La première séance se tint le 19 juin. L'antiquité ecclésiastique

nous a précieusement conservé la doctrine de ce grand concile, et

tout ce qui s'y passa d'important par rapport à la foi. C'est un des

points historiques les plus sûrs et les mieux constatés. C'est aussi

le seul qui intéresse véritablement l'église, dont les victoires

doivent être immortelles. Mais pour les articles de pure curiosité,

tels que le nombre des séances, leur distinction, le lieu où elles se

tinrent, combien de fois et en quels jours Constantin y assista, quel

fut l'évêque qui y présida, tout cela est resté dans l'obscurité. La

cause de ces incertitudes, c'est que les actes du concile ne furent pas

rédigés par écrit; on n'écrivit que la profession de foi, les canons,

et les lettres synodiques. Il est impossible de rien déterminer sur

le nombre des sessions, et de distinguer ce qui se fit dans chacune.

Quant au lieu de l'assemblée et à la présence de Constantin, il me

paraît très-probable que les Pères s'assemblèrent dans l'église de

Nicée; mais qu'ils se rendirent au palais pour la dernière session, à

laquelle Constantin voulut assister, et qui fit la clôture du concile.

Pour ce qui regarde le président, les uns sont portés à croire que ce

fut Eustathius d'Antioche: c'était en effet un des plus grands évêques

de l'église; il était assis le premier à droite, et l'on croit que

ce fut lui qui harangua Constantin au nom du concile. Mais le terme

de _droite_ employé ici par Eusèbe est équivoque, et peut aussi bien

signifier la droite en entrant, ce qu'on appelle dans l'église le côté

de l'épître, que le côté opposé, qui était dans le concile la place

d'honneur, comme on le voit par les séances de celui de Chalcédoine.

Il n'est pas même bien certain que ce soit Eustathius qui ait porté la

parole à l'empereur: Eusèbe semble dire que ce fut lui-même; Sozomène

confirme ce sentiment, et d'autres attribuent cet honneur à l'évêque

d'Alexandrie. Quoi qu'il en soit, il ne paraît pas nécessaire que

ce soit le président du concile qui ait harangué l'empereur: cette

fonction a pu être donnée à celui qu'on regardait comme le plus

éloquent. L'opinion qui me semble le mieux appuyée, c'est qu'Osius

présida au concile au nom du pape Silvestre; le nom d'Osius se trouve

avec celui des deux autres légats Vitus ou Victor et Vincent à la tête

des souscriptions.

[Note latérale: XXXIV. Constantin au concile.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 10.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 7.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 18.]

Les sessions durèrent jusqu'au 25 août. On voit par les actes du

concile d'Éphèse qu'elles étaient alors fort longues, commençant

sur les huit ou neuf heures du matin et durant jusqu'au soir. On

mettait sur un trône ou pupitre, au milieu de l'assemblée, le livre

des Évangiles. Après qu'on eut discuté les questions de foi, entendu

les Ariens, arrêté les canons de discipline qu'il était à propos de

confirmer par l'autorité de l'église universelle, les Pères, pour

prononcer le jugement définitif, se rendirent, selon le désir du

prince, dans la plus grande salle du palais. On leur avait préparé

des siéges à droite et à gauche. Chacun prit sa place, et attendit

en silence l'arrivée de l'empereur. Bientôt on le vit paraître sans

gardes, accompagné seulement de ceux de ses courtisans qui professaient

le christianisme. A son approche, les évêques se levèrent. Il parut,

dit Eusèbe, comme un ange de Dieu: sa pourpre enrichie d'or et de

pierreries éblouissait par son éclat; mais ce qui frappait bien plus

les yeux de ces saints prélats, c'était la noble piété que respirait

tout son extérieur. Ses yeux baissés, la rougeur de son visage, sa

démarche modeste et respectueuse, ajoutaient une grace chrétienne à

la hauteur de sa taille, à la force de ses traits, et à cet air de

grandeur qui annonçait le maître de l'empire. Après avoir traversé

l'assemblée, il se tint debout au haut de la salle devant un siége d'or

plus bas que celui des évêques, et ne s'assit qu'après qu'ils l'en

eurent prié par des signes de respect. Tous s'assirent après lui. Alors

un des prélats complimenta le prince en peu de mots au nom du concile,

et rendit à Dieu au nom du prince des actions de graces. Quand cet

évêque eut cessé de parler, tous les autres dans un profond silence

fixèrent les yeux sur l'empereur, qui, promenant des regards doux et

sereins sur cette auguste compagnie, et s'étant un peu recueilli, parla

en ces termes:

[Note latérale: XXXV. Discours de Constantin.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 12.]

«Mes vœux sont accomplis. De toutes les faveurs dont le roi du ciel et

de la terre a daigné me combler, celle que je désirais avec le plus

d'ardeur, c'était de vous voir assemblés et réunis dans le même esprit.

Je jouis de ce bonheur; graces en soient rendues au Tout-Puissant. Que

l'ennemi de la paix ne vienne plus troubler la nôtre. Après que par le

secours du Dieu Sauveur nous avons détruit la tyrannie de ces impies

qui lui faisaient une guerre ouverte, que l'esprit de malice n'ose plus

désormais attaquer par la ruse et l'artifice notre sainte religion. Je

le dis du fond du cœur; les discordes intestines de l'église de Dieu

sont à mes yeux les plus périlleux de tous les combats. Victorieux de

mes ennemis, je me flattais de n'avoir plus qu'à louer l'auteur de mes

victoires, et à partager avec vous ma reconnaissance et le fruit de

mes succès. La nouvelle de vos divisions m'a plongé dans une douleur

amère. C'est pour remédier à ce mal, le plus funeste de tous, que je

vous ai assemblés sans délai. La joie que me donne votre présence

ne sera parfaite que par la réunion de vos cœurs. Ministres d'un

Dieu pacifique, faites renaître entre vous cet esprit de charité que

vous devez inspirer aux autres; étouffez toute semence de discorde,

affermissez en ce jour une paix inaltérable. Ce sera l'offrande la plus

agréable au Dieu que vous servez, et le présent le plus précieux à un

prince qui le sert avec vous.»

[Note latérale: XXXVI. Liberté du concile.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 13.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 19.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 2.]

Ce discours, prononcé en latin par l'empereur, fut ensuite interprété

en grec, la plupart des Pères du concile n'entendant que cette langue.

Constantin les parlait toutes deux; mais le latin était encore

la langue régnante, et la majesté impériale ne s'exprimait point

autrement. L'empereur ne donna aucune atteinte à la liberté du concile:

il la laissa toute entière aux Ariens avant que le jugement fût

prononcé. Dans les vives contestations qui s'élevèrent entre eux et les

catholiques, le prince écoutait tout avec attention et avec patience;

il se prêtait aux propositions de part et d'autre; il appuyait celles

qui lui paraissaient propres à rapprocher les esprits; il s'efforçait

de vaincre l'opiniâtreté par sa douceur, par la force de ses raisons,

par des instances pressantes, et par des remontrances assaisonnées

d'éloges. Il faut pourtant convenir que la présence du souverain dans

un concile était un exemple dangereux, dont Constance abusa depuis dans

les conciles d'Antioche et de Milan.

[Note latérale: XXXVII. Consubstantialité du Verbe.]

[Note latérale: Athan. epist. contra Arianos. t. I, p. 270-294.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 7, 8.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 9.]

[Note latérale: Fleury, Hist. eccl. l. 11, c. 12.]

Les Ariens présentèrent une profession de foi artificieusement

composée. Elle révolta tous les esprits; on se récria: elle fut mise en

pièces. On lut une lettre d'Eusèbe de Nicomédie, remplie de blasphèmes

si outrageants contre la personne du Fils de Dieu, que les Pères,

pour ne les point entendre, se bouchèrent les oreilles: on la déchira

avec horreur. Les catholiques voulaient dresser un symbole, qui ne

fût susceptible d'aucune ambiguité, d'aucune interprétation favorable

au dogme impie d'Arius, et qui exclût absolument de la personne de

Jésus-Christ toute idée de créature. Les Ariens, au contraire, ne

cherchaient qu'à sortir d'embarras en sauvant l'erreur sous l'équivoque

des termes. D'abord on exigea d'eux qu'ils reconnussent selon les

saintes Écritures, que Jésus-Christ est par nature Fils unique de

Dieu, son verbe, sa vertu, son unique sagesse, splendeur de sa gloire,

caractère de sa substance: ils ne firent aucune difficulté d'adopter

tous ces termes, parce que, selon eux, ils n'étaient pas incompatibles

avec la qualité de créature. Ils trouvaient moyen de pratiquer dans

toutes ces expressions un retranchement à l'erreur. Mais on les força

tout-à-fait quand, en ramassant dans un seul mot les notions répandues

dans l'Écriture touchant le Fils de Dieu, on leur proposa de déclarer

qu'il était consubstantiel à son Père. Ce mot fut pour eux un coup

de foudre; il ne laissait aucun subterfuge à l'hérésie: c'était

reconnaître que le Fils est en tout égal à son Père et le même Dieu que

lui. Aussi s'écrièrent-ils que ce terme était nouveau, qu'il n'était

point autorisé par les Écritures. On leur répliqua que les termes dont

ils se servaient pour dégrader le Fils de Dieu ne se trouvaient pas non

plus dans les livres saints; que d'ailleurs ce mot était déja consacré

par l'usage qu'en avaient fait près de quatre-vingts ans auparavant

d'illustres évêques de Rome et d'Alexandrie (c'étaient les deux saints

Denis), pour confondre les adversaires de la divinité de Jésus-Christ.

Les Pères du concile se tinrent constamment attachés à ce terme qui

tranchait toutes les subtilités d'Arius, et qui fut depuis ce temps

le signal distinctif des orthodoxes et des Ariens. Ce qu'il y a de

remarquable, c'est que ce glaive dont ils égorgeaient l'hérésie leur

avait été fourni par l'hérésie même: on avait lu une lettre d'Eusèbe de

Nicomédie, dans laquelle il disait que reconnaître le Fils incréé ce

serait le déclarer consubstantiel à son Père.

[Note latérale: XXXVIII. Jugement du concile.]

[Note latérale: Athan. ad Monach. t. 1, p. 369.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 19.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 8. 12.]

[Note latérale: Philost. l. 1, c. 9.]

[Note latérale: Baron. an. 325.]

[Note latérale: Pagi, ibid.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 2.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 9.]

[Note latérale: Fleury, Hist. Eccles. l. 11, c. 13.]

[Note latérale: Bayle, dict. art. Arius rem. A.]

Tous les orthodoxes, étant d'accord sur la foi de l'église, en

souscrivirent le formulaire dressé par Osius, et prononcèrent

l'anathème contre Arius et sa doctrine. Les dix-sept partisans de

l'hérésiarque refusèrent d'abord de souscrire; mais la plupart se

réunirent, du moins en apparence. La crainte de l'exil, dont l'empereur

menaçait les réfractaires, les fit signer contre leur conscience, comme

ils le firent bien voir dans la suite. Eusèbe de Césarée balança, et

souscrivit enfin. La lettre qu'il adressa à son église, semble faite

pour rassurer les Ariens de Césarée, que la nouvelle de sa signature

avait sans doute alarmés. Il y explique le terme de consubstantiel,

et l'affaiblit en l'expliquant. On sent un courtisan qui se plie aux

circonstances, et qui ne change que de langage. Eusèbe de Nicomédie et

Théognis de Nicée disputèrent long-temps le terrain. Le premier employa

tout le crédit qu'il avait auprès du prince pour se mettre à couvert,

sans être obligé d'adhérer à la décision du concile. Enfin vaincu par

la fermeté de l'empereur, il consentit à signer la profession de foi,

mais non pas l'anathème: il connaissait trop, disait-il, l'innocence

et la pureté de la foi d'Arius. Il paraît que Théognis le suivit pas à

pas dans toutes ses démarches. Philostorge prétend que par le conseil

de Constantia, attachée à la nouvelle doctrine, les Ariens trompèrent

l'empereur et les orthodoxes, en insérant dans le mot grec qui signifie

_consubstantiel_ une lettre qui en change le sens, et réduit ce mot à

n'exprimer que _semblable en substance_[34]: il n'est guère probable

que ce faible artifice ait échappé à tant d'yeux clairvoyants.

Sécundus et Théonas restèrent seuls obstinés: on les condamna avec

Arius et les autres prêtres ou diacres déja frappés d'anathème dans

le concile d'Alexandrie, tels que Pistus et Euzoïus, qui, à la faveur

des troubles de l'hérésie, usurpèrent quelque temps après, l'un le

siége d'Alexandrie, l'autre celui d'Antioche. Les écrits d'Arius, et en

particulier sa Thalie, furent condamnés. En exécution de ce jugement

du concile, que la puissance séculière appuya, mais qu'elle ne prévint

pas, Constantin, dans une lettre adressée aux évêques absents et à tous

les fidèles, ordonne que ces livres pernicieux soient jetés au feu,

sous peine de mort contre tous ceux qui en seront trouvés saisis. Le

concile avait défendu à Arius de retourner à Alexandrie; l'empereur

le relégua à Nicée en Illyrie, avec Sécundus, Théonas et ceux qui

avaient subi l'anathème. On a blâmé Constantin de cette disproportion

dans les peines: on lui a reproché d'avoir condamné à mort ceux qui

liraient des ouvrages dont il se contentait de bannir l'auteur. On ne

peut excuser ce défaut que par un autre que nous avons déja relevé, et

qui semble avoir sa racine dans la bonté même du prince: il était bien

plus sévère à l'égard des crimes à commettre, qu'à l'égard des crimes

commis: l'amour du bon ordre le portait à faire craindre les châtiments

les plus rigoureux, et sa clémence naturelle arrêtait la punition;

ainsi, par l'événement, les peines prononcées dans ses lois devenaient

simplement comminatoires. Il eût sans doute mieux rempli le devoir de

législateur et de souverain, s'il eût été plus retenu dans les menaces

et plus ferme dans l'exécution. Il veut, dans la même lettre, que les

Ariens soient désormais nommés Porphyriens, à cause de la conformité

qu'il trouve entre Porphyre et Arius, tous deux ennemis mortels de la

religion chrétienne qu'ils ont attaquée par des écrits impies; tous

deux exécrables à la postérité et dignes de périr avec leurs ouvrages.

Mais cette dénomination ne prit pas faveur; et ce n'est pas la seule

fois que le langage s'est soustrait, ainsi que la pensée, à toute

l'autorité des souverains.

[Note 34: Ὁμοὶουσιος pour Ὁμοόυσιος.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIX. Question de la pâque terminée.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 17 et seq. et l. 4, c. 34,

35.]

[Note latérale: Dionys. exig. apud Buch. in cyclis, p. 485.]

[Note latérale: Baron. in ann. 325.]

Constantin avait fort à cœur l'uniformité dans la célébration de la

pâque. On s'accorda sur ce point. Il fut décidé que cette fête serait

fixée au premier dimanche d'après le quatorzième de la lune de mars,

et qu'on se servirait du cycle de Méton: c'est une révolution de

dix-neuf ans, après lesquels la lune recommence à faire les mêmes

lunaisons. Eusèbe de Césarée se chargea de composer un canon pascal

de dix-neuf années: il l'adressa à Constantin avec un traité complet

sur cette matière. Nous avons la lettre de l'empereur, qui le remercie

de cet ouvrage. L'astronomie florissait alors surtout en Égypte: ce

fut dans la suite l'évêque d'Alexandrie qui fut chargé de faire pour

chaque année le calcul de la pâque, et d'en donner avis à l'évêque de

Rome. Celui-ci en instruisait les autres églises. Cette coutume fut

long-temps observée; mais lorsque le siége d'Alexandrie fut occupé

par des prélats hérétiques, on ne voulut plus recevoir leurs lettres

pascales. Malgré ce réglement du concile de Nicée, il y eut quelques

évêques qui s'obstinèrent long-temps à célébrer la pâque le même jour

que les Juifs: ils firent schisme, et furent nommés Quartodécimans.

[Note latérale: XL. Réglement au sujet des Mélétiens et des Novatiens.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7, 10.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 9.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 21, 23.]

[Note latérale: Canon 8. conc. Nic.]

[Note latérale: Baron. an. 325.]

Le concile aurait bien souhaité terminer toutes les disputes qui

agitaient l'église. Il traita Mélétius avec plus d'indulgence

qu'Arius: il lui laissa le nom et la dignité d'évêque, mais il lui

ôta les ordinations. Quant aux évêques que Mélétius avait établis,

ils devaient, après une nouvelle imposition des mains, conserver leur

titre, à condition qu'ils céderaient le rang à ceux qu'Alexandre avait

ordonnés, et à qui ils pourraient succéder, en observant les formes

canoniques. Cette sage disposition du concile fut rendue inutile par

l'indocilité de Mélétius, qui perpétua les troubles en se nommant un

successeur quand il se vit près de mourir. Théodoret dit que de son

temps, c'est-à-dire plus de cent ans après le concile de Nicée, ce

schisme subsistait encore, surtout parmi quelques moines d'Égypte qui

s'écartaient de la saine doctrine, et qui se livraient à des pratiques

ridicules et superstitieuses. L'église était encore divisée depuis

quatre-vingts ans par le schisme des Novatiens. Il avait eu pour auteur

Novatianus, qui, s'étant séparé du pape Corneille, avait pris le titre

d'évêque de Rome. Ces hérétiques affectaient une sévérité outrée, et

se donnaient pour cette raison un nom qui, dans la langue grecque,

signifie _purs_[35]. Ils retranchaient pour toujours de leur communion

ceux qui, depuis leur baptême, avaient commis des crimes soumis à la

pénitence publique: ils prétendaient que Dieu seul pouvait absoudre,

et ils ôtaient à l'église le pouvoir de lier et de délier. Ils

condamnaient les secondes noces comme des adultères. Leur secte était

fort étendue: elle avait en Occident, et plus encore en Orient, des

évêques, des prêtres, des églises. L'extérieur de régularité la rendait

la moins odieuse de toutes les sectes hérétiques, et elle subsista

jusque dans le huitième siècle. Les Pères de Nicée consentaient à les

recevoir dans le sein de l'église, s'ils voulaient renoncer à leurs

fausses préventions: ils offraient à leurs prêtres de les conserver

dans le clergé, à leurs évêques de les admettre au nombre des prêtres,

même de leur laisser leur titre, mais et sans fonction et seulement

par honneur, si les évêques catholiques des lieux ne s'y opposaient

pas. Ces offres furent inutiles. L'empereur lui-même s'employa en

vain à leur réunion: il fit venir à Nicée Acésius, évêque novatien

de Byzance, qu'il estimait pour la pureté de ses mœurs. Il lui

communiqua les décisions du concile, et lui demanda s'il approuvait

la profession de foi et ce qu'on avait statué sur la pâque. Acésius

répondit qu'on n'avait rien établi de nouveau, et que ces deux points

étaient conformes à la croyance et à la pratique apostolique: _Pourquoi

donc_, lui dit Constantin, _vous tenez-vous séparé de communion?_

Alors l'évêque, prévenu des maximes excessives des Novatiens, se

rejeta sur la corruption où il prétendait que l'église était tombée en

s'attribuant le pouvoir de remettre les péchés mortels; et l'empereur

sentit qu'un orgueilleux rigorisme n'est pas moins difficile à guérir

que le relâchement.

[Note 35: Καθάροι.--S.-M.]

[Note latérale: XLI. Canon et symbole de Nicée.]

[Note latérale: Canon. Nic.]

[Note latérale: Pagi, ad Baron. an. 325.]

Nous laissons à l'histoire de l'église le détail des canons de ce saint

concile. Entre les trésors de la tradition ecclésiastique, c'est la

source la plus pure, où l'église puise encore ses règles de discipline.

La célèbre profession de foi, qui fut depuis ce temps la terreur et

l'écueil de l'arianisme, est ce qu'on appelle aujourd'hui le symbole

de Nicée. Le second concile général tenu à Constantinople y a fait

quelques additions pour développer davantage les points essentiels de

notre croyance. L'église d'Espagne par le conseil du roi Récarède à la

fin du sixième siècle, fut la première qui le chanta à la messe, pour

affermir dans la foi les Goths nouvellement sortis de l'arianisme. Sous

Charlemagne, on commença à le chanter en France. Cet usage n'était

pas encore établi à Rome sous le pontificat de Jean VIII du temps de

Charles-le-Chauve.

[Note latérale: XLII. Lettres du concile et de Constantin.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]

[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 2, c. 37.]

Après avoir réglé ce qui regardait la foi et la discipline, le concile

chargea nommément les principaux évêques d'en instruire toutes les

églises, et il leur assigna à chacun leur département. Mais il jugea

à propos d'appliquer lui-même le remède à la partie la plus malade.

Il écrivit une lettre synodale aux églises d'Alexandrie, d'Égypte, de

Libye et de Pentapole. On y remarque la douceur évangélique de ces

saints évêques: loin de triompher de l'exil d'Arius, ils en paraissent

affligés: _Vous avez sans doute appris_, disent-ils, _ou vous

apprendrez bientôt ce qui est arrivé à l'auteur de l'hérésie. Nous

n'avons garde d'insulter à un homme qui a reçu la punition que méritait

sa faute._ Ils n'en disent pas davantage sur le châtiment d'Arius.

Cette lettre fut accompagnée d'une autre adressée par le prince à

l'église d'Alexandrie: il y remercie Dieu d'avoir confondu l'erreur à

la lumière de la vérité, il rend témoignage aux Pères du concile de

leur scrupuleuse exactitude à examiner et à discuter les matières;

il gémit sur les blasphèmes que les Ariens ont osé prononcer contre

Jésus-Christ; il exhorte les membres séparés à se rejoindre au corps

de l'église; et il finit par ces paroles: _La sentence prononcée par

trois cents évêques doit être révérée comme sortie de la bouche de Dieu

même; c'était le Saint-Esprit qui les éclairait et qui parlait en eux.

Qu'aucun de vous n'hésite à les écouter: rentrez tous avec empressement

dans la voie de la vérité, afin qu'à mon arrivée je puisse de concert

avec vous rendre grace à celui qui pénètre le fond des consciences._

On voit qu'il avait dessein d'aller incessamment en Égypte; ce qu'il

n'a pas exécuté. Il écrivit encore deux autres lettres à toutes les

églises: l'une est celle dont nous avons déja parlé, dans laquelle il

proscrivait la doctrine et les écrits d'Arius; par l'autre il exhortait

tous les fidèles à se conformer à la décision du concile sur la

célébration du jour de Pâque.

[Note latérale: XLIII. Vicennales de Constantin.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 1, et l. 3, c. 15 et 16.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 11.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Pagi, ad Baron. an. 325.]

[Note latérale: Till. art. 59.]

La fête des Vicennales de Constantin tombait au 25 juillet de cette

année: c'était le commencement de la vingtième de son règne. On

croit que pour ne pas interrompre des affaires plus importantes,

cette cérémonie fut remise à la fin du concile, qui se termina le 25

août. Eusèbe de Césarée fit en présence de l'assemblée l'éloge de

l'empereur; et celui-ci invita tous les évêques à un festin qu'il

fit préparer dans son palais. Ils furent reçus entre deux haies de

gardes qui avaient l'épée nue. La salle était richement ornée; on y

avait dressé plusieurs tables. L'empereur fit asseoir à la sienne les

plus illustres prélats, et distingua par des honneurs et des caresses

ceux qui portaient les marques glorieuses de leurs combats pour

Jésus-Christ: il se sentait en les embrassant échauffer d'un nouveau

zèle pour la foi qu'ils avaient si généreusement défendue. Tout se

passa avec la grandeur et la modestie convenable à un empereur et à des

évêques. Après le festin il leur fit des présents et leur donna des

lettres pour les gouverneurs de ses provinces: il ordonnait à ceux-ci

de distribuer tous les ans du blé dans chaque ville aux veuves, aux

vierges, aux ministres de l'église. La quantité en fut mesurée, dit

Théodoret, sur la libéralité du prince, plutôt que sur le besoin des

pauvres. Julien abolit cette distribution. Jovien n'en rétablit que le

tiers: la disette qui affligeait alors l'empire, ne lui permit pas de

la renouveler en entier; mais ce tiers même était fort considérable

et se distribuait encore du temps de Théodoret. L'empereur acheva la

solennité de ses vicennales à Nicomédie, et la réitéra à Rome l'année

suivante.

[Note latérale: XLIV. Conclusion du concile.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 21.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Baron. an. 325.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 22 / 40 段