l'année 317. Gallicanus et Bassus n'entrèrent en charge que le 17
de février. Après le jugement rendu à Milan, le prince était allé
en Illyrie; il y resta pendant six ans, jusqu'à la seconde guerre
contre Licinius, résidant ordinairement à Sardique, à Sirmium, à
Naïsse sa patrie. Il passa ce temps-là à défendre la frontière contre
les Barbares. C'étaient les Sarmates, les Carpes, et les Goths qui
donnaient de fréquentes alarmes. Il les défit en plusieurs combats, à
Campona, à Margus, à Bononia, villes situées sur le Danube. Nous ne
savons point le détail de ces guerres. Dans l'espace de ces six années
il fit plusieurs voyages à Aquilée.
[Note latérale: XXII. Nomination des trois Césars.]
[Note latérale: V. pit. p. 223.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 20.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 281.]
[Note latérale: Hieron. chron.]
[Note latérale: Liban. Basilic. t. II, p. 111. ed. Morel.]
[Note latérale: Till. note 40 sur Constantin.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 4. c. 51, 52.]
[Note latérale: Till. art. 85.]
Il avait deux fils, Crispus né avant l'an 300, et Constantin dont nous
avons marqué la naissance au 7 d'août de l'année précédente. Crispus
qu'il avait eu de Minervina sa première femme était un prince bien
fait, spirituel, et qui donnait les plus belles espérances. Quoiqu'il
fût tout au plus dans sa dix-huitième année au temps de la première
guerre contre Licinius, son père comptait déja assez sur sa capacité et
sur sa valeur, pour le laisser en sa place dans la Gaule, exposée aux
fréquentes attaques d'une nation turbulente et redoutable. Licinius de
son côté avait de Constantia un fils du même nom que lui, qui n'avait
encore que vingt mois. Ce n'est donc pas celui qu'il avait sauvé deux
ans et demi auparavant à Sirmium après sa défaite, et qui était mort
apparemment depuis ce temps-là. Les deux empereurs pour resserrer plus
étroitement le nœud de leur alliance, convinrent de donner à leurs
trois fils le titre de César: ce qui fut exécuté le premier jour de
mars de cette année. Nous verrons que Constantin fit aussi César de
bonne heure Constance, qui lui naquit dans la suite. Il était bien
aise, dit Libanius, de faire faire à ses enfants dès leurs premières
années l'essai du commandement: il pensait que le souverain doit avoir
l'ame élevée, et que sans cette élévation l'autorité, si elle ne perd
pas son ressort, perd son éclat. Il savait aussi que l'esprit des
hommes prend le pli de leurs occupations; il voulut donc nourrir ses
enfants dans le noble exercice de la grandeur, pour les sauver de la
petitesse d'esprit, et pour donner à leur ame une trempe de vigueur et
de force, afin que dans l'adversité ils ne descendissent pas de cette
hauteur de courage, et que dans la prospérité ils eussent l'esprit
aussi grand que leur fortune. Il leur donna dès qu'ils furent Césars
une maison et des troupes. Mais de peur qu'ils ne s'enivrassent de leur
pouvoir, il voulut les instruire par lui-même, et les tint long-temps
sous ses yeux, pour leur apprendre à commander aux autres, en leur
apprenant à lui obéir. Il ne les occupait que des exercices qui forment
les héros, et qui rendent les princes également capables de soutenir
les fatigues de la guerre, et le poids des grandes affaires pendant
la paix. Pour fortifier leur corps, on leur apprenait de bonne heure
à monter à cheval, à faire de longues marches à pied chargés de leur
armure, à manier les armes, à endurer la faim, la soif, le froid, le
chaud, à dormir peu, à ne consulter pour leur nourriture que le besoin
naturel, à ne chercher que dans les travaux du corps le délassement
de ceux de l'esprit. Plus attentif encore à leur former l'esprit et
le cœur, il leur donna les plus excellents maîtres pour les lettres,
pour la science militaire, pour la politique et la connaissance des
lois. Il ne les laissait aborder que par des personnes capables de leur
inspirer les sentiments d'une piété mâle et sans superstition, d'une
droiture sans roideur, d'une bonté sans faiblesse, et d'une libéralité
éclairée. Il autorisait lui-même par ses paroles et par son exemple
ces précieuses leçons: mais entre les maximes qu'il tâchait de graver
dans leur cœur, il y en avait une qu'il s'attachait surtout à leur
enseigner, à leur mettre en tout temps sous les yeux, à leur répéter
sans cesse; c'est que la justice doit être la règle, et la clémence
l'inclination du prince; et que le plus sûr moyen d'être le maître
de ses sujets c'est de s'en montrer le père. Après ces instructions,
qui commençaient dès qu'ils étaient en état de les entendre, il les
éprouvait dans les gouvernements et à la tête des armées, et ne cessait
de les guider, soit par lui-même, soit par des hommes remplis de son
esprit et de ses maximes.
[Note latérale: XXIII. Lactance chargé de l'instruction de Crispus.]
[Note latérale: Vita Lact. apud Lenglet.]
Comme Crispus son aîné était éloigné de sa personne et employé à
couvrir une frontière importante, il lui envoya pour le guider le plus
habile maître, et un des hommes les plus vertueux de tout l'empire.
C'était Lactance, né en Afrique, qui avait reçu dans sa jeunesse les
leçons du fameux Arnobe. Il fut élevé dans le paganisme. Dioclétien
le fit venir à Nicomédie vers l'an de Jésus-Christ 290, pour y
enseigner la rhétorique. Malgré son rare mérite, il était si pauvre
qu'il manquait du nécessaire; et cette pauvreté fit en lui un effet
tout contraire à celui qu'elle a coutume de produire; ce fut de lui
donner du goût pour elle: il s'en fit une si douce habitude, que
dans la suite, à la cour de Crispus et à la source des richesses, il
ne sentit augmenter ni ses besoins ni ses désirs. Il s'était converti
au christianisme avant l'édit de Dioclétien. On ne sait comment il
échappa à la persécution: peut-être demeura-t-il caché sous le manteau
de philosophe. Constantin crut que son fils n'avait jamais eu plus de
besoin d'instructions solides, que quand il commençait à gouverner les
hommes. Rien n'est plus louable que cette sagesse du père, si ce n'est
peut-être celle du fils, qui eut l'ame assez ferme pour résister à la
séduction de la puissance souveraine, et à celle des adulateurs de
cour, qui ont la bassesse d'admirer dès le berceau la suffisance des
princes, et souvent intérêt de flatter et d'entretenir leur ignorance.
Il était beau de voir un César de vingt ans, qui gouvernait de vastes
provinces et commandait de grandes armées, au sortir d'un conseil ou
au retour d'une victoire, venir avec docilité écouter les leçons d'un
homme qui n'avait rien de grand que ses talents et ses vertus. On croit
que Lactance mourut à Trèves dans une extrême vieillesse. Les ouvrages
qu'il a laissés donnent une idée très-avantageuse de son savoir et de
son éloquence. C'est un de ces génies heureux qui ont su se sauver de
la barbarie ou du mauvais goût de leur siècle; et de tous les auteurs
latins ecclésiastiques, il n'en est point dont le style soit plus beau
et plus épuré. On l'appela le Cicéron chrétien. Quoiqu'il ne montre
pas autant de force à établir la religion chrétienne, qu'à détruire
le paganisme, et qu'il soit tombé dans quelques erreurs, l'église a
toujours estimé ses ouvrages, et les lettres les honoreront toujours
comme un de leurs plus précieux monuments.
[Note latérale: XXIV. Naissance de Constance.]
[Note latérale: Jul. or. 1. p. 5. ed. Spanh.]
[Note latérale: Cod. Th. 6, tit. 4, leg. 10.]
Constance le second fils de Fausta naquit cette année en Illyrie le 13
d'août, comme il le dit lui-même dans une de ses lois: témoignage plus
authentique que celui de plusieurs calendriers qui mettent sa naissance
au 7 du même mois.
[Note latérale: AN. 318, 319, 320.]
[Note latérale: XXV. Éducation du jeune Constantin consul avec son
père.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Nazar. Pan. c. 37.]
[Note latérale: Du Cange, Fam. Byz. p. 48.]
Constantin ayant donné à Crispus le titre de César, le fit consul en
318 avec Licinius, qui prenait cette dignité pour la cinquième fois.
En l'année 319 il rendit au fils de son collègue l'honneur que son
collègue venait de faire à Crispus son fils, et exerça son cinquième
consulat avec le jeune César Licinius. Des trois nouveaux Césars il ne
restait que le jeune Constantin âgé de trois ans et demi, qui n'eût
point encore été décoré du consulat. Son père prit ce titre pour la
sixième fois en l'année 320, afin de le partager avec lui. Depuis que
tout le pouvoir était concentré dans la personne des empereurs, le
consulat n'était plus qu'un nom qui servait de date aux actes publics.
Celui du jeune prince fut du moins fécond en belles espérances. La
conformité de nom avec son père, faible motif sans doute, suffisait
cependant au peuple pour tirer les pronostics les plus heureux; et le
père y ajoutait un fondement plus raisonnable par l'éducation qu'il
donnait à son fils. Cet enfant savait déja écrire, et l'empereur
exerçait sa main à signer des graces, il se plaisait à faire passer par
sa bouche toutes les faveurs qu'il accordait: noble apprentissage de la
puissance souveraine, née pour faire du bien aux hommes. Cette année
donna à Constantin un troisième fils; il eut le nom de Constant. On ne
sait pas le jour précis de sa naissance.
[Note latérale: XXVI. Persécution de Licinius.]
[Note latérale: Euseb. chron.]
[Note latérale: Idem hist. eccl. l. 10, c. 8.]
[Note latérale: Idem. vit. Const. l. 1, c. 49 et seq. et l. 2, c. 1, 2.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 2.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 7.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 282.]
[Note latérale: Vales. in not. Euseb. p. 207.]
[Note latérale: Baluz. ad Lact. p. 279.]
Depuis le traité de partage, la bonne intelligence semblait rétablie
entre les deux empereurs. Ces dehors étaient sincères de la part de
Constantin: mais Licinius ne pouvait lui pardonner la supériorité de
ses armes non plus que celle de son mérite. Persuadé de la préférence
qui était due à son collègue, il croyait la lire dans le cœur de tous
les peuples. Cette sombre jalousie le porta à une espèce de désespoir
et donna l'essor à tous ses vices. Il trama d'abord des complots
secrets pour le faire périr. L'histoire n'en donne aucun détail; elle
se contente de nous dire que ses mauvais desseins ayant été plusieurs
fois découverts, il tâchait d'étouffer par de basses flatteries les
justes soupçons que sa malice avait fait naître: ce n'était de sa
part qu'apologies, que protestations d'amitié, que serments qu'il
violait dès qu'il trouvait occasion de renouer une nouvelle intrigue.
Enfin las de voir avorter tous ses projets contre un prince que Dieu
couvrait de sa puissance, il tourna sa haine contre Dieu même qu'il
n'avait jamais bien connu. Il s'imagina que tous les chrétiens de son
obéissance étaient contre lui dans les intérêts de son rival, qu'ils y
mettaient le ciel par leurs prières, et que tous leurs vœux étaient à
son égard autant de trahisons et de crimes de lèse-majesté. Prévenu de
cette folle pensée, fermant les yeux sur les châtiments funestes qui
avaient éteint la race des persécuteurs, et dont il avait été le témoin
et même le ministre, il n'écouta que sa colère contre les chrétiens.
Il leur fit d'abord la guerre sourdement et sans la déclarer: sous
des prétextes frivoles il interdit aux évêques tout commerce avec
les païens; c'était en effet pour empêcher la propagation du
christianisme. Il voulut aussi leur ôter le plus sûr moyen d'entretenir
l'uniformité de foi et de discipline, en leur défendant par une loi
expresse de sortir de leurs diocèses et de tenir des synodes. Ce prince
abandonné à la débauche la plus effrénée, prétendit que la continence
était une vertu impraticable; et en conséquence, par une maligne
affectation de veiller à la décence publique, qu'il violait sans cesse
lui-même par des adultères scandaleux, il fit une loi qui défendait
aux hommes de s'assembler dans les églises avec les femmes, aux femmes
d'aller aux instructions publiques, aux évêques de leur faire des
leçons sur la religion, qui devait, disait-il, leur être enseignée par
des personnes de leur sexe. Enfin il alla jusqu'à ordonner que les
assemblées des chrétiens se tinssent en pleine campagne; l'air y était
beaucoup meilleur et plus pur, disait-il, que dans l'étroite enceinte
des églises d'une ville. Regardant les évêques comme les chefs d'une
prétendue conspiration dont il avait l'imagination frappée, il fit
périr les plus vertueux par les calomnies qu'il leur suscitait; il en
fit couper plusieurs par morceaux et jeter leurs membres dans la mer.
Ces cruautés exercées sur les pasteurs alarmèrent tout le troupeau.
On fuyait, on se sauvait dans les bois, dans les déserts, dans les
cavernes; il semblait que tous les anciens persécuteurs fussent de
nouveau sortis des enfers. Licinius enhardi par cette épouvante
générale lève le masque; il chasse de son palais tous les chrétiens;
il exile ses officiers les plus fidèles; il réduit aux ministères les
plus vils ceux qui tenaient auparavant les premières charges de sa
maison, il confisque leurs biens, et menace enfin de mort quiconque
osera conserver le caractère du christianisme. Il casse tous les
officiers des tribunaux qui refusaient de sacrifier aux idoles; il
défend de porter des aliments et de procurer aucune assistance à
ceux qui étaient détenus dans les prisons pour cause de religion; il
ordonne d'emprisonner et de punir comme eux, ceux qui leur rendraient
ces devoirs d'humanité. Il fait abattre ou fermer les églises afin
d'abolir le culte public. Sa fureur et son avarice, qui ne se portaient
d'abord que sur les chrétiens, se débordèrent bientôt sans distinction
sur tous ses sujets. Il renouvela toutes les injustices de Galérius et
de Maximin: exactions excessives et cruelles, taxes sur les mariages
et sur les sépultures, tributs imposés sur les morts qu'on supposait
vivants, exils et confiscations injustes, tous ces affreux moyens
remplissaient ses trésors sans remplir son avidité: au milieu des
immenses richesses qu'il avait pillées, il se plaignait sans cesse de
son indigence, et son avarice le rendait pauvre en effet. Épuisé par
les débauches de sa vie passée, mais brûlant d'infâmes désirs jusque
dans les glaces de la vieillesse, il enlevait les femmes à leurs maris
et les filles à leurs pères. Souvent après avoir fait jeter dans les
fers des hommes nobles et distingués par leurs dignités, il livrait
leurs épouses à la brutalité de ses esclaves. C'est ainsi qu'il passa
les quatre dernières années de son règne, jusqu'à ce que Constantin
qu'il avait aidé à détruire les tyrans, détruisit à son tour sa
tyrannie, comme nous le raconterons en son lieu.
[Note latérale: XXVII. Victoire de Crispus sur les Francs.]
[Note latérale: Naz. pan. c. 17 et 36.]
[Note latérale: AN 321.]
Cependant les Francs s'ennuyaient d'un trop long repos. Quoique cette
nation eût essuyé sept ans auparavant un horrible massacre, elle se
joignit aux Allemands et vint insulter les frontières de la Gaule.
Crispus marcha au-devant d'eux. Ils combattirent en désespérés. Mais
leur acharnement ne servit qu'à rendre la victoire plus éclatante.
Le prince romain montra dans cette bataille une prudence et une
valeur dignes du fils de Constantin[26]. C'était au commencement de
l'hiver; et avant la fin de cette saison le jeune vainqueur courut
avec empressement en Illyrie à travers les glaces et les neiges pour
aller joindre son père qu'il n'avait vu depuis long-temps, et lui faire
hommage de sa première victoire. Les Francs instruits enfin par tant
de défaites de l'ascendant que Constantin avait sur eux, demeurèrent
en paix tout le reste de son règne; et tandis que ses armes faisaient
trembler l'Occident, sa renommée lui attira une ambassade de la part
des Perses, la plus fière nation de l'univers, qui vinrent demander son
amitié.
[Note 26: On voit sur des médailles de Constantin et de Crispus, la
légende GAVDIVM ROMANORVM, et au-dessous on lit ALAMANNIA, et sur
d'autres FRANCIA ou FRANC. ET ALAM., avec un trophée, auprès duquel
est une femme assise et affligée. Elles ont sans doute été frappées
en mémoire des victoires que Crispus remporta sur les Francs unis aux
Allemands.--S.-M.]
[Note latérale: XXVIII. Quinquennales des Césars.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Nazar. pan. c. 1.]
[Note latérale: Cod. Theod.]
[Note latérale: Hier. chron.]
La victoire de Crispus fut récompensée d'un second consulat, dont il
fut honoré avec son jeune frère Constantin en 321. La cinquième année
des trois Césars, qui concourait avec la quinzième de Constantin,
fut célébrée avec beaucoup de joie et de magnificence. Nazarius,
fameux orateur, prononça un panégyrique que nous avons encore: il y
a apparence que ce fut à Rome. Constantin était en Illyrie et passa
quelque temps à Aquilée au mois de mai ou de juin. Ce Nazarius eut une
fille qui se rendit par son éloquence aussi célèbre que son père.
[Note latérale: XXIX. Consuls.]
[Note latérale: Idat. chron. Cod. Th.]
[Note latérale: Symm. app. p. 299.]
[Note latérale: Prud. ad Sym. l. 1, v. 554.]
Les deux consuls de l'an 322 furent aussi distingués par leur mérite
que par leurs dignités. C'étaient Pétronius Probianus et Anicius
Julianus. Le premier avait été proconsul d'Afrique et préfet du
prétoire. Il fut dans la suite préfet de Rome. Il réunissait deux
qualités qui ne peuvent tenir ensemble que dans les grandes ames, la
dextérité dans les affaires, et la franchise. Aussi n'en coûta-t-il
rien à sa vertu pour s'acquérir et se conserver l'amour et la confiance
des princes. L'autre avait été gouverneur de l'Espagne Tarraconaise,
et fut aussi pendant plusieurs années préfet de Rome. Il avait suivi
le parti de Maxence: son mérite lui fit trouver un bienfaiteur dans un
prince dont il avait été l'ennemi. Constantin l'éleva aux premières
charges. Il eut l'honneur d'être le premier d'entre les sénateurs qui
embrassa la religion chrétienne, comme nous l'avons déja observé. Les
païens même le comblent d'éloges: ils ne mettent rien au-dessus de sa
noblesse, de ses richesses, de son crédit, si ce n'est son génie, sa
sagesse, et une bonté généreuse, qui faisait de tous ces avantages
personnels le bien commun de l'humanité. Il y a lieu de croire que
c'est lui qui fut père de Julien comte d'Orient, et de Basilina, mariée
à Jule Constance frère de Constantin, et mère de Julien l'Apostat.
[Note latérale: XXX. Les Sarmates vaincus.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 21.]
[Note latérale: Buch. in cycl. p. 287.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Cod. Th. Chron.]
[Note latérale: Till. art. 48.]
[Note latérale: Vales. not. in Anony.]
[Note latérale: Band. in num. t. 2, p. 253.]
Les Sarmates exerçaient depuis quelques années les armes romaines. Ces
peuples, qui habitaient les environs des Palus Méotides, passaient
souvent le Danube et venaient faire le dégât sur la frontière. Les
années précédentes plusieurs de leurs partis avaient été défaits; les
autres se sauvaient au-delà du fleuve sans attendre le vainqueur. Cette
année, tandis que Constantin était à Thessalonique, ces Barbares ayant
trouvé la frontière mal gardée, ravagèrent la Thrace et la Mésie,
et eurent même l'assurance de venir au-devant de Constantin, sous la
conduite de leur roi Rausimodus. Dans leur marche ils s'arrêtèrent
devant une ville, dont l'histoire ne marque pas le nom; les murailles
jusqu'à une certaine hauteur étaient bâties de pierres, le reste
n'était que de bois. Quoiqu'il y eût une bonne garnison, ils se
flattèrent de l'emporter avec facilité, en mettant le feu à la partie
supérieure. Ils s'approchèrent à la faveur d'une grêle de traits. Mais
ceux qui défendaient la muraille, résistant avec courage et accablant
les Barbares de javelots et de pierres, donnèrent à l'empereur le temps
de venir à leur secours: l'armée romaine fondant comme un torrent
des éminences d'alentour, tua et prit la plus grande partie des
assiégeants. Le reste repassa le Danube avec Rausimodus, qui s'arrêta
sur le bord, dans le dessein de faire une nouvelle tentative. Il n'en
eut pas le temps. On n'avait vu depuis long-temps les aigles romaines
au-delà du Danube; Constantin le traversa et vint forcer l'ennemi, qui
s'était retiré sur une colline couverte de bois. Le roi y laissa la
vie. Après un grand carnage, le vainqueur fit quartier à ceux qui le
demandaient; il recouvra les prisonniers qu'ils avaient faits sur les
terres de l'empire; et ayant repassé le fleuve avec un grand nombre de
captifs, il les distribua dans les villes de la Dacie et de la Mésie.
La joie que causa cette victoire fait honneur aux Sarmates: on établit
en mémoire de leur défaite les jeux Sarmatiques, qui se célébraient
tous les ans pendant six jours à la fin de novembre[27]. Le récit de
cette guerre est tiré de Zosime. Mais l'auteur anonyme de l'histoire
de Constantin ne parle que d'une incursion des Goths en Thrace et en
Mésie, réprimée par Constantin; ce qui a fait juger à Godefroi et à M.
de Tillemont que c'étaient deux guerres différentes, et que celle des
Goths devait être renvoyée au commencement de l'année suivante. Il me
semble que cette opinion resserre trop les faits de l'année 323, qui
fut d'ailleurs assez remplie par les préparatifs et les événements
d'une guerre bien plus considérable. Il est plus facile de croire avec
M. de Valois que l'anonyme donne ici le nom de Goths à ceux que Zosime
appelle Sarmates, d'autant plus qu'il est fort possible que ces deux
peuples alors voisins se fussent unis pour cette expédition[28].
[Note 27: Il existe beaucoup de médailles dont les légendes rappellent
le souvenir des succès de Constantin contre les Sarmates et d'autres
nations barbares. SARMATIA DEVICTA. VICTORIA GOTHICA. DE BELLATORI
GENTIUM BARBARARUM. EXVPERATOR OMNIVM GENTIVM.--S.-M.]
[Note 28: Optatianus, poète contemporain, rapporte que les Sarmates
furent vaincus avec les Carpes et les Gètes ou Goths, en plusieurs
lieux situés sur les bords du Danube.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Pardon accordé aux criminels.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 9, tit. 38. leg. 1 et ibi Godef.]
[Note latérale: Till. art. 46.]
Vers la fin de cette année, l'empereur fit publier à Rome un pardon
général pour tous les criminels; il excepta les empoisonneurs, les
homicides, les adultères. La loi fut affichée le 30 d'octobre. Le texte
en est très-obscur. Il semble signifier à la lettre, quoiqu'en termes
assez impropres, que la naissance d'un fils de Crispus et d'Hélène
était la cause de cette indulgence. Mais on ne connaît point d'ailleurs
Hélène femme de Crispus; et cette raison jointe à l'impropriété de
l'expression, fait conjecturer que le texte est corrompu[29], et qu'il
s'agit plutôt d'un voyage que Crispus faisait à Rome avec Hélène son
aïeule. Ce prince était resté en Illyrie depuis le commencement de
l'année précédente, et il pourrait être retourné à Rome en ce temps-ci.
[Note 29: Le texte de cette loi ne présente cependant aucune ambiguité.
_Propter Crispi et Helenæ partum omnibus indulgemus._ On ne voit pas
d'ailleurs pourquoi Crispus n'aurait pas eu pour femme une princesse
nommée Hélène, dont il ne serait pas resté d'autre souvenir que cette
loi.--S.-M.]
[Note latérale: ΧΧΧII. Lois de Constantin.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 22.]
[Note latérale: Nazar. pan. c. 38.]
Après la défaite des Sarmates, Constantin revint à Thessalonique, où
il se disposait à tirer vengeance des perfidies de Licinius. Mais
avant que d'entrer dans le récit de cette importante guerre, je crois
qu'il est à propos de rendre compte des lois principales que ce prince
avait faites depuis l'an 314, et dont je n'ai pas encore eu l'occasion
de parler. Ce fut dans cet intervalle qu'il s'appliqua davantage à
réformer les mœurs, à réprimer l'injustice, à bannir les chicanes qui
s'autorisent des lois mêmes, et à inspirer à ses sujets des sentiments
de concorde et d'humanité conformes à cette fraternité spirituelle
qu'établit le christianisme. La législation est la fonction la plus
auguste et la plus essentielle du souverain. C'est le montrer seulement
en passant et comme sur un théâtre, que de ne le faire voir qu'au
milieu des batailles.
[Note latérale: ΧΧΧΙΙI. Loi pour la célébration du dimanche.]
[Note latérale: Cod. Th. l. 2, tit. 8.]
[Note latérale: Lib. 8, tit. 8.]
[Note latérale: Lib. 5, tit. 5.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 3, tit. 12.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 18, 19, 20.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]