Aujourd’hui partent encore environ 55 chameaux pour In-Salah. La plupart
des charges sont des cotonnades anglaises.
J’ai probablement négligé de noter une coutume des Touareg qui est de ne
jamais coucher en ville. Cela est encore considéré A’ïb ou péché, tant
pour les hommes que pour les femmes. Jamais ils ne manquent à cette
règle. Quand les Touareg arrivent à Ghadāmès, ils vont trouver leur ami
Ghadāmsi, c’est-à-dire le marchand qui leur confie ses charges de
marchandises, etc. Celui-ci sort une tente de toile ronde pour son ami
targui et la lui prête pendant tout le temps de son séjour.
Othman se moque chez moi des Merazig et des Ghorib ; les Arabes, me dit-
il, sont si avares du bien de ce monde, que l’ambassade du Nefzaoua,
composée de sept hommes, est arrivée sur trois chameaux ! Ils ont
apporté un présent de haoulis, mais tous les parents et amis
d’Ikhenoukhen viennent lui demander leur part du tribut, de sorte qu’il
n’en conservera probablement rien pour lui.
Je vais voir le moudir dans son jardin ; comme il est là, seul avec le
cheikh, il est très aimable et m’explique qu’il a des dettes
occasionnées par ses longs voyages dans les dernières années, que c’est
pour cela qu’il désire rester à Ghadāmès quelques années pour se
refaire. — Ce Turc est à crever de rire avec ses airs d’importance. Je
ne vais pas le voir qu’il ne me répète plusieurs fois avec une grimace
dégoûtée : « Mon cœur est fatigué des affaires de ce monde ».