Je m’amuse à recueillir des notes sur les coutumes intimes des Ghadāmsia
et des Touareg.
Les Ghadāmsia ne mangent pas devant leurs femmes. Celles-ci font la
cuisine, leur apprêtent la viande et la leur servent. Les Ghadāmsia
mangent à leur gré et ne laissent que les os à leurs femmes. Ceci est
littéral ; il est même considéré comme inconvenant à une femme de manger
de la viande. Les Touareg, au contraire, mangent en compagnie de leur
épouse ; s’ils mangeaient à part, ce serait la mépriser. Ils lui donnent
même la meilleure part. Dans la viande, il y a certaines parties que les
femmes Targuiāt considéreraient comme inconvenant de manger, ce sont le
cœur, l’intestin gras ; le café aussi et le thé sont dans cette
catégorie d’aliments. Les Targuiāt, au contraire, se réservent le foie
et les reins qu’aucun Targui ne mangerait.
Quand quelqu’un meurt, on ne pleure pas chez les Touareg, on ne vient
pas comme chez les Arabes faire des visites de condoléances et des
singeries. Les Touareg disent à ceux qui pleurent dans ces occasions :
« Réserve tes larmes pour toi ». Comme aujourd’hui meurt une des proches
parentes d’Othman, vieille femme malade de la petite vérole, je puis me
convaincre qu’ils supportent très bien les pertes de leurs proches. Les
Ghadāmsia, au contraire, font le deuil à l’arabe. Les « Atrîyat »
surtout se montrent dans ces occasions. Elles courent à la maison du
mort et pleurent en disant « Ya Sidi » ! Manaaraf chey » ! etc., puis
viennent rire à la porte du mort. Elles sont de véritables pleureuses et
n’accourent que pour recevoir un peu d’argent.
Je reçois la visite de deux Targuiāt, dont l’une est Tekiddout qui doit
être ma maîtresse de Tefinagh. Elle emporte le papier et viendra demain
me donner ma première leçon. Ces deux dames sont très dégourdies et je
suis de plus en plus frappé des rapports qu’il y a entre l’esprit des
Targuiāt, leurs relations avec les hommes, leurs idées de convenance et
celles qu’ont mes concitoyennes. Tekiddout ramène si habilement son
voile (haïk) sur sa figure, que je ne puis voir ses traits, j’ai beau
user de tous les moyens possibles, je ne puis l’amener à se découvrir.
Elle donne pour prétexte que je suis jeune et beau ! Chez les Touareg,
c’est du reste une manière de montrer le respect ou la timidité que de
se couvrir la bouche, la figure entière, même de tourner le dos à la
personne à qui l’on parle.
Le soir, je reçois la visite d’Othman et d’un Arabe Kounta, de la suite
du parent du cheikh el Bakkay qui est ici et qui a épousé la fille de
Ikhenoukhen. Je suis frappé des manières polies de cet Arabe qui n’est
cependant pas de la première classe. En s’en allant et emportant le
petit présent que je lui fais, il me prie de rester assis.