l'état. La religion chrétienne s'était affermie par tous les efforts
que les empereurs précédents avaient faits pour la détruire: les
supplices les plus cruels ne l'avaient rendue que plus féconde, et
les chrétiens s'étaient multipliés au grand avantage de leurs propres
persécuteurs. Obligés par une loi intérieure à obéir aux lois civiles,
et accoutumés par le péril de leur profession à mépriser la vie,
c'étaient les sujets les plus fidèles et les meilleurs soldats des
armées. Depuis la mort d'Aurélien, arrivée en 275, il n'y avait point
eu de persécution générale; mais leur vie restait abandonnée au caprice
des gouverneurs, qui faisaient revivre à leur gré et exécutaient contre
eux les édits des empereurs précédents. Maximien se livrant à son
humeur sanguinaire, avait, dès les commencements de son règne, fait
massacrer une légion entière, et laissé un libre cours à la cruauté
de Rictius Varus, gouverneur de la Belgique. Constance Chlore au
contraire, rempli de douceur et d'humanité, avait épargné le sang des
chrétiens; et tout païen qu'il était, il les avait même par préférence
approchés de sa personne, admirant leur constance inébranlable dans le
service de leur Dieu, comme un gage certain de leur fidélité à l'égard
de leur prince. Dioclétien tout occupé de politique et de guerre, ne
jetait sur la religion qu'un regard indifférent: il craignait pourtant
le grand nombre des chrétiens, et il les avait exclus de son palais
et des armées. Mais Galérius, fils d'une prêtresse fanatique et
envenimée contre les ennemis des idoles, joignait ensemble deux vices
très-compatibles, la barbarie et la superstition. Il fut long-temps à
déterminer Dioclétien, qui cherchait le repos: il fallut faire parler
les esclaves de cour et les oracles, également aisés à corrompre.
Enfin au mois de février 303, la persécution s'ouvrit par un édit qui
annonçait aux chrétiens les traitements les plus inhumains et les
plus injustes. Il est très-vraisemblable que Galérius, peu capable de
concevoir jusqu'où allait leur fidélité, s'attendait à des révoltes qui
fatigueraient Dioclétien, et le dégoûteraient du gouvernement. Mais les
chrétiens persécutés ne savaient que mourir; et quoique leur multitude
pût balancer les forces de tout l'empire, ils ne connaissaient contre
leurs maîtres, quelque durs qu'ils fussent, d'autres armes que la
patience. Pour les pousser au désespoir en aigrissant la cruauté
de l'empereur, Galérius fit deux fois mettre le feu au palais de
Nicomédie, où était alors Dioclétien; il les accusa d'être les auteurs
de l'incendie, et se sauva lui-même en Syrie, pour éviter, disait-il,
d'être brûlé vif par cette race ennemie des dieux et de ses princes.
L'effroi de ces embrasements produisit pour les chrétiens et pour
l'empereur même des effets funestes. Dioclétien résolut d'exterminer
le christianisme, et fit couler des flots de sang: mais son esprit
commença dès lors à s'affaiblir; et étant allé à Rome, où il entra
en triomphe avec Maximien, il n'y put soutenir les railleries du
peuple qui se moquait de l'esprit d'économie qu'il fit paraître dans
l'appareil de cette fête: il en sortit au mois de décembre, pour aller,
contre l'usage, célébrer à Ravenne la cérémonie de son entrée dans
le consulat. Le froid et les pluies qu'il essuya pendant ce voyage
altérèrent sa santé. Il passa dans un état de langueur toute l'année
suivante, renfermé dans son palais, soit à Ravenne, soit à Nicomédie,
où il arriva à la fin de l'été. Le 13 décembre on le crut mort, et il
ne revint de cette léthargie, que pour tomber de temps en temps dans
des accès de démence qui durèrent jusqu'à la fin de sa vie.
Il n'était pas difficile à Galérius de subjuguer un vieillard réduit
à cet état de faiblesse. Bien assuré d'y réussir, il courut d'abord
en Italie pour engager Maximien à quitter volontairement la couronne,
plutôt que de se la voir arracher par une guerre civile. Après l'avoir
épouvanté par les plus terribles menaces, il revient à Nicomédie: il
représente d'abord avec douceur à Dioclétien son âge, ses infirmités,
le besoin qu'il avait de repos après des travaux si glorieux, mais
si pénibles: et comme Dioclétien ne paraissait pas assez sentir la
force de ces raisons, il hausse le ton, et lui déclare nettement qu'il
s'ennuie de se voir depuis treize ans relégué sur les bords du Danube,
occupé sans cesse à lutter avec des nations barbares, tandis que ses
collègues jouissaient tranquillement des plus belles provinces de
l'empire; et que si l'on s'obstine à ne pas lui céder enfin la première
place, il saura bien s'en emparer.
Le faible vieillard, intimidé d'ailleurs par les lettres de Maximien
qui lui avait communiqué sa terreur, et par les préparatifs de guerre
qu'il savait que faisait Galérius, versa des larmes, et se rendit
enfin. Pour remplacer les deux Césars qui allaient devenir Augustes, il
proposa Maxence, fils de Maximien, et Constantin, fils de Constance.
Mais Galérius les rejeta tous deux: le premier, qui était pourtant son
gendre, parce qu'il n'était pas digne de la couronne; l'autre, parce
qu'il en était trop digne, et qu'il ne serait pas assez souple et assez
soumis à ses volontés. Il mit sur les rangs en leur place deux hommes
sans nom et sans honneur, mais dont il s'attendait bien d'être le
maître: l'un s'appelait Sévère, né en Illyrie, d'une famille obscure,
sans mœurs et sans autre talent que celui d'être infatigable dans
la débauche, et de passer les nuits à danser et boire: ce mérite le
faisait estimer de Galérius, qui, sans attendre même le consentement
de Dioclétien, l'avait déja envoyé à Maximien pour recevoir la pourpre.
L'autre n'était connu que de Galérius seul, dont il était neveu, fils
de sa sœur; il se nommait Daia ou Daza: il avait d'abord été berger
comme son oncle, à qui il ressemblait assez pour les mœurs, mais non
pas en courage ni en capacité pour le métier des armes. Galérius qui
le crut propre à remplir ses vues, l'avait depuis peu ennobli en lui
donnant le nom de Maximin, et le faisant rapidement passer par divers
emplois de la milice jusqu'au tribunat. Dioclétien ne put entendre sans
gémir un choix si indigne; mais comme Galérius y paraissait obstiné, il
fallut y consentir.
Le premier jour de mai de l'année 305, Dioclétien ayant assemblé
ses soldats près de Nicomédie, leur déclare en pleurant, que ses
infirmités l'obligent à remettre le fardeau de l'empire à des princes
plus capables de le soutenir; il nomme Augustes Constance et Galérius;
et donne le titre de Césars à Sévère et à Maximin. On s'étonne qu'il
préfère à Constantin, chéri et estimé des troupes, deux hommes
inconnus; mais la surprise même d'une promotion si bizarre ferme la
bouche à tous les assistants: aucun ne réclame: Dioclétien quitte son
manteau de pourpre, le jette sur les épaules de Maximin qui était
présent; et cet empereur dépouillé, traversant dans son char Nicomédie,
prend le chemin de Salone sa patrie, où malgré son affaiblissement, il
trouva encore dans son esprit assez de force pour étouffer, pendant
plus de huit ans, des regrets qui n'éclatèrent que dans les derniers
moments de sa vie.
Maximien fit le même jour à Milan la même cérémonie en faveur de
Sévère, mais moins capable que Dioclétien de se contraindre, ne perdant
jamais de vue la puissance souveraine, dont l'éclat l'avait ébloui, il
alla gémir de son abdication forcée, dans les lieux les plus agréables
de la Lucanie.
Constance empereur se contenta des provinces dont il avait pris soin en
qualité de César: il laissa à Sévère le commandement de tous les pays
que Maximien avait gouvernés. Mais l'ambitieux Galérius mit l'Asie dans
son département, et ne donna à Maximin que l'Orient. C'est ainsi qu'on
appelait alors toute l'étendue des provinces depuis le mont Amanus
jusqu'à l'Égypte, qui y était même quelquefois comprise, et qui fut
aussi dans le partage de Maximin.
Galérius se regardait comme le maître absolu de l'empire: les Césars
étaient ses créatures; il comptait pour rien Constance Chlore, à cause
de son humeur douce et pacifique. D'ailleurs il croyait voir dans la
mauvaise santé de ce prince les annonces d'une mort prochaine; et si la
nature tardait trop à servir ses désirs, il était sûr de trouver dans
son audace et dans celle de ses deux amis assez de ressources, pour se
défaire d'un collègue qu'il haïssait comme un rival.
Il n'eut pas besoin d'avoir recours au crime. Constance Chlore mourut
bientôt, mais il vécut assez pour faire connaître que l'autorité
absolue ne l'avait pas changé. N'étant que César il avait osé être
vertueux, et courir le risque de paraître censurer par sa vie celle
des empereurs, à qui il avait intérêt de plaire: devenu Auguste,
il n'eut pas de peine à sauver sa vertu de la séduction du pouvoir
suprême. Également affable, tempéré, modeste et encore plus libéral,
il se souciait peu d'enrichir son épargne; il regardait le cœur de ses
peuples comme son véritable trésor. Ce n'est pas qu'il fût ennemi de
la magnificence; il aimait à donner des fêtes publiques: mais la sage
économie dont il usait dans sa dépense ordinaire, le mettait en état,
sans charger ses sujets, de représenter avec dignité, et de soutenir la
majesté de l'empire.
Il voulut l'étendre par de nouvelles conquêtes. La Grande-Bretagne
appartenait aux Romains jusqu'au mur bâti par Sévère entre les deux
golfes de la Clyde et de Forth: mais ce qu'on nomme aujourd'hui
l'Écosse septentrionale servait de retraite aux Pictes, anciens
habitants du pays, dont les Calédoniens faisaient partie. Constance
résolut de les réduire et d'achever la conquête de l'île. Sa flotte
sortait à pleines voiles du port de Boulogne (_Bononia_), lorsque
son fils Constantin, qu'il souhaitait ardemment de revoir, s'étant
échappé des mains de Galérius, comme je le raconterai dans la suite,
parut sur le rivage et s'embarqua avec son père, pour l'accompagner
dans cette expédition périlleuse. Les Pictes furent défaits; mais
Constance ne survécut que peu de jours à sa victoire: il termina sa
vie à York (_Eboracum_), un an et près de trois mois après avoir été
déclaré Auguste. Je vais entrer dans mon ouvrage par l'histoire de son
successeur.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
LIVRE PREMIER.
I. Date de la naissance de Constantin. II. Sa patrie. III. Son
origine. IV. Qualité de sa mère. V. Noms de Constantin. VI. Ses
premières années. VII. Portrait de ce prince. VIII. Sa chasteté. IX.
Son savoir. X. Galérius est jaloux de Constantin. XI. Il cherche à
le perdre. XII. Constantin s'échappe des mains de Galérius. XIII. Il
joint son père. XIV. Il lui succède. XV. Proclamation de Constantin.
XVI. Sépulture de Constance. XVII. Projets de Galérius. XVIII. Ses
cruautés, XIX. contre les chrétiens; XX. contre les païens mêmes. XXI.
Rigueur des impositions. XXII. Les crimes de ses officiers doivent
lui être imputés. XXIII. Il refuse à Constantin le titre d'Auguste,
et le donne à Sévère. XXIV. Maxence élevé à l'empire. XXV. Maximien
reprend le titre d'Auguste. XXVI. Maximin ne prend point de part à
ces mouvements. XXVII. Occupations de Constantin. XXVIII. Sa victoire
sur les Francs. XXIX. Il achève de les dompter. XXX. Il met à couvert
les terres de la Gaule. XXXI. Sévère trahi. XXXII. Sa mort. XXXIII.
Mariage de Constantin. XXXIV. Galérius vient assiéger Rome. XXXV. Il
est contraint de se retirer. XXXVI. Il ruine tout sur son passage.
XXXVII. Maximien revient à Rome d'où il est chassé. XXXVIII. Maxence
lui ôte le consulat. XXXIX. Maximien va trouver Constantin et ensuite
Galérius. XL. Portrait de Licinius. XLI. Dioclétien refuse l'empire.
XLII. Licinius Auguste. XLIII. Maximin continue à persécuter les
chrétiens. XLIV. Punition d'Urbain et de Firmilien. XLV. Maximin
prend le titre d'Auguste. XLVI. Maximien consul. XLVII. Alexandre est
nommé empereur à Carthage. XLVIII. Maximien quitte la pourpre pour
la seconde fois. XLIX. Il la reprend. L. Constantin marche contre
lui. LI. Il s'assure de sa personne. LII. Mort de Maximien. LIII.
Ambition et vanité de Maximien. LIV. Consulats. LV. Constantin fait
des offrandes à Apollon. LVI. Il embellit la ville de Trèves. LVII.
Guerre contre les barbares. LVIII. Nouvelles exactions de Galérius.
LIX. Sa maladie. LX. Édit de Galérius en faveur des chrétiens.
LXI. Mort de Galérius. LXII. Différence de sentiments au sujet de
Galérius. LXIII. Consulats de cette année. LXIV. Partage de Maximin
et de Licinius. LXV. Débauches de Maximin. LXVI. Maximin fait cesser
la persécution. LXVII. Délivrance des chrétiens. LXVIII. Artifices
contre les chrétiens. LXIX. Édit de Maximin. LXX. La persécution
recommence. LXXI. Passion de Maximin pour les sacrifices. LXXII.
Calomnies contre les chrétiens. LXXIII. Divers martyrs. LXXIV. Famine
et peste en Orient. LXXV. Guerre contre les Arméniens. LXXVI. État du
christianisme en Italie. LXXVII. Guerre contre Alexandre. LXXVIII.
Défaite d'Alexandre. LXXIX. Désolation de l'Afrique. LXXX. Massacre
dans Rome. LXXXI. Avarice de Maxence. LXXXII. Ses rapines. LXXXIII.
Ses débauches. LXXXIV. Mort de Sophronie. LXXXV. Superstition de
Maxence. LXXXVI. Constantin se prépare à la guerre. LXXXVII. Il
soulage la ville d'Autun. LXXXVIII. Il retourne à Trèves. LXXXIX.
Outrages qu'il reçoit de Maxence. XC. Ils s'appuient tous deux par des
alliances. XCI. Préparatifs de Maxence. XCII. Forces de Constantin.
XCIII. Inquiétudes de ce prince. XCIV. Réflexions qui le portent au
christianisme. XCV. Apparition de la croix. XCVI. Constantin fait
faire le labarum. XCVII. Culte de cette enseigne. XCVIII. Protection
divine attachée au labarum. XCIX. Sur le lieu où parut ce prodige.
C. Discussion sur la vérité de ce miracle. CI. Raisons pour le
combattre. CII. Raisons pour l'appuyer. CIII. Constantin se fait
instruire. CIV. Conversion de sa famille. CV. Fable de Zosime réfutée.
CONSTANTIN PREMIER, DIT LE GRAND.
[Note latérale: I. Date de la naissance de Constantin.]
[Note latérale: Bucherius in Cyclis, p. 276 et 286.]
[Note latérale: Du Cange, Fam. Byz. p. 45.]
[Note latérale: Pagi in Bar.]
[Note latérale: Cuper, præf. in Lact. de mort. persec.]
[Note latérale: Baron, ann. 306, § 16.]
[Note latérale: Till. Constantin, art. 78.]
Les commencements de la vie de Constantin sont mêlés de beaucoup
d'incertitude. On ne convient ni du temps, ni du lieu de sa naissance,
ni de la condition de sa mère. Les meilleurs auteurs s'accordent à
dire qu'il naquit le 27 février[4]: mais ils se partagent sur l'année.
Ce fut, selon les uns, en 272, selon d'autres, en 274. Cette dernière
opinion me paraît la plus probable.
[Note 4: Cette date est donnée dans un calendrier antique, publié par
Bucher et par d'autres savants.--S.-M.]
[Note latérale: II. Sa patrie.]
[Note latérale: Proc. de Æd. l. 5, c. 2.]
[Note latérale: Usserius in Britan. Eccl. antiq. p. 183.]
[Note latérale: Alford, Ann. Britan.]
[Note latérale: Stillingfleet in orig. Brit.]
[Note latérale: Adhelm. de laud. virginitatis.]
[Note latérale: Incerti Paneg. Max. et Const. n. 4.]
[Note latérale: Eumenii. paneg. Constant., n. 9.]
[Note latérale: Cuper, præf. in Lact. de mort. persec.]
[Note latérale: Mem. d'Anglet. p. 61.]
[Note latérale: Jul. Firmic., l. 1. c. 4.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Steph. Byz.]
[Note latérale: Constant. Porph. l. 2. them. 9.]
[Note latérale: Cedrenus, t. 1, p. 269.]
[Note latérale: Till. note 3, sur Const.]
Sa patrie n'est pas moins contestée. Dès le temps de Justinien c'était
une tradition, qu'Hélène mère de Constantin, était née à Drépane
bourgade de Bithynie, et que ce prince y avait été nourri: c'est ce que
nous apprenons de Procope. Mais il y a apparence que cette tradition ne
doit son origine, qu'à l'honneur que Constantin fit à cette bourgade
de lui donner le nom d'Hélénopolis, avec le titre de ville, pour les
raisons que je dirai dans la suite. Les auteurs anglais, suivis en
ce point par Baronius, veulent faire croire que leur île a vu naître
ce grand prince: les uns disent que ce fut à Yorck, résidence des
gouverneurs romains; les autres à Colchester où régnait Coël, père
d'Hélène: on y voit encore les ruines d'un vieux château, dans
lequel on prétend que naquirent Hélène et son fils. Cette opinion,
adoptée par une foule d'auteurs, et mal appuyée sur quelques passages
de panégyristes qui peuvent recevoir un tout autre sens, ne s'est
accréditée que par le concours des historiens d'une nation illustre.
L'Angleterre s'est fait gloire d'avoir donné au christianisme et à
l'empire un prince qui a tant honoré l'un et l'autre. Mais cette
prétention est détruite par tous les historiens qui ont écrit avant le
septième siècle, dont aucun, malgré la diversité de leurs opinions,
ne fait naître Constantin dans la Grande-Bretagne; et le château de
Colchester ne fut bâti que vers le commencement du dixième siècle, par
le roi Édouard, fils d'Alfred. Le sentiment le plus universellement
reçu aujourd'hui, parce qu'il est fondé sur les auteurs les plus
anciens et les plus sûrs, c'est que Constantin est né à Naïsse en
Dardanie. On voit en effet que ce prince prit plaisir à embellir cette
ville dont il est, pour cette raison, appelé le fondateur; qu'il la
rendit beaucoup plus considérable, et qu'il était bien aise d'y faire
son séjour et d'y respirer l'air de sa première jeunesse, comme il
paraît par la date de plusieurs de ses lois.
[Note latérale: III. Son origine.]
[Note latérale: Eumenii paneg. Constant. c. 2.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Treb. Pollio in Claud. c. 13.]
[Note latérale: Du Cange, Fam. Byz. p. 45.]
Pour ce qui regarde sa famille, on ne doute point de sa noblesse du
côté de son père. Mais, selon le témoignage d'un auteur contemporain,
dans les premières années du règne de Constantin, son origine était
presque universellement ignorée. Les révolutions fréquentes de ces
temps-là, comme des vents impétueux, en avaient effacé la trace; et
l'intervalle de quatre règnes, courts à la vérité, mais finis par
des événements tragiques, avait déja, sous Dioclétien, presque fait
oublier Claude le Gothique, malgré ses vertus et ses victoires. Aussi
n'avait-il régné que deux ans. C'était du père de cet empereur que
descendait Constance Chlore par sa mère Claudia, fille de Crispus et
nièce de Claude. Cette généalogie ne remonte pas plus haut: le père de
Claude et de Crispus est resté dans l'obscurité; et tout ce qu'on sait
de leur mère, c'est qu'elle était de Dalmatie.
[Note latérale: IV. Qualité de sa mère.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 8.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 278.]
[Note latérale: Hieron. in Chronico.]
[Note latérale: Ambros. orat. in fun. Theod.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Les deux Victors.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Inscr. Grut. p. 1086, n. 2.]
[Note latérale: Theophanes, p. 8.]
[Note latérale: Zonar. l. 12, t. 1, p. 644. et l. 13. t. 11, p. 1.]
[Note latérale: Cedrenus, t. 1, p. 269.]
[Note latérale: Incerti paneg. Max. et Const. c. 3 et 4.]
[Note latérale: L. præf. _ff._ de ritu nupt.]
[Note latérale: L. eos qui eod. tit.]
[Note latérale: Till. note 1 sur Constantin.]
On en sait encore moins de l'origine d'Hélène, mère de Constantin. On
la fait naître dans la Grande-Bretagne, à Trèves, à Naïsse, à Drépane
en Bithynie, à Tarse, à Édesse. Le plus sûr est de dire qu'on ignore
absolument la patrie et les parents de cette princesse. La condition de
son alliance avec Constance Chlore, forme une question plus importante
et moins difficile à résoudre. Des auteurs anciens, et même des Pères
de l'église, ne laissent à Hélène que le nom de concubine, et la font
sortir de la plus basse naissance. Mais des écrivains encore plus sûrs
en matière d'histoire, lui donnent le titre de femme légitime, et
leur témoignage est confirmé par plusieurs raisons. Les panégyristes
de ce temps-là, malgré le caractère de flatterie attaché dans tous
les siècles aux orateurs de ce genre, auraient-ils osé louer en face
Constantin d'avoir imité la chasteté de son père, en s'éloignant,
dès sa première jeunesse, des amusements de l'amour, pour contracter
un engagement sérieux et légitime, si la naissance même du prince
devant qui ils parlaient eût démenti cet éloge? Une contre-vérité si
grossière n'eût-elle pas eu toute l'apparence d'une satire? Dioclétien
aurait-il traité Constantin comme le sujet le plus distingué de
sa cour? Serait-ce le premier qu'il aurait proposé, quand il fut
question de nommer des Césars? et Galérius, qui cherchait à écarter
ce jeune prince, aurait-il manqué alors de faire valoir le défaut de
sa naissance? ce qu'il ne fit pourtant pas, comme nous le voyons par
le récit de Lactance. De plus, tous les auteurs qui parlent de la
séparation de Constance et d'Hélène, quand il fut obligé d'épouser
Théodora, disent qu'il la répudia. Elle était donc son épouse. Ce qui
peut avoir donné cours au sentiment contraire, c'est que Constance
épousa Hélène dans une province où il avait un commandement: or les
lois romaines n'autorisaient pas un mariage contracté par un officier
dans la province où il était employé: mais une autre loi ajoutait,
que si cet officier, après sa commission expirée, continuait à
traiter comme son épouse la femme qu'il avait prise dans la province,
le mariage devenait légitime. D'ailleurs l'obscurité de la famille
d'Hélène devait lui ôter beaucoup de considération avant l'élévation
de son fils: la grandeur et la fierté de Théodora, belle-fille de
Maximien, qui entrait dans la maison de Constance avec tout l'éclat
de la pourpre impériale, éclipsèrent cette femme répudiée; et les
flatteurs de cour ne manquèrent pas sans doute de servir l'orgueil et
la jalousie de la seconde épouse, en rabaissant la première, que la
politique seule avait enlevée à la tendresse de Constance.
[Note latérale: V. Noms de Constantin.]
[Note latérale: Till. Const., art. 4.]
[Note latérale: Buch. belg. l. 8, c. 2.]
[Note latérale: Numism. Mezzab.]
[Note latérale: Treb. Poll. in]
[Note latérale: Claud. c. 13 et 3.]
[Note latérale: Du Cange diss. de infer. ævi. numism. c. 36.]
[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 71-95.]]
Le fils de ce prince et d'Hélène se nomma _Caius Flavius Valerius
Aurelius Claudius Constantinus_. Une inscription lui donne le prénom
de _Marcus_. Il tenait de son père les noms de _Flavius-Valerius_: les
trois autres retraçaient la mémoire de Claude II, dit le Gothique. Cet
empereur avait porté le nom d'_Aurelius_; et celui de _Constantinus_
venait encore de sa famille, où l'on voit une de ses sœurs appelée
Constantine. Le nom de Flavius était célèbre: quelques-uns prétendent
que Claude II l'avait déja porté, comme une marque qu'il tirait son
origine de la famille de Vespasien: mais cette descendance a bien l'air
d'une fable, et je ne trouve pas dans l'histoire assez de fondement
pour attribuer à ce bon prince la vanité d'emprunter d'illustres
ancêtres, dont sa vertu n'avait pas besoin. Le texte de Trébellius
Pollion, sur lequel on se fonde, pourrait bien signifier seulement
que Claude fit donner à son petit-neveu Constance le nom de Flavius,
parce qu'il prévoyait que les descendants de ce prince feraient revivre
les vertus de Vespasien et de Titus; et ce ne serait qu'une flatterie
d'un auteur qui écrivait sous l'empire de la famille de Claude. Ce
qu'il y a de certain, c'est que la gloire de Constantin fit passer ce
nom de Flavius à ses successeurs: il devint, comme ceux de César et
d'Auguste, un titre de souveraineté. Cependant il ne fut pas réservé
aux seuls empereurs; plusieurs familles illustres eurent l'ambition de
le prendre, et les rois barbares eux-mêmes, tels que ceux des Lombards
en Italie, et ceux des Goths en Espagne s'en firent honneur.
[Note latérale: VI. Ses premières années.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 1. c. 19.]
[Note latérale: Theoph. p. 6.]
[Note latérale: Hist. misc. l. 11. apud Muratori, t. 1, p. 71.]
[Note latérale: Lact. de mort. persec. c. 18.]