Quoique les rigueurs que Maximin exerçait contre les chrétiens ne

coûtassent rien à sa cruauté, cependant plus il s'était étudié à se

conformer aux volontés de Galérius, plus il se sentit piqué de la

préférence que ce prince donnait à Licinius. Après s'être regardé comme

tenant la seconde place dans l'empire, il ne voulait pas reculer à la

troisième. Il en fit des plaintes mêlées de menaces. Pour l'adoucir,

Galérius lui envoie plusieurs fois des députés; il lui rappelle ses

bienfaits passés; il le prie même d'entrer dans ses vues, et de

déférer aux cheveux blancs de Licinius. Maximin, que ces ménagements

rendaient plus fier et plus hardi, proteste qu'étant depuis trois ans

revêtu de la pourpre des Césars, il ne consentira jamais à laisser à

un autre le rang qui lui est dû à lui-même. Galérius, qui se croyait

en droit d'en exiger une soumission entière, lui reproche en vain son

ingratitude: il lui fallut céder à l'opiniâtreté de son neveu. D'abord

pour essayer de le satisfaire il abolit le nom de César; il déclare

que lui-même et Licinius seront appelés Augustes, et que Maximin

et Constantin auront le titre non plus de Césars, mais de fils des

Augustes. Il paraît par les médailles de ces deux princes, qu'ils

adoptèrent d'abord cette nouvelle dénomination. Mais Maximin ne la

garda pas long-temps; il se fit proclamer Auguste par son armée, et

manda ensuite à son oncle la prétendue violence que ses soldats lui

avaient faite. Galérius, forcé avec chagrin d'y consentir, abandonna

le plan qu'il avait formé, et ordonna que les quatre princes seraient

tous reconnus pour Augustes. Galérius tenait sans contredit le premier

rang; l'ordre des trois autres était contesté: Licinius était le second

selon Galérius, qui ne donnait que le dernier rang à Constantin; mais

Maximin se nommait lui-même avant Licinius; et selon toute apparence,

Constantin dans ses états était nommé avant les deux autres. D'un autre

côté, Maxence ne reconnaissait d'abord que lui seul pour Auguste; il

voulut bien ensuite faire part de ce titre à Maximin. Mais enfin toutes

ces disputes de prééminence se terminèrent par la mort funeste de

chacun de ces princes, qui cédèrent l'un après l'autre au bonheur et au

mérite de Constantin.

[Note latérale: XLVI. Maximien consul.]

[Note latérale: Till. note 21 sur Constantin.]

Maximien, empereur honoraire, puisqu'il n'avait ni sujets, ni

fonctions, que celles que lui imposait son humeur turbulente, avait été

compté pour rien dans ces nouvelles dispositions. Il était dès lors

brouillé avec Galérius: il paraît qu'au commencement de cette année ils

avaient vécu en bonne intelligence, puisqu'on voit dans les fastes le

dixième consulat de Maximien, joint au septième de Galérius. Maxence,

qui ne reconnaissait ni l'un ni l'autre, après avoir passé près de

quatre mois sans nommer de consuls, se nomma lui-même le 20 avril avec

son fils Romulus, et se continua avec lui l'année suivante.

[Note latérale: XLVII. Alexandre est nommé empereur à Carthage.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 12.]

[Note latérale: Aurel. Vict., de Cæs., p. 174 et 175.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 221.]

Comme il se voyait tranquille en Italie, il envoya ses images en

Afrique pour s'y faire reconnaître. Il s'attribuait cette province:

c'était une partie de la dépouille de Sévère. Les troupes de Carthage,

regardant Maxence comme un usurpateur, refusèrent de lui obéir; et

craignant que le tyran ne vînt les y contraindre à main armée, elles

prirent le long du rivage la route d'Alexandrie, pour se retirer dans

les états de Maximin. Mais ayant rencontré en chemin des troupes

supérieures, elles se jetèrent dans des vaisseaux et retournèrent à

Carthage. Maxence, irrité de cette résistance, résolut d'abord de

passer en Afrique, et d'aller en personne punir les chefs de ces

rebelles; mais il fut retenu à Rome par les aruspices, qui l'assurèrent

que les entrailles des victimes ne lui promettaient rien de favorable.

Une autre raison plus solide, c'est qu'il craignait l'opposition du

vicaire d'Afrique, nommé Alexandre, qui avait un grand crédit dans le

pays. Il voulut donc s'assurer de sa fidélité, et lui demanda son fils

pour ôtage: c'était un jeune homme fort beau; et le père, informé

des infâmes débauches de Maxence, refusa de le hasarder entre ses

mains. Bientôt des assassins, envoyés pour tuer Alexandre, ayant été

découverts, les soldats plus indignés encore proclamèrent Alexandre

empereur. Il était Phrygien selon les uns, Pannonien selon les autres;

peut-être était-il né dans une de ces provinces, et originaire de

l'autre: tous conviennent qu'il était fils d'un paysan; ce qui ne le

rendait pas moins digne de l'empire que Galérius, Maximin et Licinius.

Mais il ne rachetait ce défaut par aucune bonne qualité: naturellement

timide et paresseux, il l'était devenu encore davantage par la

vieillesse. Cependant il n'eut pas besoin d'un plus grand mérite pour

se soutenir plus de trois ans contre Maxence, comme nous le verrons

dans la suite.

[Note latérale: XLVIII. Maximien quitte la pourpre pour la seconde

fois.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 29.]

[Note latérale: Eumen. Pan. c. 14 et 15.]

Deux caractères tels que ceux de Maximien et de Galérius ne pouvaient

demeurer long-temps unis. Le premier chassé de Rome, exclu de l'Italie,

obligé enfin à quitter l'Illyrie, n'avait plus d'asyle qu'auprès de

Constantin. Mais en perdant toute autre ressource, il n'avait pas perdu

l'envie de régner, quelque crime qu'il fallût commettre. Ainsi, en se

jetant entre les bras de son gendre, il y porta le noir dessein de lui

ravir la couronne avec la vie. Pour mieux cacher ses perfides projets,

il quitte encore une fois la pourpre. La générosité de son gendre lui

en conserva tous les honneurs et tous les avantages: Constantin le

logea dans son palais, il l'entretint avec magnificence; il lui donnait

la droite partout où il se trouvait avec lui; il exigeait qu'on lui

obéît avec plus de respect et de promptitude qu'à sa propre personne;

il s'empressait lui-même à lui obéir: on eût dit que Maximien était

l'empereur, et que Constantin n'était que le ministre.

[Note latérale: AN 309.]

[Note latérale: XLIX. Il la reprend.]

[Note latérale: Eumenius, Pan. c. 16.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 29.]

Le pont que ce prince faisait construire à Cologne, donnait de la

crainte aux barbares d'au-delà du Rhin, et cette crainte produisait

chez eux des effets contraires: les uns tremblaient et demandaient la

paix; les autres s'effarouchaient et couraient aux armes. Constantin

qui était à Trèves rassembla ses troupes; et suivant le conseil de

son beau-père, dont l'âge et l'expérience lui imposaient, et dont sa

propre franchise ne lui permettait pas de se défier, il ne mena pour

cette expédition qu'un détachement de son armée. L'intention du perfide

vieillard était de débaucher les troupes qu'on lui laisserait, tandis

que son gendre, avec le reste en petit nombre, succomberait sous la

multitude des barbares. Quand après quelques jours il crut Constantin

déja engagé bien avant dans le pays ennemi, il reprend une troisième

fois la pourpre, s'empare des trésors, répand l'argent à pleines mains,

écrit à toutes les légions, et leur fait de grandes promesses. En même

temps pour mettre toute la Gaule entre lui et Constantin, il marche

vers Arles à petites journées en consumant les vivres et les fourrages,

afin d'empêcher la poursuite; et fait courir partout le bruit de la

mort de Constantin.

[Note latérale: L. Constantin marche contre lui.]

[Note latérale: Eumen. Pan. c. 18.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 29.]

Cette nouvelle n'eut pas le temps de prendre crédit. Constantin,

averti de la trahison de son beau-père, retourne sur ses pas avec

une incroyable diligence. Le zèle de ses soldats surpasse encore ses

désirs. A peine veulent-ils s'arrêter pour prendre quelque nourriture;

l'ardeur de la vengeance leur prête à tous moments de nouvelles forces;

ils volent sans prendre de repos des bords du Rhin à ceux de la Saône

[_Arar_]. L'empereur pour les soulager les fait embarquer à Châlons

[_Cabillonensis portus_]; ils s'impatientent de la lenteur de ce

fleuve tranquille; ils se saisissent des rames, et le Rhône même ne

leur semble pas assez rapide. Arrivés à Arles ils n'y trouvent plus

Maximien, qui n'avait pas eu le temps de mettre la ville en défense, et

s'était sauvé à Marseille. Mais ils y rejoignent la plupart de leurs

compagnons qui, n'ayant pas voulu suivre l'usurpateur, se jettent aux

pieds de Constantin et rentrent dans leur devoir. Tous ensemble courent

vers Marseille, et quoiqu'ils connaissent la force de la ville, ils se

promettent bien de l'emporter d'emblée.

[Note latérale: LI. Il s'assure de sa personne.]

[Note latérale: Eumen. Pan. c. 19 et 20.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 29.]

En effet, dès que Constantin parut, il se rendit maître du port, et fit

donner l'assaut à la ville: elle était prise, si les échelles ne se

fussent trouvées trop courtes. Malgré cet inconvénient, grand nombre

de soldats s'élançant de toutes leurs forces, et se faisant soulever

par leurs camarades, s'attachaient aux créneaux et s'empressaient de

gagner le haut du mur, lorsque l'empereur, pour épargner le sang de

ses troupes et celui des habitants, fit sonner la retraite. Maximien

s'étant montré sur la muraille, Constantin s'en approche, et lui

représente avec douceur l'indécence et l'injustice de son procédé.

Tandis que le vieillard se répand en invectives outrageantes, on

ouvre à son insu une porte de la ville, et on introduit les soldats

ennemis. Ils se saisissent de Maximien et l'amènent devant l'empereur,

qui, après lui avoir reproché ses crimes, crut assez le punir en le

dépouillant de la pourpre, et voulut bien lui laisser la vie.

[Note latérale: AN 310.]

[Note latérale: LII. Mort de Maximien.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 30.]

[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 8, c. 13.]

[Note latérale: Eutrop. l. 10.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 221.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Orosius, l. 7, c. 28.]

[Note latérale: Till. art. 17.]

[Note latérale: Médailles. [Eckhel, doct. Num. vet. t. VIII, p. 34-40].]

Cet esprit altier et remuant, qui n'avait pu se contenter ni du titre

d'empereur sans états, ni des honneurs de l'empire sans le titre

d'empereur, s'accommodait bien moins encore de l'anéantissement où

il se voyait réduit. Par un dernier trait de désespoir, il forma le

dessein de tuer son gendre; et par un effet de cette imprudence, que

Dieu attache ordinairement au crime pour en empêcher le succès ou

pour en assurer la punition, il s'en ouvrit à sa fille Fausta femme

de Constantin: il met en usage les prières et les larmes; il lui

promet un époux plus digne d'elle; il lui demande pour toute grace,

de laisser ouverte la chambre où couchait Constantin, et de faire

en sorte qu'elle fût mal gardée. Fausta feint d'être touchée de ses

pleurs, elle lui promet tout, et va aussitôt avertir son mari. On

prend toutes les mesures qui pouvaient produire une conviction pleine

et entière. On met dans le lit un eunuque, pour y recevoir le coup

destiné à l'empereur. Au milieu de la nuit Maximien approche; il trouve

tout dans l'état qu'il désirait: les gardes restés en petit nombre

s'étaient éloignés; il leur dit en passant qu'il vient d'avoir un songe

intéressant pour son fils et qu'il va lui en faire part: il entre,

il poignarde l'eunuque et sort plein de joie, en se vantant du coup

qu'il vient de faire. L'empereur se montre aussitôt, environné de ses

gardes; on tire du lit le misérable, dont la vie avait été sacrifiée:

Maximien reste glacé d'effroi; on lui reproche sa barbarie meurtrière,

et on ne lui laisse que le choix du genre de mort: il se détermine à

s'étrangler de ses propres mains; supplice honteux, dont il méritait

bien d'être lui-même l'exécuteur et la victime. Il ne fut pourtant pas

privé d'une sépulture honorable. Selon une ancienne chronique[9], on

crut, vers l'an 1054, avoir trouvé son corps à Marseille, encore tout

entier, dans un cercueil de plomb enfermé dans un tombeau de marbre.

Mais Raimbaud, alors archevêque d'Arles, fit jeter dans la mer le corps

de ce persécuteur, le cercueil, et même le tombeau. Constantin, assez

généreux pour ne pas refuser les derniers honneurs à un beau-père si

perfide, voulut en même temps punir ses crimes par une flétrissure

souvent mise en usage dans l'empire romain à l'égard des princes

détestés: il fit abattre ses statues, effacer ses inscriptions, sans

épargner les monuments mêmes qui lui étaient communs avec Dioclétien.

Maxence qui n'avait jamais respecté son père pendant sa vie, en fit un

dieu après sa mort[10].

[Note 9: Voyez la Collection de Duchesne, t. III, p. 641.--S.-M.]

[Note 10: Plusieurs médailles où il est appelé _divus_, sont la

preuve de son apothéose, voyez Eckhel, _Doct. num. vet._, t. VIII, p.

38.--S.-M.]

[Note latérale: LIII. Ambition et vanité de Maximien.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 222.]

[Note latérale: Mamertin. Pan. c. 1.]

[Note latérale: Incert. pan. Maximien, et Const. c. 8.]

Maximien, selon le jeune Victor, ne vécut que soixante ans. Il avait

été près de vingt ans collègue de Dioclétien. Pendant les cinq

dernières années de sa vie, il fut sans cesse le jouet de son ambition,

tour à tour tenté de reprendre et forcé de quitter la puissance

souveraine; plus malheureux après en avoir goûté les douceurs, qu'il

ne l'avait été dans la poussière de sa naissance, que son orgueil lui

fit oublier dès qu'il en fut sorti. Les panégyristes, corrupteurs

des princes quand ni l'orateur ni le héros ne sont philosophes,

s'entendirent avec lui-même pour le séduire. Il avait pris le nom

d'Herculius; ce fut pour la flatterie des uns et pour la vanité de

l'autre un titre incontestable d'une noblesse qui remontait à Hercule.

Pour effacer la trace de sa vraie origine, il fit construire un palais

dans un lieu près de Sirmium, à la place d'une cabane où son père et

sa mère avaient gagné leur vie du travail de leurs mains.

[Note latérale: LIV. Consulats.]

[Note latérale: Idat. chron.]

[Note latérale: Till. art. 14 et note 25 sur Constantin.]

[Note latérale: Pagi, in Baron.]

[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 59.]]

Il mourut à Marseille au commencement de l'an 310, qui est marqué dans

les fastes en ces termes, _la seconde année après le dixième et le

septième Consulat_: c'était celui de Maximien et de Galérius, en 308.

Galérius n'ayant point nommé de consuls pour les deux années suivantes,

elles prirent pour date ce consulat. Quoi qu'en dise M. de Tillemont,

je soupçonne qu'Andronicus et Probus, marqués pour consuls en 310,

dans les fastes de Théon, ne furent nommés par Galérius qu'après la

mort de Maximien. Il ne voulut pas qu'on continuât de dater les actes

publics par le consulat d'un prince, qui venait de subir une mort

si ignominieuse. En Italie Maxence s'était fait seul consul pour la

troisième fois, sans prendre pour collègue son fils Romulus, comme dans

les deux années précédentes: ce qui donne à quelques-uns lieu de croire

que ce jeune prince était mort en 309. Son père le mit au nombre des

dieux.

[Note latérale: LV. Constantin fait des offrandes à Apollon.]

[Note latérale: Eumen. Pan. c. 21.]

[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 75.]]

La révolte de Maximien avait réveillé l'humeur guerrière des barbares;

son malheureux succès leur fit mettre bas les armes. Sur la nouvelle de

leurs mouvements, Constantin se mit en marche vers le Rhin: mais dès

le second jour, comme il approchait d'un fameux temple d'Apollon, dont

l'histoire ne marque pas le lieu, il apprit que tout était calmé. Il

prit cette occasion de rendre hommage de ses victoires à ce dieu, qu'il

honorait d'un culte particulier, comme il paraît par ses médailles, et

de lui faire de magnifiques offrandes.

[Note latérale: LVI. Il embellit la ville de Trèves.]

[Note latérale: Eumen. Pan. c. 22.]

Il continua sa marche jusqu'à Trèves, et s'occupa à réparer et à

embellir cette ville, où il faisait sa résidence ordinaire. Il en

releva les murailles ruinées depuis long-temps: il y fit un cirque

presque aussi grand que celui de Rome, des basiliques, une place

publique, un palais de justice; édifices magnifiques, si l'on en croit

Euménius, qui prononça en cette occasion l'éloge du prince restaurateur.

[Note latérale: LVII. Guerre contre les barbares.]

[Note latérale: Nazar. Pan. c. 18.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 25.]

[Note latérale: Médailles. [Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 94].]

Le repos de Constantin était pour les barbares d'au-delà du Rhin le

signal de la guerre. Dès qu'ils le voient occupé de ces ouvrages, ils

reprennent les armes, d'abord séparément; ensuite, ils forment une

ligue redoutable et réunissent leurs troupes. C'étaient les Bructères,

les Chamaves, les Chérusques, les Vangions, les Allemans, les Tubantes.

Ces peuples occupaient la plus grande partie des pays compris entre le

Rhin, l'Océan, le Véser et les sources du Danube. L'empereur toujours

préparé à la guerre dans le sein même de la paix, marche contre eux

dès la première alarme; et fait, en cette occasion, ce qu'il avait vu

pratiquer à Galérius dans la guerre contre les Perses. Il se déguise,

et s'étant approché du camp ennemi avec deux de ses officiers, il

s'entretient avec les barbares et leur fait accroire que Constantin est

absent. Aussitôt il rejoint son armée, fond sur eux lorsqu'ils ne s'y

attendaient pas, en fait un grand carnage, et les oblige de regagner

leurs retraites. Peut-être fut-ce pour cette victoire qu'on commença

cette année à lui donner sur ses monnaies le titre de _Maximus_, que la

postérité lui a conservé. Rappelé dans la Grande-Bretagne par quelques

mouvements des Pictes et des Calédoniens, il y rétablit la tranquillité.

[Note latérale: LVIII. Nouvelles exactions de Galérius.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 31.]

Tandis que Dieu récompensait, par ces heureux succès, les vertus

morales de Constantin, il punissait les fureurs de Galérius, qui avait

le premier allumé les feux de la persécution, et qui la continuait avec

la même violence. Ce prince après l'élection de Licinius s'était retiré

à Sardique. Honteux d'avoir fui devant un ennemi qu'il se croyait

en droit de mépriser, plein de rage et de vengeance, il songeait à

rentrer en Italie, et à rassembler toutes ses forces pour écraser

Maxence. Un autre dessein occupait encore sa vanité. La vingtième année

depuis qu'il avait été fait César, devait expirer au 1er mars 312.

Les princes se piquaient de magnificence dans cette solennité, qu'on

appelait les Vicennales; et l'altier Galérius, qui se mettait fort

au-dessus des trois autres Augustes, se préparait de loin à donner

à cette cérémonie toute la splendeur qu'il croyait convenir au chef

de tant de souverains. Pour remplir ces deux objets, il avait besoin

de lever des sommes immenses, et de faire de prodigieux amas de blé,

de vin, d'étoffes de toute espèce, qu'on distribuait au peuple avec

profusion dans les spectacles de ces fêtes. Sa dureté naturelle et

la patience de ses sujets était pour lui une ressource qu'il croyait

inépuisable. Un nouvel essaim d'exacteurs se répandit dans ses

états; ils ravissaient sans pitié ce qu'on avait sauvé des vexations

précédentes: on pillait les maisons; on dépouillait les habitants;

on saisissait toutes les récoltes, toutes les vendanges; on enlevait

jusqu'à l'espérance de la récolte prochaine, en ne laissant pas aux

laboureurs de quoi ensemencer leurs campagnes; on voulait même exiger

d'eux à force de tourments ce que la terre ne leur avait pas donné: ces

malheureux pour fournir aux largesses du prince, mouraient de faim et

de misère. Tout retentissait de plaintes, lorsque les cris affreux de

Galérius arrêtèrent tout-à-coup les violences de ses officiers, et les

gémissements de ses sujets.

[Note latérale: LIX. Sa maladie.]

[Note latérale: Lact., de mort. pers. c. 33.]

[Note latérale: Euseb. Hist. eccl. l. 8, c. 16.]

[Note latérale: Anony. Vales.]

[Note latérale: Vict. epit. p. 221.]

[Note latérale: Zos. l. 2, c. 11.]

[Note latérale: Rufin. l. 8, c. 18.]

[Note latérale: Oros. l. 7, c. 28.]

Il était tourmenté d'une cruelle maladie: c'était un ulcère au périnée,

qui résistait à tous les remèdes, à toutes les opérations. Deux fois

les médecins vinrent à bout de fermer la plaie; deux fois la cicatrice

s'étant rompue, il perdit tant de sang qu'il fut prêt d'expirer. On

avait beau couper les chairs, ce mal incurable gagnait de proche en

proche; et après avoir dévoré toutes les parties externes, il pénétra

dans les entrailles et y engendra des vers, qui sortaient comme d'une

source intarissable. Son lit semblait être l'échafaud d'un criminel:

ses cris effroyables, l'odeur infecte qu'il exhalait, la vue de ce

cadavre vivant, tout inspirait l'horreur. Il avait perdu la figure

humaine: toute la masse de son corps venant à se corrompre et à se

dissoudre, la partie supérieure restait décharnée, ce n'était qu'un

squelette pâle et desséché; l'inférieure était enflée comme une

outre; on n'y distinguait plus la forme des jambes ni des pieds. Il

y avait un an entier qu'il était en proie à ces horribles tourments:

n'espérant plus rien de ses médecins, il eut recours à ses dieux; il

implora l'assistance d'Apollon et d'Esculape; et comme les victimes se

trouvaient aussi impuissantes que les remèdes employés jusqu'alors,

il se fit amener par force tout ce qu'il y avait de médecins renommés

dans son empire, et se vengeant sur eux de l'excès de ses douleurs, il

faisait égorger les uns, parce que ne pouvant supporter l'infection

ils n'osaient approcher de son lit, les autres, parce qu'après bien

des soins et des peines ils ne lui procuraient aucun soulagement. Un

de ces infortunés qu'il allait faire massacrer, devenu hardi par le

désespoir: «Prince, s'écria-t-il, vous vous abusez, si vous espérez

que les hommes guérissent une plaie dont Dieu vous a frappé lui-même:

cette maladie ne vient pas d'une cause humaine; elle n'est point

sujette aux lois de notre art; souvenez-vous des maux que vous avez

faits aux serviteurs de Dieu, et de la guerre que vous avez déclarée

à une religion divine, et vous sentirez à qui vous devez demander des

remèdes. Je puis bien mourir avec mes semblables, mais aucun de mes

semblables ne pourra vous guérir.»

[Note latérale: AN 311.]

[Note latérale: LX. Édit de Galérius en faveur des chrétiens.]

[Note latérale: Lact. de mort. pers. c. 33 et 34.]

[Note latérale: Euseb. Hist. ecc. l. 8, c. 17.]

Ces paroles pénétrèrent le cœur de Galérius, mais sans le changer.

Au lieu de se condamner lui-même, de confesser le Dieu qu'il avait

persécuté dans ses serviteurs, et de désarmer sa colère en se

soumettant à sa justice, il le regarda comme un ennemi puissant et

cruel avec qui il fallait composer. Dans les nouveaux accès de ses

douleurs, il s'écriait qu'il était prêt à rebâtir les églises, et à

satisfaire le Dieu des chrétiens. Enfin, plongé dans les noires vapeurs

d'un affreux repentir, il fait assembler autour de son lit les grands

de sa cour; il leur ordonne de faire sans délai cesser la persécution,

et dicte en même temps un édit dont Lactance nous a conservé

l'original: en voici la traduction.

Histoire du Bas-Empire. Tome 01 · 第 6 / 40 段