Je reprends l’étude de la langue targuie. Tekiddout me trouve trop peu
généreux, au moins le prétend-elle, et prétexte toutes sortes
d’occupations pour ne pas se charger de m’écrire de nouveaux papiers.
Ihemma m’a trouvé une autre femme jeune, jolie, blanche et modeste qui
vient avec lui ; elle a, de plus, la qualité de ne pas comprendre un mot
d’arabe. Elle me promet de revenir et de m’apporter de l’écriture
tefīnagh. Elle l’écrit avec de l’ocre rouge et de l’encre.
Othman vient me demander des médicaments pour la femme d’Ikhenoukhen ;
ce chef la répudie, mais elle vit toujours à ses côtés avec ses enfants.
Elle me demande un collyre pour les yeux et de la quinine.
Le _qadhi_, qui est un gros homme bien modeste et assez bon, je crois,
m’envoie un bout de papier sur lequel est copié ce passage d’un livre
musulman, passage relatif à Ghadāmès[287].
« Ghadāmès est dans le Sahara à sept journées (de marche) du Djebel
Nefousa. C’est une jolie ville, ancienne et antérieure à l’islamisme.
Les peaux dites _ghadamsi_ tirent leur nom de cette ville. On y trouve
des souterrains et des grottes[288] qui servirent de prisons à la reine
Kahina qui régna en Ifriqiya. Ces souterrains ont été édifiés par les
anciens. Ce sont de merveilleuses constructions et leurs voûtes,
établies au-dessous du sol, font l’étonnement du spectateur. En les
examinant, on voit qu’elles sont l’œuvre de souverains anciens et de
nations aujourd’hui disparues.
« Le pays n’a pas toujours été désertique et il a été autrefois fertile
et peuplé. Le comestible qu’il produit en plus grande abondance est la
truffe, appelée par les habitants _terfâs_. Elles deviennent si grosses
dans ces régions que les gerboises et les lièvres y creusent leurs
gîtes.
« Ghadāmès est le point d’où on se rend à Tadmekka et autres localités
du Soudan qui en est située à quarante jours de marche. Les habitants
sont des Berbères musulmans ; ils portent le voile à la façon des autres
Berbères du Sahara, tels que les Lemtouna et les Messoufa. »
Ici se termine le passage extrait du livre intitulé : _Erraudh el-miʿ-
ṭâr fi akhbâr el-aqṭâr_ dont l’auteur est Abd-Ennour el Ḥimyari el
Tounsi. Ce passage a été transcrit par Mohalhil el Ghadāmsi dans son
ouvrage intitulé : _Menâqib Ech-cheikh Sidi Abdallah-ben-Abou-Bakr El-
ghadamsi_.
Autant que ma mémoire est fidèle, ce passage est le même que celui de
l’anonyme du sixième siècle de l’hégire publié à Vienne, par M. Alfred
de Kremer. S’il en était ainsi, nous aurions le nom de l’auteur de ce
livre, lequel nom est jusqu’à présent inconnu.