19 août.

Je reçois dans la matinée la visite de Si ’Othman et d’un vieux Targui

qui semble être de ses intimes ; je leur fais voir les livres arabes que

je destine à Cheikh el Bakkay de Tombouctou. Parmi ces livres est mon

Coran doré sur tranche ; Si ’Othman en est épris. Il commence à chanter

la sourate de la vache et j’ai peine à l’arrêter. Voyant que ce livre

faisait tant de plaisir à mon ami, je lui en fais présent. Si ’Othman ne

peut contenir des démonstrations de joie enfantine. Là-dessus, il s’en

va pour prévenir le crieur, qui est en train de lui procurer une

« Neskha » manuscrite, qu’il n’en a pas besoin.

A peine Othman était-il sorti qu’au milieu de mon déjeuner arrive ma

belle Targuie d’hier, accompagnée cette fois d’une belle jeune femme

seulement. Elles me disent qu’Othman leur a défendu de venir et que

c’est pour cela qu’elles ont attendu sa sortie. J’apprends aujourd’hui

que Télengui, c’est le nom de la belle Targuie, est mariée, mais elle me

dit que son mari part demain pour le Touat. Je leur fais cadeau à

chacune d’un foulard de coton et d’un miroir, et d’un peu d’argent pour

acheter du tabac, car toutes les Targuiāt fument. En échange de mes

présents, Télingui me demande du papier pour m’écrire du tefinagh.

Télengui me distrait beaucoup ; je l’engage à revenir. Son vêtement se

compose d’une blouse bleu de ciel, à manches courtes, n’atteignant pas

le coude, et d’une couverture de coton blanc dont elle s’enveloppe tout

entière, sauf la figure.

Les moutons des Arabes d’ici ont tous la grosse queue ; au Souf ils n’en

ont pas de cette espèce, mais les Nemēmcha et les Hamamma en possèdent.

Dans la soirée, Ikhenoukhen envoie à Othman deux Targuis, pour lui dire

de venir apporter de l’eau à une demi-journée de Ghadāmès. Ikhenoukhen,

à ce qu’il paraît, veut avoir des nouvelles ; il sait maintenant que je

suis venu. Dans la soirée Othman vient me dire adieu ; il part cette

nuit. Il ne sera absent qu’un jour, deux au plus.

J’apprends que le district de Dérdj est très malsain, des fièvres très

violentes y règnent. C’est une terre de labours avec des sources ; on y

cultive du blé et du guessob. Othman me dit qu’il y a des fièvres

jusqu’à Ghadāmès, et me demande de la quinine pour deux femmes targuies

qui sont fiévreuses.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 174 / 241 题