Hier au soir, en allant voir Ikhenoukhen, j’ai remarqué que le sol de la
grande dépression où il est campé est composé, sauf une légère couche
superficielle, de cette roche terreuse, blanche et savonneuse déjà notée
dans les dunes, et j’y trouvai des planorbes et des limnées, ces
dernières un peu plus fortes que celles rencontrées au puits de Zouait.
Visite de Telingui, qui vient avec son brigand de frère et sa vieille
sœur. Telingui est toujours aussi belle et aussi gaie ; elle ne reste
pas longtemps. Je lui donne une feuille de papier pour qu’elle me la
remplisse de mots targuis en Tefînagh.
J’ai été obligé de rosser deux de mes serviteurs à coups de bâton ; ce
sont de vrais sauvages et ils ont la tête dure ! J’ai été forcé de les
menacer de mort dans le cas où ils s’en iraient. Ils trouvent le voyage
dur et s’imaginent qu’ils peuvent me planter là et s’en retourner chez
eux. Ahmed a repris la fièvre.
Les melons ont fini ; les pastèques sont à leur fin. J’achète
aujourd’hui des citrons verts pour faire de la limonade. J’ai déjà dit
qu’il y a un seul citronnier à Ghadāmès.
J’apprends que les pauvres Touareg, principalement les femmes, se
retirent à Ghadāmès ; dans chaque maison où ils se présentent et
demandent, on leur donne des vivres, de sorte qu’ils peuvent vivre sans
rien faire. C’est une coutume très ancienne, et une obligation des
Ghadāmsia qui rappelle les conditions de vie des habitants du Djérid.
L’eau d’ici est très lourde, les indigènes l’ont pesée comparativement à
celle des endroits voisins. Le moudir, moi et mes domestiques, nous
sommes à l’état permanent au _nec plus ultra_ de la diarrhée[267]. Mes
domestiques trouvent aussi l’air lourd.