Aujourd’hui, pas d’événements ; je cause avec un Ghadamsi, Mohammed ben
Mohammed, qui connaît très bien Rhat. Il m’explique plusieurs des
particularités du commerce de Ghadāmès.
L’ivoire, et les principales autres denrées du Soudan qui viennent ici,
ne sont jamais vendues sur place, mais sont dirigées sur Tripoli. Elles
ne pourraient être obtenues ici que pour un prix très approché de celui
de Tripoli, comme par exemple 2 % en moins. L’or est quelquefois vendu
en petites quantités sur le marché, par des individus qui ont besoin
d’argent immédiatement. Les peaux de panthères et les autres petits
articles se trouvent aussi de temps en temps.
Les Ghadāmsia qui vont à Rhat donnent un cadeau de 10 douros[261] à
Ikhenoukhen, et ils peuvent alors commercer comme bon leur semble. A
Rhat même, les charges d’ivoire ne font que passer ; sauf dans de rares
cas, par exemple quand un marchand du Soudan a besoin de quelques objets
qui se trouvent sur le marché de Rhat, il envoie un peu d’ivoire qui se
vend là et dont le prix sert à acheter ce dont il a besoin. La plupart
des marchands Ghadāmsia du Soudan envoient leurs caravanes à des
correspondants à Rhat et à Ghadāmès et leurs produits ne sont vendus
qu’à Tripoli même. A Rhat, les maisons se louent 6 douros pour le temps
qu’on y reste à la foire, soit 15 jours, soit un an.
Les Ghadāmsia ne prennent pas de commission entre eux, ils se rendent de
petits services commerciaux sans exiger de rétribution.
Aujourd’hui, il est arrivé une petite caravane de Rhat avec un
chargement d’ivoire. Les nouvelles qu’elle apporte sont bonnes, l’Aïr a
fait la paix avec Rhat, et l’on espère avoir un marché cette année, ce
dont on avait d’abord douté. Les Ghadāmsia confient leurs marchandises
aux chameliers touareg, qui les transportent à destination avec le plus
grand scrupule.