23 août.

Aujourd’hui, pas d’événements ; je cause avec un Ghadamsi, Mohammed ben

Mohammed, qui connaît très bien Rhat. Il m’explique plusieurs des

particularités du commerce de Ghadāmès.

L’ivoire, et les principales autres denrées du Soudan qui viennent ici,

ne sont jamais vendues sur place, mais sont dirigées sur Tripoli. Elles

ne pourraient être obtenues ici que pour un prix très approché de celui

de Tripoli, comme par exemple 2 % en moins. L’or est quelquefois vendu

en petites quantités sur le marché, par des individus qui ont besoin

d’argent immédiatement. Les peaux de panthères et les autres petits

articles se trouvent aussi de temps en temps.

Les Ghadāmsia qui vont à Rhat donnent un cadeau de 10 douros[261] à

Ikhenoukhen, et ils peuvent alors commercer comme bon leur semble. A

Rhat même, les charges d’ivoire ne font que passer ; sauf dans de rares

cas, par exemple quand un marchand du Soudan a besoin de quelques objets

qui se trouvent sur le marché de Rhat, il envoie un peu d’ivoire qui se

vend là et dont le prix sert à acheter ce dont il a besoin. La plupart

des marchands Ghadāmsia du Soudan envoient leurs caravanes à des

correspondants à Rhat et à Ghadāmès et leurs produits ne sont vendus

qu’à Tripoli même. A Rhat, les maisons se louent 6 douros pour le temps

qu’on y reste à la foire, soit 15 jours, soit un an.

Les Ghadāmsia ne prennent pas de commission entre eux, ils se rendent de

petits services commerciaux sans exiger de rétribution.

Aujourd’hui, il est arrivé une petite caravane de Rhat avec un

chargement d’ivoire. Les nouvelles qu’elle apporte sont bonnes, l’Aïr a

fait la paix avec Rhat, et l’on espère avoir un marché cette année, ce

dont on avait d’abord douté. Les Ghadāmsia confient leurs marchandises

aux chameliers touareg, qui les transportent à destination avec le plus

grand scrupule.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 180 / 241 题