côtes de Macédoine, lorsqu'elle reçut ordre de l'empereur de le venir
joindre devant Byzance. Il fallait traverser l'Hellespont, qu'Abantus
tenait fermé avec trois cent cinquante vaisseaux. Crispus entreprit
de forcer le passage avec quatre-vingts de ses meilleures galères,
persuadé que dans un canal si étroit un plus grand nombre ne serait
propre qu'à l'embarrasser. Abantus vint au-devant de lui à la tête de
deux cents voiles, méprisant le petit nombre des ennemis et se flattant
de les envelopper. Le signal étant donné de part et d'autre, les deux
flottes s'approchent et celle de Crispus s'avance en bon ordre. Dans
celle d'Abantus au contraire, trop resserrée par la multitude des
vaisseaux qui se heurtaient et se nuisaient dans leurs manœuvres, il
n'y avait que trouble et confusion; ce qui donnait aux ennemis la
facilité de les prendre à leur avantage et de les couler à fond. Après
une perte considérable de bâtiments et de soldats du côté de Licinius,
la nuit étant survenue, la flotte de Constantin alla mouiller au port
d'Éléunte à la pointe de la Chersonnèse de Thrace; celle de Licinius au
tombeau d'Ajax dans la Troade. Le lendemain à la faveur d'un vent de
nord, qui soufflait avec force, Abantus prit le large pour recommencer
le combat. Mais Crispus s'étant fait joindre pendant la nuit par le
reste de ses galères qui étaient restées en arrière, Abantus étonné
d'une augmentation si considérable balança de les attaquer. Pendant
cette incertitude, vers l'heure de midi le vent tourna au sud, et
souffla avec tant de violence, que repoussant les vaisseaux d'Abantus
vers la côte d'Asie, il fit échouer les uns, brisa les autres contre
les rochers, et en submergea un grand nombre avec les soldats et les
équipages. Crispus profitant de ce désordre, avança jusqu'à Gallipoli
[Callipolis] prenant ou coulant à fond tout ce qu'il trouvait sur son
passage. Licinius perdit cent trente vaisseaux et cinq mille soldats,
dont la plupart étaient de ceux qu'il avait sauvés de la défaite et
qu'il faisait passer en Asie, pour soulager Byzance surchargée d'une
trop grande multitude. Abantus se sauva avec quatre vaisseaux. Les
autres furent dispersés. La mer étant devenue libre, Crispus reçut
un convoi de navires chargés de toutes sortes de provisions, et fit
voile vers Byzance pour seconder les opérations du siége et bloquer
la ville du côté de la mer. A la nouvelle de son approche, une partie
des soldats qui étaient dans Byzance craignant d'être enfermés sans
ressource, se jetèrent dans les barques qu'ils trouvèrent dans le port
et côtoyant les rivages se sauvèrent à Éléunte.
[Note latérale: L. Licinius passe à Chalcédoine.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 25.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 176 et 177.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 223.]
[Note latérale: Banduri, numm. in Martiniano.]
[Note latérale: [Eckhel, Doct. Num. vet. t. VIII, p. 70.]]
Constantin pressait le siége avec vigueur. Il avait élevé une terrasse
à la hauteur des murs; on y avait construit des tours de bois, d'où
l'on tirait avec avantage sur ceux qui défendaient la ville. A la
faveur de ces ouvrages, il faisait avancer les béliers et les autres
machines pour battre la muraille. Licinius désespérant du salut de la
ville, prit le parti d'en sortir et de se retirer à Chalcédoine avec
ses trésors, ses meilleures troupes et les officiers les plus attachés
à sa personne. Il s'échappa apparemment avant l'arrivée de la flotte
ennemie. Il espérait rassembler une nouvelle armée en Asie et se
mettre en état de continuer la guerre. Son fils, déja César, mais âgé
seulement de neuf ans, ne pouvait lui être d'aucun secours. Il crut
appuyer sa fortune, en donnant le titre de César, et peut-être même
celui d'Auguste, à Martinianus, son maître des offices, et qui en cette
qualité commandait tous les officiers de son palais. C'était dans la
circonstance un présent bien dangereux, et l'exemple de Valens avait de
quoi faire trembler Martinianus. Mais la puissance souveraine enchante
toujours les hommes; elle fixe tellement leurs yeux, qu'ils oublient
de regarder derrière eux les naufrages qu'elle a causés. Licinius
l'envoie à Lampsaque avec un détachement, afin de défendre le passage
de l'Hellespont. Pour lui, il se place sur les hauteurs de Chalcédoine,
et garnit de troupes toutes les gorges des montagnes qui aboutissaient
à la mer.
[Note latérale: LI. Bataille de Chrysopolis.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 2, c. 11, 15, 16, 17.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 26.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 2.]
Le siége de Byzance traînait en longueur et pouvait donner à Licinius
le temps de rétablir ses forces. Constantin laissant la ville bloquée,
résolut de passer en Asie. Comme le rivage de Bithynie était d'un
abord difficile pour les grands vaisseaux, il fit préparer des
barques légères, et étant remonté vers l'embouchure du Pont-Euxin
jusqu'au promontoire sacré à huit ou neuf lieues de Chalcédoine, il
descendit en cet endroit et se posta sur des collines. Il y eut alors
quelque négociation entre les deux princes: Licinius voulait amuser
l'ennemi par des propositions; Constantin pour épargner le sang, lui
accorda la paix à certaines conditions, elle fut jurée par les deux
empereurs. Mais ce n'était qu'une feinte de la part de Licinius; il
ne cherchait qu'à gagner du temps pour rassembler des troupes. Il
rappela Martinianus; il mendiait secrètement le secours des Barbares;
et grand nombre de Goths commandés par un de leurs princes, vinrent le
joindre. Il se vit bientôt à la tête de cent trente mille hommes. Alors
aveuglé par une nouvelle confiance, il rompt le traité; et oubliant
la déclaration qu'il avait faite avant la bataille d'Andrinople, que
s'il était vaincu il embrasserait la religion de son rival, il eut
recours à de nouvelles divinités, comme s'il eût été trahi par les
anciennes, et se livra à toutes les superstitions de la magie. Ayant
remarqué la vertu divine attachée à l'étendard de la Croix, il avertit
ses soldats d'éviter cette redoutable enseigne et d'en détourner même
leurs regards; il y supposait un caractère magique, qui lui était
funeste. Après ces préparatifs il encourage ses troupes; il leur promet
de marcher à leur tête dans tous les hasards, et va présenter la
bataille, faisant porter devant son armée des images de dieux nouveaux
et inconnus. Constantin s'avança jusqu'à Chrysopolis: cette ville
située vis-à-vis de Byzance servait de port à Chalcédoine. Mais pour
ne pas être accusé d'avoir fait le premier acte d'hostilité, il attend
l'attaque des ennemis. Dès qu'il les voit tirer l'épée, il fond sur
eux; le seul cri de ses troupes porte l'effroi dans celles de Licinius;
elles plient au premier choc. Vingt-cinq mille sont tués; trente mille
se sauvent par la fuite; les autres mettent bas les armes et se rendent
au vainqueur.
[Note latérale: LII. Suites de la bataille.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 26 et 28.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Praxag. apud Phot. cod. 62.]
Cette victoire remportée le 18 de septembre ouvrit à Constantin les
portes de Byzance et de Chalcédoine. Licinius s'enfuit à Nicomédie;
où se voyant assiégé, sans troupes et sans espérance, il consentit à
reconnaître pour maître celui qu'il n'avait pu souffrir pour collègue.
Dès le lendemain de l'arrivée de Constantin, sa sœur Constantia femme
de Licinius vint au camp du vainqueur, lui demander grace pour son
mari. Elle obtint qu'on lui laisserait la vie, et cette promesse fut
confirmée par serment. Sur cette assurance le vaincu sort de la ville,
et ayant déposé la pourpre impériale aux pieds de son beau-frère, il
se déclare son sujet et lui demande humblement pardon. Constantin le
reçoit avec bonté, l'admet à sa table, et l'envoie à Thessalonique pour
y vivre en sûreté.
[Note latérale: LIII. Mort de Licinius.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 18, et Hist. eccl. l. 10, c.
9.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 28.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 3.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 6.]
[Note latérale: Cedrenus, t. I, p. 284.]
[Note latérale: Theoph. p. 16.]
[Note latérale: [Anony. Vales.]]
Il y fut mis à mort peu de temps après; et la cause de ce traitement,
si important pour fixer le caractère de Constantin, est en même temps
la circonstance la plus équivoque de sa vie. Dans le passage des
auteurs à ce sujet, la postérité ne peut asseoir de jugement assuré.
Les uns racontent la mort de Licinius comme la punition d'un nouveau
crime; les autres en font un crime à Constantin. Ceux-ci disent
que l'empereur, contre la foi du serment, fit étrangler ce prince
infortuné. Quelques-uns pour adoucir l'odieux d'une si noire perfidie,
ajoutent qu'on avait lieu de craindre que Licinius à l'exemple de
Maximien ne voulût reprendre la pourpre; et que Constantin se vit
forcé par les soldats mutinés à lui ôter la vie. D'autres disent que
l'empereur, pour ne pas irriter ses troupes mécontentes de ce qu'il
épargnait un prince si souvent infidèle, s'en rapporta au sénat sur
le sort qu'il méritait, et que le sénat en laissa la décision aux
soldats qui le massacrèrent. Mais ni ces craintes, ni cette mutinerie
des soldats, ni l'avis d'un sénat, qu'on ne consulte jamais après une
parole donnée que quand on n'a pas dessein de la tenir, n'excuseraient
la violation d'un serment fait librement et sans contrainte, si
Licinius n'eût mérité la mort par un nouveau forfait. Aussi les
historiens favorables à Constantin rapportent que le prince dépouillé
fut convaincu de former des intrigues secrètes pour rappeler les
Barbares et pour recommencer la guerre. Selon Eusèbe, ses ministres et
ses conseillers furent punis de mort; et la plupart de ses officiers
reconnaissant l'illusion de leur fausse religion embrassèrent la
véritable. Martinianus perdit sa nouvelle dignité avec la vie, soit
que Constantin l'ait abandonné à ses soldats qui le tuèrent lorsque
Licinius se rendit; soit qu'il ait péri avec celui qui ne lui avait
fait part que de ses désastres. Un auteur dit, sans en marquer aucune
circonstance, qu'il fut tué quelque temps après en Cappadoce. On laissa
vivre le fils de Licinius privé du titre de César. Les statues et les
autres monuments du père furent renversés; et il ne resta d'un prince,
dont les commencements avaient été heureux, qu'un odieux et funeste
souvenir de ses impiétés et de ses malheurs. Il avait tenu l'empire
environ seize ans.
FIN DU LIVRE TROISIÈME.
LIVRE IV.
I. Aventures d'Hormisdas. II. Il se réfugie auprès de Constantin. III.
Récit de Zonare. IV. Constantin seul maître de tout l'empire. V. Il
profite de sa victoire pour étendre le christianisme. VI. Lettre de
Constantin aux peuples d'Orient. VII. Il défend les sacrifices. VIII.
Édit de Constantin pour tout l'Orient. IX. Tolérance de Constantin.
X. Piété de Constantin. XI. Corruption de sa cour. XII. Discours de
Constantin. XIII. Troubles de l'Arianisme. XIV. Commencements d'Arius.
XV. Son portrait. XVI. Progrès de l'Arianisme. XVII. Premier concile
d'Alexandrie contre Arius. XVIII. Eusèbe de Nicomédie. XIX. Eusèbe
de Césarée. XX. Mouvements de l'Arianisme. XXI. Concile en faveur
d'Arius. XXII. Lettre de Constantin à Alexandre et à Arius. XXIII.
Second concile d'Alexandrie. XXIV. Généreuse réponse de Constantin.
XXV. Convocation du concile de Nicée. XXVI. Occupation de Constantin
jusqu'à l'ouverture du concile. XXVII. Les évêques se rendent à
Nicée. XXVIII. Évêques orthodoxes. XXIX. Évêques Ariens. XXX.
Philosophes païens confondus. XXXI. Trait de sagesse de Constantin.
XXXII. Conférences préliminaires. XXXIII. Séances du concile. XXXIV.
Constantin au concile. XXXV. Discours de Constantin. XXXVI. Liberté
du concile. XXXVII. Consubstantialité du verbe. XXXVIII. Jugement du
concile. XXXIX. Question de la pâque terminée. XL. Réglement au sujet
des Mélétiens et des Novatiens. XLI. Canons et symbole de Nicée. XLII.
Lettres du concile et de Constantin. XLIII. Vicennales de Constantin.
XLIV. Conclusion du concile. XLV. Exil d'Eusèbe et de Theognis. XLVI.
Saint Athanase évêque d'Alexandrie. XLVII. Lois de Constantin. XLVIII.
Mort de Crispus. XLIX. Mort de Fausta. L. Insultes que Constantin
reçoit à Rome. LI. Constantin quitte Rome pour n'y plus revenir. LII.
Consuls. LIII. Découverte de la croix. LIV. Église du Saint-Sépulcre.
LV. Piété d'Hélène. LVI. Retour d'Hélène. LVII. Sa mort. LVIII.
Guerres contre les Barbares. LIX. Destruction des idoles. LX. Temple
d'Aphaca. LXI. Autres débauches et superstitions abolies. LXII. Chêne
de Mambré. LXIII. Églises bâties. LXIV. Arad et Maïuma deviennent
chrétiennes. LXV. Conversions des Éthiopiens et des Ibériens. LXVI.
Établissement des monastères. LXVII. Restes de l'idolâtrie. LXVIII.
Date de la fondation de Constantinople. LXIX. Motifs de Constantin
pour bâtir une nouvelle ville. LXX. Il veut bâtir à Troie. LXXI.
Situation de Byzance. LXXII. Abrégé de l'histoire de Byzance jusqu'à
Constantin. LXXIII. État du christianisme à Byzance. LXXIV. Nouvelle
enceinte de Constantinople. LXXV. Bâtiments faits à Constantinople.
LXXVI. Places publiques. LXXVII. Palais. LXXVIII. Autres ouvrages.
LXXIX. Statues. LXXX. Églises bâties. LXXXI. Égouts de Constantinople.
LXXXII. Prompte exécution de ces ouvrages. LXXXIII. Maisons bâties à
Constantinople. LXXXIV. Nom et division de Constantinople.
[Note latérale: I. Aventures d'Hormisdas.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 27.]
[Note latérale: Eutrop. l. 9.]
[Note latérale: Agathias, l. 4, p. 135.]
[Note latérale: Suid. in Μαρσύας.]
Dans le temps que Constantin vainqueur à Chrysopolis se préparait à
marcher à Nicomédie pour y forcer Licinius, il vit arriver dans son
camp avec une suite d'Arméniens un prince étranger, qui venait auprès
de lui chercher un asyle. C'était Hormisdas petit-fils de Narsès. Il
s'était depuis peu échappé d'une dure prison, où il avait eu le temps
de se repentir d'une parole brutale et inconsidérée. Son père Hormisdas
II, huitième roi des Perses depuis qu'Artaxerxès avait rétabli leur
empire l'an de Jésus-Christ 226, célébrait avec un grand appareil
l'anniversaire de sa naissance. Pendant le festin qu'il donnait aux
seigneurs de la Perse, Hormisdas son fils aîné entra dans la salle au
retour d'une grande chasse. Les convives ne s'étant pas levés pour lui
rendre l'honneur qui lui était dû, il en fut indigné, et il échappa à
ce jeune prince de dire, qu'un jour il les traiterait comme avait été
traité Marsyas. Le sens de ces paroles qu'ils n'entendaient pas, leur
fut expliqué par un Perse qui avait vécu en Phrygie et qui leur apprit
que Marsyas avait été écorché vif. C'était un supplice assez ordinaire
en Perse. Cette menace fit sur eux une impression profonde, et coûta
au prince la plus belle couronne du monde et la liberté. Le père étant
mort après sept ans et cinq mois de règne, les grands se saisirent
d'Hormisdas, le chargèrent de chaînes, et l'enfermèrent dans une tour
sur une colline située à la vue de sa capitale. Le roi avait laissé sa
femme enceinte: ils consultèrent les mages sur le sexe de l'enfant;
et ceux-ci leur ayant assuré que ce serait un prince, ils posèrent la
couronne sur le ventre de la mère, proclamèrent roi le fruit encore
enfermé dans ses entrailles, et lui donnèrent le nom de Sapor II. Leur
attente ne fut pas trompée. Sapor, roi avant que de naître, vécut et
régna soixante et dix années; et les grands événements de son règne
répondirent à des commencements si extraordinaires.
[Note latérale: II. Il se réfugie auprès de Constantin.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 27.]
Il y avait treize ans qu'Hormisdas languissait dans les fers: ses
craintes croissaient en même temps que croissait son frère; il ne
pouvait guère se flatter de sauver sa vie des défiances du monarque,
dès que celui-ci serait en âge d'en concevoir. Sa femme s'avisa d'une
ruse pour le tirer de sa captivité et de ses alarmes: elle lui fit
tenir par un eunuque une lime cachée dans le ventre d'un poisson; elle
envoya en même temps aux gardes de son mari une abondante provision de
vin et de viandes. Tandis que ceux-ci ne songent qu'à faire bonne chère
et à s'enivrer, Hormisdas avec la lime qui lui avait été apportée,
vient à bout de couper ses chaînes, prend l'habit de l'eunuque et sort
de sa prison. Accompagné d'un seul domestique, il se sauve d'abord
chez le roi d'Arménie[30], son ami; et ayant reçu de ce prince une
escorte pour sa sûreté, il va se jeter entre les bras de Constantin.
L'empereur lui fit un accueil honorable, et lui assigna un entretien
convenable à sa naissance. Sapor fut bien aise d'être délivré de la
nécessité de faire un crime, ou de l'embarras de garder un prisonnier
aussi dangereux: loin de le redemander, il lui renvoya sa femme avec
honneur. Ce prince vécut environ quarante ans à la cour de Constantin
et de ses successeurs, qu'il servit utilement dans les guerres contre
les Perses. La religion chrétienne qu'il embrassa adoucit ses mœurs, et
il donna sous Julien des marques de son zèle pour la foi. On dit qu'il
était très-vigoureux, et si adroit à lancer le javelot, qu'il annonçait
en quelle partie du corps il allait frapper l'ennemi. J'aurai occasion
de parler de lui dans la suite.
[Note 30: Le prince qui régnait alors en Arménie, était Chosroès II,
fils de Tiridate qui avait embrassé la religion chrétienne. Il avait
succédé à son père vers l'an 314.--S.-M.]
[Note latérale: III. Récit de Zouaras.]
[Note latérale: Zon. l. 13, t. 2, p. 12.]
D'autres auteurs rapportent cette histoire avec quelque différence.
Selon eux, Narsès laissa quatre fils. Il avait eu Sapor d'une femme de
basse condition. Adanarsès[31], Hormisdas, et un troisième dont le nom
n'est pas connu, étaient nés de la reine. Adanarsès étant l'aîné devait
succéder à son père[32]; mais il s'était rendu odieux aux Perses par
un penchant décidé à la cruauté. On raconte qu'un jour qu'on avait
apporté à son père une tente de peaux de diverses couleurs, travaillée
dans la célèbre manufacture de Babylone, Narsès l'ayant fait dresser et
demandant à ce fils encore fort jeune, s'il la trouvait à son gré, cet
enfant répondit: _Quand je serai roi, j'en ferai faire une bien plus
belle avec des peaux humaines_. Des inclinations si monstrueuses firent
peur aux Perses. Après la mort de Narsès, ils se défirent d'Adanarsès,
et prévenus contre les enfants de la reine, ils mirent sur le trône
Sapor, qui fit enfermer Hormisdas, et crever les yeux à son autre
frère. Le reste du récit s'accorde avec ce que nous avons raconté[33].
[Note 31: Ce nom assez commun chez les Arméniens y existe sous la forme
_Adernerseh_, qui doit différer peu de celle qui était en usage chez
les Perses.--S.-M.]
[Note 32: Le texte dit positivement qu'il succéda à son père.
Τελευτήσαντος δὲ Ναρσοῦ..... Ἀδανάρσης τῆς ἀρχῆς δίαδοχος
γέγονεν.--S.-M.]
[Note 33: J'ignore ce qui a pu donner lieu à ce récit de Zonaras. Sapor
II n'était pas fils, mais petit-fils de Narsès et fils d'Hormisdas
II. Tous les auteurs orientaux sont d'accord sur ce point et sur la
longueur du règne de Sapor, qui égala la durée de sa vie, ce prince
ayant été pour ainsi dire couronné lorsqu'il était encore dans le
ventre de sa mère. Il est possible que dans l'espèce d'interrègne qui
s'écoula entre la mort d'Hormisdas II et la naissance de Sapor, les
Perses aient mis à mort un fils d'Hormisdas dont ils redoutaient la
cruauté et qu'ils aient privé de la couronne ses frères moins âgés.
S'il en fut ainsi, il faut toujours admettre que Zonaras s'est trompé
sur la généalogie du roi de Perse.--S.-M.]
[Note latérale: IV. Constantin seul maître de tout l'empire.]
[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 10, c. 9.]
[Note latérale: Idem vit. Const. l. 2, c. 19.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 281.]
[Note latérale: [Eckhel, Doct. Num. vet. t. VIII, p. 90.]]
La puissance impériale se trouvait réunie tout entière en la personne
de Constantin, qui donna le titre de César, le 8 de novembre, à
Constance, son troisième fils, âgé de six ans. Il conféra le consulat
de l'année suivante 324, à ses deux autres fils Crispus et Constantin:
ils possédaient cette dignité pour la troisième fois. L'empereur
resta cinq mois à Nicomédie, occupé à mettre ordre aux affaires de
l'Orient, que Licinius avait épuisé par son avarice. Vainqueur de
tous ses rivaux, il prit le nom de Victorieux qui se voit sur ses
médailles aussi-bien qu'à la tête de ses lettres, et qui passa comme
un titre héréditaire à plusieurs de ses successeurs. Cet heureux
changement semblait donner une vie nouvelle à tous les peuples de la
domination romaine. Les membres de ce vaste empire, divisés depuis
long-temps par les intérêts, souvent déchirés par les guerres, et
devenus comme étrangers les uns aux autres, reprenaient avec joie leur
ancienne liaison; et les provinces orientales, jalouses jusqu'alors du
bonheur de l'Occident, se promettaient des jours plus sereins sous un
gouvernement plus équitable.
[Note latérale: V. Il profite de sa victoire pour étendre le
christianisme.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 3, c. 24, et seq.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 15, t. 14.]
Les chrétiens surtout crurent voir dans le triomphe du prince celui de
leur religion. Le principal usage que fit Constantin de l'étendue de sa
puissance, fut d'affermir et d'étendre le christianisme. Après avoir
terrassé dans les batailles les images de ces dieux chimériques, il
les attaqua jusque sur leurs autels. Mais en détruisant les idoles, il
épargna les idolâtres; il n'oublia pas qu'ils étaient ses sujets, et
que s'il ne pouvait les guérir, il devait du moins les conserver. Il
fit à l'égard de l'Orient ce qu'il avait fait pour l'Italie après la
défaite de Maxence: il cassa les décrets de Licinius, qui se trouvaient
contraires aux anciennes lois et à la justice. Reconnaissant que
c'était à Dieu seul qu'il devait tant de succès, il en voulut faire
une protestation publique à la face de tout l'empire; ce fut dans ce
dessein qu'il écrivit deux lettres circulaires, l'une aux églises,
l'autre à toutes les villes de l'Orient. Eusèbe nous a conservé la
dernière, copiée sur l'original signé de la main de l'empereur, et
déposé dans les archives de Césarée. Elle est trop longue pour être
rapportée ici en entier.
[Note latérale: VI. Lettre de Constantin aux peuples d'Orient.]
Le prince y montre, d'un côté, les avantages qu'il vient de remporter
sur les ennemis du christianisme; de l'autre, la fin funeste des
persécuteurs, comme une double preuve de la toute-puissance de Dieu:
il se représente sous la main du souverain être qui, l'ayant choisi
pour établir son culte dans tout l'empire, l'avait conduit des
bords de l'Océan Britannique jusqu'en Asie, fortifiant son bras, et
faisant tomber devant lui les plus fermes barrières: il annonce sa
reconnaissance par le dessein où il est de protéger de tout son pouvoir
les serviteurs fidèles de celui par qui il a été protégé lui-même;
en conséquence, il rappelle ceux que la persécution avait bannis; il
rend aux chrétiens leur liberté, leurs dignités, leurs priviléges;
il ordonne de restituer aux particuliers et aux églises tous leurs
biens, à quelque titre qu'ils soient passés dans des mains étrangères,
même ceux dont le fisc était en possession, sans obliger pourtant à
la restitution des fruits. Il finit par féliciter les chrétiens de la
lumière dont ils jouissent, après que, sous la tyrannie du paganisme,
ils ont si long-temps langui dans les ténèbres et dans la captivité.
[Note latérale: VII. Il défend les sacrifices.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 44 et seq.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 16. t. 10, leg. 2.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 29.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
[Note latérale: Théod. l. 5, c. 20.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Oros. l. 7, c. 28.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Eunap. in Ædesio, t. 1, p. 20, ed. Boiss.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 296.]