Ce n'était que messages, que lettres souscrites par les uns, rejetées
par les autres. Eusèbe de Nicomédie n'était pas homme à pardonner à
Alexandre le portrait que celui-ci avait osé faire de lui dans sa
lettre circulaire: il ne cessait pourtant pas de lui écrire en faveur
d'Arius; mais en même temps il s'efforçait de soulever contre lui
toutes les églises. L'esprit de parti ne ménageait pas les injures;
et le scandale était si public, que les païens en prenaient sujet
de risée, et jouaient sur les théâtres les divisions de l'église
chrétienne. Pour augmenter le trouble, Mélétius et ses adhérents
favorisaient les Ariens. Cependant on assemblait partout des synodes.
Arius retiré en Palestine obtint d'Eusèbe de Césarée, et de plusieurs
autres évêques, la permission de faire les fonctions du sacerdoce;
ce qui, par une réserve affectée, ne lui fut pourtant accordé, qu'à
condition qu'il resterait soumis de cœur à son évêque, et qu'il ne
cesserait de travailler à se réconcilier avec lui. Après quelque
séjour en Palestine, il alla se jeter entre les bras de son grand
protecteur Eusèbe de Nicomédie: de là il écrit à Alexandre, et en lui
exposant le fonds de son hérésie, il a l'audace de protester qu'il
n'enseigne que ce qu'il a appris de lui-même. Ce fut dans cet asyle
que pour insinuer plus agréablement son erreur, il composa un poème
intitulé _Thalie_: ce titre n'annonçait que la joie des festins et de
la débauche: l'exécution de l'ouvrage était encore plus indécente;
il était versifié dans la même mesure que les chansons de Sotade,
décriées chez les païens mêmes pour la lubricité qu'elles respiraient,
et qui avaient coûté la vie à leur auteur. Arius y avait semé tous les
principes de sa doctrine; et pour la mettre à la portée des esprits les
plus grossiers, dont le zèle brutal rend un hérésiarque redoutable, il
fit des cantiques accommodés au génie des divers états du peuple: il y
en avait pour les nautoniers, pour ceux qui tournaient la meule, pour
les voyageurs. La qualité de proscrit, de persécuté, qu'Arius savait
bien faire valoir, lui attirait la compassion du vulgaire, qui ne
manque presque jamais de croire les hommes innocents dès qu'il les voit
malheureux.
[Note latérale: XXI. Concile en faveur d'Arius.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 6.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 14.]
Eusèbe de Nicomédie servit son ami avec chaleur en faisant assembler en
concile les évêques de Bithynie. Il y fut résolu d'écrire à tous les
évêques du monde, pour les exhorter à ne pas abandonner Arius, dont la
doctrine n'avait rien que d'orthodoxe; et à se réunir pour vaincre
l'injuste opiniâtreté d'Alexandre. Toutes les lettres écrites par les
deux partis depuis le commencement du procès furent recueillies en un
corps, d'un côté par Alexandre, de l'autre par Arius; et composèrent,
pour ainsi dire, le code des orthodoxes et celui des Ariens.
[Note latérale: XXII. Lettre de Constantin à Alexandre et à Arius.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 2, c. 63, et seq. l. 3, c. 5, et
18.]
[Note latérale: Idem. Hist. eccl. l. 5, c. 23, et seq.]
[Note latérale: Athanas. de Synod. t. I, p. 719.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 15.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 7.]
Constantin fut averti de ces agitations de l'église d'Orient, lorsqu'il
se disposait à partir pour la Syrie et l'Égypte. Il gémissait de
voir s'élever dans le sein du christianisme une division capable de
l'étouffer, ou du moins d'en retarder les progrès. Il ne jugea pas à
propos de se rendre témoin de ces désordres, de peur de compromettre
son autorité, ou de se mettre dans la nécessité de punir. Il prit donc
le parti de se tenir éloigné, et d'employer les voies de la douceur.
Eusèbe de Nicomédie profita de cette disposition pacifique du prince
pour lui persuader qu'il ne s'agissait que d'une dispute de mots; que
les deux partis s'accordaient sur les points fondamentaux, et que
toute la querelle ne roulait que sur des subtilités où la foi n'était
nullement intéressée. L'empereur le crut; il écrivit à Alexandre et
à Arius qui était apparemment déja retourné à Alexandrie. Sa lettre
avait pour but de rapprocher les esprits; il y blâmait l'un et l'autre
d'avoir donné l'essor à leurs pensées et à leurs discours sur des
objets impénétrables à l'esprit humain: il prétendait que, ces points
n'étant pas essentiels, la différence d'opinion ne devait pas rompre
l'union chrétienne; que chacun pouvait prendre intérieurement le parti
qu'il voudrait, mais que pour l'amour de la paix il fallait s'abstenir
d'en discourir. Il comparait ces dissensions aux disputes des
philosophes d'une même secte, qui ne laissaient pas de faire corps,
quoique les membres ne s'accordassent pas sur plusieurs questions. Ce
bon prince, animé d'une tendresse paternelle, finissait en ces termes:
«Rendez-moi des jours sereins et des nuits tranquilles; faites-moi
jouir d'une lumière sans nuage. Si vos divisions continuent, je serai
réduit à gémir, à verser des larmes; il n'y aura plus pour moi de
repos. Où en trouverai-je, si le peuple de Dieu, si mes conserviteurs
se déchirent avec opiniâtreté? Je voulais vous aller visiter; mon cœur
était déja avec vous: vos discordes m'ont fermé le chemin de l'Orient.
Réunissez-vous pour me le rouvrir. Donnez-moi la joie de vous voir
heureux comme tous les peuples de mon empire: que je puisse joindre ma
voix à la vôtre, pour rendre de concert au souverain Être des actions
de graces de la concorde qu'il nous aura procurée.» Il mit cette lettre
entre les mains d'Osius, pour la porter à Alexandrie. Il comptait
beaucoup sur la sagesse de ce vieillard, évêque de Cordoue depuis
trente années, respecté dans toute l'église pour son grand savoir et
pour le courage avec lequel il avait confessé Jésus-Christ dans la
persécution de Maximien. Afin d'étouffer toute semence de division, il
lui recommanda aussi de travailler à réunir les églises partagées sur
le jour de la célébration de la Pâque. C'était une dispute ancienne,
qui n'avait pu être terminée par les décisions de plusieurs conciles.
Tout l'Occident et une grande partie de l'Orient célébraient la fête
de Pâque le premier dimanche après le quatorzième de la lune de mars:
la Syrie et la Mésopotamie persistaient à la solenniser avec les
Juifs le quatorzième de la lune, en quelque jour de la semaine qu'il
tombât. C'était dans le culte une diversité qui donnait occasion à des
contestations opiniâtres et scandaleuses. Osius fut chargé de tâcher
de rétablir aussi dans ce point l'uniformité.
[Note latérale: XXIII. Second concile d'Alexandrie.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const., l. 2, c. 73. et l. 3, c. 4.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 16.]
[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 3, c. 1.]
[Note latérale: Baron. in ann. 319.]
Ce grand évêque avait assez de zèle et de capacité pour s'acquitter
d'une commission si importante. Il assembla à Alexandrie un concile
nombreux. Mais il trouva trop d'aigreur dans les esprits. Il ne tira
d'autre fruit de ses démarches que de se convaincre lui-même de la
mauvaise foi d'Arius, et du danger de sa doctrine. On renouvela
pourtant dans ce concile la condamnation de Sabellius et de Mélétius.
On y condamna un prêtre nommé Colluthus qui avait fait schisme et
usurpé les fonctions de l'épiscopat: il se soumit et rentra dans son
rang de simple prêtre; mais plusieurs de ses sectateurs se joignirent à
ceux de Mélétius et d'Arius. Constantin était retourné à Thessalonique
dès le commencement de mars. Osius, s'étant rendu auprès de lui, le
détrompa; il lui fit ouvrir les yeux sur la justice et la sagesse de
la conduite d'Alexandre. Eusèbe méritait d'être puni pour en avoir
imposé au prince; cet adroit courtisan sut se mettre à couvert. Arius
osa même envoyer à l'empereur une apologie: nous avons une réponse
attribuée à l'empereur, et adressée à Arius et aux Ariens. C'est une
pièce satirique, remplie de raisonnements confus, et plus encore
d'invectives, d'ironie, d'allusions froides et d'injures personnelles.
Si c'est l'ouvrage du prince dont elle porte le nom, et non pas celui
de quelque déclamateur, il faut avouer que ce style n'est pas digne de
la majesté impériale. Il ne convenait pas à Constantin d'entrer en lice
contre un sophiste: il était né pour dire et faire de grandes choses,
et pour donner de grands exemples.
[Note latérale: XXIV. Généreuse réponse de Constantin.]
[Note latérale: Jean. Chrysost. hom. 21. ad pop. Antioch. t. 2, p. 219.]
Il donna aux princes dans cette occasion celui d'une clémence vraiment
magnanime. L'audace et l'emportement des hérétiques croissaient tous
les jours. Les évêques s'armaient contre les évêques, les peuples
contre les peuples. Toute l'Égypte depuis le fond de la Thébaïde
jusqu'à Alexandrie était dans une horrible confusion. La fureur ne
respecta pas les statues de l'empereur. Il en fut informé; le zèle,
courtisan toujours ardent à la punition d'autrui, l'excitait à la
vengeance; on se récriait sur l'énormité de l'attentat; on ne trouvait
pas de supplice assez rigoureux pour punir des forcenés qui avaient
insulté à coups de pierres la face du prince: dans la rumeur de cette
indignation universelle, Constantin portant la main à son visage, dit
en souriant: _Pour moi, je ne me sens pas blessé_. Cette parole ferma
la bouche aux courtisans, et ne sera jamais oubliée de la postérité.
[Note latérale: XXV. Convocation du concile de Nicée.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 6.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Strabo, l. 12. p. 565. ed. Casaub.]
Contre un parti si turbulent, si audacieux, déja soutenu de plusieurs
évêques, Constantin crut devoir réunir toutes les forces de l'église.
Maître de tout l'empire, il conçut une idée digne de sa puissance et
de sa piété; ce fut d'assembler un concile universel. Il choisit Nicée
pour le lieu de l'assemblée. C'était une ville célèbre, en Bithynie,
sur le bord du lac Ascanius, dans une plaine étendue et fertile.
L'empereur y invita tous les évêques de ses états. Il donna ordre de
leur fournir aux dépens du public les voitures, les mulets, les chevaux
dont ils auraient besoin, et n'exigea d'eux que la diligence. Le
rendez-vous était indiqué au mois de mai de l'année suivante.
[Note latérale: XXVI. Occupations de Constantin jusqu'à l'ouverture du
concile.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 2, tit. 17, 24, 33.]
[Note latérale: Idem. l. 12.]
[Note latérale: Canon. Nic. 17.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 6, tit. 21.]
L'empereur resta jusqu'à ce temps-là partie à Thessalonique, partie
à Nicomédie. On ne voit pas qu'il ait fait alors autre chose que des
lois. Il régla les dispenses d'âge que le prince accordait aux mineurs
pour l'administration de leurs biens. Afin de diminuer les occasions
de procès, il donna une nouvelle étendue à l'autorité des pères et
des mères, par rapport au partage des biens entre leurs enfants. Il
défendit aux magistrats de toucher aux contributions des provinces,
gardées dans les dépôts publics, et d'en changer la destination, même
à dessein de les remplacer ensuite. L'usure n'avait plus de bornes:
pour la restreindre, il permit à ceux qui prêtaient des fruits secs
ou liquides, comme du blé, du vin, de l'huile, d'exiger moitié en sus
de ce qu'ils auraient prêté, par exemple, trois boisseaux de blé pour
deux boisseaux; quant à l'intérêt de l'argent, il le réduisit à douze
pour cent. Cette usure, tout excessive qu'elle est, était le denier
autorisé par les lois romaines. Il ajoute que le créancier qui refusera
le remboursement du principal pour prolonger le profit de l'intérêt,
perdra l'intérêt et le principal. Cette loi ne pouvait être d'usage
que pour les païens; elle ne fut jamais adoptée par l'église, qui a
toujours défendu le prêt usuraire. Et ce fut sans doute pour affermir
en ce point sa discipline, que trois mois après elle déclara par un
canon exprès, dans le concile de Nicée, que tout clerc qui prêterait
à intérêt, de quelque manière que ce fût, serait retranché du clergé.
En faveur de ceux qui exposent leur vie pour le salut de l'état, il
ordonna que leur dernière volonté, s'ils mouraient en campagne, serait
exécutée sans contestation, de quelque manière qu'elle fût manifestée.
Ainsi leur disposition testamentaire écrite avec leur sang sur le
fourreau de leur épée, sur leur bouclier, ou même tracée avec leur
pique sur la poussière du champ de bataille où ils perdaient la vie,
avait la force d'un acte revêtu de toutes les formalités. C'était
bien en effet le plus noble caractère, et la forme la plus sacrée
dans laquelle un testament pût être conçu. Quelques-unes de ces lois
furent publiées pendant le concile. Le prince donnait au réglement
de l'état tous les moments que lui laissaient alors les affaires
importantes de l'église. Il publia encore, en attendant l'ouverture du
concile, plusieurs autres ordonnances, que nous avons déja indiquées à
l'occasion des lois faites dans les années précédentes.
[Note latérale: AN 325.]
[Note latérale: XXVII. Les évêques se rendent à Nicée.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 6. 8, 9.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 11.]
Au commencement de l'année 325, sous le consulat de Paulinus et de
Julianus, les évêques accompagnés des plus savants de leurs prêtres et
de leurs diacres, qui faisaient presque toute leur suite, accouraient
à Nicée de toutes parts. Ils quittaient leurs églises au milieu des
prières et des vœux de leurs peuples. Toutes les villes de leur passage
recevaient avec vénération et avec joie ces généreux athlètes, qui,
pleins d'espérance et d'ardeur pour rétablir la paix, volaient à la
guerre contre les ennemis de l'église. Ils laissaient partout sur
leur route l'odeur de leurs vertus, et les présages de leur victoire.
Constantin était à Nicomédie au commencement de février; et dès le mois
de mai, il se rendit à Nicée pour y recevoir les Pères du concile.
Il leur faisait l'accueil le plus honorable: on leur fournit à ses
dépens pendant leur séjour les choses nécessaires à la vie, avec une
magnificence qui n'était bornée que par la simplicité et l'austérité de
ces saints personnages. Jamais tant de vertus n'avaient été réunies.
Nicée recevait dans son enceinte ce que la terre avait de plus auguste
et de plus saint. C'était le champ de bataille où la religion et la
vérité allaient combattre l'impiété et l'erreur. On y voyait les plus
illustres chefs des églises du monde, depuis les confins de la haute
Thébaïde jusqu'au pays des Goths, depuis l'Espagne jusqu'en Perse. Rien
ne ressemblait mieux, dit Eusèbe, à cette première assemblée, dont il
est parlé dans les Actes des Apôtres, lorsqu'au jour de la naissance
de l'église un grand nombre d'hommes religieux et craignant Dieu, de
toutes les nations qui sont sous le ciel, accoururent au bruit de la
descente du Saint-Esprit. C'était aussi la première fois que l'église
avait pu s'assembler toute entière: elle renaissait en quelque sorte
par la liberté dont elle commençait à jouir; et c'était le même Esprit
qui devait descendre. Le prince révérait dans ces illustres confesseurs
les preuves de courage que plusieurs d'entre eux portaient sur leur
corps; il distinguait, entre les autres, Paphnutius, évêque dans la
haute Thébaïde, homme simple et pauvre, mais recommandable par la
sainteté de sa vie, par ses miracles, et par la perte d'un de ses yeux
au temps de la persécution de Maximin: c'était auprès de l'empereur le
plus beau titre de noblesse; il faisait souvent venir Paphnutius au
palais; il baisait avec respect la cicatrice, et lui rendait les plus
grands honneurs.
[Note latérale: XXVIII. Évêques orthodoxes.]
[Note latérale: Act. Conc. Nic.]
[Note latérale: Athan. Apol. 2 cont. Arian. t. 1, p. 128-130. et Synod.
p. 719.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 5, 7, et l. 2, c. 30.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 16.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Ruf. l. 10, c. 5.]
[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 1, c. 35.]
[Note latérale: Baron. an. 325.]
[Note latérale: Morin, Dél. de l'égl. part. 2, c. 51.]
[Note latérale: Boss. Hist. univ. part. 1.]
[Note latérale: Fleury, Hist. eccl. l. 11, c. 2 et seq.]
Le concile fut composé de trois cent dix-huit évêques, entre lesquels
il n'y en avait que dix-sept qui fussent infectés d'arianisme. Il
appartient à l'histoire de l'Église de faire connaître tous ceux dont
les noms se sont conservés. Je ne nommerai que les plus célèbres,
dont l'histoire est liée avec celle de Constantin ou de ses enfants.
Eustathius était né à Side en Pamphylie: il avait été évêque de Bérhée
en Syrie, et transféré malgré lui à Antioche par le suffrage unanime
des évêques, du clergé et du peuple après la mort de Philogonus.
Ce prélat était également illustre par sa science et par sa vertu:
il avait confessé la foi en présence des tyrans, et était destiné
à souffrir encore une persécution plus opiniâtre de la part des
Ariens. De trois Alexandres qui assistèrent au concile, l'un évêque
d'Alexandrie, l'autre de Byzance, sont déja connus; le troisième
gouvernait l'église de Thessalonique, et il se signala dans la suite
par son zèle pour St-Athanase persécuté. Macarius, évêque de Jérusalem,
était un des orthodoxes que les Ariens haïssaient davantage: il seconda
dans la suite l'impératrice Hélène dans la découverte de la croix. Nous
avons déja parlé de Cécilien, évêque de Carthage. Marcel d'Ancyre,
dès lors célèbre par son opposition aux Ariens, le fut encore depuis
par les erreurs dont il fut accusé, et qui ont fait de son orthodoxie
un sujet de dispute. Jacques évêque de Nisibe, en Mésopotamie, fameux
par ses austérités et par ses miracles, fut vingt-cinq ans après le
plus fort rempart de sa ville épiscopale contre l'armée innombrable
de Sapor, et força ce prince à lever le siége. Le plus considérable
de tous ces prélats était le grand Osius, que nous avons déja fait
connaître. Le pape Silvestre retenu à Rome par sa vieillesse envoya
deux prêtres, Vitus et Vincent, en qualité de légats. Mais le plus
formidable ennemi que les Ariens éprouvèrent dans ce concile, fut le
jeune Athanase, diacre d'Alexandrie. L'évêque Alexandre qui l'avait
élevé, et qui le chérissait comme son fils, l'avait amené avec lui.
Les Ariens le connaissaient déja et le haïssaient mortellement: ils
attribuaient à ses conseils la fermeté inflexible d'Alexandre. La
Providence, qui le destinait à combattre pour l'église pendant le cours
d'une longue vie jusqu'au dernier soupir, lui fit faire, pour ainsi
dire, ses premières armes dans ce concile; il y soutint avec gloire
à la face de l'église universelle les plus violents assauts, et se
signala dès lors par une éloquence et une force de raisonnement qui
confondit plusieurs fois les plus habiles d'entre les Ariens et Arius
lui-même, et qui étonna l'empereur et toute sa cour. Outre les prêtres,
les diacres, et les acolytes, les évêques s'étaient fait accompagner de
plusieurs laïcs habiles dans les lettres humaines.
[Note latérale: XXIX. Évêques Ariens.]
[Note latérale: Philost. l. 1, c. 9 et ibi God. dissert.]
Les Ariens, dont l'hérésie s'était répandue depuis la haute Libye
jusqu'en Bithynie, ne purent pourtant rassembler que dix-sept évêques.
Les plus renommés sont Sécundus de Ptolémaïs, Théonas ou Théon de la
Marmarique, le fameux Eusèbe de Césarée, Théognis de Nicée, Maris
de Chalcédoine, et le grand défenseur de tout le parti, Eusèbe de
Nicomédie. Arius les animait par sa présence et leur prêtait ses ruses
et ses artifices.
[Note latérale: XXX. Philosophes païens confondus.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 17.]
Avant l'ouverture du concile les théologiens, par une espèce de
prélude, eurent à s'exercer contre quelques philosophes païens.
Ceux-ci étaient venus les uns par curiosité, pour s'instruire de la
doctrine des chrétiens; les autres, par haine et par jalousie, pour
les embarrasser dans la dispute. Un de ces derniers, arrogant et
avantageux, se prévalait de sa dialectique, et traitait avec mépris les
ecclésiastiques qui entreprenaient de le réfuter; lorsqu'un vieillard
du nombre des confesseurs, laïc simple et ignorant, se présenta
pour entrer en lice. Sa prétention fit rire d'avance les païens qui
le connaissaient, et fit craindre aux chrétiens qu'il ne se rendît
vraiment ridicule. Cependant on n'osa par respect lui fermer la bouche.
Alors imposant silence au nom de Jésus-Christ, à ce superbe philosophe:
_Écoute_, lui dit-il; et après lui avoir exposé en termes clairs et
précis, mais sans entrer dans la discussion des preuves, les mystères
les plus incompréhensibles de la religion, la trinité, l'incarnation,
la mort du fils de Dieu, son avénement futur: _Voilà_, lui ajouta-t-il,
_ce que nous croyons sans curiosité. Cesse de raisonner en vain sur
des vérités qui ne sont accessibles qu'à la foi; et réponds-moi si tu
les crois._ A ces mots, la raison du philosophe fut terrassée par une
puissance intérieure; il s'avoua vaincu, remercia le vieillard, et
devenu lui-même prédicateur de l'Évangile, il protestait avec serment
à ses semblables, qu'il avait senti dans son cœur l'impression d'une
force divine, dont il ne pouvait expliquer le secret.
[Note latérale: XXXI. Trait de sagesse de Constantin.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 11.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 16.]
De tant d'évêques rassemblés plusieurs avaient entre eux des querelles
particulières. Ils croyaient l'occasion favorable pour porter leurs
plaintes au prince et en obtenir justice. C'était tous les jours de
nouvelles requêtes, de nouveaux mémoires d'accusation. L'empereur,
en ayant reçu un grand nombre, les fit rouler ensemble, sceller de
son anneau; et assigna un jour pour y répondre. Il travailla dans cet
intervalle à réunir les esprits divisés. Le jour venu, les parties
s'étant rendues devant lui pour recevoir la décision, il se fit
apporter le rouleau, et le tenant entre ses mains, «Tous ces procès,
dit-il, ont un jour auquel ils sont assignés, c'est celui du jugement
général; ils ont un juge naturel, c'est Dieu même. Pour moi qui ne
suis qu'un homme, il ne m'appartient pas de prononcer dans des causes
où les accusateurs et les accusés sont des personnes consacrées à
Dieu. C'est à eux à vivre sans mériter de reproches, et sans en faire.
Imitons la bonté divine, et pardonnons ainsi qu'elle nous pardonne:
effaçons jusqu'à la mémoire de nos plaintes par une réconciliation
sincère, et ne nous occupons que de la cause de la foi qui nous
rassemble». Après ces paroles il jeta au feu tous ces libelles,
assurant avec serment qu'il n'en avait pas lu un seul: _Il faut_,
disait-il, _se donner de garde de révéler les fautes des ministres du
Seigneur, de peur de scandaliser le peuple et de lui prêter de quoi
autoriser ses désordres_. On dit même qu'il ajouta, que s'il surprenait
un évêque en adultère, il le couvrirait de sa pourpre, pour en cacher
le scandale aux yeux des fidèles. Il marqua en même temps le 19 juin,
pour la première séance publique.
[Note latérale: XXXII. Conférences préliminaires.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 16.]
En attendant ce jour, les évêques s'assemblèrent plusieurs fois en
particulier, pour préparer et débattre les matières. Ils firent venir
Arius, ils l'écoutèrent, ils discutèrent ses opinions. Ce fut dans
ces conférences que d'un côté Arius mit en œuvre tous ses talents,
toute son adresse, tantôt dévoilant sa doctrine pour sonder les
esprits, tantôt la repliant, pour ainsi dire, et l'enveloppant de
termes orthodoxes pour en déguiser l'horreur; et que, de l'autre,
Athanase parut comme une vive lumière qui déconcertait l'hérésie, et la
poursuivait dans ses détours les plus ténébreux.
[Note latérale: XXXIII. Séances du concile.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 3, c. 11 et proœmio operis.]
[Note latérale: Soz. l 1, c. 18.]
[Note latérale: Conc. Chalc. act. 1.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 282.]
[Note latérale: Baron. ann. 325.]
[Note latérale: Pagi, in Baron.]
[Note latérale: Vales. not. in Euseb. vit. Const. l. 3, c. 10, 11 et
14.]
[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 2.]
[Note latérale: Till. Arian. art. 8, et not. 1, 6.]