[Note latérale: God. ad Cod. Th. lib. 9, t. 17, leg. 2.]

Ces lettres, adressées à des peuples la plupart idolâtres, tendaient à

ouvrir la voie aux grands changements qu'il méditait. Il prit bientôt

la coignée à la main pour abattre les idoles; mais il porta ses coups

avec tant de précaution, qu'il n'excita aucun trouble dans ses états.

Et certes si l'on considère la force du paganisme, dont les racines

plus anciennes et plus profondes que celles de l'empire semblaient y

être inséparablement attachées, on s'étonnera que Constantin ait pu les

arracher sans effusion de sang, sans ébranler sa puissance; et que le

bruit de tant d'idoles qui tombaient de toutes parts n'ait pas alarmé

leurs adorateurs. Dans une révolution qui devait être si tumultueuse

et qui fut si tranquille, on ne peut s'empêcher d'admirer l'art du

prince à préparer les événements, son discernement à prendre le point

de maturité, sa vigilance à étudier la disposition des esprits, et

sa prudence à ne pas aller plus loin que la patience de ses sujets.

Il commença par envoyer dans les provinces des gouverneurs attachés

inviolablement à la vraie foi, ou du moins à sa personne; et il exigea

de ceux-ci, aussi-bien que de tous les officiers supérieurs et des

préfets du prétoire, qu'ils s'abstinssent d'offrir aucun sacrifice. Il

en fit ensuite une loi expresse pour tous les peuples des villes et

des campagnes; il leur défendit d'ériger de nouvelles statues à leurs

dieux, de faire aucun usage de divinations, d'immoler des victimes.

Il ferma les temples, il en abattit ensuite plusieurs, aussi-bien que

les idoles qui servaient d'ornement aux sépultures. Il construisit de

nouvelles églises et répara les anciennes, ordonnant de leur donner

plus d'étendue, pour recevoir cette foule de prosélytes qu'il espérait

amener au vrai Dieu. Il recommanda aux évêques, qu'il appelle dans ses

lettres ses très-chers frères, de demander tout l'argent nécessaire

pour la dépense de ces édifices; aux gouverneurs de le fournir de son

trésor, et de ne rien épargner.

[Note latérale: VIII. Édit de Constantin pour tout l'Orient.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 48 et seq.]

Pour joindre sa voix à celle des évêques, qui appelaient les peuples

à la foi, il fit publier dans tout l'Orient un édit, dans lequel,

après avoir relevé la sagesse du Créateur, qui se fait connaître et

par ses ouvrages, et même par ce mélange de vérité et d'erreur, de

vice et de vertu qui partage les hommes, il rappelle la douceur de

son père, et la cruauté des derniers empereurs. Il s'adresse à Dieu,

dont il implore la miséricorde sur ses sujets; il lui rend graces de

ses victoires; il reconnaît qu'il n'en a été que l'instrument; il

proteste de son zèle pour rétablir le culte divin profané par les

impies: il déclare pourtant qu'il veut que, sous son empire, les

impies même jouissent de la paix et de la tranquillité; que c'est le

plus sûr moyen de les ramener dans la bonne voie. Il défend de leur

susciter aucun trouble; il veut qu'on abandonne les opiniâtres à leur

égarement. Et comme les païens accusaient de nouveauté la religion

chrétienne, il observe qu'elle est aussi ancienne que le monde; que le

paganisme n'en est qu'une altération, et que le fils de Dieu est venu

pour rendre à la religion primitive toute sa pureté. Il tire de cet

ordre si uniforme, si invariable qui règne dans toutes les parties de

la nature, une preuve de l'unité de Dieu. Il exhorte ses sujets à se

supporter les uns les autres malgré la diversité des sentiments; à se

communiquer mutuellement leurs lumières, sans employer la violence ni

la contrainte, parce qu'en fait de religion il est beau de souffrir

la mort, mais non de la donner. Il fait entendre qu'il recommande ces

sentiments d'humanité, pour adoucir le zèle trop amer de quelques

chrétiens, qui, se fondant sur les lois que l'empereur avait établies

en faveur du christianisme, voulaient que les actes de la religion

païenne fussent regardés comme des crimes d'état.

[Note latérale: IX. Tolérance de Constantin.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 23, 25.]

[Note latérale: God. Geogr. p. 15, 21, 35.]

Les termes de cet édit, et la liberté que conserva encore long-temps

le paganisme, prouvent que Constantin sut tempérer par la douceur la

défense qu'il fit de sacrifier aux idoles; et qu'en même temps qu'il

en proscrivait le culte, il fermait les yeux sur l'indocilité des

idolâtres obstinés. En effet, d'un côté, il est hors de doute que

l'usage des cérémonies païennes fut interdit à tous les sujets de

l'empire, et surtout aux gouverneurs des provinces; qu'il fut défendu

de pratiquer, même dans le secret, les mystères profanes; que les plus

célèbres idoles furent enlevées, la plupart des temples dépouillés,

fermés, plusieurs détruits de fond en comble. D'un autre côté, il

n'est pas moins certain que les délateurs ne furent pas écoutés;

que l'idolâtrie continua de régner à Rome où elle était maintenue

par l'autorité du sénat; qu'elle subsista dans une grande partie de

l'empire, mais avec plus d'éclat que partout ailleurs en Égypte,

où, selon la description d'un auteur qui écrivait sous Constance,

les temples étaient encore superbement ornés, les ministres et les

adorateurs des dieux en grand nombre, les autels toujours fumants

d'encens, toujours chargés de victimes; où tout, en un mot, respirait

l'ancienne superstition.

[Note latérale: X. Piété de Constantin.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 1, 24, l. 4, c. 18, 24, 29,

31, 54.]

La religion entrait dans toute la conduite de Constantin. Il s'attacha

à combler de largesses et de faveurs ceux qui se distinguaient par leur

piété: il n'en fallut pas davantage pour étendre bien loin l'extérieur

du christianisme. Aussi Eusèbe remarque-t-il que, par un effet de sa

candeur naturelle, il devenait souvent la dupe de l'hypocrisie, et

que cette crédulité le fit tomber dans des fautes, qui sont autant

de taches dans une si belle vie: peut-être Eusèbe lui-même est-il un

exemple de la trop grande facilité de Constantin à se laisser éblouir

par une apparence de vertu. Le prince aimait à s'entretenir avec les

évêques, quand les affaires de leur église les attiraient à sa cour;

il les logeait dans son palais; il écrivait fréquemment aux autres. Il

faisait par lettres des exhortations aux peuples qu'il appelait ses

frères et ses conserviteurs; il se regardait lui-même comme l'évêque de

ceux qui étaient encore hors de l'église. Il donna une grande autorité

dans sa maison à des diacres et à d'autres ecclésiastiques dont il

connaissait la sagesse, la vertu, le désintéressement, et qui durent

y produire un grand fruit, s'ils ne s'occupèrent que du ministère

spirituel. Il passait quelquefois les nuits entières à méditer les

vérités de la religion.

[Note latérale: XI. Corruption de sa cour.]

[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 178.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 29.]

[Note latérale: Amm. Marc. l. 16, c. 8.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4, c. 30.]

La piété du maître donnait sans doute le ton à toute sa cour. Le

vice n'osait s'y démasquer, mais il ne perdait rien de sa malice,

et il savait bien, hors de la vue du prince, se dédommager de cette

contrainte. Au lieu de le punir, l'empereur plaçait son zèle dans des

fonctions étrangères à ce que son rang exigeait de lui: il composait

des discours et les prononçait lui-même. On peut croire qu'il ne

manquait pas d'auditeurs. Il prenait ordinairement pour texte quelque

point de morale; et quand son sujet le conduisait à parler des matières

de religion, alors prenant un air plus grave et plus recueilli, il

combattait l'idolâtrie; il prouvait l'unité de Dieu, la Providence,

l'Incarnation; il représentait à ses courtisans la sévérité des

jugements de Dieu, et censurait avec tant de force leur avarice,

leurs rapines, leurs violences, que les reproches de leur conscience,

réveillés par ceux du prince, les couvraient de confusion. Mais ils

rougissaient sans se corriger. Quoique l'empereur tonnât dans ses lois

et dans ses discours contre l'injustice, sa faiblesse dans l'exécution

donnait l'essor à la licence et aux concussions des officiers et des

magistrats. Les gouverneurs des provinces imitant cette indulgence

laissaient les crimes impunis; et sous un bon prince, l'empire était

en proie à l'avidité de mille tyrans, moins puissants à la vérité,

mais, par leur acharnement et leur multitude, plus fâcheux peut-être

que ceux qu'il avait détruits. Aussi le plus grand reproche que

lui fasse l'histoire, c'est d'avoir donné sa confiance à des gens

qui en étaient indignes; d'avoir épuisé le trésor public par des

libéralités mal placées; d'avoir laissé libre carrière à l'avarice

de ceux qui l'approchaient. Le prince, aussi-bien que les peuples,

gémissait de l'abus qu'on faisait de sa bonté; et prenant un jour par

le bras un de ces courtisans insatiables: _Eh! quoi_, lui dit-il,

_ne mettrons-nous jamais de frein à notre cupidité?_ Alors décrivant

sur la terre, avec le bout de sa pique, la mesure d'un corps humain:

_Accumulez_, ajouta-t-il, _si vous le pouvez, toutes les richesses

du monde, acquérez le monde entier; il ne vous restera qu'autant de

terre que j'en viens de tracer, pourvu même qu'on vous l'accorde_. Cet

avertissement, dit Eusèbe, fut une prophétie: ce courtisan et plusieurs

de ceux qui avaient abusé de la faiblesse de l'empereur, furent

massacrés après sa mort et privés de la sépulture.

[Note latérale: XII. Discours de Constantin.]

[Note latérale: Oratio ad Sanctor. cœtum. ap. Eus. ad calc. vit. Const.]

[Note latérale: Till. art. 87.]

Il composait ses discours en latin et les faisait traduire en grec. Il

nous en reste un, qu'il prononça dans le temps de la Passion. On ne

sait en quelle année. M. de Tillemont conjecture que ce fut entre la

défaite de Maximin et celle de Licinius. Il est adressé à l'assemblée

des saints, c'est-à-dire à l'église, et n'a rien de remarquable

que sa longueur. Ce goût de Constantin passa à ses successeurs. Il

s'introduisit dans la cour de Constantinople un mélange bizarre des

fonctions ecclésiastiques avec les fonctions impériales. C'était un

article du cérémonial, que les empereurs prêchassent leur cour dans

certaines fêtes de l'année; et plusieurs d'entre eux étant tombés

dans l'hérésie, comme ils avaient la puissance exécutrice, et que

la foudre suivait leur parole, ils furent malgré leur incapacité de

très-redoutables et très-dangereux prédicateurs.

[Note latérale: XIII. Troubles de l'Arianisme.]

[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 72.]

Constantin avait dessein de faire un voyage en Orient, c'est-à-dire

en Syrie et en Égypte. Ces provinces, nouvellement acquises, avaient

besoin de sa présence. Sur le point du départ une affligeante nouvelle

l'obligea de changer d'avis, ne voulant pas être témoin de ce qu'il

n'apprenait qu'avec une extrême douleur. Une hérésie factieuse, hardie,

violente, née pour succéder aux fureurs de l'idolâtrie, excitait

de grands troubles dans Alexandrie et dans toute l'Égypte. C'était

l'Arianisme, dont nous allons exposer la naissance et les progrès.

[Note latérale: XIV. Commencements d'Arius.]

[Note latérale: Athan. apol. 2.]

[Note latérale: contr. Arian. t. I, p. 133. et seq.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 5.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 2.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 14.]

[Note latérale: Pag. in Baron.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 3.]

Vers l'an 301 Mélétius évêque de Lycopolis en Thébaïde, convaincu de

plusieurs crimes et entre autres d'avoir sacrifié aux idoles, fut

déposé dans un concile par Pierre évêque d'Alexandrie, et commença un

schisme qui s'accrédita beaucoup et qui durait encore cent cinquante

ans après. Arius s'attacha d'abord à Mélétius. S'étant réconcilié

avec Pierre, il fut fait diacre; mais comme il continuait de cabaler

en faveur des Mélétiens excommuniés, Pierre le chassa de l'église. Ce

saint évêque ayant reçu la couronne du martyre, Achillas son successeur

se laissa toucher du repentir que témoignait Arius; il l'admit à sa

communion, lui conféra la prêtrise, et le chargea du soin d'une église

d'Alexandrie nommée Baucalis. Alexandre succéda bientôt à Achillas.

Arius, plein d'ambition, avait prétendu à l'épiscopat; dévoré de

jalousie, il ne regarda plus son évêque que comme un rival heureux: il

chercha toutes les occasions de se venger de la préférence. Les mœurs

d'Alexandre ne donnaient point de prise à la calomnie: Arius, armé de

toutes les subtilités de la dialectique, prit le parti de l'attaquer du

côté de la doctrine. Un jour qu'Alexandre instruisait son clergé, comme

il parlait du premier et du plus incompréhensible de nos mystères,

il dit, selon l'expression de la foi, que le fils est égal au père,

qu'il a la même substance, en sorte que dans la trinité il y a unité.

Arius se récrie aussitôt que c'est là l'hérésie de Sabellius proscrite

soixante ans auparavant, qui confondait les personnes de la trinité:

que si le fils est engendré, il a eu un commencement; qu'il y a donc

eu un temps où il n'était pas encore, d'où il s'ensuit qu'il a été

tiré du néant. Il ne rougissait pas d'admettre les conséquences impies

qui sortaient de ce principe, et il ne donnait au fils de Dieu que le

privilége d'être une créature choisie, et, disait-il, infiniment plus

excellente que les autres. Alexandre s'efforça d'abord de ramener

Arius par des avertissements charitables, et par des conférences où

il lui laissa la liberté de défendre son opinion. Mais voyant que ces

disputes ne servaient qu'à échauffer son opiniâtreté, et que plusieurs

prêtres et diacres s'étaient déja laissé séduire, il l'interdit des

fonctions du sacerdoce et l'excommunia.

[Note latérale: XV. Son portrait.]

[Note latérale: Epiph. hær. 69. t. I, p. 727-731.]

Les talents d'Arius contribuaient à faire valoir une doctrine, qui se

prêtait d'ailleurs à la faiblesse orgueilleuse de la raison humaine.

C'était le plus dangereux ennemi que l'église eût encore vu sortir

de son sein pour la combattre. Il était de la Libye Cyrénaïque,

quelques-uns disent d'Alexandrie. Instruit dans les sciences humaines,

d'un esprit vif, ardent, subtil, fécond en ressources, s'exprimant

avec une extrême facilité, il passait pour invincible dans la dispute.

Jamais poison ne fut mieux préparé par le mélange des qualités, dont

il savait déguiser les uns et montrer les autres. Son ambition se

dérobait sous le voile de la modestie, sa présomption sous une feinte

humilité. Rusé et à la fois impétueux, prompt à pénétrer le cœur des

hommes et habile à en mouvoir les ressorts; plein de détours, né pour

l'intrigue, rien ne semblait plus simple, plus doux, plus rempli de

franchise et de droiture, plus éloigné de toute cabale. Son extérieur

aidait à la séduction; une taille haute et déliée, un visage composé,

pâle, mortifié; un abord gracieux, un entretien flatteur et persuasif:

tout en sa personne semblait ne respirer que vertu, charité, zèle pour

la religion.

[Note latérale: XVI. Progrès de l'arianisme.]

[Note latérale: Socr. l. 1. c. 6.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 3, 4.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 14.]

[Note latérale: Epiph. hær. 69. t. I, p. 729 et 735.]

Un homme de ce caractère devait s'attirer beaucoup de sectateurs.

Aussi séduisit-il un grand nombre de simples fidèles, des diacres,

des prêtres, des évêques même. Sécundus, évêque de Ptolémaïs dans la

Pentapole, et Théonas évêque de la Marmarique furent les premiers

à se déclarer pour lui. Les femmes surtout se laissèrent prendre à

cette apparence d'une dévotion tendre et insinuante; et sept cents

vierges d'Alexandrie et du nome de Maréotis s'attachèrent à lui

comme à leur père spirituel. Ces prosélytes faisaient jour et nuit

des assemblées, où l'on débitait des blasphèmes contre J.-C. et des

calomnies contre l'évêque. Ils dogmatisaient dans les places publiques;

ils obtenaient par artifice des lettres de communion de la part des

évêques étrangers, et s'en faisaient honneur auprès de leurs adhérents,

qu'ils entretenaient ainsi dans l'erreur. Plusieurs d'entre eux se

répandaient dans les autres églises, et s'y faisant d'abord admettre

par leur adresse à déguiser leur hérésie, ils réussissaient bientôt à

en communiquer le venin. Pleins d'arrogance ils méprisaient les anciens

docteurs et prétendaient posséder seuls la sagesse, la connaissance

des dogmes et l'intelligence des mystères. On n'entendait plus dans

les villes et dans les bourgades d'Égypte, de Syrie, de Palestine, que

disputes et contestations sur les questions les plus difficiles; chaque

rue, chaque place était devenue une école de théologie; les maîtres de

part et d'autre faisaient publiquement assaut de doctrine; et le peuple

spectateur du combat s'en rendait juge, et prenait parti. Les familles

étaient divisées; toutes les maisons retentissaient de querelles, et

l'esprit de contention armait les frères les uns contre les autres.

[Note latérale: XVII. Premier Concile d'Alexandrie contre Arius.]

[Note latérale: Athan. Orat. 1. t. I, p. 407.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 6.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 4, 5.]

[Note latérale: Epiph. hær. 69. t. I, p.731 et 732.]

[Note latérale: Vales. in vit. Euseb.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 4.]

Afin d'arrêter ces désordres par les voies canoniques, Alexandre

convoqua un concile à Alexandrie. Il s'y trouva près de cent évêques

d'Égypte et de Libye. Arius y fut anathématisé avec les prêtres et

les diacres de son parti. On n'épargna pas Sécundus et Théonas.

L'hérésiarque essaya de soulever contre ce jugement tous les évêques

d'Orient; il leur envoya sa profession de foi, et se plaignit amèrement

de l'injustice d'une condamnation, qui enveloppait, disait-il, tous les

orthodoxes. Ses plus grands cris s'adressèrent à Eusèbe de Nicomédie,

qui engagea plusieurs autres évêques à solliciter Alexandre de rétablir

Arius dans sa communion. Pour prévenir une séduction générale,

Alexandre écrivit de son côté à tous les évêques d'Orient une lettre

circulaire, et une autre en particulier à l'évêque de Byzance, qui

portait le même nom que lui, et que sa vertu rendait recommandable dans

toute l'église. Il développe fort au long dans ces lettres la doctrine

d'Arius; il rend compte de ce qui s'est passé dans le concile; il

prévient ses collègues contre les fourberies des nouveaux hérétiques,

et surtout d'Eusèbe de Nicomédie, dont il démasque l'hypocrisie.

[Note latérale: XVIII. Eusèbe de Nicomédie.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 6.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 13.]

[Note latérale: Niceph. Call. l. 8, c. 31.]

[Note latérale: Till. Arian, art. 6.]

C'était la plus ferme colonne du parti, et peut-être était-il Arien

avant Arius même. Aussi défendit-il cette hérésie avec chaleur. Les

Ariens lui donnaient le nom de _Grand_, et lui attribuaient des

miracles. Auparavant évêque de Béryte, il avait été transféré à

Nicomédie par le crédit de Constantia, princesse crédule et d'un esprit

faux, plus digne d'avoir Licinius pour mari, que Constantin pour frère.

Dans sa jeunesse il avait apostasié durant la persécution de Maximin,

aussi-bien que Maris et Théognis qui furent depuis, l'un évêque de

Chalcédoine, l'autre de Nicée, et Ariens déclarés. S. Lucien les avait

ramenés au sein de l'église; ils prétendaient dans la nouvelle doctrine

ne soutenir que celle de leur maître, et s'honoraient, aussi-bien

qu'Arius, du titre de Collucianistes. Eusèbe intrigant, hardi, fait

au manége de la cour, devint puissant auprès de Licinius. Quelques-uns

le soupçonnaient de s'être prêté aux fureurs de ce prince, et d'avoir,

pour lui plaire, persécuté plusieurs saints évêques. D'abord ennemi de

Constantin, il sut pourtant le regagner par son adresse; et il était

bien avant dans sa confiance, quand les premiers troubles éclatèrent à

Alexandrie.

[Note latérale: XIX. Eusèbe de Césarée.]

[Note latérale: Athan. de Synod. Arim. et Seleuc. t. I, p. 719 et 720.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 21.]

[Note latérale: Epiph. hær. 69, t. I, p. 737.]

[Note latérale: Hier. epist. 84, t. I, p. 522.]

[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 2, c. 1.]

[Note latérale: Niceph. Call. l. 5, c. 37.]

[Note latérale: Sept. Conc. œcum. act. 6.]

[Note latérale: Phot. Bibl. cod. 127.]

[Note latérale: Baron. ann. 340.]

[Note latérale: Vales. in Euseb.]

[Note latérale: Le Quien. Or. Christ. t. 3, p. 559.]

Tandis qu'Eusèbe de Nicomédie intriguait à la cour en faveur de

l'Arianisme, un autre Eusèbe aussi courtisan que lui, quoique éloigné

de la cour, donnait asyle à Arius qui s'était retiré d'Alexandrie.

C'était l'évêque de Césarée, fameux par son histoire ecclésiastique,

et par d'autres grands ouvrages. Il tenait un rang considérable entre

les prélats de l'Orient, plus encore par son savoir, par son éloquence,

et par la beauté de son esprit, que par la dignité de son église,

métropole de la Palestine. Disciple du célèbre martyr Pamphile, il

fut soupçonné d'avoir évité la mort en sacrifiant aux idoles; et ce

soupçon ne fut jamais bien éclairci. Ce n'était pas là le seul rapport

qui pouvait se trouver entre les deux Eusèbes: tous deux flatteurs,

insinuants, se pliant aux circonstances; mais le premier plus haut,

plus entreprenant, plus décidé, jaloux de la qualité de chef de parti,

et déterminément méchant; l'autre circonspect, timide, plus vain que

dominant. L'un devenait souple par nécessité, l'autre l'était par

caractère. Ils agissaient d'intelligence; cependant l'évêque de Césarée

ne se prêtait qu'avec réserve aux violentes impressions de l'autre.

Quelques-uns croient sans beaucoup de fondement, qu'ils étaient frères

ou du moins proches parents. On a voulu purger du soupçon d'arianisme

un écrivain aussi utile à l'église qu'Eusèbe de Césarée; mais toute

sa conduite l'accuse, et ses écrits ne le justifient pas. Le septième

concile œcuménique le déclare Arien; et ce qui prouve qu'après avoir

enfin consenti à signer la consubstantialité du verbe dans le concile

de Nicée, il continua d'être Arien dans le cœur, c'est que dans tout

ce qu'il écrivit depuis ce temps-là, il évite avec soin le terme de

consubstantiel; que dans son histoire il ne nomme pas Arius; qu'il le

couvre de toute son adresse; que dans le récit du concile de Nicée,

il ne parle que de la question de la Pâque, et comme pour éblouir

et donner le change, il s'étend avec pompe sur la forme du concile,

sans toucher un seul mot de l'arianisme qui en était le principal

objet; c'est enfin qu'il conserva toute sa vie des liaisons avec les

principaux Ariens, et se prêta constamment à la plupart de leurs

manœuvres.

[Note latérale: XX. Mouvements de l'arianisme.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 6.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 14.]

[Note latérale: Epiph. hær. 69, t. I, p. 727-735.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 2.]

[Note latérale: Athen. deipn. l. 14. § 13. t. V, p. 248. ed. Schweigh.]

[Note latérale: God. in Philost. l. 1, c. 7.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 5, 7, 8.]

[Note latérale: Fleury, Hist. eccl. l. 10, c. 36.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 20 / 40 段