29 août.

Les Touareg ont presque tous leur amie. Ils la prônent comme les

chevaliers prônaient leur dame, et ils inscrivent sur les rochers ou sur

les murs à Ghadāmès des louanges à leur adresse en Tefinaghen. Si je

dois les croire, l’amie n’est que pour les yeux et non pas pour le lit,

comme chez les Arabes. Ils se vêtissent de leur mieux et vont causer

avec elle et là se bornent leurs relations. La nuit les Touareg veillent

longtemps ; j’entends toujours un son semblable au violon, et j’apprends

que ce sont les Targuiāt qui jouent du rebāb en s’accompagnant de la

voix ; lorsqu’une femme chante, les hommes s’accroupissent en cercle

autour d’elle et écoutent. Presque tous et toutes savent improviser.

Il y a au Dhâhara (endroit où campent les Touareg) des prostituées qui

vivent sous la tente ; je sais cela parce que j’ai aujourd’hui un malade

syphilitique et que je le questionne sur la manière dont sa maladie lui

est venue.

Je reste à la maison, prends ma leçon de targui. Ihemma me dit que sa

sœur Télingui ne pourra plus venir parce que son mari l’a beaucoup

grondée de venir me voir.

Mon cordonnier qui me fait une belle paire de souliers brodés en soie,

est situé dans le quartier des Beni-Ouazit et nous, nous sommes dans

celui des Beni-Oulid ; c’est le marché qui fait la limite entre les deux

tribus, et il n’y a jamais eu de mur entre eux, pas de سور, mais un سوڧ,

ce qui a pu causer l’erreur de C. Ritter[274]. Or, je désire avoir des

bottes molles, et j’envoie à mon cordonnier pour le prier de venir

prendre mesure ; il me fait répondre qu’il ne sortira pas pour 100.000

rials de son quartier pour venir dans le mien. J’apprends que les hommes

nobles « harār » ne sortent de leur quartier pour aller dans l’autre

qu’à de rares exceptions et qu’il y en a qui n’ont jamais vu l’autre

quartier. Ils envoient les nègres et les mulâtres en commissions.

Autrefois les deux tribus étaient ennemies, mais maintenant,

quoiqu’elles aient fait la paix, l’ancienne retenue respective existe

très forte. Les Beni Oulid ont deux chará ou rues voûtées ; les Beni

Ouazit en ont quatre.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 188 / 241 题