On s'approche, on sonne la charge. Les troupes de Licinius commencent

l'attaque; selon Zosime elles furent d'abord repoussées: Lactance dit

au contraire, que leurs ennemis, glacés de frayeur, n'eurent pas le

courage de tirer l'épée ni de lancer leurs traits. Maximin courait à

cheval autour de l'armée de Licinius, mettant en usage et les prières

et les promesses: au lieu de l'écouter, on le charge lui-même, et il

est obligé de regagner le gros de ses troupes. Elles se laissaient

égorger presque sans résistance par des ennemis très-inférieurs en

nombre: la plaine était jonchée de morts; la moitié de l'armée était

taillée en pièces; les autres ou se rendaient ou prenaient la fuite:

les gardes de Maximin l'abandonnent; il s'abandonne lui-même, et jetant

bas la pourpre impériale, couvert d'un habit d'esclave, il se mêle dans

la troupe des fuyards et repasse le détroit. Emporté par sa terreur,

il arrive la nuit du lendemain à Nicomédie, à cent soixante milles du

champ de bataille. Il y prend avec lui sa femme, ses enfants, un petit

nombre de ses officiers, et continue sa fuite vers l'Orient. Enfin

après avoir échappé à bien des périls, se cachant dans les campagnes et

dans les villages, il gagne la Cappadoce, où ayant rallié ce qui lui

restait de troupes, il s'arrêta et reprit la pourpre.

[Note latérale: XLVI. Licinius à Nicomédie.]

[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 48.]

[Note latérale: Cod. Th. lib. 13, tit. 10, leg. 2.]

[Note latérale: God. ad hanc legem.]

Licinius, après avoir incorporé dans son armée les ennemis qui

s'étaient rendus, passa le Bosphore; et peu de jours après la bataille

entra dans Nicomédie, rendit graces à Dieu comme à l'auteur de sa

victoire, et laissa reposer ses troupes. Dès le premier jour de juin il

fit un acte de souveraineté en faveur de la Lycie et de la Pamphylie:

il exempta par une loi le petit peuple des villes de ces provinces,

de payer capitation pour les biens qu'il possédait à la campagne.

C'était un nouveau joug, dont les simples particuliers habitants des

villes avaient toujours été exempts, et que Maximin apparemment leur

avait imposé. Le 13 du même mois il fit afficher l'édit qu'il avait

dressé à Milan de concert avec Constantin, pour rendre à l'église une

entière tranquillité. Il exhorta même de vive voix les chrétiens à

faire librement l'exercice de leur religion. On peut placer ici la fin

de cette persécution cruelle, qui, commencée en cette même ville le 23

février de l'an 303, avait pendant dix ans multiplié le christianisme

en faisant périr des milliers de chrétiens.

[Note latérale: XLVII. Mort de Maximin.]

[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 49.]

[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 9, c. 10 et 11 et Vit. Const. l.

1, c. 58 et 59.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 17.]

Maximin, couvert de honte et plein de désespoir, déchargea sa première

fureur sur les prêtres de ses dieux, qui par des oracles imposteurs

l'avaient assuré du succès de ses armes. Il les fit tous massacrer.

Ensuite apprenant que Licinius venait à lui avec toutes ses forces,

il gagna les défilés du mont Taurus, et essaya de les défendre par

des barricades et des forts qu'il fit élever à la hâte. Enfin, comme

le vainqueur forçait tous les passages, il se renferma dans la ville

de Tarse, à dessein de se sauver en Égypte pour y réparer ses pertes.

Eusèbe dit qu'il y eut un second combat, auquel Maximin ne se trouva

pas, et que, caché dans la ville dont il n'osait sortir, il fut dans le

temps même de la bataille frappé de la maladie dont il mourut. Selon

Lactance, ce prince assiégé dans Tarse, sans espérance de secours, et

sans autre ressource que la mort, s'il voulait ne pas tomber entre

les mains d'un rival cruel et irrité, se remplit pour la dernière

fois de vin et de viandes, et avala ensuite un breuvage mortel. Mais

la quantité de nourriture dont il s'était chargé, amortit la force du

poison, qui, au lieu de lui ôter la vie sur-le-champ, le jeta dans une

longue et douloureuse agonie. Dans cet état il reconnut le bras de Dieu

qui le frappait; il força sa bouche impie à louer celui à qui il avait

fait une guerre sacrilége; il fit en faveur des chrétiens un édit,

dans lequel ce prince malheureux, sous la main de Dieu qui l'écrase,

veut encore conserver la fierté du trône, et pallier par un préambule

imposant la mauvaise foi de ses édits précédents. Au reste, il accorde

sans réserve aux chrétiens tout ce que Constantin leur avait donné dans

ses états, c'est-à-dire, la permission de relever leurs temples, et de

rentrer en possession de tous les biens des églises, de quelque manière

qu'ils eussent été aliénés. Un repentir si forcé et si imparfait ne

désarma pas la colère de Dieu. Pendant quatre jours il fut en proie aux

plus affreuses douleurs. Il se roulait sur la terre, il l'arrachait

à pleines mains, et la dévorait. Ses entrailles étaient embrasées par

un feu intérieur, qui ne lui laissa au-dehors que les os desséchés. A

force de se frapper la tête contre les murailles, il se fit sortir les

yeux de leur orbite. Les chrétiens regardèrent cet horrible accident

comme une punition de la cruauté exercée sur tant de martyrs, à qui il

avait fait crever les yeux. Alors tout aveugle qu'il était, il croyait

voir le Dieu des chrétiens, environné de ses ministres, et l'entendre

prononcer son jugement: il s'écriait comme un criminel à la torture;

il s'excusait sur ses perfides conseillers; il avouait ses crimes,

implorait Jésus-Christ, lui demandait en pleurant miséricorde. Enfin

au milieu de ces hurlements, aussi affreux que s'il eût été dans les

flammes, il expira par une mort plus terrible encore que celle de

Galérius, qu'il avait surpassé en impiété et en barbarie. Il était dans

la neuvième année de son règne, à compter du temps où il avait été fait

César, et dans la sixième depuis qu'il avait pris le titre d'Auguste.

Il avait plusieurs enfants, déja associés à l'empire, et dont on ignore

les noms.

[Note latérale: XLVIII. Suites de cette mort.]

[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 9, c. 11.]

[Note latérale: Vales. ibid.]

[Note latérale: S. Gregorius Naz. advers. Julian. or. 3. t. I, p. 92.]

La mort de Maximin ne fut pas la dernière punition qu'exerça sur lui

la vengeance divine; elle s'étendit sur sa mémoire, sur ses officiers,

sur toute sa famille. Il fut déclaré ennemi public par des arrêts

infamants, où il était qualifié de tyran impie, détestable, ennemi

de Dieu. Ses images et ses statues, ainsi que celles de ses enfants,

auparavant honorées dans toutes les villes de ses états, furent les

unes mises en pièces, les autres noircies, défigurées et abandonnées à

toutes les insultes de la populace, qui dès qu'elle cesse de trembler

triomphe des tyrans avec insolence. On mutila ses statues; on prit un

plaisir inhumain à les transformer dans l'état horrible où l'avait mis

la maladie. S. Grégoire de Nazianze, plus de cinquante ans après, dit

qu'elles portaient encore les marques de son châtiment. Licinius ôta

toutes les charges aux ennemis du christianisme. Ceux qui s'étaient

fait un mérite de tourmenter les chrétiens, et que le tyran avait en

récompense comblés de faveur, furent mis à mort. Peucétius trois fois

consul avec Maximin, et surintendant de ses finances; Culcianus honoré

de plusieurs commandements, et qui étant gouverneur de la Thébaïde,

avait fait grand nombre de martyrs, furent punis des cruautés dont ils

avaient été les conseillers et les ministres. Théotecnus, ce scélérat

dont nous avons parlé, n'évita pas le supplice qu'il méritait. Maximin

avait récompensé ses fourberies, par le gouvernement de la Syrie.

Licinius, étant venu à Antioche, fit faire la recherche de ceux qui

avaient abusé de la crédulité du prince; et entre les autres il fit

mettre à la torture les prophètes et les prêtres de Jupiter Philius:

il voulut s'instruire des supercheries dont ils s'étaient servis pour

faire parler ce nouvel oracle. La force des tourments leur arracha

l'aveu de toute l'imposture. Théotecnus en était l'artisan; ils furent

tous punis de mort, et on commença par Théotecnus. La femme de Maximin

fut noyée dans l'Oronte, où elle avait souvent fait précipiter des

femmes chrétiennes. Licinius était sanguinaire: jusque-là il n'avait

puni que des coupables; il y joignit des innocents, qu'il immola à

sa cruauté. Il fit massacrer le fils aîné de Maximin qui n'avait que

huit ans, et sa fille âgée de sept, et déja fiancée à Candidianus.

Sévérianus fils du malheureux Sévère s'était retiré après la mort de

Galérius, dans les états de Maximin. Fidèle à ce prince, il ne l'avait

pas abandonné dans son désastre. Licinius le fit mourir, sous prétexte

qu'après la mort de Maximin, il avait voulu prendre la pourpre.

Candidianus eut le même sort: mais son histoire est mêlée avec celle de

Valéria, dont je vais raconter les infortunes.

[Note latérale: XLIX. Aventures de Valéria, de Prisca et de

Candidianus.]

[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 15, 39, 40, 41, 50 et 51.]

[Note latérale: Baluzius, in Lact. p. 298.]

[Note latérale: Cuper, in Lact. p. 508.]

Elle était veuve de Galérius. Étant stérile, elle avait eu pour son

mari la complaisance d'adopter Candidianus né d'une concubine, et

que son père aimait au point de le destiner à l'empire. Ce prince en

mourant avait remis sa femme et ce fils entre les mains de Licinius,

en le priant de leur servir de protecteur et de père. Prisca femme

de Dioclétien et mère de Valéria accompagna sa fille; elle s'était

attachée à sa fortune; elle la suivit jusque sur l'échafaud. L'histoire

ne nous dit point pourquoi elle vécut séparée de son mari, depuis

qu'il eut quitté la puissance souveraine. Peut-être moins philosophe

que Dioclétien, préféra-t-elle la cour de Galérius aux jardins de

Salone, et voulut-elle rester du moins auprès du trône, dont elle était

descendue à regret. Il paraît d'un autre côté que son mari l'oublia

avec l'empire; et dans les traverses qu'essuyèrent ensemble ces deux

princesses, l'histoire ne donne des larmes à Dioclétien que pour sa

fille.

[Note latérale: L. Valéria fuit Licinius, et est persécutée par

Maximin.]

Licinius ne se vit pas plus tôt maître du sort de Valéria, qu'il lui

proposa de l'épouser: c'était un prince esclave de la volupté et de

l'avarice. Valéria était belle, et elle donnait à un second mari de

grands droits sur l'héritage du premier. Mais insensible à l'amour,

et trop fière pour choquer la bienséance qui ne permettait pas aux

impératrices de passer à des secondes noces, elle se déroba de la

cour de Licinius avec Prisca et Candidianus. Elle crut se mettre à

l'abri d'une poursuite importune en se réfugiant auprès de Maximin.

Celui-ci avait une femme et des enfants: d'ailleurs comme il était fils

adoptif de Galérius, il avait jusqu'alors regardé Valéria comme sa

mère. Mais c'était une ame brutale et emportée, qui prit feu aussitôt

avec beaucoup plus de violence que Licinius. Valéria était encore

dans l'année de son deuil: il la fait solliciter par ses confidents;

il lui déclare qu'il est prêt à répudier sa femme, si elle consent à

en prendre la place. Elle répond avec liberté, qu'encore enveloppée

d'habits de deuil, elle ne peut songer au mariage: que Maximin devait

se souvenir que le mari de Valéria était son père, dont les cendres

n'étaient pas encore refroidies: qu'il ne pouvait sans une cruelle

injustice répudier une épouse dont il était aimé, et qu'elle ne

pourrait se flatter elle-même d'un meilleur traitement: qu'enfin ce

serait une démarche déshonorante et sans exemple, qu'une femme de

son rang s'engageât dans un second mariage. Cette réponse ferme et

généreuse, portée à Maximin, le mit en fureur. Il proscrit Valéria,

s'empare de ses biens, lui ôte tous ses officiers, fait mourir ses

eunuques dans les tourments, la bannit avec sa mère, la promène d'exil

en exil; et pour ajouter l'insulte à la persécution, il fait condamner

à mort, sous une fausse accusation d'adultère, plusieurs dames de la

cour, liées d'amitié avec Prisca et Valéria.

[Note latérale: LI. Supplice de trois dames innocentes.]

Il y en avait une très-distinguée par sa naissance et d'un âge avancé.

Valéria la respectait comme une seconde mère. C'était à ses conseils

que Maximin attribuait le refus qui le désespérait. Il charge le

président Eratinéus, de lui faire subir une mort déshonorante. Il en

joignit à celle-là deux autres, également nobles, dont l'une avait sa

fille à Rome entre les vestales, l'autre était femme d'un sénateur.

Ces deux dernières avaient eu le malheur de plaire à Maximin par leur

beauté; il les punissait de leur résistance. On les traîna toutes

trois devant un tribunal, où leur condamnation était déja arrêtée. On

n'avait trouvé pour se prêter à cette accusation qu'un juif accusé

lui-même d'autres crimes, et qui se laissa suborner par la promesse de

l'impunité. C'était à Nicée que se jouait cette sanglante tragédie. Le

juge qui craignait l'indignation du peuple se transporta hors de la

ville avec une nombreuse escorte de soldats, de peur d'être lapidé. On

met l'accusateur à la torture; il persiste comme il en était convenu.

Les accusées voulaient répondre; les bourreaux leur ferment la bouche

à grands coups de poing; la sentence est prononcée; on les conduit au

supplice entre deux haies d'archers: tout retentissait de sanglots

et de gémissements; et ce qui redoublait la compassion et les larmes

des assistants, c'était la vue du sénateur dont je viens de parler.

Bien instruit de la fidélité de sa femme, qui en était la malheureuse

victime, il eut la généreuse fermeté de l'assister au supplice, et de

recueillir ses derniers soupirs. Après qu'on leur eut tranché la tête,

on voulait les laisser sans sépulture, mais leurs amis enlevèrent leurs

corps pendant la nuit; on ne tint pas la parole donnée à ce misérable

juif, qui les avait accusées; ayant été mis en croix, par une perfidie

dont la sienne était digne, il révéla à haute voix tout ce mystère

d'iniquité, et mourut en protestant de leur innocence.

[Note latérale: LII. Dioclétien redemande Valéria.]

Cependant Valéria reléguée dans les déserts de Syrie, trouva moyen

d'instruire de ses malheurs Dioclétien son père qui vivait encore.

Il envoie aussitôt des exprès à Maximin pour le prier de lui rendre

sa fille. On ne l'écoute pas: il redouble ses instances à plusieurs

reprises, et toujours inutilement. Enfin il dépêche un de ses parents,

officier considérable, pour rappeler à Maximin tout ce qu'il devait

à Dioclétien, et lui demander cette justice comme un effet de sa

reconnaissance. Cet officier ne peut rien obtenir. Ce fut alors que le

malheureux père succomba à sa douleur, comme je l'ai déja raconté.

[Note latérale: LIII. Mort de Candidianus, de Prisca, et de Valéria.]

Maximin ne cessa point de persécuter Valéria. Cependant, même après

sa défaite, lorsqu'il voyait sa perte inévitable, et que sa rage

n'épargnait pas jusqu'aux prêtres de ses dieux, il n'osa lui ôter

la vie. Candidianus s'était séparé d'elle pour quelque raison qu'on

ignore: elle le crut mort pendant quelque temps. Mais ayant appris

qu'il était vivant, et que Licinius était dans Nicomédie, elle vint

avec sa mère rejoindre ce jeune prince; et, sans se faire connaître,

les deux princesses sous un habit déguisé se mêlèrent parmi les

domestiques de Candidianus, pour attendre ce que la révolution nouvelle

produirait dans sa fortune. Candidianus, alors âgé de seize ans,

s'étant présenté devant Licinius à Nicomédie, donna de la jalousie à

ce vieillard défiant, qui crut s'apercevoir que le fils de Galérius

s'attirait trop de considération, et le fit secrètement assassiner.

Valéria prit aussitôt la fuite; le reste de sa vie ne fut qu'une course

continuelle. Errante pendant quinze mois en diverses provinces, dans

l'habillement le plus propre à cacher sa condition, elle fut enfin

reconnue à Thessalonique vers le commencement de l'an 315, et arrêtée

avec sa mère. Ces deux infortunées princesses, qui n'avaient d'autre

crime que leur condition et la chasteté de Valéria, furent condamnées à

mort par les ordres de l'injuste et impitoyable Licinius; et conduites

au supplice au milieu des larmes inutiles de tout un peuple, elles

eurent la tête tranchée: leurs corps furent jetés dans la mer. Quelques

auteurs ont prétendu qu'elles étaient chrétiennes, et que Dioclétien

les avait contraintes d'offrir de l'encens aux idoles: si cette

opinion, qui n'a rien d'assuré, est véritable, leur religion a été

pour elles la plus solide consolation dans leurs malheurs, comme leurs

malheurs ont pu être le moyen le plus efficace pour expier la faiblesse

avec laquelle elles avaient trahi leur religion.

[Note latérale: LIV. Jeux séculaires négligés par Constantin.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 1.]

La révolution des jeux séculaires tombait sur cette année: c'était

la cent dixième depuis qu'ils avaient été célébrés par Sévère

sous le consulat de Cilon et de Libon en 204. Ceux de l'empereur

Philippe n'avaient été qu'une fête extraordinaire pour solenniser la

millième année depuis la fondation de Rome. L'ordre des cent dix ans

anciennement établi subsistait toujours. Constantin laissa passer le

temps de cette cérémonie superstitieuse sans la renouveler. Zosime en

fait de grandes plaintes; il attribue à cette omission la décadence de

l'empire, dont la prospérité, dit-il, était attachée à la célébration

de ces jeux.

[Note latérale: LV. Paix universelle de l'église.]

[Note latérale: Euseb. hist.]

[Note latérale: eccl. l. 10. c. 1 et 2.]

[Note latérale: S. Aug. de civ. l. 18, c. 53. t. VII, p. 536, et 1691.]

La mort de Maximin ne laissait plus de prince ennemi du christianisme.

Les églises s'élevaient, le culte divin se célébrait en liberté, et la

piété libérale de Constantin y ajoutait l'éclat et la magnificence.

Les païens jaloux de cette gloire firent courir un prétendu oracle

en vers grecs, qui portait que la religion chrétienne ne durerait

que trois cent soixante-cinq ans; ils débitaient que J.-C. avait été

un homme simple et sans malice; mais que Pierre était un magicien,

qui, par ses enchantements, avait ensorcelé l'univers, et réussi

à faire adorer son maître; qu'après trois cent soixante-cinq ans

le charme cesserait. Ces chimériques impostures n'alarmèrent pas

les défenseurs du christianisme; c'étaient des cris impuissants de

l'idolâtrie terrassée. L'église chrétienne qui s'était accrue malgré

toutes les puissances humaines, protégée alors par les souverains,

n'avait de blessures à craindre que de la part de ses enfants. Et

comme sa destinée est de combattre et de vaincre sans cesse, n'ayant

plus de guerre étrangère à soutenir, elle fut attaquée dans son propre

sein par des ennemis d'autant plus acharnés que c'étaient des sujets

rebelles. Je parle des donatistes, dont je vais reprendre l'histoire

dès l'origine. Comme c'est ici la première occasion qui se présente de

parler de matières ecclésiastiques, je me crois obligé d'avertir le

lecteur, que dans tout le cours de cet ouvrage, je ne les traiterai

qu'autant qu'elles auront de l'influence sur l'ordre civil. Les

empereurs devenus chrétiens ne sont que trop entrés dans les querelles

théologiques; ils y entraînent leur historien malgré lui. J'éviterai

les détails étrangers à mon objet, et je laisserai le fond des

discussions à l'histoire de l'église, à laquelle seule il appartient de

décider souverainement ces questions.

[Note latérale: LVI. Origine du schisme des donatistes.]

[Note latérale: Optat. de schism. Donat. l. 1. p. 9-24.]

[Note latérale: Bald. in Optat.]

[Note latérale: Acta Felicis Aptung.]

[Note latérale: S. Aug. contra Petil. t. IX, p. 205-337.]

[Note latérale: Brevi. coll. cum Donat. t. IX. p. 545-581.]

[Note latérale: Epist. 141, 88 et 185.]

[Note latérale: Post coll. ad Donat. t. IX, p. 581-617.]

[Note latérale: Contra Crescon., l. 1, t. IX, p. 390-420, et in Parmen.

t. IX. p. 11-79. edit. 1691.]

[Note latérale: Coll. Carth.]

[Note latérale: Conc. Hard. t. I, p. 259, et seq.]

[Note latérale: Euseb. hist. eccl. l. 10, c. 5.]

[Note latérale: Vales. de Schism. Donat.]

[Note latérale: Dupin, Hist. Donat.]

[Note latérale: Pagi, ad Baron. an. 306.]

[Note latérale: Till. Hist. des Donat.]

[Note latérale: Fleury, Hist. eccles.]

Depuis l'abdication de Maximien, les troubles de l'empire avaient fait

cesser la persécution en Afrique. L'église de cette province commençait

à jouir du calme, lorsque l'hypocrisie, l'avarice, l'ambition,

soutenues par la vengeance d'une femme puissante et irritée, y

excitèrent une nouvelle tempête. Par l'édit de Dioclétien, il y allait

de la vie pour les magistrats des villes, qui n'arracheraient pas aux

chrétiens ce qu'ils avaient des saintes écritures. Ainsi la recherche

en était exacte et rigoureuse. Un grand nombre de fidèles et même

d'évêques eurent la faiblesse de les livrer: on les appela Traditeurs.

Mensurius, évêque de Carthage, était recommandable par sa vertu; Donat,

évêque des Cases-Noires en Numidie, l'accusa pourtant de ce crime,

et quoiqu'il n'eût pu l'en convaincre, il se sépara de sa communion.

Mais ce schisme fit peu d'éclat jusqu'à la mort de Mensurius. Celui-ci

fut mandé à la cour de Maxence, pour y rendre compte de sa conduite.

On lui imputait d'avoir caché dans sa maison, et d'avoir refusé aux

officiers de justice un diacre nommé Félix, accusé d'avoir composé un

libelle contre l'empereur. En partant de Carthage, il mit les vases

d'or et d'argent qui servaient au culte divin, en dépôt entre les mains

de quelques anciens, et il en laissa le mémoire à une femme avancée

en âge, dont il connaissait la probité, avec ordre de le remettre à

son successeur, s'il ne revenait pas de ce voyage. Il mourut dans

le retour. Les évêques de la province d'Afrique mirent en sa place

Cécilien, diacre de l'église de Carthage, qui fut élu par le suffrage

du clergé et du peuple, et ordonné par Félix, évêque d'Aptunge. Le

nouvel évêque commença par redemander les vases dont l'état lui

avait été remis. Les dépositaires, au lieu de les rendre, aimèrent

mieux contester à Cécilien la validité de son ordination. Ils furent

appuyés de deux diacres ambitieux, Botrus et Céleusius, irrités de la

préférence qu'on lui avait donnée sur eux. Mais le principal ressort

de toute cette intrigue était une Espagnole établie à Carthage, nommée

Lucilla, noble, riche, fausse dévote, et par conséquent orgueilleuse.

Elle ne pouvait pardonner à Cécilien une réprimande qu'il lui avait

faite sur le culte qu'elle rendait à un prétendu martyr, qui n'avait

pas été reconnu par l'église. Cette femme si délicate sur l'honneur

d'une relique équivoque, ne se fit point de scrupule d'employer contre

son évêque tout ce qu'elle avait de crédit, de richesses et de malice.

Toute cette cabale, soutenue par Donat des Cases-Noires, écrivit à

Sécundus, évêque de Tigisi et primat de Numidie, pour le prier de

venir à Carthage avec les évêques de sa province. On s'attendait bien

à trouver dans ce prélat une grande disposition à condamner Cécilien.

Sécundus lui en voulait de ce qu'il s'était fait ordonner par Félix

plutôt que par lui, et les autres trouvaient mauvais qu'il ne les eût

pas appelés à cette ordination. Avant même qu'elle fût faite, Sécundus

avait envoyé à Carthage plusieurs de ses clercs, qui, ne voulant pas

communiquer avec les clercs de la ville, s'étaient logés chez Lucilla,

et avaient nommé un visiteur du diocèse.

[Note latérale: LVII. Conciliabule de Carthage, où Cécilien est

condamné.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 13 / 40 段