3 septembre.

Aujourd’hui vient un express de Rhat qui donne de bonnes nouvelles. Le

Hadj Ahmed est retourné au Hoggar. La paix règne partout. On attend à

Rhat de grandes caravanes du Soudan.

D’un autre côté, arrive une ambassade des Ghorīb et des Merazig à

Ikhenoukhen. J’apprends à cette occasion que les Ghorīb paient à ce chef

chaque année un tribut de haoulis pour prévenir les razzias que les

Touāreg faisaient sur eux autrefois. Les Merāzig paient de même un

tribut à mon ami Othman. Or, cette fois, les deux tribus ont envoyé

leurs députés à Ikhenoukhen, et Othman en est jaloux. Nous allons voir

comment se passera cette aventure.

Je reçois la visite de Tekiddout et peu après celle d’Othman qui

reproche à cette Targuie de venir ici, mais elle paraît se moquer pas

mal de son avis. Après le départ de Tekiddout, Othman reste longtemps

avec moi et me raconte plusieurs chansons qu’il a faites ou qu’on a

faites à son sujet. J’en écris une avec sa traduction.

Les Touareg, surtout les chefs et les amateurs de femmes, considèrent

comme mal de manger d’une bête plumée ; ils ont raison en parlant de

l’autruche qui a une mauvaise odeur, mais ils n’ont pas d’excuses pour

les autres oiseaux. Les marabouts et Othman, par conséquent, mangent de

tout ce que les Arabes mangent.

Les Ghadāmsia prennent presque tous le thé, même les plus pauvres ; le

café est peu estimé d’eux.

Les Touareg ne se lavent presque jamais ; je suis fâché de le dire ; et,

comme ils ne changent pas de vêtements, la plupart exhalent une odeur

écœurante de sueur concentrée. Il y a cependant des exceptions. Ils

prétendent que l’eau ne leur va pas et leur donne des maladies. Les

Touareg prétendent, avec raison, que les villes ne leur vont pas ; en

effet, ici à Ghadāmès, il règne parmi eux des maladies nombreuses dont

les principales sont la dysenterie, diarrhée, fièvres et petite vérole.

Quant aux fièvres, il paraît que ce pays n’en est pas exempt, ainsi les

soldats qui gardent la porte sont en ce moment tous pris de la fièvre,

et ils grelottent toute la journée ; les Touareg en souffrent aussi, et

Ahmed, mon premier domestique, en a encore des attaques, surtout ces

jours derniers. Maintenant, je vais le mettre à un traitement régulier

jusqu’à parfaite guérison.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 192 / 241 题