Le prince à son réveil assemble ses amis, leur raconte ce qu'il vient

de voir et d'entendre, mande des ouvriers, leur dépeint la forme de

ce signe céleste, et leur commande d'en faire un pareil d'or et de

pierreries. Eusèbe, qui atteste l'avoir vu plusieurs fois, le décrit

ainsi: c'était une longue pique revêtue d'or, ayant une traverse

en forme de croix: au haut de la pique s'élevait une couronne d'or

enrichie de pierreries, qui enfermait le monogramme de Christ, que

l'empereur voulut aussi dans la suite porter gravé sur son casque. De

la traverse pendait une pièce d'étoffe de pourpre, quarrée, couverte

d'une broderie d'or et de pierres précieuses, dont l'éclat éblouissait

les regards. Au-dessous de la couronne, mais au-dessus du drapeau

était le buste de l'empereur et de ses enfants représentés en or;

soit que ces images fussent placées sur la traverse de la croix, soit

qu'elles fussent brodées sur la partie supérieure du drapeau même; car

l'expression d'Eusèbe ne donne pas une idée nette de cette position.

Il semble même, à l'inspection de plusieurs médailles, que ces images

étaient quelquefois dans des médaillons le long du bois de la pique, et

que le monogramme de Christ était brodé sur le drapeau.

[Note latérale: XCVII. Culte de cette enseigne.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 4.]

[Note latérale: Du Cange, Gloss.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 2.]

[Note latérale: Theoph. p. 11.]

[Note latérale: Cedren. t. I, p. 270.]

Ce fut dans la suite le principal étendard de l'armée de Constantin et

de ses successeurs. On l'appela _Labarum_ ou _Laborum_. Le nom était

nouveau; mais, selon quelques auteurs, la forme en était ancienne.

Les Romains l'avaient empruntée des Barbares, et c'était la première

enseigne des armées; elle marchait toujours devant les empereurs; les

images des dieux y étaient représentées, et les soldats l'adoraient

aussi-bien que leurs aigles. Ce culte ancien, appliqué alors au nom de

J.-C. accoutuma les soldats à n'adorer que le Dieu de l'empereur, et

contribua à les détacher peu à peu de l'idolâtrie. Socrate, Théophane

et Cédrénus attestent que ce premier _Labarum_ se voyait encore de

leur temps dans le palais de Constantinople: le dernier de ces auteurs

vivait dans le onzième siècle.

[Note latérale: XCVIII. Protection divine attachée au Labarum.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 2, c. 7, 8, 9.]

[Note latérale: Cod. Theod. l. 6, t. 25 de præp. lab. et ibi Godefr.]

Constantin fit faire plusieurs étendards sur le même modèle, pour

être portés à la tête de toutes ses armées. Il s'en servait comme

d'une ressource assurée dans tous les endroits où il voyait plier ses

troupes. Il semblait qu'il en sortît une vertu divine, qui inspirait la

confiance à ses soldats, et la terreur aux ennemis. L'empereur choisit

entre ses gardes cinquante des plus braves, des plus vigoureux et des

plus attachés au christianisme, pour garder ce précieux gage de la

victoire. Chacun d'eux le portait tour à tour. Eusèbe rapporte d'après

Constantin même, un fait qui serait incroyable sans un aussi bon

garant. Au milieu d'une bataille, celui qui portait le _Labarum_ ayant

pris l'épouvante, le remit entre les mains d'un autre et s'enfuit. A

peine l'eut-il quitté, qu'il fut percé d'un trait mortel, qui lui ôta

sur-le-champ la vie. Les ennemis s'efforçant de concert d'abattre cette

redoutable enseigne, celui qui en était chargé se vit bientôt le but

d'une grêle de javelots: pas un ne porta sur lui; tous s'enfoncèrent

dans le bois de la pique: c'était une défense plus sûre que le bouclier

le plus impénétrable; et jamais celui qui faisait cette fonction dans

les armées, ne reçut aucune atteinte. Théodose le jeune, par une loi de

l'an 416, donne à ceux qui sont préposés à la garde du _Labarum_ des

titres honorables et de grands priviléges.

[Note latérale: XCIX. Sur le lieu où parut ce prodige.]

[Note latérale: Niceph. Call. l. 7, c. 29.]

[Note latérale: Acta Artemii apud Metaphr.]

[Note latérale: Baluzius, in Lact. p. 337.]

[Note latérale: Euseb., vit. Const. l. 1. c. 37.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 1.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 5.]

[Note latérale: Buch. in Hist. Belg. l. 8, c. 6.]

[Note latérale: Gelenius, in Colon. magnit. l. 1, synt. 4.]

[Note latérale: Morin, de la délivrance de l'église. part. 2, c. 12.]

[Note latérale: Chifflet, de convers. Const. c. 6.]

On ne sait rien de certain sur le lieu où était Constantin, quand il

vit cette croix miraculeuse. Quelques-uns prétendent qu'il était déja

aux portes de Rome: mais, selon l'opinion la plus vraisemblable et la

plus suivie, il n'avait pas encore passé les Alpes: c'est ce qui semble

résulter du récit d'Eusèbe, de Socrate et de Sozomène, qui sont ici

les trois auteurs originaux. Divers endroits de la Gaule se disputent

l'honneur d'avoir vu ce prodige: les uns disent qu'il parut à Numagen

sur la droite de la Moselle à trois milles au-dessous de Trèves;

d'autres à Sintzic au confluent du Rhin et de l'Aar; quelques-uns

entre Autun et Saint-Jean de Lône. Selon la tradition de l'église de

Besançon, ce fut sur la rive du Danube, lorsque Constantin faisait la

guerre aux Barbares, qui voulaient passer ce fleuve: d'où un savant

moderne conjecture que ce fut entre le Rhin et le Danube près de

Brisach, et que ces Barbares étaient alliés de Maxence. Il croit que

Constantin attendit en Franche-Comté la saison de passer les Alpes,

et que ce fut alors qu'il fit percer le rocher nommé aujourd'hui

_Pierre-Pertuis, Petra pertusa_, à une journée de Bâle. Ce pertuis est

long de quarante-six pieds, et large de seize ou dix-sept. Sur le roc

est gravée une inscription[17], qui marque que ce chemin est l'ouvrage

d'un empereur: c'était pour donner un passage des Gaules en Germanie.

[Note 17:

Numinis Augusti via ducta per ardua montis

Fecit iter, petram scindens in margine fontis.

]

[Note latérale: C. Discussion sur la vérité de ce miracle.]

[Note latérale: Act. Conc. Nic.]

[Note latérale: Gelasii Cyz. l. 1, c. 4.]

[Note latérale: Oisel. Thes. numism. antiq. p. 463.]

[Note latérale: Tollius, apud Baudri, in Lact. p. 735.]

Nous avons rapporté ce miracle d'après Eusèbe, qui atteste qu'il le

tient de la bouche même de Constantin, et que ce prince lui en avait

confirmé la vérité par son serment. Mais il faut avouer qu'entre les

auteurs anciens, quelques-uns ne parlent pas de cette apparition de la

croix, d'autres ne la racontent que comme un songe: ce qui a donné

lieu aux infidèles dès le cinquième siècle de décréditer ce prodige,

comme nous l'apprenons de Gelasius de Cyzique; et à quelques écrivains

modernes de le rejeter comme un pieux stratagème de Constantin. La

vérité de la religion chrétienne ne dépend pas de celle de ce miracle;

elle pose sur des principes inébranlables: c'est un édifice, élevé

jusqu'au ciel, établi dans le même temps et par la même main que les

fondements de la terre, qu'il doit surpasser en durée; ce miracle n'en

est tout au plus qu'un ornement, qui pourrait tomber, sans lui rien

ôter de sa solidité. Je me crois donc, comme historien, en droit de

rapporter en peu de mots, sans préjugé ni décision, ce qu'on a dit pour

détruire ou pour autoriser la réalité de cet événement.

[Note latérale: CI. Raisons pour le combattre.]

[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 44.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 3.]

[Note latérale: Colombus, in Lactant. p. 388.]

[Note latérale: Greg. Naz. invect. 1, in Iul. t. I, p. 112.]

[Note latérale: Gothof. in Philost. diss. ad. l. 1, c. 6.]

Ceux qui le combattent, s'appuient sur l'incertitude du lieu où il

s'est passé; ce qui leur semble affaiblir l'authenticité du fait en

lui-même; sur la narration de Lactance et de Sozomène, qui ne parlent

de cette apparition de la croix que comme d'un songe de Constantin,

sur le silence des panégyristes, de Porphyrius Optatianus, poète

contemporain de Constantin, d'Eusèbe même qui n'en dit rien dans

son histoire ecclésiastique, et de saint Grégoire de Nazianze, qui

racontant un miracle pareil arrivé du temps de Julien, ne dit pas un

mot de celui-ci, qu'il aurait dû naturellement citer, s'il y eût donné

quelque croyance. Le serment même de Constantin leur rend la chose plus

suspecte: qu'était-il besoin de jurer pour prouver un fait, dont il

devait y avoir tant de témoins?

[Note latérale: CII. Raisons pour l'appuyer.]

[Note latérale: Incert. Pan. c. 2.]

[Note latérale: Nazar. Pan. c. 14.]

Les autres répondent, qu'il y a dans l'histoire une infinité de faits,

dont la vérité n'est pas moins constatée, quoiqu'on ne sache ni le

lieu, ni quelquefois le temps même où ils sont arrivés: que Lactance

n'écrivant pas une histoire ne détruit rien par son silence, et qu'il

ne parle que de l'ordre que Constantin reçut en songe la veille du

combat contre Maxence, de faire graver sur les boucliers de son

armée le monogramme de Christ; parce qu'ayant pour objet la mort des

persécuteurs, il omet tout ce qui était arrivé depuis le commencement

de la guerre jusqu'à la mort du tyran: que le récit de Sozomène, qui

vivait au cinquième siècle et qui a été copié par beaucoup d'autres,

prouve seulement que ce miracle était contredit dès lors; et que son

témoignage ne doit être compté pour rien, puisqu'après avoir raconté

la chose comme un songe, il rapporte ensuite le récit d'Eusèbe avec sa

preuve, c'est-à-dire avec le serment de Constantin, sans donner aucune

marque de défiance: que les panégyristes étant idolâtres, n'avaient

garde de relever cette apparition de la croix, qui faisait horreur

aux païens comme le signe le plus malheureux: qu'on trouve cependant

dans leurs discours même de quoi appuyer la vérité de cette histoire:

que c'est là sans doute, ce mauvais présage, dont ils parlent, qui

effraya les haruspices et les soldats: que c'est ce même phénomène,

qui déguisé sous des idées plus favorables et plus assorties à la

superstition païenne, donna, comme ils le disent, occasion au bruit

qui courut par toute la Gaule, qu'on avait vu en l'air des armées

éclatantes de lumière, et qu'on avait entendu ces mots: _Nous allons au

secours de Constantin_. Quant au silence d'Optatianus, d'Eusèbe dans

son histoire ecclésiastique et de saint Grégoire, le premier était

païen selon toute apparence, et d'ailleurs ses acrostiches bizarres

ne méritent aucune considération; Eusèbe dans son histoire n'a fait

que parcourir succinctement toute cette guerre; il en a réservé le

détail pour la vie de Constantin; saint Grégoire dans l'endroit dont il

s'agit ne parlant que des prodiges qui empêchèrent les Juifs de rebâtir

le temple de Jérusalem, n'avait pas besoin de s'écarter de son sujet

pour citer des exemples semblables; et jamais a-t-on douté d'un fait

historique, parce qu'il n'est pas rappelé par les auteurs toutes les

fois qu'ils racontent d'autres faits qui y sont conformes? Pour ce qui

est du serment de Constantin, il est étrange, disent-ils, que ce qu'on

regarde comme une preuve de vérité dans la bouche du commun des hommes,

soit converti en preuve de mensonge dans celle d'un si grand prince:

est-il donc étonnant, que l'empereur s'entretenant en particulier avec

Eusèbe d'un fait aussi extraordinaire, que celui-ci n'avait pas vu

quoique tant d'autres en eussent été témoins, il ait voulu déterminer

sa croyance par un serment? Après tout, ou les adversaires accusent

Constantin d'un parjure; ce qui est un attentat à la mémoire d'un si

grand prince: ou ils imputent à Eusèbe d'avoir outragé la majesté

impériale par une imposture criminelle, qui démentie par un seul de

tant de témoins oculaires, lui aurait attiré l'indignation de tout

l'empire, et la juste colère des fils de Constantin sous les yeux

desquels il écrivait. Sur ces raisons et d'autres semblables, ceux

qui défendent la réalité de ce miracle, s'en tiennent à l'autorité

d'Eusèbe, dont la fidélité dans le récit des faits, du moins de ceux

qui n'intéressent point l'arianisme, n'a jamais été contestée.

[Note latérale: CIII. Constantin se fait instruire.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 32.]

[Note latérale: Codin. Orig. de C. P. p. 10.]

Constantin résolu de ne plus reconnaître d'autre Dieu que celui qui le

favorisait d'une protection si éclatante, s'empressa de s'instruire. Il

s'adressa aux ministres les plus saints et les plus éclairés. Eusèbe

ne les nomme pas: ils lui développèrent les vérités du christianisme;

et sans chercher à ménager la délicatesse du prince, ils commencèrent,

comme avaient fait les apôtres, par les mystères les plus capables

de révolter la raison humaine, tels que la divinité de Jésus-Christ,

son incarnation, et ce que saint Paul appelle par rapport aux Gentils

_la folie de la croix_. Le prince touché de la grace, les écouta

avec docilité: il conçut dès-lors pour les ministres évangéliques un

respect qu'il conserva toute sa vie: il commença même à se nourrir

de la lecture des livres saints. Les Grecs modernes font l'honneur à

Euphrate, chambellan de l'empereur, d'avoir beaucoup contribué à sa

conversion: l'antiquité ne dit rien de cet Euphrate.

[Note latérale: CIV. Conversion de sa famille.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 47 et 52, et l. 4, c. 38.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 5.]

[Note latérale: Baron. ann. 324, § 13.]

[Note latérale: Vorb. Hist. Rom. Germ. t. I, p. 136.]

[Note latérale: S. Paulin. Epist. ad Sever. II.]

L'exemple de Constantin attira toute sa famille. Hélène sa mère, sa

sœur Constantia promise à Licinius, Eutropia sa belle-mère et veuve

de Maximien, Crispus son fils, alors âgé de douze ou treize ans,

renoncèrent au culte des idoles. On n'a point de preuve certaine de la

conversion de sa femme Fausta. Quelques auteurs supposent qu'Hélène

était déja chrétienne, ce qui peut être vrai. Mais pour ceux qui

prétendent qu'elle avait élevé son fils dans la foi, et que Constantin

chrétien dès son enfance ne fit que manifester sa religion après le

miracle de l'apparition céleste, ils sont démentis par des faits que

nous avons déja rapportés.

[Note latérale: CV. Fable de Zosime réfutée.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 29.]

[Note latérale: Soz. l. 1, c. 5.]

Zosime, ennemi mortel du christianisme, et par cette raison de

Constantin même, a voulu jeter du ridicule sur la conversion de ce

prince. Il raconte que l'empereur ayant fait cruellement mourir sa

femme Fausta et Crispus son fils, tourmenté par ses remords, s'adressa

d'abord aux prêtres de ses dieux, pour obtenir d'eux l'expiation de

ces crimes; que ceux-ci lui ayant répondu qu'ils n'en connaissaient

point pour des forfaits si atroces, on lui présenta un Égyptien venu

d'Espagne, qui se trouvait pour-lors à Rome, et qui s'était insinué

auprès des femmes de la cour; que cet imposteur lui assura que la

religion des chrétiens avait des secrets pour laver tous les crimes,

quels qu'ils fussent, et que le plus grand scélérat, dès qu'il en

faisait profession, était aussitôt purifié; que l'empereur saisit

avidement cette doctrine, et qu'ayant renoncé aux dieux de ses pères,

il devint la dupe du charlatan égyptien. Sozomène, plus sensé que

Zosime, dont il était presque contemporain, réfute solidement cette

fable et quelques autres mensonges que les païens débitaient par un

aveugle désespoir. Fausta et Crispus ne moururent que la vingtième

année du règne de Constantin; et d'ailleurs les prêtres païens se

seraient bien gardés d'avouer que leur religion ne leur fournissait

aucun moyen d'expier les crimes, eux qui enseignaient que plusieurs de

leurs anciens héros, après les plus horribles meurtres, avaient été

purifiés par de prétendues expiations.

FIN DU LIVRE PREMIER.

LIVRE II.

I. Triomphe de la religion chrétienne. II. Prise de Suse. III.

Bataille de Turin. IV. Suites de la victoire. V. Siége de Vérone. VI.

Bataille de Vérone. VII. Prise de Vérone. VIII. Constantin devant

Rome. IX. Maxence se tient enfermé dans Rome. X. Pont de bateaux. XI.

Songe de Constantin. XII. Sentiment de Lactance. XIII. Bataille contre

Maxence. XIV. Fuite de Maxence. XV. Suites de la victoire. XVI. Entrée

de Constantin dans Rome. XVII. Fêtes, réjouissances, honneurs rendus

à Constantin. XVIII. Dispositions de Maximin. XIX. Précautions de

Constantin. XX. Conduite sage et modérée après la victoire. XXI. Lois

contre les délateurs. XXII. Il répare les maux qu'avait faits Maxence.

XXIII. Libéralités de Constantin. XXIV. Embellissements et réparations

des villes. XXV. Établissement des indictions. XXVI. Raisons de

cet établissement. XXVII. Conduite de Constantin par rapport au

christianisme. XXVIII. Progrès du christianisme. XXIX. Honneurs que

Constantin rend à la religion. XXX. Églises bâties et ornées. XXXI.

Constantin arrête la persécution de Maximin. XXXII. Consulats de cette

année. XXXIII. Mariage de Licinius. XXXIV. Mort de Dioclétien. XXXV.

Édit de Milan. XXXVI. Guerre contre les Francs. XXXVII. Constantin

comble de bienfaits l'église d'Afrique. XXXVIII. Exemption des

fonctions municipales, accordée aux clercs. XXXIX. Abus occasionés

par ces exemptions, et corrigés par Constantin. XL. Lois sur le

gouvernement civil. XLI. Lois pour la perception des tributs. XLII.

Lois pour l'administration de la justice. XLIII. Maximin commence la

guerre contre Licinius. XLIV. Licinius vient à sa rencontre. XLV.

Bataille entre Licinius et Maximin. XLVI. Licinius à Nicomédie. XLVII.

Mort de Maximin. XLVIII. Suites de cette mort. XLIX. Aventures de

Valéria, de Prisca et de Candidianus. L. Valéria fuit Licinius, et est

persécutée par Maximin. LI. Supplice de trois dames innocentes. LII.

Dioclétien redemande Valéria. LIII. Mort de Candidianus, de Prisca et

de Valéria. LIV. Jeux séculaires. LV. Paix universelle de l'Église.

LVI. Origine du schisme des Donatistes. LVII. Conciliabule de

Carthage, où Cécilianus est condamné. LVIII. Ordination de Majorinus.

LIX. Constantin prend connaissance de cette querelle. LX. Concile

de Rome. LXI. Suites de ce concile. LXII. Plaintes des donatistes.

LXIII. Convocation du concile d'Arles. LXIV. Concile d'Arles. LXV. Les

donatistes appellent du concile à l'empereur.

[Note latérale: AN 312.]

[Note latérale: I. Triomphe de la religion chrétienne.]

Depuis près de trois siècles la religion chrétienne, toujours prêchée

et toujours proscrite, croissant au milieu des supplices, et tirant

de nouvelles forces de ses propres pertes, avait passé par toutes les

épreuves qui pouvaient en constater la divinité. Elle s'était affermie

par les moyens les plus sûrs que les hommes puissent employer pour

détruire ce qui n'est que leur ouvrage: et son établissement était un

prodige, dont Dieu avait prolongé la durée, afin de le rendre visible

aux siècles à venir les plus éloignés. Quand le christianisme n'eut

plus besoin de persécutions pour prouver sa céleste origine, les

persécuteurs devinrent chrétiens, les princes se soumirent au joug

de l'Évangile; et l'on peut dire que le miracle de la conversion de

Constantin fit cesser sur la terre un plus grand miracle. Nous allons

voir la croix placée sur la tête des empereurs, et révérée de tout

l'empire; l'Église appelant à haute voix et sans crainte tous les

peuples de la terre; le paganisme détruit, sans être persécuté. Ces

grands changements furent les fruits de la victoire de Constantin.

[Note latérale: II. Prise de Suse.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Libell. præf. verb. apud Buch. in Cycl. p. 238.]

[Note latérale: Noris, de Num. Diocl. c. 5.]

[Note latérale: Nazar. Pan. c. 17 et 21.]

Au commencement de l'an 312, Maxence s'était déclaré consul pour la

quatrième fois, sans collègue. Constantin, ayant pris pour la seconde

fois le même titre avec Licinius, passa promptement les Alpes, et

parut devant Suse [_Segusium_], lorsqu'on le croyait encore fort

éloigné. Cette place ouvrait l'entrée de l'Italie. Située au pied de

ces hautes montagnes, elle était forte d'assiette, défendue par de

bonnes murailles, par des habitants guerriers et par une nombreuse

garnison. Le prince, pour n'être pas arrêté dès le premier pas, offrit

la paix aux habitants. Ils la refusèrent et s'en repentirent le jour

même. Constantin fait mettre le feu aux portes, et planter les échelles

contre les murs. Tandis qu'une partie de ses soldats lance une grêle

de pierres et de traits sur ceux qui bordent la muraille, les autres

montent à l'escalade, et abattent à coup de piques et d'épées tous

ceux qui osent les attendre. En un moment la ville est prise; et le

vainqueur, à ce premier exemple de valeur, capable d'effrayer l'Italie,

en voulut joindre un de clémence propre à la charmer: il fit grace aux

habitants. Mais le feu, plus opiniâtre que sa colère, s'était déja

répandu bien loin; tout ce que l'épée épargnait allait être la proie

des flammes. Constantin, alarmé pour des ennemis dont cet instant lui

faisait des sujets, fait travailler tous ses soldats, et travaille

lui-même à éteindre l'incendie. Sa bonté paraît encore plus active que

sa bravoure; et les habitants de Suse, doublement sauvés en même temps

que vaincus, pleins d'admiration et de reconnaissance, lui donnent leur

cœur, et achèvent la conquête.

[Note latérale: III. Bataille de Turin.]

[Note latérale: Incert. Pan. c. 6 et 7.]

[Note latérale: Nazar. Pan. c. 22, 23, 24.]

Il marche vers Turin [_Augusta Taurinorum_]. Dans la plaine de cette

ville se présente un grand corps de troupes, dont la cavalerie toute

couverte de fer, hommes et chevaux, semblait invulnérable. Cette

vue, loin d'intimider le prince et les soldats, les anime en leur

montrant un péril digne de leur courage. La bataille des ennemis était

triangulaire. La cavalerie formait la pointe: les deux ailes composées

d'infanterie, se repliaient en arrière et se prolongeaient à une grande

profondeur. Les cavaliers devaient donner tête baissée dans le centre

de l'armée ennemie, la percer toute entière, et tournant bride ensuite,

marcher sur le ventre à tout ce qu'ils rencontreraient. En même temps

les deux ailes d'infanterie devaient se déployer, et envelopper l'armée

de Constantin, déja rompue par la cavalerie. Le prince, qui avait le

coup d'œil militaire, comprit le dessein des ennemis à l'ordre de leur

bataille. Il place des corps à droite et à gauche pour faire face à

l'infanterie et arrêter ses mouvements. Pour lui, il se met au centre

en tête de cette redoutable cavalerie. Quand il la voit sur le point de

heurter le front de son armée, au lieu de lui résister, il ordonne à

ses troupes de s'ouvrir: c'était un torrent qui n'avait de force qu'en

ligne droite; le fer dont elle était revêtue ôtait toute souplesse

aux hommes et aux chevaux. Mais dès qu'il la voit engagée entre ses

escadrons, il la fait enfermer et attaquer de toutes parts, non pas à

coups de lances et d'épée, on ne pouvait percer de tels ennemis, mais à

grands coups de masses d'armes. On les assommait, on les écrasait sur

la selle de leurs chevaux, on les renversait, sans qu'ils pussent ni

se mouvoir pour se défendre, ni se relever quand ils étaient abattus.

Bientôt ce ne fut plus qu'une horrible confusion d'hommes, de chevaux,

d'armes, amoncelés les uns sur les autres. Ceux qui échappèrent à ce

massacre voulurent se sauver à Turin avec l'infanterie: mais ils en

trouvèrent les portes fermées, et Constantin, qui les poursuivit l'épée

dans les reins, acheva de les tailler en pièces au pied des murailles.

[Note latérale: IV. Suites de la victoire.]

[Note latérale: Incert. Pan. c. 7.]

[Note latérale: Sigon. Imp. Occ. p. 52.]

[Note latérale: Hieron. Epist. ad Innocentium. t. I, p. 3. ed. Vallars.]

Cette victoire, qui ne coûta point de sang au vainqueur, lui ouvrit les

portes de Turin. La plupart des autres places entre le Pô et les Alpes

lui envoyèrent des députés pour l'assurer de leur soumission: toutes

s'empressaient de lui offrir des vivres. Sigonius, sur un passage

de saint Jérôme, conjecture que Verceil fit quelque résistance, et

que cette ville fut alors presque détruite. Il n'en est point parlé

ailleurs. Constantin alla à Milan, et son entrée devint une espèce

de triomphe par la joie et les acclamations des habitants, qui ne

pouvaient se lasser de le voir et de lui applaudir comme au libérateur

de l'Italie.

[Note latérale: V. Siége de Vérone.]

[Note latérale: Incert. Pan. c. 8 et seq.]

[Note latérale: Nazar. Pan. c. 26.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 9 / 40 段