22 août.

Othman vient me prendre dans la matinée et me mène chez Ikhenoukhen. Le

sultan des Azgar est campé au loin, hors des plantations, tant il craint

la petite vérole qui règne à Ghadāmès. (quoiqu’elle ait beaucoup

diminué). Je trouve Ikhenoukhen entouré de quelques Touareg, de deux

Ouled Hamed, et de deux Ghadāmsia. Il me fait asseoir d’un geste

imperceptible et, sans se mouvoir, me fait, ainsi qu’à Othman, les

questions de politesse targuie : « Mattoullid ? Māni ouinnek ? » —

Comment vous portez-vous par cette chaleur ? Grâce à Dieu vous êtes venu

ici, et les circonstances m’y ont aussi amené, etc., etc.

Ensuite, Othman fait lire les lettres adressées au cheikh Ikhenoukhen

lui-même, et les firmans de Tripoli et de Tunis que j’ai. On est obligé

de traduire les passages importants, car Ikhenoukhen comprend à peine

l’arabe et ne le parle pas. Après cette cérémonie, Ikhenoukhen, qui a

montré tout le temps la plus grande réserve, me souhaite froidement la

bienvenue, puis nous prenons congé de lui. Othman trouve que l’accueil

qu’il m’a fait est bon, quoique j’aie presque été tenté d’abord de

croire le contraire. Il me dit que l’habitude des Touareg est de

paraître fuir d’abord une nouvelle connaissance, mais que les autres

Touareg qui assistent à notre entrevue ont certainement dit en eux-

mêmes : Ikhenoukhen se réjouit déjà du cadeau qu’il obtiendra de ce

Français.

J’ai ensuite une très longue conversation avec Othman au sujet de mes

projets ; je leur donne une plus grande extension et pense aller de Rhat

à Insalah. Il me dit que cela se décidera à l’arrivée de son frère Hadj

Ahmed[260].

Je demande à deux des Hamed d’El-Ouad, qui ont été trois fois d’El-Ouad

à Rhat, ce qu’ils ont emporté. C’est des douros. Ils en ont rapporté des

ânes touareg ; prix à Rhat, 6 1/2, 7 et 8 douros, et à El-Ouad 60, 61,

80 fr. Des chameaux (petites chamelles) achetés 100, 105, 110 francs et

vendus à El-Ouad 150, 160 francs. — Zebed (civette), achetée l’once 26

fr. 50 et vendue 33 francs. Outres du Soudan achetées 3 fr. 40 à 4

francs et vendues 6 fr. Peaux de buffles (kelābo), achetées 10 fr. les

grandes, vendues 11 fr. 40 et 15 fr.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 179 / 241 题