2 septembre.

Je m’amuse à recueillir des notes sur les coutumes intimes des Ghadāmsia

et des Touareg.

Les Ghadāmsia ne mangent pas devant leurs femmes. Celles-ci font la

cuisine, leur apprêtent la viande et la leur servent. Les Ghadāmsia

mangent à leur gré et ne laissent que les os à leurs femmes. Ceci est

littéral ; il est même considéré comme inconvenant à une femme de manger

de la viande. Les Touareg, au contraire, mangent en compagnie de leur

épouse ; s’ils mangeaient à part, ce serait la mépriser. Ils lui donnent

même la meilleure part. Dans la viande, il y a certaines parties que les

femmes Targuiāt considéreraient comme inconvenant de manger, ce sont le

cœur, l’intestin gras ; le café aussi et le thé sont dans cette

catégorie d’aliments. Les Targuiāt, au contraire, se réservent le foie

et les reins qu’aucun Targui ne mangerait.

Quand quelqu’un meurt, on ne pleure pas chez les Touareg, on ne vient

pas comme chez les Arabes faire des visites de condoléances et des

singeries. Les Touareg disent à ceux qui pleurent dans ces occasions :

« Réserve tes larmes pour toi ». Comme aujourd’hui meurt une des proches

parentes d’Othman, vieille femme malade de la petite vérole, je puis me

convaincre qu’ils supportent très bien les pertes de leurs proches. Les

Ghadāmsia, au contraire, font le deuil à l’arabe. Les « Atrîyat »

surtout se montrent dans ces occasions. Elles courent à la maison du

mort et pleurent en disant « Ya Sidi » ! Manaaraf chey » ! etc., puis

viennent rire à la porte du mort. Elles sont de véritables pleureuses et

n’accourent que pour recevoir un peu d’argent.

Je reçois la visite de deux Targuiāt, dont l’une est Tekiddout qui doit

être ma maîtresse de Tefinagh. Elle emporte le papier et viendra demain

me donner ma première leçon. Ces deux dames sont très dégourdies et je

suis de plus en plus frappé des rapports qu’il y a entre l’esprit des

Targuiāt, leurs relations avec les hommes, leurs idées de convenance et

celles qu’ont mes concitoyennes. Tekiddout ramène si habilement son

voile (haïk) sur sa figure, que je ne puis voir ses traits, j’ai beau

user de tous les moyens possibles, je ne puis l’amener à se découvrir.

Elle donne pour prétexte que je suis jeune et beau ! Chez les Touareg,

c’est du reste une manière de montrer le respect ou la timidité que de

se couvrir la bouche, la figure entière, même de tourner le dos à la

personne à qui l’on parle.

Le soir, je reçois la visite d’Othman et d’un Arabe Kounta, de la suite

du parent du cheikh el Bakkay qui est ici et qui a épousé la fille de

Ikhenoukhen. Je suis frappé des manières polies de cet Arabe qui n’est

cependant pas de la première classe. En s’en allant et emportant le

petit présent que je lui fais, il me prie de rester assis.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 191 / 241 题