Emp._, t. IV, p. 145, édition de 1723), n'est pas exacte. Il ne serait
pas difficile de trouver dans l'histoire ancienne d'autres guerres
qui eurent la religion pour motif. Je me contenterai de rappeler, à
ce sujet, les guerres des rois de Syrie contre les Macchabées et les
Juifs.--S.-M.]
[Note latérale: LXXVI. État du christianisme en Italie.]
[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 8, c. 14.]
[Note latérale: Anastas. Vit. Marcel. p. 11.]
[Note latérale: Platina, in Marcel.]
[Note latérale: Sigon. de Imp. Occ. p. 43 et seq.]
[Note latérale: Baron. Ann.]
Ce prince, en montant sur le trône, avait trouvé grand nombre de
chrétiens à Rome et en Italie. Comme il savait qu'ils étaient portés
d'affection pour Constantin, qui imitait à leur égard la douceur de
son père, pour se les attacher il fit cesser la persécution, leur
fit rendre leurs églises, et feignit même pendant quelque temps de
professer leur religion. Le christianisme reprenait haleine en Italie;
et pour suffire au baptême et à la nourriture spirituelle des fidèles,
qui se multipliaient tous les jours, le pape Marcel avait augmenté
jusqu'à vingt-cinq le nombre des titres de la ville de Rome: c'étaient
des départements pour autant de prêtres et comme autant de paroisses.
Il avait engagé deux femmes pieuses et riches, nommées Priscilla et
Lucine, l'une à bâtir un cimetière sur la voie Salaria, l'autre à
laisser par testament à l'église l'héritage de tous ses biens. Ces
donations ne furent pas heureuses. Maxence, jaloux de la pieuse adresse
de ce saint pape, leva le masque, se déclara ennemi des chrétiens,
voulut contraindre Marcel à sacrifier aux idoles; et sur son refus,
il le fit enfermer dans une de ses écuries pour y panser les chevaux.
Marcel y mourut de misère après cinq ans, d'autres disent deux ans
de pontificat, dont la plus grande partie s'était passée, comme celui
de presque tous ses prédécesseurs, ou dans l'attente continuelle de
la mort, ou dans les souffrances. Eusèbe, Grec de naissance qui lui
succéda, ne resta sur le saint siége que quelques mois, et fut remplacé
par Miltiade, dont j'aurai occasion de parler dans la suite.
[Note latérale: LXXVII. Guerre contre Alexandre.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 12 et 14.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs., p. 174 et 175.]
Tandis que Maxence faisait aux chrétiens en Italie une guerre, où il ne
courait aucun risque, il en terminait en Afrique une autre, qui aurait
été dangereuse, s'il avait eu un ennemi plus courageux. Résolu d'aller
attaquer Constantin, sous prétexte de venger la mort de son père, qu'il
ne regrettait pas, mais en effet pour s'enrichir des dépouilles d'un
prince qu'il haïssait, il avait dessein de marcher en Rhétie, d'où il
pourrait également se porter en Gaule et en Illyrie: il se flattait
de s'emparer d'abord de cette dernière province et de la Dalmatie, à
l'aide des troupes et des généraux qu'il tenait sur la frontière, et
de se jeter ensuite dans la Gaule, dont il se rendrait aisément le
maître. Mais avant que d'en venir à l'exécution de ces chimériques
projets, il crut devoir s'assurer de l'Afrique, où Alexandre se
maintenait depuis trois ans. Ce tyran y avait étendu sa puissance, et
il paraît qu'il avait ruiné la ville de Cirtha, capitale de la Numidie.
Maxence assembla donc un petit nombre de cohortes; il mit à leur tête
Rufius-Volusianus, son préfet du prétoire, et Zénas, capitaine renommé
pour sa science militaire, et chéri des troupes pour sa probité et sa
douceur.
[Note latérale: LXXVIII. Défaite d'Alexandre.]
[Note latérale: Till. art. 16.]
[Note latérale: Génebrier, Dissert. sur Nigrinianus.]
[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. VII, p. 520].]
Il ne leur en coûta que la peine de passer la mer. Alexandre cassé de
vieillesse, et qui n'avait pas plus de capacité que de force, traînant
après lui des soldats levés à la hâte et dont la moitié étaient sans
armes, vint à leur rencontre: mais ce ne fut que pour prendre la fuite
dès le premier choc. A peine quelques bataillons firent-ils une faible
résistance, tout fut renversé en un moment; il fut lui-même pris et
étranglé sur-le-champ. On a cru pendant quelque temps que Nigrinianus,
dont on a deux médailles qui lui donnent le titre de _Divus_, était le
fils de cet Alexandre, mort avant son père et mis au rang des dieux.
Mais on a depuis reconnu que ces médailles ont été frappées entre le
règne de Claude second et celui de Dioclétien[13].
[Note 13: Nigrinianus est un de ces personnages impériaux, dont la
puissance éphémère est échappée à l'histoire, et dont les médailles
seules ont conservé le souvenir. On est réduit à des conjectures
pour déterminer l'époque où ils vécurent; mais comme les raisons sur
lesquelles on se fonde laissent toujours une certaine latitude, on ne
saurait prendre pour constant ce que Lebeau dit ici de Nigrinianus. Le
savant Eckhel place aussi ce personnage avant Dioclétien.--S.-M.]
[Note latérale: LXXIX. Désolation de l'Afrique.]
[Note latérale: Incerti Pan. c. 16.]
[Note latérale: [Zos. l. 2. c. 14].]
La guerre était finie, mais les suites de la victoire furent plus
funestes que la guerre. Maxence avait ordonné de saccager et de brûler
Carthage, qui était redevenue une des plus florissantes villes du
monde; d'enlever ou de détruire tout ce qu'il y avait de beau dans
la province, et d'en transporter à Rome tous les blés. Les habitants
de l'Afrique souffrirent les dernières rigueurs. De ceux qui étaient
remarquables par la noblesse ou par les richesses, nul ne fut épargné:
tous furent traînés devant les tribunaux, comme ayant été partisans
d'Alexandre; tous furent dépouillés de leurs biens: plusieurs perdirent
la vie; et après ces violences Maxence triompha dans Rome, beaucoup
moins des ennemis vaincus, que de ses malheureux sujets qu'il avait
ruinés.
[Note latérale: LXXX. Massacre dans Rome.]
[Note latérale: Eus. Hist. eccl. l. 8, c. 14, et Vit. Const. l. 1, c.
35.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 13.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 175.]
Il ne traitait pas les Romains avec plus d'humanité. Dès avant la
guerre d'Afrique, le feu ayant pris au temple de la Fortune à Rome,
comme on s'empressait de l'éteindre un soldat laissa échapper un mot de
raillerie sur la déesse: le peuple indigné se jette sur lui et le met
en pièces. Aussitôt les soldats, et surtout les prétoriens fondent sur
le peuple; ils frappent, ils massacrent, ils égorgent sans distinction
d'âge ni de sexe; Rome nageait dans le sang, et cette sanglante
querelle pensa détruire la capitale de l'empire. Selon Zosime, Maxence
apaisa les soldats; selon Eusèbe, il abandonna le peuple à leur fureur:
ces deux témoignages se balancent; mais celui d'Aurélius-Victor décide
en faveur d'Eusèbe, et rend Maxence coupable du meurtre de ses sujets.
[Note latérale: LXXXI. Avarice de Maxence.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 175.]
Devenu plus insolent, il ne mit plus de bornes à ses rapines, à ses
débauches, à ses cruelles superstitions. Il obligeait tous les ordres,
depuis les sénateurs jusqu'aux laboureurs, de lui donner par forme de
présent des sommes considérables: institution odieuse, mais attrayante
pour des successeurs, qui semble perdre de sa bassesse à proportion
qu'elle s'éloigne de son origine, et dont les empereurs suivants
crurent pouvoir profiter sans en partager la honte.
[Note latérale: LXXXII. Ses rapines.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 35.]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 3 et 4.]
[Note latérale: Nazar. Pan. c. 8.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. I, p. 71.]
Non content de cette contribution, qui n'était volontaire qu'en
apparence, il fit mourir sous de faux prétextes un grand nombre de
sénateurs, pour s'emparer de leurs biens. Il regardait comme son
patrimoine celui de tous ses sujets; il n'épargnait pas même les
temples de ses dieux: c'était un abîme qui engloutissait toutes les
richesses de l'univers, que près de onze siècles avaient accumulées
dans Rome: l'Italie était remplie de délateurs et d'assassins dévoués
à ses fureurs, et qu'il repaissait d'une part de sa proie: une parole,
un geste innocent, décelaient un complot contre le prince; un soupir
passait pour un regret de la liberté. Cette tyrannie faisait déserter
les villes et les campagnes: on cherchait les retraites les plus
profondes; les terres demeuraient sans semence et sans culture; et la
famine fut si grande, qu'on ne se souvenait point à Rome d'en avoir
éprouvé de semblable.
[Note latérale: LXXXIII. Ses débauches.]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 14 et c. 3.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const., l. 1, c. 33 et 34.]
[Note latérale: Prud. in Symm. l. 1, v. 470.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. I, p. 71.]
Le tyran semblait triompher de la misère publique. Il affectait de
paraître heureux, puissant, au-dessus de toute crainte: il assemblait
quelquefois ses soldats pour leur dire, qu'il était le seul empereur;
que les autres qui prenaient cette qualité, n'étaient que ses
lieutenants qui gardaient ses frontières: pour vous, leur disait-il,
jouissez, dissipez, prodiguez: c'était là toute sa harangue. Quoiqu'il
feignît d'être occupé de grands projets de guerre, il passait ses
jours dans l'ombre et dans les délices: tous ses voyages, toutes ses
expéditions se bornaient à se faire transporter de son palais aux
jardins de Salluste. Endormi dans le sein de la mollesse, il ne se
réveillait que pour se livrer aux excès de la débauche: il enlevait les
femmes à leurs maris, pour les leur renvoyer déshonorées, ou les livrer
à ses satellites: il n'épargnait pas l'honneur même des premiers du
sénat; faire cet outrage à la principale noblesse, c'était pour lui un
raffinement de volupté: insatiable dans ses infâmes désirs, sa passion
changeait sans cesse d'objet, sans se fixer ni s'éteindre: les prisons
étaient remplies de pères et de maris, qu'une plainte, un gémissement,
avaient rendus dignes de mort.
[Note latérale: LXXXIV. Mort de Sophronie.]
[Note latérale: Euseb. Hist. ecc. l. 8, c. 14.]
[Note latérale: Rufin. l. 8, c. 17.]
Mais ni ses artifices ni ses menaces ne triomphaient de la chasteté des
femmes chrétiennes, parce qu'elles savaient mépriser la vie. On raconte
qu'une d'entre elles, nommée Sophronie, épouse du préfet de la ville,
ayant appris que les ministres des débauches du tyran la venaient
chercher de sa part, et que son mari par crainte et par faiblesse la
leur avait abandonnée, elle leur fit demander quelques moments pour se
parer, et que l'ayant obtenu, seule et retirée dans son appartement,
après une courte prière elle se plongea un poignard dans le sein, et
ne laissa à ces misérables que son corps sans vie. Plusieurs auteurs
ecclésiastiques louent cette action; elle ne porte cependant pas
le sceau de l'approbation de l'église, qui n'a pas mis cette femme
au nombre des saintes. Les païens devaient admirer cette chasteté
héroïque, et la mettre fort au-dessus de celle de Lucrèce.
[Note latérale: LXXXV. Superstitions de Maxence.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const., l. 1, c. 36.]
Quoique Maxence affectât une entière sécurité, il craignait Constantin;
et ne pouvant se dissimuler qu'il ne trouvait pas en lui-même assez
de ressources, il en chercha dans la magie. Pour se rendre les démons
favorables, et pour pénétrer dans les secrets de l'avenir, il faisait
ouvrir le ventre à des femmes enceintes, fouiller dans les entrailles
des enfants tirés de leur sein. On égorgeait des lions; et par des
sacrifices et des formules de prières abominables il se flattait
d'évoquer les puissances de l'enfer, et de détourner les malheurs dont
il était menacé.
[Note latérale: LXXXVI. Constantin se prépare à la guerre.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 26.]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 2 et 3.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 270.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 2.]
Mais il avait en tête un ennemi plus puissant que ses dieux.
Constantin, soit de son propre mouvement, comme le dit Eusèbe, soit
qu'il en fût secrètement sollicité par les habitants de Rome, comme
le rapportent d'autres auteurs, songeait à délivrer cette ville
de l'oppression sous laquelle elle gémissait; et les projets d'un
prince plein de prudence et d'activité étaient plus sûrs et mieux
concertés que ceux de Maxence. Pour ne laisser derrière lui aucun
sujet d'inquiétude, il visita, au commencement de cette année, toute
la partie de la Gaule voisine du Rhin et des Barbares. Il assura cette
frontière par des flottes sur le fleuve, et par des corps de troupes
qui servaient de barrière.
[Note latérale: LXXXVII. Il soulage la ville d'Autun.]
[Note latérale: Eumen. Grat. Act. passim.]
Il s'avança jusqu'à Autun [_Augustodunum_]. Cette ville signalée par
son zèle pour Rome dès avant le temps de Jule-César, dont les peuples
avaient reçu du sénat le nom de _Frères du peuple romain_, fameuse par
ses écoles publiques, presque détruite par Tétricus sous l'empire de
Claude II, relevée par les successeurs de ce prince, honorée depuis peu
des bienfaits de Constance Chlore, était alors réduite à une misère
déplorable. Quoique son territoire ne fût pas plus chargé de tailles
que le reste de la Gaule, toutefois les ravages des guerres passées
ayant détruit toute culture, et ruiné un terrain naturellement assez
ingrat, elle était hors d'état de supporter sa part de l'imposition
générale. Le découragement des laboureurs rendait le mal irrémédiable.
Comme leur travail ne pouvait fournir à la fois au paiement des tailles
et à leur nourriture, ils avaient pris le parti de mourir de faim sans
travailler. Les moins abattus par le désespoir se retiraient dans les
bois ou désertaient le pays. Lorsque Constantin entra dans la ville,
qu'il croyait trouver abandonnée, il fut étonné de la multitude de
peuple qui s'empressait à le voir et à lui témoigner sa joie. A
la nouvelle de son approche, on était accouru en foule de tout le
voisinage; on avait paré les rues jusqu'au palais, de tout ce que la
misère peut appeler des ornements: toutes les compagnies sous leur
drapeau, tous les prêtres avec les statues de leurs dieux, tous les
instruments de musique honoraient son arrivée. Le sénat de la ville se
prosterna à ses pieds à la porte du palais dans un profond silence:
l'empereur versant des larmes de pitié et de tendresse, tendit la
main aux sénateurs, les releva, prévint leur demande, leur remit le
tribut de cinq années qu'ils devaient au trésor; sur les vingt-cinq
mille taillables du territoire d'Autun, il fit grace pour l'avenir
de sept mille capitaux[14]. Cette faveur fit renaître l'espoir et
l'industrie: Autun se repeupla, les terres furent mises en valeur; la
ville regardant Constantin comme son père et son fondateur, prit le nom
de _Flavia_; et le prince retourna à Trèves, triomphant dans le cœur
des peuples; et plus glorieux d'avoir rendu la vie à vingt-cinq mille
familles, que s'il eût terrassé la plus nombreuse armée.
[Note 14: _Septem millia capitum remisisti_, dit Euménius, dans
le Panégyrique d'actions de grace, qu'il prononça pour remercier
Constantin au nom de ses concitoyens, § XI.--S.-M.]
[Note latérale: LXXXVIII. Il retourne à Trèves.]
[Note latérale: Eumen. grat. act. c. 2 et pro rest. schol. c. 11 et 14.]
Il trouva à Trèves un grand nombre d'habitants de presque toutes les
autres villes de ses états, qui venaient honorer la célébration de sa
cinquième année, et lui demander des graces, soit pour leur pays, soit
pour leurs propres personnes. Il renvoya satisfaits ceux même à qui il
ne pouvait accorder leurs demandes. Ce fut en présence du prince et au
milieu de cette nombreuse assemblée, qu'Euménius établi, par Constance
Chlore, chef des études d'Autun, avec une pension de plus de soixante
mille livres[15], prononça un discours de remercîment que nous avons
encore, pour les bienfaits dont l'empereur avait comblé sa patrie.
[Note 15: _Salarium me liberalissimi principes, ex hujus reipublicæ
viribus in_ sexcenis millibus nummum _accipere jusserunt_. Eumenius,
_Orat. pro restaur. scholis_, § II.--S.-M.]
[Note latérale: LXXXIX. Outrage qu'il reçoit de Maxence.]
[Note latérale: Nazar. Pan. c. 9 et seq.]
[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 43.]
Tout se disposait à la guerre. Constantin balançait encore; il
craignait qu'elle ne fût pas assez juste. Auprès des autres souverains
la justice n'était qu'une couleur, qu'ils comptaient bien que la
victoire ne manquerait pas de donner à leurs entreprises: pour
Constantin c'était un motif sans lequel il ne se croyait en droit
de rien entreprendre. Malgré la compassion qu'il avait de la ville
de Rome, malgré les cris de ceux qui l'appelaient, il doutait, avec
raison, qu'il lui fût permis de détrôner un prince qui n'était pas son
vassal, quoiqu'il abusât de son pouvoir. Il prit donc les voies de
douceur: il envoya proposer à Maxence une entrevue. Celui-ci loin de
l'accepter, entra dans une espèce de fureur; il fit abattre ce qu'il y
avait à Rome de statues de Constantin, et les fit traîner dans la boue:
c'était une déclaration de guerre; et Maxence, en effet, publia qu'il
allait venger la mort de son père.
[Note latérale: XC. Ils s'appuient tous deux par des alliances.]
[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 43 et 44.]
[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 8, c. 14.]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 2.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 15.]
Licinius pouvait traverser Constantin et jeter des troupes en Italie
par l'Istrie et par le Norique, qui confinaient avec ses états.
Constantin réussit à se l'attacher en lui promettant sa sœur Constantia
en mariage. Maximin prit ombrage de cette promesse; il crut que cette
alliance se formait contre lui: et pour la balancer, il s'appuya
de celle de Maxence, à qui il envoya demander son amitié, mais
secrètement; car il voulait conserver avec Constantin les dehors d'une
bonne intelligence. Ses offres furent acceptées avec la même joie qu'un
secours envoyé du ciel: Maxence lui fit dresser des statues à côté des
siennes. Cependant Constantin ne fut instruit de cette intrigue et de
la perfidie de Maximin, que par la vue même de ces statues, quand il
fut maître de Rome. Au reste ces deux alliances ne produisirent d'autre
effet que la neutralité des deux princes, qui ne prirent aucune part à
cette guerre.
[Note latérale: XCI. Préparatifs de Maxence.]
[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 44.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 15.]
[Note latérale: [Euseb. Hist. ecc. l. 9, c. 9.]]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 3.]
Jamais l'Occident n'avait mis sur pied de si nombreuses armées.
Maxence assembla cent soixante et dix mille hommes d'infanterie, et
dix-huit mille chevaux. C'étaient des soldats qui avaient autrefois
servi son père; Maxence les avait enlevés à Sévère, et il y avait
joint de nouvelles levées. Les troupes de Rome et d'Italie faisaient
quatre-vingt mille hommes; Carthage en avait fourni quarante mille:
tous les habitants des côtes maritimes de la Toscane s'étaient enrôlés
et formaient à part un corps considérable: le reste était des Siciliens
et des Maures. Il employa une partie de ces troupes à garnir les places
qui pouvaient défendre l'entrée de l'Italie, et tint la campagne par
ses généraux avec cent mille hommes. Il avait des chefs expérimentés,
de l'argent et des vivres: Rome en avait été pourvue pour long-temps
aux dépens de l'Afrique et des îles, dont on avait enlevé tous les
blés. Sa principale confiance était dans les soldats prétoriens, qui
l'ayant élevé à l'empire, s'étaient prêtés à toutes ses violences, et
ne pouvaient espérer de grace que d'un prince, dont ils avaient partagé
tous les crimes.
[Note latérale: XCII. Forces de Constantin.]
[Note latérale: Incert. Pan. c. 2, 3, 5, 25.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 15.]
Constantin avait une armée de quatre-vingt-dix mille hommes de pied
et de huit mille chevaux. Elle était composée de Germains, de Bretons
et de Gaulois. Mais la nécessité où il était de border le Rhin de
soldats pour la sûreté de la Gaule, ne lui laissa que vingt-cinq mille
hommes à conduire au-delà des Alpes. Un mot qui ne se trouve que dans
un panégyriste[16], suppose qu'il avait une flotte avec laquelle il
s'empara de plusieurs ports en Italie. Mais on ne sait sur ce point
aucun détail.
[Note 16: _Ille Oceanum classe transmisit, tu et Alpes gradu, et
classibus portus Italicos occupasti._ Incert. Paneg. § 25.--S.-M.]
[Note latérale: XCIII. Inquiétudes de ce prince.]
[Note latérale: Incert. Pan. ibid.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 37.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. I, p. 7.]
C'était peu de troupes contre des forces aussi grandes que celles de
Maxence: mais au nombre suppléait une bravoure éprouvée, et la capacité
de leur chef, qui ne les avait jamais ramenées du combat qu'avec la
victoire. Il y eut pourtant d'abord quelques murmures dans l'armée;
les officiers même semblaient intimidés et blâmaient sourdement une
entreprise qui paraissait téméraire; les haruspices ne promettaient
rien d'heureux; et Constantin, qui n'était pas encore affranchi des
superstitions, redoutait non pas les armes de son ennemi, mais les
maléfices et les secrets magiques qu'il mettait en œuvre.
[Note latérale: XCIV. Réflexions qui le portent au christianisme.]
[Note latérale: Euseb. Vit. Const. l. 1, c. 27.]
Il crut devoir y opposer de son côté un secours plus puissant; et
l'enfer étant déclaré pour Maxence, il chercha dans le ciel un appui
supérieur à toutes les forces des hommes et des démons. Il fit
réflexion qu'entre les empereurs précédents, ceux qui avaient mis
leur confiance dans la multitude des dieux, et qui, avec le tribut de
tant de victimes et d'offrandes, leur avaient encore sacrifié tant
de chrétiens, n'en avaient reçu d'autre récompense, que des oracles
trompeurs et une mort funeste; qu'ils avaient disparu de dessus la
terre, sans laisser de postérité ni aucune trace de leur passage; que
Sévère et Galérius, soutenus de tant de soldats et de tant de dieux,
avaient terminé leur entreprise contre Maxence l'un par une mort
cruelle, l'autre par une fuite honteuse; que son père seul, favorable
aux chrétiens, et plus zélé pour la conservation de ses sujets que pour
le culte de ces dieux meurtriers, avait couronné par une fin heureuse
une vie tranquille et pleine de gloire. Occupé de ces pensées, qui ne
lui donnaient que du mépris pour ses divinités, il invoquait ce Dieu
unique, que les chrétiens adoraient, et qu'il ne connaissait pas; il
le priait avec ardeur de l'éclairer de sa lumière et de l'aider de son
secours.
[Note latérale: XCV. Apparition de la croix.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 29.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 2.]
[Note latérale: Philost. l. 1, c. 6.]
[Note latérale: Politia SS.]
[Note latérale: Men. et Alex. apud Phot. cod. 256.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. I, p. 71.]
[Note latérale: Theoph. p. 11.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 280.]
[Note latérale: Cedren., t. I, p. 270.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 2.]
Un jour que, pénétré de ces sentiments, il marchait à la tête de ses
troupes, un peu après l'heure de midi, par un temps calme et serein,
comme il levait souvent les yeux vers le ciel, il aperçut au-dessus du
soleil du côté de l'orient, une croix éclatante, autour de laquelle
étaient tracés en caractères de lumière ces trois mots latins: _In hoc
vince: vainquez par ceci_. Ce prodige frappa les yeux et les esprits de
toute l'armée. L'empereur n'était pas encore sorti de son étonnement,
lorsque la nuit étant venue il vit en songe le fils de Dieu, qui tenait
en main ce signe dont il venait de voir la figure dans le ciel, et qui
lui ordonna d'en faire faire un semblable, et de s'en servir comme
d'une enseigne dans les batailles.
[Note latérale: XCVI. Constantin fait faire le labarum.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 30 et 31.]