soin à

maintenir la pureté de ce lieu, et de l'avertir de tout ce qui pourrait

s'y passer de contraire au culte de la vraie religion. On y bâtit par

ordre de l'empereur une belle église. Le chêne de Mambré ne subsista

pas long-temps au-delà, il n'en restait que le tronc du temps de saint

Jérôme. Mais la superstition échappa à l'autorité de Constantin et à la

vigilance des évêques: elle durait encore dans le cinquième siècle.

[Note latérale: LXIII. Églises bâties.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. liv. 3, c. 50.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 2.]

[Note latérale: Fleury, Hist. eccl. liv. 11, c. 35.]

En même temps que l'empereur abattait les temples des faux dieux, il

en élevait d'autres au véritable. Il en fit bâtir à ses dépens un

très-grand et très-magnifique à Nicomédie, et le dédia au _Sauveur_

en reconnaissance de ses victoires, que Dieu avait couronnées en

cette ville par la soumission de Licinius. Il n'y avait guère de cité

qu'il n'embellît de quelque édifice consacré au culte divin. Antioche

était comme la capitale de l'Orient. Il la décora d'une basilique

distinguée par sa grandeur et par sa beauté. C'était un vaisseau de

forme octogone, fort élevé, au centre d'une spacieuse enceinte. Il

était environné de logements pour le clergé, de salles et de bâtiments

à plusieurs étages, sans parler des souterrains. L'or, le bronze,

les matières les plus précieuses y étaient prodiguées: on l'appela

l'église d'or. Joseph, personnage considérable entre les Juifs, qui

très-endurci d'abord dans son aveuglement s'était enfin converti à

force de miracles, et que l'empereur avait honoré du titre de comte,

muni d'une commission du prince, fit aussi construire un grand nombre

d'églises dans toute l'étendue de la Judée. Ce Joseph se rendit

mémorable par son attachement à la foi orthodoxe. C'était le seul

catholique habitant de Scythopolis, ville que son évêque Patrophile

avait entièrement infectée d'arianisme. La dignité de comte le mit à

l'abri de la persécution des Ariens.

[Note latérale: LXIV. Arad et Maïuma deviennent chrétiennes.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. liv. 4, c. 38, 39.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]

[Note latérale: Soz. liv. 2, c. 5. et l. 5, c. 3.]

[Note latérale: Noris, epoch. Syr. p. 363.]

[Note latérale: God. ad Cod. Th. l. 15, t. 6. leg. 2.]

La splendeur que Constantin procurait au christianisme, faisait ouvrir

de plus en plus les yeux aux païens. On n'entendait parler que de

villes et de villages qui sans en avoir reçu aucun ordre avaient brûlé

leurs dieux, rasé leurs temples, construit des églises. Une ville

de Phénicie (on croit que c'est Arad), ayant jeté au feu un grand

nombre d'idoles, se déclara chrétienne. Constantin, en récompense de

ce zèle, changea son nom en celui de Constantine. Il donna le nom de

sa sœur Constantia ou de son fils Constantius à Maïuma, qu'il appela

Constantia. Ce n'était qu'un bourg qui servait de port à la ville de

Gaza en Palestine. Les habitants très-adonnés aux superstitions y

renoncèrent tout à coup comme par inspiration. L'empereur honora ce

lieu de grands priviléges; il lui donna le titre de ville, l'affranchit

de la juridiction de Gaza, et voulut qu'il fût gouverné par ses propres

lois et par ses propres magistrats. Il y établit un évêque. La jalousie

qu'en conçut la ville de Gaza, attacha celle-ci plus fortement à

l'idolâtrie. Elle se vengea sous Julien, qui dépouilla Maïuma de tous

ces droits, et la réduisit à son premier état. Mais la distinction

subsista dans l'ordre ecclésiastique, et Maïuma continua d'avoir son

évêque particulier. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cette ville

devenue chrétienne conserva cependant une statue fort deshonnête de

la déesse Vénus, qui avait encore quelques adorateurs. Il paraît même

qu'elle laissa subsister son théâtre, renommé par des scènes lascives,

qui firent donner le nom de Maïumes à des spectacles licencieux fort

à la mode, surtout en Syrie. Ils ne furent entièrement abolis que par

Arcadius à la fin de ce siècle.

[Note latérale: LXV. Conversion des Éthiopiens et des Ibériens.]

[Note latérale: Socr. lib. 1, c. 18, 19 et 20.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 6, 7, 8 et 24.]

[Note latérale: Theod. lib. 1, c. 23, 24.]

[Note latérale: Ruf. lib. 10, c. 9, 10.]

[Note latérale: Baron. Martyr. 15. Dec.]

[Note latérale: [Theoph. p. 18 et 19.]]

[Note latérale: [Soz. l. 2, c. 8.]]

Déja l'empire était rempli de chrétiens. La vraie religion avait même

depuis long-temps franchi les bornes de la domination romaine; elle

avait passé en plusieurs endroits le Rhin et le Danube. Les Barbares

qui depuis le règne de Gallien faisaient de fréquentes incursions en

Europe et en Asie, remportaient la foi dans leur pays avec les trésors

de l'empire; les prêtres et quelquefois les évêques captifs leur

apprenaient le nom de Jésus-Christ; et la patience, la douceur, la

vie exemplaire, les miracles de ces saints personnages leur faisaient

admirer et aimer sa religion. Les Goths avaient reçu l'évangile[38]:

un roi d'Arménie nommé Tiridate, avait converti son peuple[39]; et

le commerce des Arméniens et des Osrhoëniens faisait pénétrer la foi

bien avant dans la Perse. Constantin eut la joie de voir sous son

règne cette lumière se répandre dans des contrées qu'elle n'avait

jamais éclairées, du moins où elle s'était éteinte aussitôt après la

prédication des Apôtres et de leurs premiers successeurs. Frumentius

établit la foi chez les Éthiopiens, et fut ordonné par saint Athanase

évêque d'Axoum[40], capitale du pays.

[Note 38: Les Goths durent leur conversion aux captifs chrétiens, par

eux emmenés de l'Asie Mineure et des autres provinces romaines, qu'ils

avaient ravagées sous le règne de Gallien. Philostorge (l. 2, § 5) est

l'auteur qui nous a transmis le plus de détails sur cette conversion et

sur le christianisme des Goths.--S.-M.]

[Note 39: Voyez ce que j'ai dit ci-devant, p. 76 et 77, au sujet du roi

Tiridate, de l'introduction du christianisme chez les Arméniens.--S.-M.]

[Note 40: _Axoum_ ou _Auxoum_, est mentionnée dans Ptolémée (l. 4,

c. 8), dans le Périple de la mer Erythrée attribué à Arrien, et dans

quelques autres auteurs. Cette ville, dont il sera encore question

sous le règne de Justin (ci-après l. XL, § 27), à cause des relations

que les Ethiopiens eurent alors avec l'empire, est presque ruinée

maintenant. Ses restes ont été visités en 1805 et en 1809, par le lord

Valentia et par M. Salt, qui en a donné une intéressante relation.--S.

M.]

[Un philosophe nommé Métrodore fut la cause indirecte de la conversion

de ces peuples. A l'imitation des anciens sages, il avait entrepris de

longs voyages[41] pour connaître les régions lointaines et les mœurs

de leurs habitants; il avait parcouru toute l'Inde intérieure[42].

C'est le nom que les Romains donnaient alors à la partie méridionale de

l'Arabie, possédée par les Homérites, et aux provinces de l'Éthiopie,

comprises entre le Nil et la mer Rouge. A son retour[43], ses récits

donnèrent à un autre philosophe, Méropius de Tyr, le désir de visiter

les mêmes pays; il emmena avec lui deux jeunes gens, ses parents et

ses élèves, assez instruits dans les lettres grecques. Quoique les

pays dont il s'agit fussent éloignés de l'empire, dont ils étaient

séparés par des mers et des déserts, les peuples qui y vivaient,

n'étaient cependant pas tout-à-fait sans relation avec les Romains. En

devenant maîtres de l'Égypte, ceux-ci héritèrent du commerce que les

Grecs avaient fait autrefois par la Mer-Rouge, tant avec les peuples

de l'Asie et de l'Afrique qui occupaient les rivages de cette mer,

qu'avec les nations plus éloignées, établies dans l'Inde, ou sur les

côtes de l'Éthiopie, qui se prolongent au loin vers le sud dans l'Océan

Indien[44]. Les avantages de ce commerce avaient porté les Romains à

contracter quelquefois des alliances avec ces peuples barbares, et

les profits qu'ils y trouvaient les firent renouveler plusieurs fois.

Long-temps après cette époque, au moment où Méropius se préparait à

revenir dans sa patrie, l'alliance avec les Romains fut rompue, on

ignore par quelle cause, et le philosophe fut massacré avec tous ses

compagnons de voyage. Ses deux disciples Édésius et Frumentius furent

seuls épargnés, en considération de leur jeunesse. On les attacha au

service du roi: Édésius devint son échanson, mais Frumentius qui avait

plus de capacité fut son secrétaire intime[45], et même selon Sozomène,

l'intendant de sa maison et de ses finances[46].

[Note 41: Il est question de ce Métrodore et des présents qu'il fit à

Constantin dans la chronique de S. Jérôme et dans celle de Cédrénus (t.

1 p. 295). Nous en reparlerons dans les additions que nous ajouterons

au § 35^e du livre V.--S.-M.]

[Note 42: _India ulterior_, selon Rufin (l. 10, c. 9); τὴν ἐνδοτέρω

Ἰνδίαν, dans Socrate (l. 1, c. 19), et dans Sozomène (l. 12, c. 24);

c'est τὴν ἐσχάτην Ἰνδίαν, dans Théodoret (l. 1, c. 23).--S.-M.]

[Note 43: Ce Métrodore entreprit encore d'autres voyages chez les

Indiens orientaux pour visiter les Brachmanes.--S.-M.]

[Note 44: C'est au port d'Adulis sur la Mer-Rouge, à huit journées

d'Axoum que se faisait ce commerce.--S.-M.]

[Note 45: Τῶν βασιλικῶν γραμματοφυλάκων φροντίζειν προσέταξεν. Socr.,

l. 1, c. 19. D'autres indications fournies par les anciens font voir

qu'à cette époque, et long-temps avant, la langue grecque était souvent

employée par les souverains de cette partie de l'Afrique. Il ne peut

y avoir de doute sur un tel fait, des monuments publics en sont la

preuve. Voyez la grande inscription grecque trouvée par M. Salt,

dans les ruines d'Axoum, celle qui est rapportée dans la Topographie

chrétienne du moine Cosmas (l. 2, t. 12, p. 142, _Coll. nava_ de

Montfaucon), et enfin la curieuse inscription découverte en Nubie par

le voyageur Gau de Cologne, et relative à Silco, roi des Nubiens.

Celle-ci a été publiée pour la première fois à Rome en 1822, par M.

Niebuhr.--S.-M.]

[Note 46: Μείζονα δὲ τῆς αὐτοῦ οἰκίας, καί τῶν χρημάτων ἐπίτροπον Soz.,

l. 2, c. 24.--S.-Μ.]

[Note latérale: [Ludolf, hist. Æthiop. l. 3.]

[Note latérale: [Vansleb, Hist. de l'ég. d'Alex. l. 1, c. 9.]]

[Note latérale: [Le Quien, Oriens Chr. t. 2, p. 366. et 643.]]

[Note latérale: [Abou'l faradj, chron. arab. p 5 vers. lat.]]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 24 / 40 段