encore une fois; il les exhorta à conserver entre eux cette heureuse
union, qui rendrait la religion vénérable même aux païens et aux
hérétiques; à bannir tout esprit de domination, de contention, de
jalousie. Il leur conseilla de ne pas employer seulement les paroles
pour convertir les hommes: «Il en est peu, leur dit-il, qui cherchent
sincèrement la vérité, il faut s'accommoder à leur faiblesse; acheter
pour Dieu ceux qu'on ne peut convaincre; mettre en œuvre les aumônes,
la protection, les marques de bienveillance, les présents même; en un
mot, comme un habile médecin, varier le traitement selon la disposition
de ceux qu'on veut guérir.» Enfin, après leur avoir demandé le secours
de leurs prières et leur avoir dit adieu, il les renvoya dans leurs
diocèses, et les défraya pour le retour, comme il avait fait depuis
qu'ils étaient sortis de leurs églises. Telle fut la conclusion du
concile de Nicée, le modèle des conciles suivants; respectable à jamais
par la grandeur de la cause qui y fut traitée, et par le mérite des
évêques qui la défendirent. L'église y fit la revue de ses forces; elle
apprit à l'erreur à redouter ces saintes armées, composées d'autant de
chefs, où le Saint-Esprit commande et donne à la vérité une victoire
assurée. Mais ce qui jette sur ce concile une plus vive lumière, c'est
que l'église, sortant alors des longues épreuves des persécutions, se
présente à nos esprits avec toute la pureté et tout l'éclat de l'or qui
sort de la fournaise. La mémoire de cette assemblée a été consacrée par
la vénération des fidèles; et l'église d'Orient solennise la fête des
évêques de Nicée le 28 de mai selon le ménologe des Grecs.
[Note latérale: XLV. Exil d'Eusèbe et de Théognis.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 20.]
[Note latérale: Philost. l. 1, c. 10.]
[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 3, c. 2.]
[Note latérale: Till. Arian. art. 10, 11 et not. 8.]
Aussitôt après la séparation des évêques, Eusèbe de Nicomédie et
Théognis de Nicée levèrent le masque et recommencèrent à enseigner
leurs erreurs. Ils se déclarèrent protecteurs de quelques Ariens
obstinés, que Constantin avait mandés à sa cour, parce qu'ils semaient
de nouveaux troubles dans Alexandrie. Le prince, irrité de la mauvaise
foi des deux prélats, fit assembler un concile de quelques évêques
trois mois après celui de Nicée. Ils y furent condamnés et déposés.
L'empereur les relégua dans les Gaules, et écrivit à ceux de Nicomédie
pour les en instruire. Il dépeint dans cette lettre Eusèbe comme un
scélérat qui s'était prêté avec fureur à la tyrannie de Licinius, au
massacre des évêques, à la persécution des fidèles: il le traite comme
son ennemi personnel: il exhorte ses diocésains à se préserver de la
contagion d'un si pernicieux exemple, et menace de punition quiconque
prendra le parti de cet apostat. On mit à la place de ces deux prélats
Amphion sur le siége de Nicomédie, et Chrestus sur celui de Nicée. Nous
raconterons dans la suite par quels artifices ces deux hérétiques se
procurèrent, à trois ans de là, le rappel et le rétablissement dans
leurs siéges.
[Note latérale: XLVI. S. Athanase évêque d'Alexandrie.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 11.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 26.]
[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 1.]
Cinq mois après le concile de Nicée, l'évêque d'Alexandrie alla
recevoir la récompense de ses travaux. Étant prêt de mourir, il
désigna par un esprit prophétique Athanase pour son successeur. Ce
diacre qui dans un âge peu avancé égalait en mérite les plus anciens
prélats et en modestie les plus humbles, se cacha, fut découvert, et
malgré ses résistances élu selon les formes canoniques. Il fut pendant
quarante-six ans que dura son épiscopat, le chef de l'armée d'Israël,
et le plus ferme rempart de l'église. Cinq fois banni, souvent en
danger de perdre la vie, toujours en butte à la fureur des Ariens,
il ne se laissa jamais ni vaincre par leur violence, ni surprendre
par leurs artifices. Génie vraiment héroïque, plein de force et de
lumières, trop élevé pour être en prise aux séductions de la faveur,
inébranlable au milieu des orages, il résista à des cabales armées de
toute la puissance de l'enfer et de la cour. Ce fut dans la suite un
malheur pour Constantin et une des plus grandes taches de son règne, de
s'être laissé prévenir contre un évêque si digne de sa confiance; et
rien ne montre mieux combien les ennemis d'Athanase étaient adroits et
dangereux.
[Note latérale: XLVII. Lois de Constantin.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, tit. 39. l. 15, tit. 12.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 25.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
[Note latérale: Lact. Instit. l. 6, c. 20.]
[Note latérale: Ide. epit. c. 6.]
[Note latérale: Joseph. Antiq. jud. l. 19, c. 7.]
[Note latérale: Liban. de vita sua, t. 11, p. 3, ed. Morel.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 7, tit. 4.]
[Note latérale: Cod. Just. l. 5, tit. 71.]
L'empereur passa le reste de l'année et le commencement de la suivante
en Thrace, en Mésie, en Pannonie. Ce temps de repos fut employé à faire
des lois utiles. C'était une règle de droit, que le demandeur seul fût
obligé à faire preuve de la justice de sa prétention: Constantin pour
ne laisser aucun nuage dans l'esprit des juges, voulut qu'en certains
cas le défendeur fût astreint à prouver la légitimité de sa possession.
Quant à la nature des preuves judiciaires, telles que les écritures et
les témoins, il ordonna dans les années suivantes qu'on n'aurait égard
à aucunes des écritures produites par une des deux parties, si elles
se combattaient l'une l'autre; que les témoins prêteraient le serment
avant que de parler; que les témoignages auraient plus ou moins de
poids selon le rang et le mérite des personnes; mais que la déposition
d'un seul, de quelque rang qu'il fût, ne serait jamais écoutée. Une loi
bien plus célèbre est celle qui défendait les combats de gladiateurs,
et qui pour l'avenir condamnait au travail des mines ceux que la
sentence des juges avait coutume de réserver pour ces divertissements
cruels. Les chrétiens avaient toujours détesté ces jeux sanglants:
Lactance venait encore d'en montrer l'horreur dans ses Institutions
divines qui avaient paru quatre ou cinq ans auparavant; et il y a
lieu de croire que les Pères de Nicée, dans les entretiens qu'ils
eurent avec l'empereur, n'avaient pas oublié cet article. Constantin,
qui avait plusieurs fois fait couler le sang des captifs dans ces
affreux spectacles, devenu plus humain par la pratique des vertus
chrétiennes, sentait toute la barbarie de ces combats. Il eût bien
voulu les détruire dans tout l'empire; on le sent par sa loi. Il paraît
cependant qu'elle n'eut d'effet que pour Béryte en Phénicie, où elle
fut adressée. Cette ville était fameuse par un amphithéâtre magnifique,
qu'avait autrefois bâti Agrippa roi de Judée: elle était fort adonnée
à ces spectacles. Cette coutume inhumaine régna long-temps en Orient
et plus encore à Rome, où elle ne fut abolie que par Honorius.
Libanius parle d'un combat de gladiateurs qui fut donné à Antioche
en 328, c'est-à-dire, trois ans après cette loi. L'empereur remédia
à un abus qu'avait introduit l'avidité des officiers militaires. Ils
devaient recevoir par jour une certaine quantité de vivres, qui se
tirait des dépôts publics, dans lesquels on les tenait en réserve.
Ils se faisaient donner leurs rations en argent; d'où il arrivait
deux inconvénients: les dépositaires des vivres, ne vidant pas leurs
magasins, exigeaient des provinces de l'argent au lieu des denrées dont
ils n'avaient que faire; et les vivres séjournant trop long-temps dans
les greniers s'altéraient et se distribuaient en cet état aux soldats.
Constantin défendit sous peine de mort, aux gardes des magasins de se
prêter à ce commerce. Il prescrivit aussi de nouvelles formalités pour
l'aliénation des biens des mineurs qui se trouvaient débiteurs du fisc.
[Note latérale: AN 326.]
[Note latérale: XLVIII. Mort de Crispus.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Cod. Th. Chron.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 4.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Amm. l. 14, c. 11.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 29.]
[Note latérale: Sidon. l. 5, epist. 8.]
[Note latérale: Cod. orig. Const. p. 34.]
Au mois d'avril de l'an 326, Constantin consul pour la septième fois,
ayant pris pour collègue son fils Constance âgé de huit ans et demi
et déja César, résolut d'aller à Rome, dont il était absent depuis
long-temps. Il passa par Aquilée et par Milan, où il paraît qu'il fit
quelque séjour. Il était à Rome le 8 de juillet, et y demeura près de
trois mois. Il y célébra de nouveau ses vicennales. Le concours des
décennales des deux Césars Crispus et Constantin augmenta la solennité.
Mais la joie de ces fêtes se changea en deuil par un événement funeste,
qui fut pour l'empereur jusqu'à la fin de sa vie une source d'amertume.
Crispus qui avait si heureusement remplacé son père dans la guerre
contre les Francs, qui l'avait secondé avec tant de succès et de gloire
dans la défaite de Licinius, et qui donnait encore de plus grandes
espérances, fut accusé par sa belle-mère, d'avoir conçu pour elle une
passion incestueuse, et d'avoir osé la lui déclarer. Quelques auteurs
attribuent cette méchanceté de Fausta à la jalousie que lui inspiraient
les brillantes qualités du fils de Minervina: d'autres prétendent
qu'embrasée d'un criminel amour pour ce jeune prince et rebutée avec
horreur, elle l'accusa du crime dont elle était seule coupable. Tous
conviennent que Constantin emporté par sa colère, le condamna à mort
sans examen. Il fut mené loin des yeux de son père à Pola en Istrie,
où il eut la tête tranchée. Sidonius dit qu'on le fit mourir par
le poison. Il était âgé d'environ trente ans. Sa mort fut bientôt
vengée. Le père infortuné commença par se punir lui-même. Accablé des
reproches de sa mère Hélène et plus encore de ceux de sa conscience,
qui l'accusait sans cesse d'une injuste précipitation, il se livra à
une espèce de désespoir. Toutes les vertus de Crispus irritaient ses
remords: il semblait avoir renoncé à la vie. Il passa quarante jours
entiers dans les larmes, sans faire usage du bain, sans prendre de
repos. Il ne trouva d'autre consolation que de signaler son repentir
par une statue d'argent qu'il fit dresser à son fils; la tête était
d'or; sur le front étaient gravés ces mots: _C'est mon fils injustement
condamné._ Cette statue fut ensuite transportée à Constantinople, où
elle se voyait dans le lieu appelé _Smyrnium_.
[Note latérale: XLIX.]
[Note latérale: Mort de Fausta.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 29.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Sidon. tit. 5, epist. 8.]
La mort de Crispus, chéri de tout l'empire, attira sur Fausta
l'indignation publique. On osa bientôt avertir Constantin des désordres
de sa perfide épouse. Elle fut accusée d'un commerce infâme, qu'il
avait peut-être seul ignoré jusqu'alors. Ce nouveau crime devint une
preuve de la calomnie. Aussi malheureux mari que malheureux père,
également aveugle dans sa colère contre sa femme et contre son fils,
il ne se donna pas non plus cette fois le temps d'avérer l'accusation,
et il courut encore le risque de l'injustice et des remords. Il fit
étouffer Fausta dans une étuve. Plusieurs officiers de sa cour furent
enveloppés dans cette terrible vengeance. Le jeune Licinius qui n'avait
pas encore douze ans, et dont les bonnes qualités semblaient dignes
d'un meilleur sort, perdit alors la vie, sans qu'on en sache le sujet.
Ces exécutions firent horreur. On trouva affichés aux portes du palais
deux vers satiriques où l'on rappelait la mémoire de Néron[36]. Des
événements si tragiques ont noirci les dernières années de Constantin:
ils contribuèrent sans doute à l'éloigner de la ville de Rome, où
s'étaient passées tant de scènes sanglantes; il la regarda comme un
séjour funeste.
[Note 36:
Saturni aurea secla quis requirat?
Sunt hæc gemmea, sed Neroniana.
SIDON. lib. 5, epist. 8.--S.-M.
]
[Note latérale: L.]
[Note latérale: Insultes que Constantin reçoit à Rome.]
[Note latérale: Liban. or. 14 t. 11, p. 393. ed. Morel.]
[Note latérale: Ducange, Fam. Byz. p. 48 et 49.]
Rome de son côté ne lui épargna pas les malédictions et les injures. On
raconte qu'un jour ayant été insulté par le peuple, il consulta deux de
ses frères sur la conduite qu'il devait tenir en cette rencontre. L'un
lui conseilla de faire massacrer cette canaille insolente, et s'offrit
à se mettre à la tête des troupes; l'autre fut d'avis qu'il convenait
à un grand prince de fermer les yeux et les oreilles à ces outrages.
L'empereur suivit ce dernier conseil, et regagna par cette douceur ce
que les rigueurs précédentes lui avaient fait perdre dans le cœur du
peuple. L'auteur qui rapporte ce trait, ajoute que Constantin distingua
par des emplois et des dignités celui de ses frères qui l'avait porté
à la clémence, et qu'il laissa l'autre dans une espèce d'obscurité.
Ce qui peut faire croire que le premier était Jule Constance qui fut
consul et patrice, ou Delmatius qui fut censeur et employé dans les
plus grandes affaires, et que l'autre était Hanniballianus qui eut en
effet si peu de distinction, que plusieurs auteurs le retranchent du
nombre des frères de Constantin et le confondent avec Delmatius.
[Note latérale: LI.]
[Note latérale: Constantin quitte Rome pour n'y plus revenir.]
[Note latérale: Chron. Cod. Th.]
[Note latérale: Amm. l. 14, c. 6.]
Ces dégoûts que l'empereur avait éprouvés à Rome, joints à
l'attachement que cette ville enivrée du sang des martyrs conservait
pour le paganisme, lui firent naître la pensée d'établir ailleurs le
siége de son empire. On peut juger par le peu de résidence qu'il avait
fait à Rome, depuis qu'il s'en était rendu maître, que cette ville
n'avait jamais eu pour lui beaucoup d'attraits. En effet ce n'était
plus depuis long-temps le séjour de la vertu et d'une simplicité
magnanime: c'était le rendez-vous de tous les vices et de toutes
les débauches. La mollesse, la parure, la pompe des équipages,
l'ostentation des richesses, la dépense de table y tenaient lieu de
mérite. Les grands dominaient en tyrans, et les petits rampaient
en esclaves. Les hommes en place ne récompensaient plus que les
services honteux et les talents frivoles. La science et la probité
étaient rebutées comme des qualités inutiles ou même importunes. On
achetait des valets la faveur des maîtres. Les études sérieuses se
cachaient dans le silence; les amusements étaient seuls en honneur;
tout retentissait de chants et de symphonies. Le musicien et le maître
de danse tenaient dans l'éducation une place plus importante que le
philosophe et l'orateur. Les bibliothèques étaient des solitudes ou
plutôt des sépulcres, tandis que les théâtres et les salles de concert
regorgeaient d'auditeurs: et dans une disette publique, où l'on fut
obligé de faire sortir les étrangers, on chassa tous les maîtres des
arts libéraux, et l'on garda les comédiennes, les farceurs, et trois
mille danseuses avec autant de pantomimes; tant la science et la
vertu étaient devenues étrangères! Ajoutez à cette peinture toutes
les intrigues de la corruption, toutes les manœuvres de l'ambition
et de l'avarice, l'ivrognerie de la populace, la passion désespérée
du jeu, la fureur et la cabale des spectacles. Telle est l'idée que
nous donne de cette ville un auteur judicieux, qui peignait à la
postérité ce qu'il avait sous les yeux. Constantin l'abandonna pour
n'y plus revenir, sans être encore déterminé sur le choix de sa
nouvelle demeure. Il en sortit vers la fin de septembre, et retourna en
Pannonie, en passant par Spolète et par Milan.
[Note latérale: AN 327.]
[Note latérale: LII. Consuls.]
[Note latérale: Chron. Cod. Theod.]
[Note latérale: Buch. Cycl. p. 239, 250, 253.]
Il demeura toute l'année suivante 327 dans l'Illyrie et dans la Thrace,
pendant le consulat de Constance et de Maxime. Ce Constance n'était
pas de la famille de Constantin; il avait alors avec le consulat la
dignité de préfet du prétoire. Cette année est à jamais mémorable par
la découverte de l'instrument de notre rédemption; qui après avoir
été enseveli pendant près de trois cents ans, reparut à la chute de
l'idolâtrie, et s'éleva à son tour sur ses ruines.
[Note latérale: LIII. Découverte de la croix.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 25 et seq.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 17, 18.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 1.]
[Note latérale: Paulin. epist. 31. t. p. 193. ed. 1685.]
[Note latérale: Hieron. epist. 58, t. I, p. 319.]
Constantin avait résolu d'honorer Jérusalem d'un monument digne de son
respect pour cette terre sacrée. Hélène sa mère, remplie de ce noble
dessein, était partie de Rome l'année précédente après la mort de
Crispus, pour aller chercher quelque consolation sur les vestiges du
Sauveur. Agée de soixante et dix-neuf ans, elle ne se rebuta pas des
fatigues d'un si long voyage. A son arrivée, sa piété fut attendrie
de l'état déplorable où elle trouvait le Calvaire. Les païens, pour
étouffer le christianisme dans son berceau même, avaient pris à tâche
de défigurer ce lieu: ils avaient élevé sur la colline quantité de
terre, et après avoir couvert le sol de grandes pierres, ils l'avaient
environné d'une muraille. C'était depuis Hadrien un temple consacré
à Vénus, où la statue de la déesse recevait un encens profane, et
éloignait les hommages des chrétiens qui n'osaient approcher de ce
lieu d'horreur. Ils avaient perdu jusqu'à la mémoire du sépulcre de
Jésus-Christ. Hélène, sur les indices d'un Hébreu plus instruit que les
autres, fit abattre les statues et le temple, enlever les terres qui
furent jetées loin de la ville, et découvrir le sépulcre. En fouillant
aux environs, on trouva trois croix, les clous dont le Sauveur
avait été attaché, et séparément, l'inscription telle qu'elle est
rapportée par les évangélistes. Un miracle fit distinguer la croix de
Jésus-Christ.
[Note latérale: LIV. Eglise du S. Sépulcre.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 29 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 1.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 1.]
[Note latérale: Valois, epist. de Anastasi.]
[Note latérale: Fleury, Hist. eccl. l. 11, c. 54.]
La découverte d'un si riche trésor combla de joie l'empereur. Il ne
pouvait se lasser de louer la Providence, qui, ayant si long-temps
conservé un bois de lui-même corruptible, le manifestait enfin au ciel
et à la terre, lorsque les chrétiens devenus libres pouvaient marcher
sans crainte sous leur étendard général. Il fit bâtir une église qui
est nommée dans les auteurs, tantôt l'_Anastase_, c'est-à-dire, la
Résurrection, tantôt l'église de la Croix ou de la Passion, tantôt le
Saint-Sépulcre. L'empereur recommanda à l'évêque Macarius de ne rien
épargner pour en faire le plus bel édifice de l'univers. Il donna ordre
à Dracilianus, vicaire des préfets et gouverneur de la Palestine, de
fournir tous les ouvriers et les matériaux que demanderait l'évêque. Il
envoya lui-même les pierreries, l'or, et les plus beaux marbres. Selon
quelques auteurs, Eustathius prêtre de Byzance en fut l'architecte.
Voici la description que fait Eusèbe de ce temple magnifique. La façade
superbement ornée s'élevait sur un large parvis, et donnait entrée dans
une vaste cour bordée de portiques à droite et à gauche. On entrait
dans le temple par trois portes du côté de l'occident. Le bâtiment se
divisait en trois corps. Celui du milieu, que nous appelons la nef,
et qu'on nommait proprement la basilique, était très-étendu dans ses
dimensions, et fort exhaussé. L'intérieur était incrusté des marbres
les plus précieux: au-dehors les pierres étaient si bien liées et
d'un si beau poli, qu'elles rendaient l'éclat du marbre. Le plafond
formé de planches exactement jointes, décoré de sculpture et revêtu
entièrement d'un or très-pur et très-éclatant, semblait un océan de
lumière suspendu sur toute la basilique. Le toit était couvert de
plomb. Vers l'extrémité s'élevait un dôme en plein cintre, soutenu
sur douze colonnes, dont le nombre représentait celui des apôtres;
sur les chapiteaux étaient placés autant de grands vases d'argent.
De chaque côté de la basilique s'étendait un portique, dont la voûte
était enrichie d'or. Les colonnes qui lui étaient communes avec la
basilique, avaient beaucoup d'élévation; l'autre partie portait sur des
pilastres très-ornés. On avait pratiqué sous terre un autre portique,
qui répondait au supérieur dans toutes ses dimensions. De l'église on
passait dans une seconde cour pavée de belles pierres polies, autour
de laquelle régnaient des trois côtés de longs portiques. Au bout de
cette cour et au chef de tout l'édifice était la chapelle du saint
Sépulcre, où l'empereur s'était efforcé d'imiter par l'éclat de l'or
et des pierres précieuses, la splendeur dont avait brillé ce saint
lieu au moment de la résurrection. Cet édifice commencé sous les yeux
d'Hélène ne fut achevé et dédié que huit ans après. Il n'en reste
plus de vestiges, parce qu'il a été plusieurs fois ruiné: il se forma
à l'entour une autre ville, qui reprit l'ancien nom de Jérusalem, et
qui semblait être, dit Eusèbe, la nouvelle Jérusalem, prédite par
les prophètes. Celle-ci renfermait le saint Sépulcre et le Calvaire.
L'ancienne, qui depuis Hadrien portait le nom d'Ælia, fut abandonnée;
et dès ce temps-là commencèrent les pélerinages, et les offrandes des
chrétiens, que la dévotion y appelait de toutes les parties du monde.
[Note latérale: LV. Piété d'Hélène.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 41 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 17.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 1.]
[Note latérale: Theoph. p. 21.]
[Note latérale: Suid. in Ἐστίαδες et in Ἑλένη.]
La pieuse princesse bâtit encore deux autres églises, l'une à Bethléem
dans le lieu où était né le Sauveur, l'autre sur le mont des Olives
d'où il s'était élevé au ciel. Elle ne se borna pas à la pompe des
édifices. Sa magnificence se fit encore bien mieux connaître par les
bienfaits qu'elle aimait à répandre sur les hommes. Dans le cours
de ses voyages elle versait sur le public et sur les particuliers
les trésors de l'empereur, qui fournissait sans mesure à toutes ses
libéralités: elle embellissait les églises et les oratoires des
moindres villes; elle faisait de sa propre main des largesses aux
soldats; elle nourrissait et habillait les pauvres; elle délivrait les
prisonniers, faisait grace à ceux qui étaient condamnés aux mines,
tirait d'oppression ceux qui gémissaient sous la tyrannie des grands,
rappelait les exilés; en un mot, dans ce pays habité autrefois par le
Sauveur du monde, elle retraçait son image, faisant pour les corps
ce qu'il y avait fait pour les ames. Ce qui la rapprochait encore
davantage de cette divine ressemblance, c'était la simplicité de
son extérieur, et les pratiques d'humilité qui voilaient la majesté
impériale sans l'avilir. On la voyait prosternée dans les églises
au milieu des autres femmes dont elle ne se distinguait que par sa
ferveur. Elle assembla plusieurs fois toutes les filles de Jérusalem
qui faisaient profession de virginité, elle les servit à table, et
ordonna qu'elles fussent nourries aux dépens du public.
[Note latérale: LVI. Retour d'Hélène.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 17.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 18.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 1.]
[Note latérale: Cod. orig. C. P. p. 17.]
Après avoir rendu aux saints lieux tout leur éclat, elle partit pour
aller rejoindre son fils. La sainte croix enfermée dans une châsse
d'argent, fut mise entre les mains de l'évêque, qui ne la montrait
au peuple qu'une fois l'année au vendredi saint. Constantin reçut de
sa mère les clous, l'inscription, et une portion considérable de la
croix, dont il envoya une partie à Rome avec l'inscription: il la fit
déposer dans la basilique du palais Sessorien, qui fut pour cette
raison appelée l'église de Sainte-Croix, ou l'église d'Hélène. Il garda
l'autre partie, qu'il fit dans la suite enfermer à Constantinople dans
sa statue posée sur la colonne de porphyre. L'usage qu'il fit des
clous n'est pas aussi clairement énoncé: tout ce qu'on peut tirer des
expressions des auteurs originaux, c'est qu'il les fit entrer dans la
composition de son casque et du mors de son cheval, pour lui servir de
sauvegarde dans les batailles. Le pape Silvestre établit une fête de
l'Invention de la sainte croix au troisième de mai.
[Note latérale: LVII. Sa mort.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 46 et 47.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 17.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 17.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 1.]
[Note latérale: Anastas. in Silvest.]
[Note latérale: Theoph. p. 21.]
[Note latérale: Niceph. Call. l. 8, c. 31.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 283.]
[Note latérale: Hesych. Miles.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 13.]
[Note latérale: Justin. Coll. 4, tit. 7, nov. 28, c. 1.]
[Note latérale: Baron. an. 326.]