31 août.

Aujourd’hui, dans l’après-midi, part une caravane pour le Touāt ; il

arrive depuis quelques jours des nouvelles de Tripoli.

Il paraît que chez les Touareg une femme, pour être « comme il faut »,

doit avoir beaucoup d’amis et n’en préférer aucun. Elle leur donne des

témoignages d’amitié comme, par exemple, d’écrire sur leurs voiles

rouges en broderie ou sur leurs boucliers et anneaux de bras des

inscriptions Tefinagh. Si une femme n’a qu’un ami, on se moque d’elle et

on lui dit que c’est son mari et qu’elle est pervertie. Cependant les

maris sont jaloux de la préférence et ils tueraient leur femme si celle-

ci leur disait : « Un tel est mieux que toi », à plus forte raison s’ils

apprenaient qu’elle commet des infidélités. De son côté, la femme ne

peut pas supporter de rivale, et elle divorce, car elle a ce droit,

quand elle apprend que son mari en courtise une autre. Les Touareg ne

prennent jamais une nouvelle femme sans divorcer avec l’ancienne.

Quoique la femme donne souvent son avis dans les conseils, dans le

ménage le mari est tout à fait le maître et il peut tuer sa femme, si

elle le mérite, sans que ses parents lui demandent compte de son action.

Mais d’un autre côté les parents de la femme exigent qu’elle soit bien

habillée, bien nourrie et pas délaissée.

Un Ghadāmsi estime à 3.000 le nombre des habitants de la ville y compris

les femmes ; ce nombre est bien trop faible[276].

L’impôt de Ghadāmès est de 2.500 mitcals d’or, ou bien, au taux moyen de

16 1/2 rials tounsi le mitcal, 30.937 fr. 50. Je prends des

renseignements sur la douane ; en moyenne, elle prélève ici ou à Tripoli

13 % de la valeur des objets importés du Soudan. La poudre d’or seule ne

paie rien. Les Ghadāmsia dansent dans les rues les jours de fête ; les

Touareg ne dansent jamais, ni les hommes, ni les femmes ; les tribus

assujetties des Imrad seules ont cette coutume en commun avec les

nègres.

1er septembre 1860.

Je vais de bonne heure chez un commerçant nommé Brahim ben Ahmed, qui

est revenu du Soudan au mois de Ramadhan dernier. Je m’y rends avec le

cheikh Ali. Nous sommes reçus dans une chambre haute entourée de petits

réduits à portes en bois peint en rouge et à tapisseries. La chambre est

blanchie, le parquet est couvert de nattes et de coussins touareg ; les

murs sont presque cachés par des grands plats en métal doré, cloués au

mur, et par des multitudes de petites corbeilles rondes sans anses de

toutes grandeurs. En somme, cette chambre est très jolie, et j’étais

loin de m’imaginer que les Ghadāmsia avaient un intérieur aussi

attrayant.

Nous trouvons ici rassemblées les principales marchandises du Soudan ;

j’examine chacune d’elles en détail et je prends note de sa nature et du

prix qu’elle atteint ici. Par la même occasion j’apprends que le tarif

de la douane pour les objets du Soudan n’est que de 9 % ; cependant je

dois m’informer de cela auprès de l’amine. Après le travail en question

on nous sert du thé, qu’on apporte dans une théière anglaise, et que

nous buvons avec des trempades de « biscuit ». Je m’amuse beaucoup du

jeune fils mulâtre que mon hôte a ramené du Soudan et qui ne sait pas

encore un mot d’arabe. Il y a aussi de nombreux esclaves.

’Aissa, le petit Targui malade d’un œdème, meurt tranquillement. On ne

manque pas de remarquer que j’avais prédit qu’il ne vivrait pas

longtemps.

Les caravanes qui sont parties aujourd’hui et hier peuvent avoir 300

chameaux ; ce nombre n’est pas normal ; il est causé par l’insécurité de

la route, qui régnait depuis trois mois et qu’Othman vient de faire

cesser. Les gens d’In-Salāh qui étaient ici avaient attendu trois mois

sans pouvoir partir.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 190 / 241 题